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L'état de la gauche martiniquaise

Puisque tout le monde pense à Césaire, quelques mots sur la gauche en Martinique. Traditionnellement, le paysage politique outremer est très morcelé. Les fédérations locales des partis nationaux sont structurellement minoritaires car elles sont perçues comme étant trop « nationales » face à des formations politiques qui prétendent s’intéresser plus au local – étant essentiellement des petits partis qui scissionnent régulièrement les uns des autres autour soit d’ambitions personnelles, soit d’enjeux politiques de nature institutionnelle comme le statut de l’île par exemple. De fait, la vie politique martiniquaise est articulée autour d’un double clivage : le clivage traditionnel droite gauche par-dessus lequel se superpose un clivage entre assimilationnistes-départementalistes d’un côté et autonomistes-régionalistes-indépendantistes de l’autre. Les premiers sont donc moins traversés de divisions que les seconds. Dans les fait, tout dirigeant politique en Martinique, fonde, tôt ou tard, se met à son compte, construisant sa propre formation politique !

La principale force de la gauche, le Parti progressiste martiniquais, a perdu de l’audience au profit du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) d'Alfred Marie-Jeanne, dont le discours a évolué d’un indépendantisme dans la veine du discours anti-colonial des années 60-70 (la Martinique est à mi-chemin entre Cuba et Haïti d’un côté et la Grenade de l’autre).

Le département est majoritairement à gauche. Les deux sénateurs, Serge Larcher et Claude Lise sont membres du groupe socialiste et sur les quatre députés, deux sont membres du groupe socialiste

La députée au parlement européen est socialiste, c’est Catherine Néris.

Les dernières élections cantonales ont vu l’effondrement de la droite locale.

Le conseil régional est dirigé depuis 1998 par Alfred Marie-Jeanne, le dirigeant historique du mouvement indépendantiste – par ailleurs parlementaire. Les indépendantistes y sont majoritaires, mais la gestion de la région les a conduit à un discours plus pragmatique. La gauche constitue la deuxième force loin dernière (9 élus sur 41 contre 28 pour les indépendantistes) et la droite n’a que 4 élus.

Le conseil général est dirigé par le sénateur apparenté socialiste, Claude Lise qui a quitté le Parti progressiste martiniquais (PPM), principale formation de la gauche, fondée en 1958 par Aimé Césaire après son départ du Parti communiste. Lise a formé une coalition de gauche, le Rassemblement démocratique martiniquais et réussi le tour de force qui consiste à avoir autant d’élus que le PPM au conseil général en 2008.

Le conseil général fut le plus souvent à gauche (Joseph Lagrosillière, fondateurs du socialisme martiniquais et un des députés qui dirent « non » aux pleins pouvoirs à Pétain, Georges Gratiant, fondateur du PC martiniquais), mais dans les années 70-80, il a basculé à droite sous la férule d’Emile Maurice, ancien du PPM devenu le dirigeant historique du RPR local.

Aux cantonales de 2008, 22 cantons sur 45 étaient en jeu. La gauche en a remporté 15, la droite 4 et les autonomistes 3. Autant dire que ce fut un raz-de-marée qui confirme l’ancrage à gauche du département depuis 1992. On compte 33 élus de gauche dont deux socialistes. 7 élus de droite et 5 indépendantistes.

L'idée serait qu'une jour la gauche antillaise dialogue dans une sorte de Forum de la gauche où le réalisme et l'efficacité se conjugueraient. On ne peut imaginer aujourd'hui une unité durable - même la formation de Lise n'échappera pas aux scissions. Mais en revanche, des assises annuelles pour échanger, constater les divergences, fignoler les convergences et définir des positions communes quand c'est possible pour le développement du pays.

Grèce – Macédoine : le « non » au « nom »

La semaine dernière, au sommet de l’Otan, la question du nom de la Macédoine est revenue sur le tapis. Les faits sont simples. La Grèce conteste à l’ancienne république yougoslave de Macédoine l’usage du nom « Macédoine » car elle revendique ce nom pour elle-même. D’ailleurs, il existe une région, dans le découpage administratif grec, « périphérie », Macédoine qui se trouve être la plus grande du pays. La Macédoine grecque est divisée en trois sous-régions et on y trouve une des plus grandes villes du pays, Thessalonique. En plus Pella, la capitale historique de l’ancien royaume de Philippe II se trouve aussi en Grèce. C’est dire si la chose est compliquéee.

La Macédoine historique, dans sa plus grande extension géographique débordait aussi sur une partie de la Bulgarie et sur la république « actuelle » de Macédoine.

