Le décès de James Brown clôt l’ère des pionniers du funk et de la soul, même si Isaac Hayes, Stevie Wonder ou Aretha Franklin se produisent encore. A l’heure où la musique n’est plus aussi inventive. Elle est devenue répétitive.
La France se passionne pour la Star Ac’ et les chanteurs superficiels et il semble fini le temps où elle était la deuxième patrie du jazz. La mort de James Brown, comme celle, il y a 15 ans, de Miles Davis constitue sans aucun doute un vrai tournant.
On peut trouver les paroles des chansons de soul plutôt terre à terre. Admettons que ce ne sont pas de grands moments de poésie. C’est que cette musique fut destinée à la danse et à l’expression de messages simples. Musique de l’âme, elle exprime simplement ce que nous vivons tous quotidiennement sans fioritures.
Le peuple noir, afro-américain a été déporté d’un continent à un autre et sa mémoire fut pour beaucoup effacée. Les civilisations africaines doivent beaucoup aux traditions orales. C’est donc par les sons et le rythme que se transmettent les messages et les héritages.
Ce que la plupart des gens ici garderont de James Brown c’est l’image d’un « entertainer » excessif dont la carrière se résume à « I feel good » et « Sex machine ». D’autres sauront que son répertoire est une mine à samples pour rappeurs.
James Brown fait partie de ces musiciens dont l’écoute du répertoire rend dérisoire presque tout le reste. Jetez toutes vos compils de « R’n’B », de « dance » et autres joyeusetés frappées du logo « vu à la télé » et jetez-vous sur les œuvres de Jackie Wilson, de Curtis Mayfield, de Ray Charles, de Donny Hathaway, de Stax, la Motown et bien sur James Brown. La vraie Star academy ce fut les églises, les « joints » et les studios de Memphis, de Detroit ou Nashville, le « chitlin circuit » où la couleur de peau n’attirait pas ceux qui étaient à la recherche de la nouvelle star, mais les cagoulards du KKK.
Le djeune au jean’s sans fesses qui porte un pantalon trop large – où la place est assez grande pour deux couches découvrira que jeune JB a trimé dans les champs de coton et a fait tous les boulots possibles avant de tenter sa chance.
Entre JB et Stéphanie il y a un monde…
Déjà à l’époque, on parlait de Rhythm and Blues, avant de réduire cette musique à des initiales – le « R’n’B » (arennbi), une version populaire du jazz et du blues exclusivement destinée à la danse et donc Louis Jordan fut l’inventeur dans les années 40 quand le Be Bop se voulait protestataire. Bien sûr, il fallait attendre que Bill Haley et Elvis Presley s’y collent pour qu’on le renomme Rock and Roll…
D’ailleurs, Elvis comme James Brown s’imposèrent au monde la même année, dans la même région. 1956 dans le Sud profond…
Le funk existait déjà dans les années 60. C’était un autre nom donné au Hard bop incarné notamment par Horace Silver dont le titre « Opus de funk » inaugure l’usage du mot. Dans l’argot de l’époque, « funky » veut dire « dégueulasse » et comme tout est aussi affaire de double sens et de sonorités, de « fuck » à « funk » il n’y a qu’un pas… de danse. Le hard bop fut la rénovation du Be Bop sous les auspices du gospel. On parlait aussi de « soul ». Jimmy Smith et son orgue ont laissé de beaux témoignages de cette musique. Les labels Blue note et Verve possèdent un prestigieux catalogue.
Le renouveau de la musique noire passe donc par l’église comme l’a exprimé Ray Charles au début des années 60. Mais là où le pianiste de Floride joue sur les harmonies, la fusion entre les couleurs, le sgenres et les instruments – l’usage du piano électrique, le boxeur d’Augusta reste dans les champs de coton dont la blancheur n’est qu’une illusion. Ce sera en effet la quête de l’épure. Le rythme et le blues. Un riff de saxophone solo aussi puissant que s’il y avait une batterie. Une ligne de basse tellement profonde qu’elle irrigue le tout. Quand à la batterie, qu’elle soit en polyrythmie ou non, elle va donner naissance avec la basse et les riffs de guitare à ce qu’on appelle le « groove » qui est à la soul ce que le « swing » est au jazz – une ambiance de rythme et de sonorités qu’on ne définit pas parce qu’on se contente de la vivre et de se laisser envahir par elle.
James Brown a touché à tout, mais il a excellé dans le funk. Une musique de nègre qui peut être hermétique. Des titres de 6 à 16 minutes, de multiples sessions auxquelles le personnel imprime sa marque, jamais la même, comme dans les autres formes du jazz. D’ailleurs, Fred Wesley, le tromboniste attitré a fait une belle carrière de jazz.
James Brown a en effet propulsé son groupe, les JB’s dans une carrière émaillée de beaux titres comme Pass the peas, Same beat ou Gimme some more.
Le funk et la soul, musiques protestaires, jams undergrounds ou impros sans pareil sont devenus l’âme de la musique noire à partir des années 60 à un point tel que les titres ou les chanteurs les plus connus ne sont pas forcément les meilleurs. D’ailleurs, les amateurs de ce qu’on appelle curieusement « rare groove » ne s’y sont pas trompés. Des inconnus ou oubliés ont refait surface à la faveur d’un disque comme Darondo ou Shuggie Otis, idem, pour Maceo Parker il y a quinze ans.
Bien sûr, ça marchait tellement bien qu’il y avait du fric facile à se faire avec. Les contrefaçons du funk ont eu le succès qu’on sait. Vous savez, le disco…
Le funk est une musique savante là où l’éclate et la fête dominent dans le disco et la techno, débilités simplistes que n’importe quel gamin peut composer sur la boîte à rythme de son synthé Bontempi.
La preuve ? On y revien toujours. Sam Philips avait lancé Elvis car il recherchait un blanc qui sonne comme on noir. Moroder a lancé Donna Summer parce qu’elle avait la tête de l’emploi. On se souvient aussi des impostures comme Black box ou Milli Vanilli.
Quand à James Brown, submergé par le disco, il a été samplé et resamplé. Il chantait « Brother Rap » en 1970 déjà…
Jamiroquai, Axelle Red et tant d’autres n’inventent plus, ils copient ou mieux, ils rendent hommage.
Une bonne heure de soul vaut toute les lignes de coke du monde… Et si Ségolène avait été fan de James Brown, peut-être que j’aurais été son premier supporter ☺
Au Panthéon des musiciens, il y a James Brown, Mozart, Duke Ellington et les Beatles…
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