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160e anniversaire de l'abolition de l'esclavage

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Cette troisième commémoration permet d'y voir plus clair. Le mot d'ordre du CRAN était un bon mot d'ordre encore que l'histoire ne suffit pas. Puisque tout cela se passe dans le cadre de la République, il faut pousser le moteur de celle-ci à plein régime. Je suis de ceux qui croient qu'elle a des ressources insoupçonnées.
Nous célébrions cette journée à l'ombre de Césaire. S'il avait été absent du débat de 2001 c'est que ceux qui tenaient alors le crachoir ignoraient ses dires ou les jugeaient dépassés. Pourtant, puisque Césaire avait été un pionnier dans la construction de l'Homme noir moderne, il avait nécessairement dû penser l'esclavage et ce qu'il fallait en faire. Ses discours de 1948, de 1971 et de 1982 sur le sujet restent tout aussi pertinents si ce n'est plus que les analyses fumeuses de Ribbe ou les amalgames douteux des Indigènes de la République.

Bien sûr, il fallait que Sarkozy s'en mêle. Son grain de sel a un goût de fiel d'ailleurs car il fait là comme d'habitude, de l'agitation pour donner l'illusion de l'action. Les annonces et les promesses du Président d'ailleurs trahissent son jeu. Soit il a annoncé des choses qui existaient déjà, mais qui méritaient une meilleur visibilité, soit il a fini par décider des choses qui sont restées en plan depuis des années. Et comme entre temps il y a eu le débat sur le bilan positif de la colonisation, la théorisation par Sarkozy candidat du refus de la "repentance" et l'explication par Sarkozy président dans son tristement célèbre discours de Dakar que l'homme africain n'était pas encore rentré dans l'Histoire, on ne pouvait que douter. Nicolas Sarkozy est un intrus dans ce débat.

Car le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'était pas dans l'esprit de cette journée. Alors qu'on est en train d'alléger les programmes scolaires et que sur l'école, on n'est jamais en reste d'une polémique, comment va-t-on y arriver entre les dégraissages, les lectures de Guy Môcquet et les parrainages d'enfants déportés ?

En outre, il a cédé à toutes les facilités des gens indifférents à la mémoire de la traite. De l'amalgame avec ce qu'on appelle "l'esclavage moderne" au commentaire enflammé sur la situation de la Birmanie, celui qui ne sait même pas prononcer correctement le nom de Delgrès, car il tait le "s" cache mal qu'il s'en serait bien passé de cette journée qui lui a pourri son week-end.

Pourtant il avait bien commencé en expliquant qu'il s'agissait d'une page de l'Histoire de notre grand pays.

Problèmes d’aujourd’hui en Martinique…

Pas difficile, même pour un court séjour d’entrevoir les enjeux de la vie quotidienne martiniquaise. On pourrait proposer comme sujet de philosophie voire de science politique : « l’insularité est-elle compatible avec la mondialisation » ? Pour ne pas dire la modernité… Quand on y a vécu suffisamment longtemps pour s’imprégner de paysages que l’on déclare « éternels », le retour après quelques années vous rend réac. Le développement économique pose tout une série de questionnements auxquels les réponses sont difficiles à trouver. L’augmentation constante de la population pose la question du logement. La plupart des gens veulent être propriétaires. C’est du moins la tendance majoritaire depuis des dizaines d’années. Mais c’est de moins en moins possible. Les terrains constructibles sont rares et quand on ne peut pas hériter du bout de terrain familial, on résiste mal face à des gros de l’immobilier qui font du HLM, du lotissement privé ou des hôtels.

Dans la ville de Schoelcher, dans la périphérie nord ouest de Fort-de-France, « banlieue » pour les classes aisées, bastion de droite, le maire a perdu parce qu’entre autres choses, on lui a reproché de vendre plus facilement des surfaces constructibles aux gens venus d’ailleurs qu’aux Schoelcherois. Quand en plus on sait que parmi ces « gens venus d’ailleurs », on a repéré des « juifs », on imagine le reste et comment le discours peut évoluer. Car en effet, le mélange ne se fait pas. Les gens ont l’impression que d’autres viennent dans l’île faire des affaires avec une facilité à laquelle les locaux n’ont pas accès. Souci permanent que l’on retrouve ailleurs en France bien sûr.