L’affaire remonte évidemment à la fin de l’ancienne Yougoslavie où Tito avait créé une république yougoslave de Macédoine. A la fin de 1991, elle proclame son indépendance. Elle entre à l’ONU deux ans après, mais elle est contrainte de prendre le nom barbare d’ARYM pour « ancienne république yougoslave de Macédoine ». Il s’agit de résister aux irrédentismes bulgares et grecs. Il faut aussi tenir compte de l’importante communauté albanaise, implantée depuis longtemps dans le pays.

Les Grecs aimeraient que l’héritage slave, par ailleurs présent dans la langue, le soit aussi dans le nom alors que le pays a convoqué l’Antiquité macédonienne dont les Grecs revendiquent l’exclusivité.

Pour l’ancien ministre socialiste des affaires étrangères de Grèce, Théodore Pangalos, « la question du nom n’a jamais été fondamentale ». Quoiqu’il en soit, cela a suffit pour que la Macédoine reste en dehors de l’Alliance atlantique. De fait, Caramanlis et son gouvernement font de la question du nom un préalable à tout le reste, notamment l’intégration future dans l’Union européenne.

Le consensus politique est apparent du côté d’Athènes. Il est surtout prudent car pour les sociaux-démocrates macédoniens, actuellement dans l’opposition, les deux gouvernements de droite, à Skopje et à Athènes ont mis de l’eau sur le feu.

Les Américains ont fait des propositions acceptées d’une habileté relative par les Macédoniens, mais refusées par les Grecs. Des affiches insultants le drapeau grec ont été placardées, ce qui a accru les tensions.

Les origines « modernes » du conflit remontent à l’indépendance de l’ARYM qui fut contestée par le gouvernement de droite alors au pouvoir en Grèce. Quand le PASOK est revenu aux affaires, il a lui-même évolué d’une position dure, vers une position réaliste. Mais on est dans un dilemme car les Macédoniens ne peuvent accepter d’avoir un état sans nom et les Grecs acceptent difficilement cette évolution de l’Histoire et cette ruse de la géographie.

Au Moyen-Âge, la Macédoine historique fut slavisée dans sa partie montagnarde et elle resta grecque dans sa partie côtière.

Nul doute que la question du nom constitue un bon moyen de mobiliser l’opinion publique de part et d’autre de la frontière à peu de frais, même si le réalisme devrait finir par triompher.

Il faudra encore du temps pour que dans les Balkans la stabilité des frontières et la sédimentation de l’Histoire produisent leur effet. C’est, là encore, un défi pour l’Europe.

Nikê !

Victoire pour la gauche ce dimanche 16 mars... Le "16 mars" ? Une date qui revenait souvent, comme le "21 avril" ou le "10 mai". Cela faisait partie des ruptures dans la Ve République depuis 1981. En l'occurrence, le 16 mars 1986, lors des élections législatives, la droite RPR-UDF battait la gauche, inaugurant une situation politique tout à fait nouvelle à ce moment : la cohabitation.

Le 16 mars 2008 sera donc une date majeure dans l'histoire électorale de ces dernières années, dans le sillage des élections de 2004. "Vague rose" municipale et cantonale. "La gauche est majoritaire en villes et en voix" pour reprendre le constat de François Hollande.

Avant tout, il y a des victoires qui concernent des copains, des amis ou des compagnons de route. Certains récompensent des engagements de longue date. Toulouse, Aubervilliers, Montreuil par exemple. Mais aussi Portet-sur-Garonne, Aubusson, (dès le première tour), Angers, Reims... Des sièges de conseillers généraux en Saône-et-Loire ou dans la Vienne. Des premiers pas comme à Castres et parfois des défaites comme à Mont-de-Marsan ou à Villepinte... Je pense aussi à eux, ainsi qu'aux copains engagés dans la bataille de Paris où dans le Ier arrondissement, on a bien poussé, mais en face, ils ont été plus fort. Il reste que c'est un moment émouvant de voir la liste d'amis avec qui on milite parfois depuis près de 18 ans et que l'on a connu "élus étudiants", devenir conseillers de Paris ou conseillers municipaux comme à Clermont-Ferrand par exemple.

A l'image de Reims où Vautrin s'est vautré face à Adeline Hazan, la droite est rincée, KO debout, alors qu'on aurait pu imaginer un résultat plus contrasté.

Il faudra un jour faire le ménage sur ces affaires de procuration qui, dans le Ve arrondissement de Paris et probablement à Marseille ont une influence non négligeable sur le scrutin...

Cette élection a été, pour qui observe bien, une fois encore, porteuse de leçons. D'abord, les fondamentaux sont toujours là. Le clivage droite gauche, ça existe. On peut rêver l'effacer, mais tôt ou tard, il faut bien, quand on est à une intersection aller quelque part si on ne veut pas se prendre mur pleine face. Ce que Jean-Pierre Raffarin, jamais à court d'une formule, appelle "le théorème de Pau" s'est vérifié.

