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21 conditions...

Enfin elle est sortie ! La nouvelle déclaration de principes du Parti socialiste - la cinquième - a été présentée à la presse hier, 21 avril, les militants la recevront, les fédérations pourront l'amender. C'est le résultat d'une commission animée par Alain Bergounioux et Henri Weber. Il sera intéressant de voir la manière dont les gens réagissent. Cette "carte d'identité du Parti socialiste", n'est ni un projet ni un programme. C'est un moment, il le fallait, de définition. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Aussi, puisqu'en politique les mots ont un sens et que tout ne relève pas de l'évidence, il faut dire ce que l'on est, ce que l'on veut faire, pourquoi, comment et avec qui.

Aucun des journalistes présents hier au point de presse n'a tiqué sur le chiffre magique. "21" articles. Référence au siècle ? Non, petit clin d'oeil à un passé dont le déroulement a durablement mis les socialistes sur le divan de l'histoire par rapport aux autres formations de la gauche. D'après ce que j'ai compris, on avait abouti à 19 articles. Deux petits malins se sont imaginés qu'il serait "amusant" d'arriver à 21. Deux articles manquaient. Lesquels ? l'Histoire le dira. Pas par nostalgie, mais pour affirmer que la séquence ouverte en 1920 est finie. Rappel pour mémoire : en juillet 1920, le IIe congrès de l'Internationale communiste définit 21 conditions pour y adhérer. La révolution bolchevique inspire l'ensemble du mouvement ouvrier, mais les prémonitions de Kautksy ou Luxemburg ne suffisent pas à modérer la tendance à la "bolchevisation". On connaît la suite, le Parti socialiste -SFIO réuni en congrès à Tours se divise. 75 % des congressistes décident d'obéir à ces 21 conditions. Cette scission à Tours ouvre la voie vers le Parti communiste et une division durable de la gauche française. Il n'y a que lorsqu'elle a su s'allier, qu'elle a pu vaincre.

Aussi, puisque "le Parti socialiste ne se résigne pas aux divisions de l'Histoire", n'est-il pas le moment de créer les conditions d'une union durable pour vaincre durablement ?

Le texte consacre la social-démocratisation du PS en rompant avec l'idée de révolution qui, au XXIe siècle ne correspond à rien. Il permet au Parti socialiste d'assumer son adhésion à une certaine forme d'économie de marché, puisqu'elle est multiforme - la nôtre, sera sociale et écologique. Nous sommes qui nous sommes et nous ne nous en laissons pas compter - ni par les conservateurs qui sous couvert de modernité sont de faux réformateurs, mais de vrais réactionnaires, ni par la gauche radicale qui sous couvert d'authenticité refuse l'unité d'action politique réformatrice, préférant un sectarisme élitiste, justifié non pas par l'analyse du présent, mais par un passé dépassé (mais pas par elle).

C'est à partir de ce texte que la reconstruction est possible. Il ne faut pas faire comme s'il n'existait pas...

Bensaïd va-t-il adhérer au Parti socialiste ?

Alain Bergounioux et Henri Weber organisent depuis plusieurs mois des rencontres de la rénovation au siège du PS auxquelles ils invitent des intellectuels pour débattre de sujets divers.

La ruse des dates a voulu que Daniel Bensaïd, auteur de l'excellent Eloge de la politique profane, qui précède de quelques semaines une vive réponse à BHL sur la gauche, 40 ans après avoir rédigé son premier livre avec Weber, Mai 68, une répétition générale ? vienne, dans les lieux du PS débattre de l'actualité de la révolution au XXIe siècle.

Bien sûr, c'est amusant de voir le philosophe, théoricien de la LCR - qui d'ailleurs ce soir s'est plus revendiqué léniniste que trotskiste car il pense que Lénine était un formidable penseur du moment présent et notamment de la pluralité politique - débattre avec son ex complice qui, depuis, a "régressé" de la IVe à l'héritière de la IIe Internationale, qui est devenu sénateur, proche de ce qui a été considéré comme l'aile droite moderniste du PS. De l'autre côté, il y avait Alain Bergounioux, social-démocrate assumé, nullement impressionné, ni nostalgique de quelque radicalité que ce soit.

