Georges Papandreou tient
peut-être là sa revanche. Depuis le 3 septembre, la nouvelle tant espérée et
tant de fois repoussée est enfin officielle. Le premier ministre conservateur,
Constantinos Caramanlis a annoncé la tenue d’élections législatives anticipées
pour octobre prochain. Il faut dire que la situation politique de la Grèce
était plus que mauvaise, et cela depuis plusieurs mois.
Après la victoire de la droite
(Nouvelle démocratie, ND) emmenée par Caramanlis sur le PASOK du premier
ministre d’alors, Costas Simitis, il semblait qu’elle était au pouvoir pour
longtemps. Le nouveau premier ministre relégitima sa position en convoquant des
élections anticipées qu’il gagna. Cela devait lui permettre, dans une conjoncture
économique qui était alors plutôt bonne, de solidifier son assise avant
d’engager des réformes structurelles difficiles. Mais il échoua notamment sur
la réforme des services publics et de l’éducation.
Les incendies de l’été 2007 et
2009 ont dévoilé un système de corruption ainsi que l’incurie du gouvernement
face à une catastrophe nationale.
La grève générale de décembre
dernier a sérieusement ébranlé un gouvernement aux abois et qui n’avait
décidément pas besoin d’une révolte étudiante au cours de laquelle le mouvement
syndical s’est fortement mobilisé. Alors que de temps à autres, des engins
explosent dans le pays, ne faisant aucune victime, les conservateurs, malgré
quelques remaniements au gouvernement, ne se sont pas remis de leurs
déconvenues avec la jeunesse, les incendies et la situation économique. Il faut
ajouter à cela les récurrentes affaires de corruption – touchant jusqu’à
l’église - , comme le scandale qui implique Siemens, qui polluent la vie
politique du pays.
Les élections d’octobre seront
aussi l’occasion d’une revanche personnelle pour George
A. Papandreou, président du Mouvement socialiste panhellenique, le PASOK et
président de l'Internationale socialiste. La tenu du XXIIIe Congrès à Athène en
juin juillet 2008 fut l’occasion de conforter l’image de l’ancien ministre des
affaires étrangères du gouvernement Simitis : un homme d’état et un
diplomate capable d’intervenir sur les grandes questions du monde. De fait,
alors que Caramanlis a mené une diplomatie terne, Papandreou, avec les réseaux
dont il bénéficie, est en mesure de faire de la Grèce un acteur plus engagé
qu’il ne l’est actuellement sur la scène internationale. Le pays, qui a une
frontière avec la Turquie, demeure en effet confronté à la question de Chypre
et surtout à la question macédonienne.
Comme
chacun sait, Gheorgakis, comme on l'appelle est le fils d'Andreas Papandreou le fondateur du PASOK, et
qui a été président du pays en... 1981. Les Papandreou sont une « dynastie
politique » comme les Caramanlis. L’actuel premier ministre, Konstantinos
est le neveu du fondateur du parti Nouvelle démocratie, Constantin Caramanlis
et qui été au pouvoir après la chute des Colonels.
Georges
Papandreou, le leader du centre gauche dans les années 60 était le père
d’Andreas, l'ami de François Mitterrand, chef de l'Etat après 1981, et c’est
son fils Georges, qui est président du PASOK aujourd'hui. Successeur de Simitis
à la tête du parti, la seule victoire électorale qu’il ait à son actif est
celle des Européennes car, le parti qui est dans l’opposition depuis 2004, a
perdu les élections anticipées de septembre 2007.
La légitimité de Papandreou repose néanmoins sur un vote
de masse à chaque fois, le PASOK a organisé des primaires qui dépassaient les
seuls rangs du parti. C’est ainsi que Papandreou a battu ses deux
concurrents il y a deux ans, Evangelos Venizelos et Costas Scandalides.
La
majorité de droite n’a qu’un siège d’avance. Depuis les élections de 2007, pour
la première fois depuis le retour de la démocratie, l’extrême droite (LAOS) a
fait son entrée à la Vouli, le
Parlement. Elle pourrait sortir renforcée des élections d’octobre.
De son
côté, la gauche est éclatée entre un PASOK haut dans les sondages, à plus de 30
% un parti communiste, le KKE, qui est la troisième force du pays, la gauche
radicale, Synaspismós, au sein de la coalition
d’extrême gauche SYRIZA, et les Verts qui ont réalisé un beau résultat lors des
élections européennes.
Caramanlis,
qui est un admirateur de Sarkozy – une partie de la famille du président
français vient de Salonique, joue donc son va-tout. Mais si la droite marche vers
une défaite quasi certaine, tout n’est pas joué pour le PASOK qui vient de fêter
son 35e anniversaire. Si Papandreou est le chef de l’opposition, il
doit rassembler au delà des seuls électeurs socialistes et convaincre qu’il ne
s’agit pas d’une « alternance des dynasties », mais de l’avènement
d’une alternative de gauche salutaire pour le pays. Il a d’ores et déjà appelé
à « une nouvelle voie révolutionnaire nationale » et une victoire
massive pour son parti. Le scepticisme encore présent renforce aussi bien
l’abstention que les petits partis dont le PASOK souhaite ne pas dépendre pour
gouverner le pays.
Le
peuple grec verra-t-il dans le vote socialiste la réponse à la colère de la
jeunesse, des couches populaires frappées par la crise et celle de l’opinion
lassée des scandales ? Il faut l’espérer.
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