Une réunion au PSE pour échanger sur la perspective de 2009 et on se retrouve, après l’enthousiasme né des échanges, confronté à la dure réalité : pour gagner les européennes, il faudra faire campagne autrement.
Le PSE est dans une situation paradoxale. Il n’a jamais été aussi politique. Aussi, « militant ». Des militants du PSE – quasi adhérents directs à la procédure actuelle du Manifeste – tout le monde peut y contribuer, le parti socialiste européen a évolué dans sa pratique du statut de parti de partis, à quelque chose qui peut ressembler un peu plus à un parti de militants. Plus exactement, il est possible de militer dans le mouvement socialiste européen dans un espace autonome quand les partis nationaux ne s’y intéressent pas.
Car le souci des partis nationaux, c’est précisément leur caractère national. De la même manière que les électeurs d’un pays de l’Union se déterminent sur les enjeux européens en fonction d’intérêts nationaux immédiats ou d’une perception souvent floue des enjeux européens, les partis abordent les questions européennes en fonction de leurs intérêts. Maximiser leur influence dans le PSE ou au sein du groupe parlementaire ou, à défaut, contrer celle d’autres partis.
Il y a là un paradoxe d’ailleurs car les convergences créent des coopérations régionales. Réelles ou supposées, on devine qu’il existe des aires d’influences comme par exemple les pays scandinaves et la Finlande, les Tchèques et les slovaques, les Allemands, les Britanniques etc… Cela tient aussi bien aux liens entre les partis qu’à l’aura de certaines grandes formations.
Le PSE est plus militant, mais moins puissant. La droite est dominante au Parlement européen et dans l’ensemble de l’Union. Sur le plan hégémonique, on sait que le libéralisme économique et le conservatisme social, conjugués à la montée des replis identitaires forment un cocktail face auquel beaucoup de socialistes se sont confrontés sans l’affronter. Le blairisme, certaines dérives minoritaires sur l’immigration ici ou là jusqu’à la fameuse affaire slovaque d’il y a quelques années, tout cela a montré que l’affirmation d’une ligne de gauche sur les questions économiques et identitaires n’allait pas de soi pour tout le monde. La présidence de Poul Nyrup Rasmussen n’a jamais encouragé cela, bien au contraire…
En 2009, le PSE va devoir mobiliser largement. Il faudra que les partis nationaux prennent la chose au sérieux. Il faudra combattre sur un terrain que nous n’avons pas choisi. D’abord, la presse des pays européens est souvent eurosceptique. Donc soit comme en Grande-Bretagne, elle « tape », soit comme en France, elle ignore.
Il va devoir faire une campagne qui soit tout sauf institutionnelle. On aura un souci une fois encore, comme en 2004 ou en 2005. Pour sensibiliser les électeurs à une question européenne, on les conduit à faire une double démarche. D’abord savoir comment le système fonctionne pour ensuite les persuader de la pertinence de s’exprimer en notre faveur.
C’est pourquoi, il faut imposer l’idée que l’Europe est d’une évidence et d’une réalité telle que c’est un fait accompli. Cela oblige à se positionner en « pour » et « contre ». La droite en général joue sur l’euroscepticisme et le nationalisme. On peut aussi mobiliser des personnes dont la notoriété, la popularité ou la représentativité réduise la dimension élitiste qui est souvent, et parfois, reprochée aux européistes actifs.
Il faut utiliser l’information à notre avantage. « Savez-vous ce que votre député a fait » est une question qui doit crouler sous le nombre de réponses pertinentes et variées, mais pour une fois, la campagne négative, ce qui n’est pas une tradition française, sera utile. Autant l’ensemble du PSE est constitué de partis plus que respectables, autant on ne peut pas en dire autant du PPE. Peu de dirigeants sont autant marqués que Berlusconi, Aznar ou Kaczyński par exemple. Il faut utiliser cela à fond. Car les faits sont têtus.
Enfin, l’exemple des campagnes espagnoles de 2004 et 2008 ou hongroises de 2005 a montré qu’on pouvait être moderne, imaginatif, authentiquement politique et convaincant. Il faut s’en servir.
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