160e anniversaire de l'abolition de l'esclavage
Cette troisième commémoration permet d'y voir plus clair. Le mot d'ordre du CRAN était un bon mot d'ordre encore que l'histoire ne suffit pas. Puisque tout cela se passe dans le cadre de la République, il faut pousser le moteur de celle-ci à plein régime. Je suis de ceux qui croient qu'elle a des ressources insoupçonnées.
Nous célébrions cette journée à l'ombre de Césaire. S'il avait été absent du débat de 2001 c'est que ceux qui tenaient alors le crachoir ignoraient ses dires ou les jugeaient dépassés. Pourtant, puisque Césaire avait été un pionnier dans la construction de l'Homme noir moderne, il avait nécessairement dû penser l'esclavage et ce qu'il fallait en faire. Ses discours de 1948, de 1971 et de 1982 sur le sujet restent tout aussi pertinents si ce n'est plus que les analyses fumeuses de Ribbe ou les amalgames douteux des Indigènes de la République.
Bien sûr, il fallait que Sarkozy s'en mêle. Son grain de sel a un goût de fiel d'ailleurs car il fait là comme d'habitude, de l'agitation pour donner l'illusion de l'action. Les annonces et les promesses du Président d'ailleurs trahissent son jeu. Soit il a annoncé des choses qui existaient déjà, mais qui méritaient une meilleur visibilité, soit il a fini par décider des choses qui sont restées en plan depuis des années. Et comme entre temps il y a eu le débat sur le bilan positif de la colonisation, la théorisation par Sarkozy candidat du refus de la "repentance" et l'explication par Sarkozy président dans son tristement célèbre discours de Dakar que l'homme africain n'était pas encore rentré dans l'Histoire, on ne pouvait que douter. Nicolas Sarkozy est un intrus dans ce débat.
Car le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'était pas dans l'esprit de cette journée. Alors qu'on est en train d'alléger les programmes scolaires et que sur l'école, on n'est jamais en reste d'une polémique, comment va-t-on y arriver entre les dégraissages, les lectures de Guy Môcquet et les parrainages d'enfants déportés ?
En outre, il a cédé à toutes les facilités des gens indifférents à la mémoire de la traite. De l'amalgame avec ce qu'on appelle "l'esclavage moderne" au commentaire enflammé sur la situation de la Birmanie, celui qui ne sait même pas prononcer correctement le nom de Delgrès, car il tait le "s" cache mal qu'il s'en serait bien passé de cette journée qui lui a pourri son week-end.
Pourtant il avait bien commencé en expliquant qu'il s'agissait d'une page de l'Histoire de notre grand pays.
Dans les rédactions, les nécros se préparent. On compulse les archives, on recherche des photos, on se tient prêt car, puisque le poète est à l'agonie, il faudra lui rendre hommage. C'est un exercice assez curieux que celui qui consiste pour un journaliste à ainsi faire de la mort annoncé un événement alors que pour beaucoup, ce sera d'abord une perte irremplaçable. C'est que les hommes publics comme les figures historiques, ne s'appartiennent pas entièrement. Ils ont donné quelque chose à l'humanité, leur talent, leurs œuvres, il est normal qu'elle leur rendent alors quelque chose en retour, la reconnaissance, la notoriété, l'immortalité...
Lundi 5 novembre, j'étais l'invité d'Ahmed El Kheiy dans son émission Toutes les France, diffusée à 19h45 sur
J'y participe avec Karim Zeribi, Gaston Kelman et la démocraphe France Guerin-Pace sur le thème "Qui sont les Français ?"
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