Une telle affiche ne pouvait être que stimulant étant entendu la curiosité enfantine qui anime ces papys de la politique à décortiquer la politique et à envisager les couloirs du possible.

Débat intellectuel trop éloigné des "vraies préoccupations des vrais gens qui veulent du concret tout de suite", peut-être, mais dans le même temps, la politique, quand elle est vécue comme un acte de consommation, se coupe de la possibilité d'envisager l'avenir et ses mutations. Or, gouverner, c'est prévoir.

Ce qui nous différencie de 1968, c'est qu'à l'époque, les révolutionnaires avaient une idée très nette du monde alternatif qu'ils jugeaient nécessaire à construire. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. L'autre monde possible et souhaitable n'est pas défini.

Mais quand on interroge Bensaïd sur les perspectives révolutionnaires du nouveau siècle, il déclare ne pas savoir à quoi elles ressembleront, ni même si elles déboucheront. On est loin du discours prophétique classique des trotskistes qui pronostiquent dans le moindre conflit les germes d'une crise ultérieure qu'il faut féconder pour qu'elle accouche d'une révolution à laquelle le parti révolutionnaire s'est préparé.

C'est une première rupture. Le philosophe concède que la pauvreté croissante met un terme à toutes les possibilités de grands récits collectifs qui permettraient de dessiner un autre avenir. Il déplore une privatisation de tout et une dépolitisation rampante qui se caractérise par une neutralisation de l'espace politique - le mot "gouvernance" c'est "le gouvernement moins la politique" c'est la bonne gestion sans accrocs.

D'ailleurs, il considère que la formation politique et l'organisation sont des questions qui ont changé de nature. Le parti doit être un parti de militants et pas simplement d'adhérents tant il est vrai qu'à l'âge de l'internet, autant on a là un formidable outil de lutte contre la bureaucratisation des organisations, autant c'est un instrument de démobilisation car aucune pétition en ligne ne remplace les rassemblements physiques de personnes dans des réunions par exemple. Par ailleurs, le cybermilitantisme, en diminuant l'espace du débat contradictoire peut conduire à des dérives plébiscitaires dans les choix à faire.

Il concède que les grands partis ne peuvent pas être des partis strictement de militants et qu'ils sont tôt ou tard confrontés à la question des formes diverses d'action politique.

S'agissant de la formation politique, il remarque que les jeunes des années 60 entraient en politique avec des cadres de références constitués dans une classe ouvrière qui avait une mémoire. De nos jours, c'est l'actualité qui constitue la référence, l'intuition et il faut s'armer d'imagination et de patience pour intéresser les gens, dans la formation politique, aux classiques. Il faut donc penser de nouvelles formes de formation politique.

Si dans la révolution il y a une dimension mythique, il dit avec Debord que "lorsqu'on n'a plus de perspective historique, on n'a plus de pensée stratégique".

La deuxième rupture intervient dans le fait qu'il reconnaît la pertinence de l'Europe et d'une nouvelle politique keynésienne pour inverser les tendances actuelles du marché. Au final, la divergence fondamentale entre sociaux-démocrates et révolutionnaires serait dans la formule de Bad Godesberg : "le marché autant que possible, l’Etat autant que nécessaire". Pour les révolutionnaires de la LCR, ce serait plutôt : "l’Etat autant que possible, le marché autant que nécessaire."

Alors Bensaïd, révolutionnaire par principe, mais réformiste pragmatique ? Non. Révolutionnaire pour mettre la barre haut afin d'avancer. Pour aiguillonner une social-démocratie qui doit trouver sa voie entre les écueils du blairisme ou du veltronisme ?

