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Ne laissons pas les peuples sur leur faim

Mauvais jeu de mot pour une réalité cruelle et une question essentielle : en ouvrant nos postes de télévisions ou nos journaux ces derniers jours, on apprend l’augmentation du prix des matières premières et l’explosion de violence dans les pays pauvres avec ce qu’on appelle désormais « les émeutes de la faim ». Ces avec des émeutes semblables qu’ont souvent éclaté les grandes révolutions.

Depuis, la démocratie a permis de créer les conditions d’aller au devant des problèmes pour les résoudre avec les parties concernées. C’est dire que si la violence demeure l’arme de miséreux c’est que la politique et la démocratie sont absentes des processus. En effet, depuis longtemps le fonctionnement des institutions de régulation internationales est sur la sellette. Nous autres sociaux-démocrates ne sommes pas pour leur abolition mais pour leur démocratisation. Le travail entamé par le socialiste français Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI) va dans ce sens avec la volonté de donner une meilleure représentation aux pays émergents. C’est-à-dire faire en sorte que le FMI ne soit pas qu’une sorte de « police bancaire des pays riches » dont les pays du sud, qui sont ceux qui en ont le plus besoin serait systématiquement les victimes.

Alors que nous travaillons au Manifeste du PSE pour les élections de 2009 et que dans quelques semaines le congrès de l’Internationale socialiste se tiendra à Athènes, c’est le moment pour tous les progressistes de garder en mémoire le sens de leur mission et leur rôle historique. Le mouvement ouvrier social-démocrate est souvent né des émeutes de la faim ou de la misère en Europe au XIXe siècle. Il a traduit cette situation en termes politiques et a permis l’organisation de ces population et la conquête du pouvoir pour changer la situation de millions de personnes. Il n’y avait pas que « l’appropriation des moyens de production » ou « la destruction de l’état bourgeois » mais aussi tout simplement ce qu’on appellerait aujourd’hui « la vie et le travail décents ». Il serait curieux et tragique que nous ne soyons pas à la hauteur de l’enjeu… Il y a de plus en plus de protocole dans le travail des partis au niveau international. Il serait temps de faire place à une social-démocratie utile.


Où en est la social-démocratie européenne ?

Logo_pse Le congrès du PS se tiendra alors que le PSE préparera l'élection européenne de 2009. Ce serait dommage que les socialistes ignorent cette dimension dans leur congrès car comme l'Europe sera aussi à l'ordre du jour dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne. Aujourd'hui, la social-démocratie européenne est dans une situation paradoxale. Elle a connu neuf défaites électorales consécutives dans l'ensemble des pays de l'Union, c'est pourquoi la victoire du PSOE a autant d'importance. Les perspectives de victoire pour le Labour ne sont pas très bonnes et le SPD n'a pas encore tranché son débat sur les alliances pour se défaire de la CDU et la battre aux prochaines élections législatives. D'un autre côté, le PSE est un parti plus militant qu'avant. Il s'impose, mais tout cela doit déboucher sur une victoire l'année prochaine.

La controverse demeure sur le rapport au Parti démocrate de Veltroni, mais s'il triomphe de Berlusconi dans une dizaine de jours, les termes du débat changeront. De son côté, le PASOK se remet mal de sa défaite. Papandreou a été mal réélu à la tête du parti - 58 % et sa légitimité est entamée par la situation née des élections de septembre : une droite bien installée, une extrême droite qui a pointé le bout de son nez et un PASOK concurrencé sur sa gauche par les communistes et une mouvance écolo-radicale.

La gauche polonaise est explosée - visiblement, la coalition LiD ne sera pas reconduite en 2009, le MZSP hongrois est malmené dans la coalition au pouvoir...

Mais le tableau n'est pas si sombre car le consensus existe au sein du PSE sur la nécessité de l'affirmation d'un ancrage à gauche, d'une différenciation d'avec la droite. Il est même possible que sur ce point d'ailleurs, le PSE soit plus net que le PS français !