« Quand le bâtiment va, tout va » dit le proverbe. En l’occurrence, ça pousse de partout. Sur le plan de l’esthétique, c’est une autre paire de manche. Dans les années 70, les quartiers de la Bâtelière, de Godissard, de Dillon par exemple avaient vu pousser des tours dignes des cités dortoirs d’Europe. Depuis, on a prétendu faire autrement. Mais la « belleté » n’est toujours pas au rendez-vous. Sur les pentes des mornes de Case-Pilote ou de Bellefontaine ça continue de pousser. Il faut dire que Fort-de-France a aussi connu cela. Toute la partie qui va de l’actuel boulevard du Général de Gaulle au bord de mer a été gagnée sur la mer aussi, jusqu’au drainage du Canal Levassor, la moindre pluie faisait monter l’eau au Centre-ville dans des proportions importantes. A côté du bâtiment, il y a la question des transports. 15 000 immatriculations par an. Du nord au sud, il serait possible d’aligner bout à bout toutes les voitures qui circulent dans l’île. Circulent… Cela dépend des heures. On a construit beaucoup des rocades et des versions locales du périphérique autour de Fort-de-France pour désengorger la ville qui était le paradis des bouchons. Par ailleurs, pour suivre la mode du moment, plusieurs parties de la ville sont devenues piétonnes. C’est plus vivable, mais on sent beaucoup trop que le cœur de l’activité bat ailleurs.

Depuis les années 80, les zones d’activité économiques ou zones industrielles se sont développées notamment à la Jambette, les Mangles ou la Lézarde. Dans le passé, il y avait quelques embouteillages. Un peu le matin pour entrer dans Fort-de-France bien sûr et quand on rentrait de la plage à un ou deux points connus pour le rétrécissement de la chaussée. Depuis quelques années, c’est devenu plus fréquent. Les camions qui transportent les matériaux de construction ont remplacé petit à petit les tracteurs ou les transporteurs de canne à sucre et dans la « montée » après l’usine Neisson du Carbet ou après la centrale électrique de Bellefontaine, c’est la galère assurée. Les transports en commun existent bien, mais ils sont structurellement inadaptés aux besoins et aux habitudes qu’on doute de voir changer un jour d’ailleurs. Donc tout le monde a une voiture et dans un foyer, bien souvent, il y a autant de voitures que de personnes majeurs car c’est la clé de l’autonomie. Mais dans les transports comme dans le reste, cette autonomie a un prix…

Sur la tombe du poète…

Il y a quelques jours, j’ai vu la tombe d’Aimé Césaire. Elle est comme la Martinique, couverte de fleurs – Madinina, l’autre nom de l’île signifie « l’île aux fleurs ». Le chemin jusqu’au lieu où il est inhumé est balisé de balisiers, la fleur symbole du PPM, le parti politique qu’il a fondé.

Le pays vibre encore de cette disparition, un peu comme si cela représentait un de ces soubresauts de la Montagne Pelée, peu avant 1902. A l’époque, personne ne voulait voir ou savoir. Peut-être est-ce aussi un petit balan comme on dit chez nous, un bon en avant vers un nouveau siècle pour ces îles de France éparpillées entre autonomie, assimilation, affirmation, autoflagellation… Une litanie sans fin.

Hier j’ai vu la tombe d’Aimé Césaire. Elle est comme la Martinique, couverte de fleurs – Madinina, l’autre nom de l’île signifie « l’île aux fleurs ». Le chemin jusqu’au lieu où il est inhumé est balisé de balisiers, la fleur symbole du PPM, le parti politique qu’il a fondé.