Peut-être. En tout cas, l'idée de révolution est morte de ne pas avoir de perspective alternative au système actuel que seul la social-démocratie, historiquement, a été en mesure de réformer sans catastrophes humaines. C'est tout le drame du trotskisme et du léninisme d'aujourd'hui. En s'obstinant à survivre, voire à supplanter les vieux partis staliniens, au moins en France, il ploie sous la contradiction qui existe entre un conservatisme nostalgique qui l'impuissante tant il est anachronique et un désir d'agir dans le monde tel qu'il dans un désir d'unité avec une gauche réformiste qui représente l'acteur le plus efficace pour la cause des travailleurs, pour peu qu'elle daigne se retrousser les manches puisque comme le dit Weber, il s'agit pour eux de s'organiser à la hauteur de la force qui les exploite pour construire le rapport de force favorable.

Pour la reconstruction, il faut une nouvelle déclaration de principes

L’Histoire ne repasse pas les plats, on le sait. En 1967, la gauche avaient raté la majorité parlementaire d’un siège seulement. En 1968, c’était un peu « l’année où nous n’étions nulle part » car le Mouvement de Mai avait vu les anarchistes et les gauchistes, contester l’hégémonie du PCF et de la CGT, meilleurs alliés du gaullisme pour la circonstance. Avec le recul, de manière un peu pathétique, Mitterrand avait, un peu hâtivement annoncé sa disponibilité. La suite, on la connaît, une baffe électorale à la présidentielle de 1969 dont l’ampleur en termes de faiblesse de la gauche n’a été égalée… qu’en 2007.

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Pour continuer avec les histoires de truelle...

"Reconstruction" est le nom du courant historique des rocardiens. Il a existé dans l'UNEF-ID et aussi dans le PS. Autant dire que tout ne sort pas toujours de nulle part. Ceux qui ne croient pas dans ce processus se moqueront des précautions de langage : "rénovation, reconstruction" tout cela se vaut. Mais justement, pour gagner en 2012, comme n'aurait pas dit Henri IV, le PS vaut bien une reconstruction.

Depuis 2002, seuls les amis de Dominique Strauss-Kahn et de Martine Aubry se sont attelés à un travail politique et intellectuel de réflexion. Cela a donné les travaux d'À Gauche en Europe et les publications de Réformer. Peu, sur le plan strictement idéologique opposait les deux membres de l'ancienne charnière du gouvernement de Gauche plurielle dirigé par Lionel Jospin dont il faut toujours rappeler qu'il est lui-même issue d'une entreprise, les Assises de la transformation sociale "commandées" par Michel Rocard, "soutenues" par Jospin et "animées" par Cambadélis. Le désir de rapprochement vient de là. Si les socialistes d'alors furent capables de se reparler avec d'autres composantes de la gauche, ils devraient pouvoir en faire autant avec des gens de leur propre parti.

Quand on a expliqué que tout l'enjeu du gouvernement Jospin et pour la gauche ensuite, c'était de créer les conditions d'une nouvelle alliance entre les classes moyennes et les classes populaires, ce sont Laurent Baumel et Henri Weber qui l'ont formulé dans un livre.

Certes, si on fait l'impasse sur le travail idéologique pour ne retenir que les configurations tactiques qui en découlent à l'heure où on parle, on se fait inutilement peur. Avant de chercher les alliances, il faut trouver les convergences.

Au MJS, les courants Pluriel, AJS et maintenant Convergences réformistes ont toujours su allier leur forte identité et la nécessité de l'ouverture. La rénovation du MJS que l'on portait entre 1998 et 2002, combat dur qui a traumatisé et blindé trois générations de militants - eh oui, au MJS, les temps sont courts - s'articulait en effet sur la rénovation des pratiques, l'ouverture du MJS sur la Jeune gauche et sur l'idée que pour tirer la gauche dans le bon sens, il fallait en être le poil à gratter. Si pour les jeunes le congrès de Lamoura fut traumatisant, les congrès de Paris et de Bordeaux du MJS ont démontré que finalement, nos idées avaient fini par s'imposer.