Il va falloir aussi trancher la question de la présidence car si le Traité de Lisbonne est adopté, l'Union sera plus politique et l'idée d'un président de l'Union va faire son chemin. Les sociaux-démocrates ne doivent pas être en reste sur ce sujet. On imagine que tout cela sera le fruit d'arbitrages subtils dans les réunions de dirigeants, mais si les socialistes étaient les premiers à donner un visage à une Union européenne "social-démocrate", ce serait un point fort dans la campagne et pour la suite...

Européennes de 2009 : surmonter les contradictions pour gagner les élections

Une réunion au PSE pour échanger sur la perspective de 2009 et on se retrouve, après l’enthousiasme né des échanges, confronté à la dure réalité : pour gagner les européennes, il faudra faire campagne autrement.

Le PSE est dans une situation paradoxale. Il n’a jamais été aussi politique. Aussi, « militant ». Des militants du PSE – quasi adhérents directs à la procédure actuelle du Manifeste – tout le monde peut y contribuer, le parti socialiste européen a évolué dans sa pratique du statut de parti de partis, à quelque chose qui peut ressembler un peu plus à un parti de militants. Plus exactement, il est possible de militer dans le mouvement socialiste européen dans un espace autonome quand les partis nationaux ne s’y intéressent pas.

Car le souci des partis nationaux, c’est précisément leur caractère national. De la même manière que les électeurs d’un pays de l’Union se déterminent sur les enjeux européens en fonction d’intérêts nationaux immédiats ou d’une perception souvent floue des enjeux européens, les partis abordent les questions européennes en fonction de leurs intérêts. Maximiser leur influence dans le PSE ou au sein du groupe parlementaire ou, à défaut, contrer celle d’autres partis.

Il y a là un paradoxe d’ailleurs car les convergences créent des coopérations régionales. Réelles ou supposées, on devine qu’il existe des aires d’influences comme par exemple les pays scandinaves et la Finlande, les Tchèques et les slovaques, les Allemands, les Britanniques etc… Cela tient aussi bien aux liens entre les partis qu’à l’aura de certaines grandes formations.

Le PSE est plus militant, mais moins puissant. La droite est dominante au Parlement européen et dans l’ensemble de l’Union. Sur le plan hégémonique, on sait que le libéralisme économique et le conservatisme social, conjugués à la montée des replis identitaires forment un cocktail face auquel beaucoup de socialistes se sont confrontés sans l’affronter. Le blairisme, certaines dérives minoritaires sur l’immigration ici ou là jusqu’à la fameuse affaire slovaque d’il y a quelques années, tout cela a montré que l’affirmation d’une ligne de gauche sur les questions économiques et identitaires n’allait pas de soi pour tout le monde. La présidence de Poul Nyrup Rasmussen n’a jamais encouragé cela, bien au contraire…

En 2009, le PSE va devoir mobiliser largement. Il faudra que les partis nationaux prennent la chose au sérieux. Il faudra combattre sur un terrain que nous n’avons pas choisi. D’abord, la presse des pays européens est souvent eurosceptique. Donc soit comme en Grande-Bretagne, elle « tape », soit comme en France, elle ignore.

Il va devoir faire une campagne qui soit tout sauf institutionnelle. On aura un souci une fois encore, comme en 2004 ou en 2005. Pour sensibiliser les électeurs à une question européenne, on les conduit à faire une double démarche. D’abord savoir comment le système fonctionne pour ensuite les persuader de la pertinence de s’exprimer en notre faveur.

C’est pourquoi, il faut imposer l’idée que l’Europe est d’une évidence et d’une réalité telle que c’est un fait accompli. Cela oblige à se positionner en « pour » et « contre ». La droite en général joue sur l’euroscepticisme et le nationalisme. On peut aussi mobiliser des personnes dont la notoriété, la popularité ou la représentativité réduise la dimension élitiste qui est souvent, et parfois, reprochée aux européistes actifs.