Le pays vibre encore de cette disparition, un peu comme si cela représentait un de ces soubresauts de la Montagne Pelée, peu avant 1902. A l’époque, personne ne voulait voir ou savoir. Peut-être est-ce aussi un petit balan comme on dit chez nous, un bon en avant vers un nouveau siècle pour ces îles de France éparpillées entre autonomie, assimilation, affirmation, autoflagellation… Une litanie sans fin.

La Martinique d’aujourd’hui prend de plein fouet la mondialisation, mais elle est trop petite pour y survivre, même à coup de subventions bruxelloises. L’accroissement constant de la population conduit à toujours plus d’embouteillages – imaginer un fonctionnement « moderne » des transports en commun est un belle utopie. Une hyperactivité diurne, mais une curieuse atonie nocturne se mêlent pour peuples nos jours et nos nuits qui tombent comme certaines pluies tropicales, d’un seul coup. Dans nos nuits sans crépuscules, le chant des bestioles rythme jusqu’à l’aube un silence assez éloigné de nos villes qui ne dorment jamais. Jusqu’à ce que les coqs prennent le relais. C’est le matin, le moment du « pipiri chantant », le jour est ouvert et les choses recommencent.

Césaire mort, c’est d’un pas encore mal assuré qu’on avancera. Mais le muscle se développera.

On a un peu parlé, entre un sujet sur la traduction d’Astérix en créole et les célébrations pour l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe (le 27 avril), du vingtième anniversaire de la fin de la crise néo-calédonienne. Ici, on avait vécu en totale solidarité avec la Kanakie, anxieux de voir comment les choses pourraient évoluer de la même manière. Reclus dans sa maison de maître, Bernard Pons, l’ancien ministre RPR de l’époque, baron du gaullisme de papa a pris sa retraite dans notre île. Notre générosité nous perdra !

Mai arrive avec sa mémoire blessée. A Setif comme à Saint-Pierre, le « 8 mai » sera contrarié par un autre souvenir. Sous cette latitude, c’est le jour où la Montagne Pelée s’est réveillée en 1902. Un peu plus tard, on se souviendra de l’esclavage et on en fêtera l’abolition.

Nous sommes tous rentrés dans l’Histoire à coups de fouets…

Veillée

La vie et la mort sont intimement mêlées. Comme disait Woody Allen, "la vie est une maladie mortelle, sexuellement transmissible". Par chez nous, on veille les morts avec des conteurs qui viennent raconter la vie du défunt entre autres légendes. À côté de la tristesse des proches, conteurs et tambouyers entre quelques séries de "cric" auquel l'assistance répond "crac", ou "yékrik" auquel l'assistance répond "yékrak", égrainent le fil de la vie de la personne qui s'en est allée. Rires et larmes se mêlent comme vie et mort sont mêlées. Et comme souvent, puisqu'on veille tard dans la nuit, on fait bombance.

J'ai beaucoup aimé le texte signé par Francis Marmande dans le Monde daté de demain et le fait que l'Huma ait fait sa "une" sur Césaire, en allant jusqu'à publier sur son site, la Lettre à Thorez m'a amusé. Au moins, ils ne sont pas rancuniers !

Césaire au Panthéon ? Il y est déjà

Les oiseaux de proies guettaient la nouvelle, la promptitude des réactions et des initiatives cachent mal certaines choses. On a bien fait de réclamer des obsèques nationales... Il y a un tel gouffre aujourd'hui. Ecouter hier Sarkozy parler du grand homme était un crève-coeur. Ils n'ont rien en commun. Sarkozy l'anti-intellectuel, parler sans sensibilité aucune, sans aucune émotion - il n'a visiblement rien lu de Césaire avant les notes qu'on a du lui remettre... Ce n'est pas Guaino qui lui aurait conseillé ces lectures. Des perles aux cochons !

