Les dernières élections israéliennes sont un tournant pour la gauche israélienne. Jamais, depuis 1948, elle n'avait été aussi durement battue. La défaite électorale subie le 11 février dernier est la conséquence d'une défaite politique au plan stratégique et idéologique. Le fait que les électeurs israéliens ont eu à choisir entre la droite et l'extrême droite et que pour y faire barrage il ont choisi le centre démontre que la gauche ne représente plus une alternative efficace dans ce pays.
Tous les bons connaisseurs de la politique israélienne reconnaissent qu'il n'y a pas eu de vraie campagne électorale. Le pays était en guerre ou, plutôt, en sortait, après l'opération Plomb durci menée par Tsahal contre les positions du Hamas dans la bande de Gaza. Seul le petit parti Nouveau mouvement-Nouveau Meretz, à gauche des travaillistes a tenté une campagne axée sur la résolution du conflit par d'autres moyens que la guerre et sur les thèmes traditionnels de la gauche. Mais ce parti de gauche est minoritaire. Il n'a gagné que trois députés à la Knesset.
Ehud Barak, le président d'Avoda, le Parti travailliste, était le ministre de la défense dans le gouvernement dirigé par Ehud Olmert. Au sein de ce gouvernement, Avoda était en coalition avec Kadima. Mais selon les habitudes de la politique israélienne, le portefeuille gouvernemental le plus prestigieux après celui des Affaires étrangères, était celui de la défense. Aussi, Barak, l'homme le plus décoré du pays, ancien militaire de renom - déguisé en femme, il avait participé à une opération commando à Beyrouth pour exécuter un des responsables de la prise d'otages de Munich - ne fut pas à la tête d'un ministère qui permettait aux travaillistes d'agir en socialistes, notamment sur des questions qui, malgré la guerre, ne disparaissent pas. En effet, la guerre n'efface pas le problème de la pauvreté, de la faiblesse du niveau de vie, même si la croissance du pays a été de plus de 5 %, même alors que la crise frappait déjà ailleurs dans le monde.
Du coup, on connaît maintenant le théorème. Quand les socialistes, au gouvernement ne mènent pas une politique de gauche et lorsque, par dessus le marché, ils ne font pas campagne sur leurs idées, ils perdent les élections. Les électeurs de gauche ne s'y sont pas trompés car un tiers d'entre eux, pour faire barrage à l'extrême droite, a préféré voter pour Kadima.
Alors, maintenant, le retour des travaillistes dans l'opposition est à l'ordre du jour. On parle aussi d'une fusion des groupes parlementaires Avoda et Meretz. Pourquoi pas. Sauf si Kadima siège aussi dans l'opposition, la gauche est minoritaire dans le pays. Avoda passe pour un parti vieillissant, élitiste, incapable de prendre en compte les nouvelles demandes sociales. Il est concurrencé par d'autres forces. Shass, le parti religieux, très actif dans les réponses sociales concrètes - le parti construit des écoles et des hôpitaux, le Likoud dans le registre populiste et même le Meretz qui attire volontiers les intellectuels.
Il faudra se résoudre à créer les conditions d'une rénovation profond du parti travailliste pour qu'il rayonne à nouveau. Il n'est pas possible que ce parti qui a présidé à la naissance de l'Etat et qui a été hégémonique, n'ait plus rien à dire au pays.
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