Le Modem devait faire des choix que ni le PS, ni l'UMP ne pouvaient faire à sa place. D'ailleurs, la performance de notre ami Destot à Grenoble a démontré que l'alliance avec le centre n'était pas automatiquement gage de large victoire - ce qui relativise la portée du "modèle lyonnais" voisin. Le fait que de Sarnez soit la seule élue orange du nouveau conseil de Paris et Martine a fait la peau à Bayrou est une cinglante gifle. N'est pas l'héritier de Dédé Labarrère qui veut !

En vrac, il y a aussi Toulouse. L'aberration de la ville rose, enclave conservatrice dans le jardin d'Eden du socialisme est terminée. Pierre Cohen de fait, l'homme qu'on n'attendait pas, a bénéficié d'une de ces ruses dont l'Histoire a le secret. Dans le landerneau socialiste, la candidature pour la ville de Jaurès et Nougaro a été l'occasion d'évoquer des noms dans des combinaisons dont plus personne ne se souvient aujourd'hui. Martin Malvy, président de la région, Gérard Bapt et même Anne Hidalgo avaient été chacun, en leur temps, envisagés. Au final, la politique offre des surprises...

Lire la suite "Nikê !" »

Fin du gaucho-lepénisme ou lepénisation du sarkozysme ?

Thomas a fait une remarque très juste dans un commentaire. Je le cite : " Peut être une hypothèse qui semble se confirmer par endroits pour justifier de la bonne tenue du vote communiste : avec la baisse du FN, certains électeurs se reportent sur le PCF et l'extrême gauche pour lesquels ils votaient peut être il y a quelques années. La fin du gaucho-lepenisme quoi. " Ma conclusion sera moins hâtive que lui, mais il est certain que l'effondrement du vote FN ne profite pas automatiquement à la droite. L'électorat FN vire-t-il PC ? Probablement pas, mais le vote FN protestataire ne se reporte pas sur l'UMP. Peut-être l'ensemble de la gauche radicale, le PC, voire même le PS, qui sait...

Pour mémoire, le "gaucho-lepénisme" a été analysé par Pascal Perrineau et Nonna Mayer il y a un peu plus de dix ans comme le phénomène qui caractérisait le basculement d'une partie de l'électorat de gauche, et traditionnellement communiste vers le Front national. Il est vrai, par ailleurs qu'entre la fin des années 60 et le début des années 80, le PCF bon teint avait sévèrement viré chauvin. On se souvient des opérations de Montigny-lès-Cormeilles ainsi que des bulldozers de Vitry...

D'ailleurs, Nicolas Sarkozy en a vite tiré les conséquences avec son discours de Toulon. Bis repeta d'ailleurs car durant la campagne de 2007, celui qui était alors candidat de l'UMP a développé à Besançon, Vesoul et dans le sud de la France - ce sud où l'extrême droite fut si forte sur le plan électoral, sa vision étroite de la France. Un nationalisme autoritaire qu'il prend soin de faire passer, comme à son habitude, pour du bon sens, comme l'affirmation d'un "être national" sans toutefois faire comme Le Pen, c'est là une différence entre les deux, à savoir, agiter le mythe de l'invasion, ce qu'avait fait Giscard en son temps.

Aller à Toulon, qui fut la ville phare du Front national entre 1995 et 2001 pour tenir un tel discours alors que la droite xénophobe n'a jamais réellement déserté là-bas, n'est pas un fruit du hasard. Ce n'est pas tant l'affirmation d'une conquête républicaine, que la récupération d'un discours lepéniste à des fins électoralistes.

Pour Sarkozy, celui qui avait dit qu'il voulait être "le président du pouvoir d'achat", désormais, l'immigration et l'identité nationale sont "le sujet le plus important de la société française". Rien que ça.

Peut-on résumer de la sorte les élections municipales à des "de voisinage" et que l'économie et le social s'efface derrière le national et le bling bling, et rêver finalement que la France soit comme Neuilly où les seconds tours sont rares ou alors uniquement qu'entre listes de droite et où l'on se bagarre à coups de coupes de champagne ? D'ailleurs, qui sait.. Peut-être que là-bas, au deuxième tour, ce sera des jets de caviar à la figure !

Sarkozy n'a jamais pris ses distances avec l'extrémisme de droite. Pour lui, le lepénisme, c'est trop "folklo", il faut que ce soit techno, mais pas comme Mégret, il faut que ce soit populo et bling-bling.