Il faut utiliser l’information à notre avantage. « Savez-vous ce que votre député a fait » est une question qui doit crouler sous le nombre de réponses pertinentes et variées, mais pour une fois, la campagne négative, ce qui n’est pas une tradition française, sera utile. Autant l’ensemble du PSE est constitué de partis plus que respectables, autant on ne peut pas en dire autant du PPE. Peu de dirigeants sont autant marqués que Berlusconi, Aznar ou Kaczyński par exemple. Il faut utiliser cela à fond. Car les faits sont têtus.

Enfin, l’exemple des campagnes espagnoles de 2004 et 2008 ou hongroises de 2005 a montré qu’on pouvait être moderne, imaginatif, authentiquement politique et convaincant. Il faut s’en servir.

L’enjeu écologique appelle une révolution verte

Button100x108 Plus personne n’ignore l’importance du développement durable. C’est devenu un aspect désormais incontournable des politiques publiques, de la production et de la recherche. Fini le temps où l’écologie n’était la marotte que de quelques chevelus nostalgiques des années 70. A mesure que l’on avance dans le temps, les effets du réchauffement climatique, de la raréfaction des ressources se font sentir de plus en plus.

Cela appelle une révolution culturelle dans la pensée de la gauche et d’ailleurs cela a été engagé depuis quelques temps.

Après le temps de l’indifférence est venu le temps de la réparation. On produit, on consomme, puis on nettoie. A l’évidence, ça ne suffit pas. L’ampleur de la pollution ne vient pas de la seule consommation, mais aussi de la production. D’ailleurs, c’est tout le système économique qui est concerné : la production mobilise les ressources naturelles dans une quantité que la disponibilité des sols ou des sous-sols ne peut suivre et la consommation, à l’autre bout de la chaîne entraîne une pollution que la biodégradation ne peut entièrement digérer.

De la même manière que les sociaux-démocrates ont évolué dans leur conception de l’état providence redistributeur à l’état-providence anticipateur et prévoyant, c’est toute la conception de la production qui doit être repenser en termes écologiques. C’est dans la conception même de l’exploitation et la transformation des ressources qu’il faut repenser. On peut imaginer la confection de normes écologiques qui permettent de mesurer le risque polluant d’un processus de fabrication ou de l’utilisation d’un produit. On peut imaginer une incitation fiscale selon le principe : plus ça pollue, plus c’est taxé.

La modification des comportements de consommation en vertu des impératifs écologiques est déjà en train d’entrer dans les mœurs. C’est un combat culturel de longue haleine car la consommation de masse, l’accumulation, sans lien direct avec les besoins réels est le résultat du système économique dans lequel nous sommes. La surconsommation génère des profits, mais elle provoque des gaspillages.

Puisque la menace est globale, la réponse doit être elle aussi globale. Mais seules des sociétés avancées peuvent décider politiquement de faire ce qui est encore aujourd’hui un choix fait par des gens conscients des risques. Dans les pays en voie de développement, la chose relève d’un luxe car le besoin immédiat est de produire plus pour s’enrichir plus. Ce qui serait une norme internationale serait alors un frein au développement.

C’est la raison pour laquelle il faut penser le développement, également selon l’impératif écologique, et cela d’autant plus que la raréfaction des ressources et les effets du réchauffement climatique sont particulièrement perceptibles dans les pays dits « du sud ».

On n’y parviendra pas si on oppose croissance et écologie. C’est pourquoi, si la consommation responsable relève d’une norme sociale issue d’un combat culturel et d’une action dans les mentalités qui pourrait même être encadrée par la loi, la production écologique peut être un enjeu technologique. Créer de nouvelles technologies de production responsable peut devenir un défi à relever intéressant. Cela peut créer de nouveaux marchés et entraîner une concurrence utile.

Voilà un des sujets que le mouvement progressiste européen peut initier et que quelques états voir l’Union européenne peuvent approfondir.

Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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