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La truelle et le marteau

Le nom de baptême est acquis. On les appelle les « reconstructeurs ». La presse, et donc les militants socialistes qui cherchent à en penser quelque chose, les considèrent moins sur la base de ce qu’ils disent que sur leur passé. Ce serait une alliance des « anti », enfin un front unique, mais animé d’un seul objectif : « ni Delanoë, ni Royal ». Il y aurait Socialisme & démocratie, Rénover maintenant, Réformer de Martine Aubry et des amis de Laurent Fabius. Cette somme de noms et de courants reste encore illisible car finalement, l’essentiel n’est pas là.

Si on a l’intelligence de se demander ce qu’Alain Bergounioux, Henri Weber, Bernard Soulage, Michel Rocard ou Claude Bartolone ont à se dire, on y verra autre chose qu’un simple mécano d’appareil destiné à contrer deux présidentiables ou la réédition des synthèses molles du passé.

« Du passé faisons table rase » serait-on tenté de dire pour justifier la démarche. Le Monde (et le PS) doit changer de base poursuivrait-on pour emporter les dernières hésitations. Mais non. Un bon moyen de donner sa chance à cette démarche reste encore l’Histoire.

L’Histoire de ces courants ou des courants du PS que l’on retrouve dans l’initiative des Reconstructeurs justifie pleinement leur démarche.

D’abord, ces courants, dans une période récente se sont séparés de la majorité du Parti, que nous-mêmes, n’avons jamais eu le cran de quitter. Du coup, ils ont dû formuler leurs désaccords et construire une alternative politique. Bien sûr, rien n’était achevé et beaucoup devait aux manœuvres, mais il y a eu une prise de distance.

Ensuite, n’a –t-on pas accusé depuis toujours les « fabs » d’être des « droitiers » ? Fabius ne fut-il pas avec Rocard, chacun à sa façon, un des premiers chantres de la modernité du socialisme dans les années 80 ?

Montebourg n’a-t-il pas, avec sa C6R procédé à une remise en question systématique d’une Ve République que les socialistes, dès l’origine ont, pour une bonne partie combattu – une des scissions majeures de la SFIO en 1958 reposait aussi sur le rapport au gaullisme ?

Mais tout cela peut paraître loin. Alors on pensera aux haines structurantes. Pour un rocardien et un jospiniste, quand cela avait encore du sens, il y avait deux ennemis irréductibles : la Gauche socialiste des Dray-Lienemann-Mélenchon et les fabiusiens. C’était Satan et Belzébuth en personne. Depuis, on voit bien que tout cela est derrière nous.

Le Fabius de Bercy n’était ni plus ni moins« étatophile et dépensolâtre » que son illustre prédécesseur. Il a rêvé du FMI, l’autre y est aujourd’hui. Et alors ?

Reste donc, l’Europe. Un mur entre deux parties du parti. C’est encore une divergence, mais pas sur l’essentiel : le projet européen. Quelle Europe ? Fabius a cru que le « non » serait une étincelle, hormis le blocage, il n’y a eu aucune issue. On était en désaccord sur l’opportunité de la participation sans soutien à une Europe dans laquelle nous étions idéologiquement minoritaires.

Mais puisque personne ne prône la sortie de l’UE ou du PSE que l’on sait qu’en politique, quand on souhaite une pause, il en résulte un recul, la seule question qui vaille est celle du sens de la marche.

Tant de convergences cachées et tant de divergences réelles nécessitent de prendre la bonne mesure de l’univers des possibles. Il est assurément plus vaste qu’on ne veut bien l’admettre.

Car la reconstruction c’est aussi réaliser au PS ce dont beaucoup parlent mais que personne ne fait : trancher les débats à trancher, s’armer de positions claires et organiser un parti adapté à la nouvelle période. Bref, ne pas faire comme si ne rien n’était, comme si rien ne dépendait de nous ou comme si, « on verra bien ».

En politique, il faut toujours se méfier des évidences. Tout ne va pas de soi.

