C'est la polémique de la semaine. François Hollande, notre nouveau président, a-t-il raison de rendre hommage au père de l'école publique qu'était Jules Ferry le jour de son entrée en fonction ?
Aujourd'hui, l'ancien président du conseil, une des principales figures de la IIIe République, est plus vu au travers de sa vision de la mission civilisatrice de la France qu'au travers de son apport fondamental à la République. Du coup, certains trouvent que l'idée n'est pas judicieuse.
Querelle d'historiens et de militants là où il aurait fallu vivre un moment de communion nationale. Existait-il une figure plus consensuelle à saluer en cette journée ?
Sans doute. Nul doute que cette affaire relancera le débat sur les questions mémorielles. L'Histoire a retenu de Ferry qu'il fut un homme de gauche - cette gauche qui était républicaine sans être socialiste, qu'il fut le fondateur de cette école à laquelle nous sommes encore attachés. Il fut aussi le promoteur de l'expansionnisme colonial de la France, un impérialisme justifié par la nécessité pour "les races supérieures de civiliser les races inférieures".
Depuis, l'usage du mot "race" a été essentiellement associé à d'ignobles drames ce qui a conduit François Hollande, dans un discours destiné aux ultramarins à promettre la suppression du mot de la Constitution. Le "bilan positif de la colonisation", un projet de loi de la droite avait été combattu avec succès par la gauche et l'anticolonialisme fut un combat fondateur pour toute une génération.
Mais il faut être juste. A l'époque de Jules Ferry, les idées qu'il exposa dans son "discours pour le colonialisme" n'était pas minoritaires. La perception des autres civilisations n'était pas aussi "généreuse" qu'aujourd'hui. Et si la gauche a toujours combattu l'impérialisme et toutes les formes de domination et d'aliénation, elle n'a jamais renoncé à propager les principes de la République par delà les frontières. C'était le cas sous la Révolution française. Bien sûr, le discours de Ferry n'effaçait pas les pratiques du colonialisme dans les colonies avec leur train de racisme, d'exactions et d'exploitation.
La réponse de Clemenceau est connue et elle frappe par sa lucidité pour l'époque. Mais il ne s'agit pas de saluer en Ferry le colonisateur, mais l'éducateur et l'anticolonialiste Césaire nous permet de juger sans faiblesse l'impérialiste Ferry.
Les grandes figures d'une Nation ne se lisent pas de manière linéaire à la manière des hagiographies comme celles d'ailleurs écrites dans les livres d'histoire hérités d'ailleurs de la IIIe République.
Il est juste que François Hollande qui a rendu hommage le 10 mai dernier aux victimes de l'esclavage rende hommage à un homme pour qui l'éducation était l'affaire de la République et non un secteur économique ou un domaine ecclésiastique. La République irréprochable, radicale en un mot, passe aussi par une éducation que l'on cesse de sacrifier et que l'on commence enfin à privilégier.
Dans les grands pays, il faut se nourrir du passé pour construire l'avenir.
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