A l'ère du cynisme, il suffit d'acheter les consciences et ceux qui résistent, qui revendiquent leurs valeurs, passent pour de vieux cons élitistes qui ne sont pas dans le monde réel. Le dessein de Sarkozy pour la France n'est pas qu'elle s'élève sur le plan moral. Il est qu'elle soit le pays où, comme en Suisse, il fasse bon vivre, mais pas pour tout le monde, surtout pas les pauvres et les basanés. On prévenait contre la "lepénisation des esprits", la "sarkozyfaction" des mentalités - pardon pour le barbarisme " est bien pire parce qu'elle passe si bien que bien des digues peuvent céder. Et comme on disait en 68, "céder un peu, c'est capituler beaucoup". Alors certes Sarkozy n'est pas Le Pen, mais son modèle, s'il s'impose, comme un style qui plaît au point qu'à gauche on veuille faire du "Sarkozy social" ou modéré, fera que l'homme de l'Elysée finira par durer.

Des giboulées de mars parfumées à la rose

La poussée socialiste en France et en Espagne montre des signes communs pour des situations, des élections et des pays de natures différentes. Dans les deux cas, la droite résiste mieux qu’on pouvait le souhaiter et les listes nationalistes en Espagne ou extrémistes en France enregistrent des baisses significatives. De fait, si le PSOE fait mieux qu’en 2004, le PP resserre l’écart au Parlement. La comparaison s’arrête là.

En France, le nombre de villes où les maires socialistes sont réélus au premier tour pourrait donner le tournis. En réalité, les municipales peuvent facilement obéir à la « règle » de la prime au sortant. Même si ce n’est pas toujours le cas comme au Puy-en-Velay.

Deux éléments doivent attirer l’attention parmi la foule des commentaires et des analyses, le rôle du Modem et l’obstination du PC.

Le Parti socialiste a raté son entreprise de plumage des crapules staliniennes de Seine-Saint-Denis. Sauf à Pierrefitte, les socialistes sont systématiquement battus par les communistes notamment, et c’est triste, à Aubervilliers ou à Villepinte. L’OPA sur le conseil général n’est pas acquise. Trois possibilités : soit on a sous-estimé l’ampleur de l’implantation du Parti communiste dans ce département soit, l’électorat de celui-ci préfère voter tout sauf socialiste, soit, le partenariat historique entre le PS et le PCF crée une contradiction dont il est parfois difficile de sortir : on ne peut toujours être à la fois l’allié et l’alternative.
Enfin, un dernier élément d’analyse sur le Parti communiste, sur une telle élection, même si on n’est encore qu’au premier tour, laisse penser qu’entre les « accords techniques » proposé par la LCR dans le 18e arrondissement de Paris et les listes communes avec LO, le PC fait mieux que les Verts. De fait, Buffet peut se surprendre à rêver…

Bref, la mutation qui fera du PS le bénéficiaire de l’érosion historique du PC aux dépends de la droite, n’a pas encore rencontré sa formule magique.

Le Modem est une vraie force de perturbation. Dans plusieurs villes, il arbitre tant de situations que les socialistes ne savent plus ou donner de la tête. Le même soir, Ségolène Royal appelle à des alliances partout et François Hollande à des accords au cas par cas. C’est là que le bât blesse.

Le Modem allié ici à la droite, là à la gauche, voilà qui fait le jeu de Sarkozy pour quoi le clivage droite gauche doit exploser. Cet objet politique « ni droite ni gauche » peut évidemment faire le jeu de sortants comme Jean Tiberi dans le 5e arrondissement de Paris – ce qui serait cocasse au regard des discours que l’on peut entendre de la part du Parti orange. C’est pourquoi c’est au PS de dicter ses règles au lieu de se vendre pour espérer gratter quelques villes de plus à vil prix d’autant que l’électorat est encore volatile.

D’ailleurs, le soutien de l’UMP a Bayrou dans la capitale béarnaise a tout d’un baiser de la mort. Il n’y aurait pas de raison de le suivre dans cette voie alors que le 9 mars a montré que le PS était bien vivant.

L'attentat de Jérusalem : un deuxième front s'ouvre

H_4_ill_1019779_424357 Alors que depuis quelques semaines, l'opération Hiver chaud de Tsahal a frappé la Bande de Gaza a fait 65 morts en représailles aux tirs sur les villes israéliennes de Sderot et Ashkelon se caractérise par la disproportion et l'inefficacité - les tirs n'ont pas cessé et les victimes civiles notamment chez les enfants palestiniens émeuvent tout le monde, le massacre de la yeshiva du Merkaz Harav est d'une gravité qui existe au-delà de l'émotion.

La communauté internationale a mis du temps à réagir au conflit de Gaza. Mais elle a fini par le faire, dans des termes, s'agissant de l'Union européenne, plus durs que d'habitude. Les tirs du Hamas se font de plus en plus précis, avec des armes de plus en plus sophistiquées. Alors que dans ce territoire palestinien on déplore une situation humanitaire d'une gravité jamais atteinte depuis 1967, les Egyptiens viennent de décider la construction d'un mur frontalier.