Alors, il y aura des obsèques nationales. C'est bien le moins. Un parlementaire, un grand maire, un acteur politique de premier plan, même loin dans les Antilles dont l'œuvre est devenue aussi un patrimoine de l'humanité. A elle, et la France d'aujourd'hui en premier lieu, de s'en saisir car dans ces lignes écrites depuis trois quart de siècles, se trouvent bien des clés pour comprendre le monde d'aujourd'hui ou en esquisser quelques solutions.

Césaire était loin. Même une tribune dans le Monde ou dans Libé une fois tous les deux ans, une présence autrement. D'ailleurs, c'est le monde qui venait à lui. Quiconque allait en Martinique, toutes tendances politiques confondues devait aller sous le baobab voir le Nègre fondamental.

Le message de la négritude était un message d'émancipation et d'autodétermination. Aujourd'hui, on parle de "communautarisme" pour désigner avec une certaine inquiétude l'affirmation identitaire. Mais c'est en poussant la France dans ses contradictions sans la dénigrer par principe que l'on avant. C'est aussi en s'affirmant soi-même que l'on contribue à "déranger le monde".

C'est pourquoi Sarkozy aux obsèques, je m'excuse de le dire, cela fera tâche car le Président de la république n'a pas encore réussi à faire oublier le candidat ou le dirigeant de droite qui soutenait le "bilan positif" de la colonisation et qui fustigeait "la logique de repentance". Il n'a vraiment rien compris.

A présent, pour faire vivre la flamme, on parle de Panthéon. Juste de l'autre côté de la Montagne Sainte-Geneviève, dans les lieux que l'étudiant fréquenta. Pourquoi pas le Panthéon... Ce n'est qu'une figure imposée. le Panthéon, ce grand bâtiment froid de pierre blanche pour honorer un homme noir dont la chaleur ne doit pas nous quitter ? Pour moi, il y est déjà, car sa mémoire ne disparaît pas. Ce serait un paradoxe bien curieux de voir garder en France la dépouille d'un cœur qui continue de battre dans le monde noir et dans toute la France, y compris outremer...

Bien sûr, dans ce Quartier latin que j'aime tant, il est dur d'avoir vu disparaître les PUF et d'autres librairies et les voir remplacées par des boutiques de fringues ou des restaurant "new food". Rue des Ecoles, il reste encore l'Harmattan ou Présence africaine. L'éditeur de Césaire et de tant d'autres... Tant que ce vent là soufflera, comme l'alizé, nous pourront continuer à respirer.

I kité nou, mé i ké toujou' la

Cruel avril ! Pas de mots pour dire la peine qui nous envahit... Si vous pensez que Césaire n'était qu'un poète "régional", vous vous trompez. C'était comme Victor Hugo et Nelson Mandela à la fois. Il a redonné au Noir, l'homme, l'épithète et la couleur, sa fierté, sa dignité mais ni dans l'arrogance ni dans le ressentiment. Puisque nous Antillais sommes les enfants improbables d'un Viol initial et d'un déracinement total, eh bien soit. La greffe a pris, les racines ont plongé dans ce que l'Humanité sait faire de mieux, faire culture.

C'est avec le "Discours sur le colonialisme" que j'ai passé mon oral du bac de français. En Martinique, Césaire était trop présent simplement pour être une espèce de totem intouchable. Quand on entrant "En Ville", on ne pouvait ignorer les quartiers de Trenelle, de Citron, de Volga ou du Canal Levassor. Les gens qui habitent là, savent ce qu'ils lui doivent.

La figure était celle d'un exemple : ces vieux nègres comme le Médouze de Rue Case-Nègre, nèg chabon avec un accent de France, qui maniait même le serbo-croate, alors même que, poète de la négritude, on ne l'a pas souvent pris en flagrant délire de créolitude.

La semaine prochaine, je verrai Fort-de-France avec une autre saveur... Il n'était pas si présent que cela dans nos vies, mais alors que l'Antillais ne lit pas assez, il y a au moins une fois dans sa vie lu un texte de Césaire. Et c'est bien assez...

