Lundi 5 novembre, j'étais l'invité d'Ahmed El Kheiy dans son émission Toutes les France, diffusée à 19h45 sur France Ô. L'émission est maintenant aussi disponible sur le site de la chaîne. Elle dure 52 minutes.
Ce programme a l'intérêt d'être le seul de ce genre dans le service public où l'on peut débattre de divers sujets sans qu'il s'agisse des éternels experts abonnés aux plateaux télé. Puisque nous sommes dans une société médiatique, le fait de donner la parole à des personnalités plus diverses est un élément d'enrichissement du débat démocratique.
J'y participe avec Karim Zeribi, Gaston Kelman et la démocraphe France Guerin-Pace sur le thème "Qui sont les Français ?"
Un sujet intéressant, truffé de lieux communs si on n'y fait pas attention. L'approche de France -Guérin-Pace, qui travaille à l'INED me plaît particulièrement car cette chercheuse qui est géographe de formation, a décidé de travailler sur la notion de territoires. En étudiant les parcours des gens qu'elle interroge, elle constate une diversité des trajectoires qui fait qu'on s'identifie certes à des origines, à une histoire, mais aussi aux lieux où l'on vit, où l'on a vécu, voire à ceux où l'on souhaite vivre, même sans jamais y avoir mis les pieds.
Le territoire est donc un lieu d'identification, un facteur de fierté comme de discrimination aussi. les migrations choisies ou subies créent une transversalité des parcours qui permettent de tordre le coup aux réflexes trop fréquents de "renvoi aux origines".
Le sentiment d'appartenance ne se construit pas de la même manière selon que l'on se sent intégré sur le plan économique, social ou culturel, selon que l'on se sent exclu ou non. L'éducation joue ici, une fois encore un rôle majeur.
Selon notre capacité à objectiver les rapports à l'identité, notre capacité à trouver notre place dans une société multiculturelle qui ne s'assume pas, nous pouvons plus ou moins facilement nous émanciper d'une histoire que certains comme Kelman peuvent penser comme "contraignante". Pour l'écrivain à succès qui a justifié la création du ministère de l'identité nationale et de l'immigration, l'identité c'est ce qu'on est et pas ce que l'on nous renvoie. Je ne crois pas que les choses soient si simples.
Avec Karim Zeribi, nous convergeons sur le rôle de la République. La nation est un concept de gauche à l'origine qui n'a rien à voir avec une quelconque notion ethnique. Il faut que la République continue de fonctionner dans une société tiraillée par toutes sortes de replis à cause de la mondialisation, à cause du doute dans le "génie français".
C'est de nouveaux héros, de nouveaux modèles, de nouveaux mythes fondateurs dont on a besoin pour que les Français banalisent la réussite de ceux qui ne ressemblent pas au "groupe majoritaire". Le malheur est que les élites se reproduisent selon les mêmes rites et que l'on pense le "métissage" de manière superficielle, en étant l'otage des conventions morales et des risques électoraux. On parle donc de "diversité républicaine", on fait dans l'image, mais rien n'infuse. Si on ne s'attaque pas à l'éducation à tout ce qui forme les imaginaires, on n'y parviendra pas et les constats d'échec nourriront les replis identitaires.
Il s'agit de dépasser l'Histoire qui peut expliquer beaucoup de choses, mais qui ne doit rien justifier. La question doit devenir politique : veut-on construire un projet commun ? Si oui, comment ?
On ne peut pas non plus penser cette question sans dire un mot sur l'individualisme. Par le passé, l'engagement se faisait dans des causes politiques totalisantes car il existait encore des messianismes idéologiques et parce que l'on pensait que l'intégration économique et politique étaient le moyen de réussir l'intégration sociale. Aujourd'hui, chacun retire ses billes. On recommence à faire le tri. "Puisque la France ne veut pas de moi, je ne veux pas d'elle", "la France aimez-là ou quittez-là", on fait de "l'immigration choisie" un programme politique...
Bref, si on parvient pas à créer les conditions d'une communauté de projet, on nourrira les bases d'une société du rejet.
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