La riposte israélienne fut tellement disproportionnée qu'elle n'a pas atteint ses objectifs. Le gouvernement Olmert ne veut pas rééditer l'échec de l'opération libanaise. Il préférerait l'effacer par un succès contre le Hamas, mais on en est loin.

La visite de Condoleeza Rice a témoigné de la volonté de Bush de "finir en beauté" dans sa politique proche-orientale car il voudrait bien arracher un accord de paix d'ici la fin de l'année. La situation dans la région n'est pas faite pour l'aider à y parvenir. Il a donc fait pression sur Tel Aviv pour qu'un arrêt des opérations soit décidé. Les pourparlers, suspendus par Abbas pouvaient donc reprendre.

Le meilleur moyen de les rompre à nouveau était une nouvelle agression pour que cette fois, ce soit du côté israélien que l'on cesse les discussions avec l'Autorité palestinienne.

Attaquer une école religieuse, par n'importe laquelle, pas n'importe où, à Jérusalem, pas à n'importe quel moment ne tient évidemment pas du hasard. Le moment. Il y avait une trêve, de fait elle a cessé. On va entrer dans le mois d'Adar où se déroule la fête du sort, "Pourim", qui précède d'autres fêtes juives dont la plus importante, Pessah dans quelques semaines. Pourim célèbre d'ailleurs la libération des juifs de Perse quand grâce à la reine Esther et son oncle Mordehai (Mardochée), ils avaient été sauvé d'un massacre annoncée. D'ailleurs, l'édit du roi Assuérus (Xerxes) étant immuable, il avait suggéré aux juifs de se défendre. Enfin, sur le plan national, l'Etat d'Israël fêtera son soixantième anniversaire... Dans le sang, comme en 1948.

Frapper à Jérusalem, c'est ouvrir un nouveau front. L'état-major ciblait Gaza puisque c'est de là que partaient les tirs, si des opérations militaires ont lieu dans Jérusalem, ville trois fois sainte, on imagine l'ampleur du désastre. Le meurtrier vivait en Israël. Il y a à s'interroger sur le "front intérieur" que constituent les Arabes israéliens qui ne sont pas toujours considérés, malgré les discours, comme des citoyens à part entière. Il arrivera un moment où l'exaspération prendra une forme politique plus radicale. La gauche israélienne l'a compris depuis longtemps, mais, elle n'est pas majoritaire dans le pays.

Enfin, le lieu. Frapper un lieu religieux, c'est viser le judaïsme. Pas n'importe lequel. La yeshiva du Merkaz Harav, quasi berceau du sionisme religieux, cette école talmudique a été fondée par le rabbin Kook au début des années 20.  Ilan Greilsammer dans l'Arche retrace l'héritage du rabbin Kook qui illustre parfaitement l'évolution politique des partis religieux depuis l'indépendance. On y constate un glissement vers la droite aux dépends, parfois du réalisme.

Par delà l'horreur du massacre, ces victimes innocentes sont devenues des martyrs pour toute une frange hostile aux négociations de paix. Difficile, dans ces conditions, quand on est là-bas de résister au goût du sang. Et pourtant, une fois encore, la seule issue, c'est la paix, un état palestinien et la sécurité pour Israël.

La gauche peut-elle gagner les municipales ?

A force d'entendre les médias et les instituts de sondage annoncer une victoire de la gauche, ample dans des endroits tenus et bien tenus par la droite depuis des années, on se laisse envahir par une certaine inquiétude. Tous ces bruits de victoire, ces boîtes à confetti déjà entre ouvertes, les tables de fête déjà dressées, alors que dans certaines parties de France les gens seront en vacances ne vont-ils pas contribuer à la démobilisation de l'électorat de gauche qui pourrait se dire "à quoi bon, puisque c'est gagné d'avance ?" C'est un risque réel car au-delà de la victoire en termes de villes ou en termes de chiffres, il y a le sens qu'il faut donner à ces élections.

Moins d'une semaine avant le vote, on voit une droite qui se cache. Alors que depuis plus d'un an, elle s'affirmait fièrement de droite, sarkozyenne, "on allait voir ce qu'on allait voir", le drapeau est mis dans la poche. Combien de candidats conservateurs ont choisi, sciemment de dissimuler leur appartenance politique pour ne pas effrayer l'électeur !

Cela dit, à gauche, c'est parfois pareil. A Paris, sait-on que la liste sortante est socialiste ? Ca se devine, mais on ne l'affirme pas. La campagne nouvelle manière consiste même à ne pas afficher de poing et de rose, à ne pas coller - il paraît que c'est sale - à ne pas faire de boitage parfois - à certains endroits, on a eu recours à des entreprises privées pour leur sous-traiter cette activité autrefois militante.