Homme de gauche, intellectuel actif, il ne s'est jamais trompé, ce qui est rare pour les savants engagés de notre temps.

Il nous a quittés, mais il sera toujours là dans nos mémoires et dans nos bibliothèques et c'est déjà beaucoup ! Que la France lui accorde des funérailles nationales, c'était bien le moins...

L'état de la gauche martiniquaise

Puisque tout le monde pense à Césaire, quelques mots sur la gauche en Martinique. Traditionnellement, le paysage politique outremer est très morcelé. Les fédérations locales des partis nationaux sont structurellement minoritaires car elles sont perçues comme étant trop « nationales » face à des formations politiques qui prétendent s’intéresser plus au local – étant essentiellement des petits partis qui scissionnent régulièrement les uns des autres autour soit d’ambitions personnelles, soit d’enjeux politiques de nature institutionnelle comme le statut de l’île par exemple. De fait, la vie politique martiniquaise est articulée autour d’un double clivage : le clivage traditionnel droite gauche par-dessus lequel se superpose un clivage entre assimilationnistes-départementalistes d’un côté et autonomistes-régionalistes-indépendantistes de l’autre. Les premiers sont donc moins traversés de divisions que les seconds. Dans les fait, tout dirigeant politique en Martinique, fonde, tôt ou tard, se met à son compte, construisant sa propre formation politique !

La principale force de la gauche, le Parti progressiste martiniquais, a perdu de l’audience au profit du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) d'Alfred Marie-Jeanne, dont le discours a évolué d’un indépendantisme dans la veine du discours anti-colonial des années 60-70 (la Martinique est à mi-chemin entre Cuba et Haïti d’un côté et la Grenade de l’autre).

Le département est majoritairement à gauche. Les deux sénateurs, Serge Larcher et Claude Lise sont membres du groupe socialiste et sur les quatre députés, deux sont membres du groupe socialiste

La députée au parlement européen est socialiste, c’est Catherine Néris.

Les dernières élections cantonales ont vu l’effondrement de la droite locale.

Le conseil régional est dirigé depuis 1998 par Alfred Marie-Jeanne, le dirigeant historique du mouvement indépendantiste – par ailleurs parlementaire. Les indépendantistes y sont majoritaires, mais la gestion de la région les a conduit à un discours plus pragmatique. La gauche constitue la deuxième force loin dernière (9 élus sur 41 contre 28 pour les indépendantistes) et la droite n’a que 4 élus.

Le conseil général est dirigé par le sénateur apparenté socialiste, Claude Lise qui a quitté le Parti progressiste martiniquais (PPM), principale formation de la gauche, fondée en 1958 par Aimé Césaire après son départ du Parti communiste. Lise a formé une coalition de gauche, le Rassemblement démocratique martiniquais et réussi le tour de force qui consiste à avoir autant d’élus que le PPM au conseil général en 2008.

Le conseil général fut le plus souvent à gauche (Joseph Lagrosillière, fondateurs du socialisme martiniquais et un des députés qui dirent « non » aux pleins pouvoirs à Pétain, Georges Gratiant, fondateur du PC martiniquais), mais dans les années 70-80, il a basculé à droite sous la férule d’Emile Maurice, ancien du PPM devenu le dirigeant historique du RPR local.

Aux cantonales de 2008, 22 cantons sur 45 étaient en jeu. La gauche en a remporté 15, la droite 4 et les autonomistes 3. Autant dire que ce fut un raz-de-marée qui confirme l’ancrage à gauche du département depuis 1992. On compte 33 élus de gauche dont deux socialistes. 7 élus de droite et 5 indépendantistes.

L'idée serait qu'une jour la gauche antillaise dialogue dans une sorte de Forum de la gauche où le réalisme et l'efficacité se conjugueraient. On ne peut imaginer aujourd'hui une unité durable - même la formation de Lise n'échappera pas aux scissions. Mais en revanche, des assises annuelles pour échanger, constater les divergences, fignoler les convergences et définir des positions communes quand c'est possible pour le développement du pays.