Au nom de la modernité ou de l'efficacité ? La ferveur militante ne peut exister que dans les périodes d'adversité. Mais reconnaissons qu'il est difficile de mener une campagne "de sortant" avec la même dynamique qu'en 2001 où tout était affaire, tout était possible et où tout commençait.

Gagner les municipales c'est reconquérir un terrain identitaire pour les socialistes, celui de l'action locale. Depuis Paul Brousse et plus récemment, le petit livre de Pierre Bourguignon, les socialistes et la ville, on sait le lien étroit qui lie les socialistes et le tissus municipal. Mais c'est là non pas une retraite, plutôt un terrain d'expérimentation. Une "prépa" en somme pour la suite... Le pouvoir local, comme préparation à l'exercice du pouvoir national.

Aussi, gagner les municipales ce n'est pas bénéficier de la défaite de la droite, mais réussir la conquête par une gauche qui aura convaincu par ses idées et sa pratique exemplaire du pouvoir. Si par exemple à Orly, à Montreuil, à Villepinte, à Aubervilliers ou dans d'autres villes comme Pau, Toulouse, Castres ou Rouen ce sont de nouveaux visages et une gauche recolorée, alors la victoire aura eu un sens, on aura réussi une première étape de la reconstruction.

Coups de colère

les cons ça ose tout

Allez, j'y vais moi aussi de mon indignation devant ce qu'on ne peut même pas appeler la "présidentielle colère". On savait que Chirac au Salon de l'Agriculture c'était un style. Avec Sarkozy, c'est en effet la rupture. Au moins Chirac, quand il était en colère et qu'il pétait un plomb, ça donnait "what do you want ? Do you want me to go back to my plane ? This is not a method"... Mais il est vrai que Poutine est, lui aussi très coutumier de la vulgarité dans le langage...

Quelle âme torturée que celle de Sarkozy qui étale son opulence, sa violence et ses frasques un jour et qui, le lendemain, fait acte de contrition en flattant les papistes et les barbus islamisants !

Et puis comme par hasard, la parution opportune d'une édition du Parisien où Sarkozy parle aux Français - cette fois, il ne s'est pas invité chez eux comme Giscard.

Bref, il ose tout. C'est même à ça qu'on le reconnaît. Et pourtant, Sarkozy n'est pas con. Il est speed.

Bertrand Delanoë, oui bien sûr !

A Paris, il faut voter à gauche. Bertrand Delanoë est le meilleur candidat et en plus il est de gauche, même s'il ne faut pas le dire trop fort à en entendre certains. On a même vu un candidat se faire prier de retirer le logo du PS de son local de campagne. Dommage, le succès de Delanoë à Paris entre 2001 et maintenant est la preuve que les socialistes ont su changer jusqu'à la capitale. A un moment où certains pensent qu'il ne fait pas bon s'affirmer comme socialiste, c'était une belle preuve de fierté. C'est aussi en annonçant la couleur que la gauche pourra aussi convaincre "par la preuve" comme dirait l'autre. Parce que "tout se tient".

S'agissant de couleur, au moins, à Paris, la gauche se bât en rouge.

Il faut former les journalistes...

En tout cas, ceux qui suivent le PS. En quelques mois, ils ont tous changé. Croissandeau au Nouvel Obs remplace plus ou moins Bazin et Askolovitch, le blond Reveau d'Alonnes a pris la suite de Quinio à Libé et le très "gotainerien" Normand succède à Mandraud au Monde. Ils ont l'air moins arrogants, mais moins au courant aussi... Et vu que malheureusement, les gens se forment une opinion à partir de ce qu'ils lisent, il y a de l'information à donner, mais peut-être pas dans le sens habituel, au moins dans un premier temps !

Vers la réintégration de Georges Frêche ?

Visiblement c'est le souhait de certains dirigeants socialistes. En écoutant Bruno Le Roux, la chose est claire : "On doit reconnaître tout ce qu'a fait Georges Frêche et ne pas limiter son jugement que l'on porte sur lui à des déclarations, que nous avons condamné car elles étaient condamnables".

L'enjeu c'est les sénatoriales de l'automne pour lesquelles, les socialistes héraultais ont choisi le président de Région comme tête de liste. Peut-on avoir comme sénateur socialiste, en plus de Michel Charasse un vieux croûton qui a suffisamment bien servi et desservi le PS ?