Césè !

Dans les rédactions, les nécros se préparent. On compulse les archives, on recherche des photos, on se tient prêt car, puisque le poète est à l'agonie, il faudra lui rendre hommage. C'est un exercice assez curieux que celui qui consiste pour un journaliste à ainsi faire de la mort annoncé un événement alors que pour beaucoup, ce sera d'abord une perte irremplaçable. C'est que les hommes publics comme les figures historiques, ne s'appartiennent pas entièrement. Ils ont donné quelque chose à l'humanité, leur talent, leurs œuvres, il est normal qu'elle leur rendent alors quelque chose en retour, la reconnaissance, la notoriété, l'immortalité...

Les deux syllabes en créole sonnent comme le "z" des alizés qui arrosent les Antilles depuis des lustres, de la même manière que les paroles du poètes parlent aux oreilles des nègres des îles depuis plusieurs quarts de siècle. Aimé Césaire, le nègre fondamental. La figure qui domine la Martinique comme le lycée Schoelcher domine Fort-de-France ou les hauteurs de l'ancien Hôpital civil. l'homme qui a donné, curieusement son nom à l'aéroport du Lamentin, enfin, celui de Fort-de-France. Pendant que la famille veille, que la Martinique s'inquiète et que les médecins s'activent, retournez à Présence africaine ou courrez à la FNAC, ruez-vous sur Amazon pour relire ses textes. Il y a tout dedans...

Toutes les France

Ttfce Lundi 5 novembre, j'étais l'invité d'Ahmed El Kheiy dans son émission Toutes les France, diffusée à 19h45 sur France Ô. L'émission est maintenant aussi disponible sur le site de la chaîne. Elle dure 52 minutes.

Ce programme a l'intérêt d'être le seul de ce genre dans le service public où l'on peut débattre de divers sujets sans qu'il s'agisse des éternels experts abonnés aux plateaux télé. Puisque nous sommes dans une société médiatique, le fait de donner la parole à des personnalités plus diverses est un élément d'enrichissement du débat démocratique.

J'y participe avec Karim Zeribi, Gaston Kelman et la démocraphe France Guerin-Pace sur le thème "Qui sont les Français ?"

Un sujet intéressant, truffé de lieux communs si on n'y fait pas attention. L'approche de France -Guérin-Pace, qui travaille à l'INED me plaît particulièrement car cette chercheuse qui est géographe de formation, a décidé de travailler sur la notion de territoires. En étudiant les parcours des gens qu'elle interroge, elle constate une diversité des trajectoires qui fait qu'on s'identifie certes à des origines, à une histoire, mais aussi aux lieux où l'on vit, où l'on a vécu, voire à ceux où l'on souhaite vivre, même sans jamais y avoir mis les pieds.

Le territoire est donc un lieu d'identification, un facteur de fierté comme de discrimination aussi. les migrations choisies ou subies créent une transversalité des parcours qui permettent de tordre le coup aux réflexes trop fréquents de "renvoi aux origines".

Le sentiment d'appartenance ne se construit pas de la même manière selon que l'on se sent intégré sur le plan économique, social ou culturel, selon que l'on se sent exclu ou non. L'éducation joue ici, une fois encore un rôle majeur.

Selon notre capacité à objectiver les rapports à l'identité, notre capacité à trouver notre place dans une société multiculturelle qui ne s'assume pas, nous pouvons plus ou moins facilement nous émanciper d'une histoire que certains comme Kelman peuvent penser comme "contraignante". Pour l'écrivain à succès qui a justifié la création du ministère de l'identité nationale et de l'immigration, l'identité c'est ce qu'on est et pas ce que l'on nous renvoie. Je ne crois pas que les choses soient si simples.

Avec Karim Zeribi, nous convergeons sur le rôle de la République. La nation est un concept de gauche à l'origine qui n'a rien à voir avec une quelconque notion ethnique. Il faut que la République continue de fonctionner dans une société tiraillée par toutes sortes de replis à cause de la mondialisation, à cause du doute dans le "génie français".

C'est de nouveaux héros, de nouveaux modèles, de nouveaux mythes fondateurs dont on a besoin pour que les Français banalisent la réussite de ceux qui ne ressemblent pas au "groupe majoritaire". Le malheur est que les élites se reproduisent selon les mêmes rites et que l'on pense le "métissage" de manière superficielle, en étant l'otage des conventions morales et des risques électoraux. On parle donc de "diversité républicaine", on fait dans l'image, mais rien n'infuse. Si on ne s'attaque pas à l'éducation à tout ce qui forme les imaginaires, on n'y parviendra pas et les constats d'échec nourriront les replis identitaires.
Il s'agit de dépasser l'Histoire qui peut expliquer beaucoup de choses, mais qui ne doit rien justifier. La question doit devenir politique : veut-on construire un projet commun ? Si oui, comment ?

On ne peut pas non plus penser cette question sans dire un mot sur l'individualisme. Par le passé, l'engagement se faisait dans des causes politiques totalisantes car il existait encore des messianismes idéologiques et parce que l'on pensait que l'intégration économique et politique étaient le moyen de réussir l'intégration sociale. Aujourd'hui, chacun retire ses billes. On recommence à faire le tri. "Puisque la France ne veut pas de moi, je ne veux pas d'elle", "la France aimez-là ou quittez-là", on fait de "l'immigration choisie" un programme politique...

Bref, si on parvient pas à créer les conditions d'une communauté de projet, on nourrira les bases d'une société du rejet.

L'affaire du Chlordécone : de la responsabilité politique

D'une ampleur comparable à l'affaire du sang contaminé, le scandale du chlordécone a aussi des ramifications politiques car il y a bien un moment où, en connaissance de cause, une décision a été prise quelque part dans un ministère ou une quelconque administration pour autoriser ou fermer les yeux sur l'importation et l'utilisation en toute impunité et en toute opacité de ce poison. Il y a bien un moment, certain savaient les conséquences de l'usage de ce pesticide sur la santé publique et où quelqu'un a caché l'information ou s'est arrangé pour que ce qui gène soit étouffé.

Plusieurs ministres sont montés au créneau pour ne pas donner le sentiment d'indifférence qui a donné depuis que la chose est connue aux Antilles, c'est-à-dire depuis au moins trois ans. A l'époque "on savait". Le chlordécone a été interdit depuis les années 70 aux Etats-Unis, mais autorisé en France jusque sous le gouvernement Rocard. Manifestement après 1993 - on a continué en connaissance de cause.

Il faut attendre 1999 pour voir les premières mesures scientifiques de l'eau et des sols réalisées. Déjà en 2005, les pouvoirs publics n'avaient pas réagi aux premières alertes des associations environnementalistes.

La sortie du Rapport Belpomme permet enfin de porter l'affaire devant l'opinion publique, mais on voit que le gouvernement et la présidence de l'Assemblée nationale chercher à relativiser la portée et les conclusions de ce rapport. Pourtant, quand on sait combien le calendrier parlementaire est chargé, quand on sait combien la marge de manœuvre du Parlement est réduite, y compris pour la maîtrise de son propre ordre du jour, on se dit qu'il faudra attendre encore... En attendant, la vie continue, les cancers et autres contaminations aussi.
Tout serait beaucoup plus simple si les pesticides étaient biodégradables ! Mais ce n'est pas le cas. Leur toxicité est élevée.

Entre des producteurs peu consciencieux de la protection de l'environnement et des dirigeants politiques soumis à toutes les pressions, ce sont encore les consommateurs, qui entre deux bouchées sont des individus, qui trinquent. Peut-être qu'avec les franchises médicales de Sarko, on trouvera une solution pour les guérir... Mais ça, c'est une autre histoire !

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Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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