On sait bien que la virtuosité rhétorique sur la rénovation et l'éthique s'arrête à la sèche réalité des chiffres : la fédération de l'Hérault, sans être celle des Bouches du Rhône ou du Pas-de-Calais, fait néanmoins partie des faiseuses de roi, mais subordonner le destin du parti à celui d'un vieux con raciste... On peut bien se gausser des propos d'un soutien à Cavada sur "le vote juif" à Paris, et ignorer les propos imbéciles de Frêche. On ne sera pas à une contradiction près. Mais alors s'il y a une différence entre la gauche et la droite...

Religion, laïcité, mémoire : la grande braderie

Il avait dit « pas de repentance ». Mais, finalement, il a dit tellement de choses, il parle tellement que tôt ou tard, il finit par se contredire. Pire, il viendra vite un temps où la parole présidentielle ne sera plus essentielle, mais superficielle…
A défaut de trouver le moyen de relancer et de faire durer la croissance, Nicolas Sarkozy a décidé de se réfugier sous les yeux de la France ébahie, dans les limbes de la croyance. Prenant exemple sur un Mitterrand en fin de mandat et bientôt en fin de vie, Sarkozy affirme croire, lui aussi aux forces de l’esprit. Curieuse référence de la part d’un président qui est persuadé qu’il n’en est qu’au début de son… premier mandat.
Le président est, depuis longtemps, un croyant. Il le confesse et il l’écrit. D’ailleurs, son dernier livre personnel, en 2004 abordait ce sujet. Il fallait donc s’attendre à ce qu’en cas de victoire, la mystique tente de de s’imposer à la république.
Comme Bush d’ailleurs, il y a un côté « born again » d’autant moins crédible qu’un président qui vit dans une opulence affichée, une désinvolture revendiquée, ce que Régis Debray nomme gentillement « l’obscénité démocratique », ne peut à la fois confesser sa foi et rechercher le luxe, ou alors, il a mal lu les Evangiles.
Pour Sarkozy, la religion soit plus visible. La place qu'il réserve à la religion dans la société est une vraie rupture dans la République, comme sa conception de la laïcité. Après le discours du Latran, de Ryad ou de Dakar, le sarkozysme se fait encore un peu plus précis. Il a achevé son tour du monde des monothéïsmes devant le Crif. Mais c’est un peu court comme symbolique. Le Vatican ne représente que les catholiques dont il faut toujours rappelé qu’ils ont constitué une force politique qui en tant que telle, s’opposa à la République dès les origines et qu’il fallu une encyclique papale en 1892 pour que les catholiques, jusque là royalistes, se rallient à la République. Il faut rajouter à cela, la doctrine sociale de l’Eglise qui, encore une fois avec un retard sur la réalité des faits se décide à condamner « la misère et la pauvreté » tout en dénonçant « le socialisme athée » et les « excès du capitalisme ». On le voit bien la doctrine « sociale » de Sarkozy quand il faut défendre les ouvriers mis à la rue par Mittal ou le scandale de la Société générale puise dans les classiques, mais pas ceux de la République. Le même qui critique la « gauche du Café de Flore » pourrait tout autant fustiger les patrons qui exploitent ou qui boursicotent en allant fidèlement à la messe. On n’est pas à une contradiction près…
Ryad, n’est pas loin du centre de l’islam, mais la capitale de la monarchie saoudienne est aussi le centre d’une version particulièrement rétrograde de l’islam. Les droits des femmes, la liberté et le droit de ne pas avoir de religion sont loin d’être des acquis bien ancrés dans le sable du Hejdaz… Au contraire, les princes du pétrole sont aussi riches qu’ils sont rétrogrades.
Quant au Crif, tout le monde sait qu’il ne représente pas toute la communauté juive dans sa diversité ou son dynamisme, au passage, ce n’est pas à proprement parler une institution religieuse. Mais l’essentiel n’est pas là.
La question du parrainage d’un enfant victime de la Shoah par des élèves ou des classes de CM2, fait polémique. Bien sûr, c’est un sujet sensible. Bien sûr Sarkozy sait ce qu’il fait. Cette dernière trouvaille n’est pas simplement la matière d’une nouvelle polémique dont la France raffole.

C’est ignorer le contenu des programmes scolaires et la réalité du travail des enseignants que de réinventer un devoir de mémoire accompli depuis longtemps et sur lequel la vigilance demeure.

Dans la France métissée que dira-t-on au petit Maghrebin dont le grand-père a combattu dans les rangs du FLN ou au petit Antillais descendant d'esclaves qui diront "mais la Shoa ce n'est pas mon histoire, je n'en suis pas tributaire ?" On le collera pour apologie de crimes de guerre ?

S'il faut faire vivre la flamme de la mémoire, c'est pour que cela fasse sens et donc que toutes les mémoires blessées soient pareillement honorées. C'est comme cela que la République continuera d'être une et indivisible.

Alors que, depuis plusieurs mois, les Français trouvent la vie de plus en plus chère et que le gouffre entre les effets d’intention et les résultats du gouvernement devient abyssal, Sarkozy tente une fois de plus une diversion. Comme s’il fallait éloigner le peuple du réel pour lui masquer son incapacité à le transformer. Sauf qu’en France, depuis bien longtemps, le peuple a décroché de l’opium.
Il faut replacer cette idée dans un contexte plus large, celui de la conception sarkozyenne de la laïcité et de la mémoire nationale. En outre, le phénomène n’est pas isolé. En Espagne, alors que la campagne pour les élections législatives bat son plein, le Parti populaire dont le rapport au franquisme n’a jamais été clair a repris le discours anti-immigration de Sarkozy dans sa plate forme. L’église catholique a repris une offensive politique contre les réformes de Zapatero et Aznar, bien qu’il soit moins présent dans la vie politique de son parti s’est lui-même radicalisé.

Puisqu’on prétend que les idéologies sont réductibles aux barbaries du siècle passé et que le libéralisme lui-même n’est pas une idéologie, il faut bien remplacer « l’espoir » par la quête de l’espérance. On construit l’idée que la laïcité est une hérésie dont toutes les religions furent victimes pour estimer que « religion et république sont complémentaires ». Bien sûr qu’en France plus qu’ailleurs, le rapport au religieux est plus conflictuel. Mais si les tenants de la « religion majoritaire » ne s’étaient pas transformés en ennemis de la liberté et de l’émancipation sociale, il n’y aurait pas eu tant de méfiance.

La laïcité est un acquis majeur et pas que pour la gauche. Elle garantie l'égalité de ceux qui croient et de ceux qui ne croient pas. Le fait pour Sarkozy de jouer les révisionnistes en parlant du "fanatisme" qui menace la laïcité démontrer son opposition à cette valeur. Si le Président doit représenter tous les Français, nul doute que certains sont plus égaux que d’autres par lui dans ces circonstances.
La République ne peut sous-traiter aux religions des domaines qui relèvent de sa propre compétence. Souhaiter que le religieux prenne plus de place dans l’espace public pose un problème politique car au nom de quoi se fera la régulation entre croyances qui ne souffrent pas toujours les compromis ?
Cette fausse quête mystique est une mystification et une menace. Une mystification car derrière la fausse religiosité il y a un vrai conservatisme à l’œuvre. Une menace car c’est tout le contrat social et l’héritage de la Révolution française et de la République qui serait en danger dans la mesure où toute religion cherche à imposer, c’est sa nature, à terme, ce qu’elle perçoit comme principes divins par-dessus les droits humains. Autant cela se comprend dans la communauté des croyants, autant dans une communauté de croyants et d’incroyants qui jouissent tous de l’égalité des droits, c’est inacceptable.

Voilà pourquoi, sur ce sujet aussi, la gauche doit se réveiller car manifestement, une fois de plus, le Président de la République continue, même après les soldes, de brader la République.

Le néo-poujadisme, nouvelle trouvaille de la droite parisienne ?

Les effets du buzz étant ce qu'ils sont, j'ai regardé la vidéo de Stefanovitch, où, avec Cavada au premier rang, déverse son venin poujadiste contre les juifs et les homosexuels favorisés par Delanoë.

Yvan Stéfanovitch dit si souvent qu'il est journaliste, que c'en devient suspect. "J’utilise d’abord une vieille technique journalistique qui consiste à fréquenter les bistrots installés autour de l’organisme sur lequel j’enquête" dit-il dans un entretien au site "contribuables.org". Stéfanovitch est comme Montaldo hier, un Torquemada aux petits pieds aux passions obsessionnelles. Qu'il écrive, passe encore - qu'il fasse campagne pour la droite parisienne, voilà qui étonne. La droite parisienne est-elle si aux abois que cela, qu'elle verse dans le néo-poujadisme pour tenter de grappiller quelques voix ?

Et Jean-Marie Cavada, qu'ados, nous regardions avec passion décrypter la Marche du siècle est finalement devenu avec la politique ce qu'il est vraiment, un hyper cynique, sûr de lui et manipulateur.

Il a déclaré ne rien avoir entendu... Ne serait-ce pas un cousin éloigné de cet arbitre du match entre Metz et Valenciennes ce week-end ?

Il y a quelque chose de nauséabond dans le propos de cette vidéo. Au-delà de la curieuse et morbide comparaison du montant des subventions données par la ville en fonction du camp d'extermination dont on a réchappé, il y a ce truc immonde où visiblement, il n'y en aurait que pour les juifs et les homosexuels. Pire, "le vote juif" et les "4x4 qui polluent et qui causent les embouteillages"...

Stefanovitch ou Philippe Henriot réincarné !

Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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