Il faut rénover les outils. Ils sont rouillés. Laissons aux autres la faucille qui tranche les têtes pour n’en voir qu’une seule comme si le salut ne venait que de présidentiables pour qui le Parti est un poids mort ou un piédestal – ce qui n’est pas loin finalement d’un marchepied. Gardons le marteau qui permet de solidifier la Maison commune, d’affermir ses fondations et de donner un rythme à la marche vers la reconquête. Armons-nous de la truelle qui permet de mélanger les ingrédients dont nous avons besoin pour constituer le ciment de l’unité et la cohérence de la reconstruction.

L’internationalisme commence par l’Europe

Sur nos cartes d’adhérent, il y a, à côté du poing et la rose, le logo du PSE. C’est dire qu’en adhérant au Parti socialiste, on devient membre du PSE. Mais jusqu’à l’année dernière, cela ne recouvrait aucune réalité. Le PSE était un « parti de partis » et seuls, quelques dirigeants allaient dans des réunions internationales avec d’autres dirigeants qui n’avaient rien des réunions d’une « Internationale ouvrière » où chacun parle dans sa langue et où l’on vote avec enthousiasme des résolutions intraduisibles, persuadé qu’on chacun représente le prolétariat organisé de son pays mais avec enthousiasme parce qu’on est assis entre un camarade belge et un autre qui représente les camarades américains !

L’internationalisme que l’on vante comme une des valeurs essentielles de la gauche, on ne s’en souvient que dans les textes de congrès.

Mais aujourd’hui, dans la pratique, avouons-le, cela n’existe pas tellement. Le rapport du Parti socialiste aux questions internationales a beaucoup changé avec l’exercice du pouvoir. On aborde plus les choses d’un point de vue des relations internationales que d’un point de vue « internationaliste ». D’ailleurs, on sait que dans l’Internationale socialiste, il y a des choses surprenantes quand on sait que le parti de Lula n’y est pas alors que celui de Ben Ali y est ! Le comité d’éthique de l’IS, présidé par Pierre Moscovici a commencé à se pencher sur la question, mais, c’est un travail ardu depuis que la « realpolitik » existe même dans la gauche.

Certes, le monde est devenu complexe, mais il n’y a plus de pratique socialiste des relations entre partis ou entre pays. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir comment on se positionne sur la Russie, Poutine, la Tchétchénie d’un côté et de l’autre, Chavez ou Morales…

Pourtant, il n’en fut pas toujours ainsi.

Rappelons que c’est aussi sous la pression de l’Internationale et en particulier de la social-démocrate allemande qui la dominait alors que les socialistes français se sont réunis pour former la SFIO.

Dans les années 70, militer au PS cela signifiait côtoyer des camarades espagnols, portugais, chiliens ou grecs présents en France pour des raisons douloureuses.

On se rappelle du congrès du PSOE à Suresnes en 1974. Congrès de rénovation, il se tient en présence de François Mitterrand et Willy Brandt. Il voit l’avènement de la jeune génération emmenée par Felipe Gonzalez, ouvrant la voie à la reconquête du pouvoir douze ans plus tard pour quatorze années décisives qui changèrent profondément l’Espagne.

On se souvient de l’amitié personnelle entre Mitterrand et Soares ou entre Mitterrand et Andreas Panpandreou – le PS et le PASOK parvenant au pouvoir à quelques mois d’intervalle en 1981…

Qui se rappelle qu’en 1973, des dirigeants socialistes sont parti à Santiago pour aider à « sortir » des camarades chiliens après le coup d’état de Pinochet !

Depuis, les choses ont changé. Les organisations qui ont précédé le PSE étaient fréquentées par de hautes figures qui avaient connu des moments tragiques de l’Histoire, certaines ont marqué pour longtemps le mouvement social-démocrate européen comme Olof Palme ou Bruno Kreisky.

Chacun se souvient de ce qui restera dans son histoire peut-être, comme « l’Occasion manquée », quand la majorité de l’Europe était gouvernée par les sociaux-démocrates et où la seule initiative qui exista fut la proclamation de la fameuse « Troisième voie » de Blair et du Nouveau centre de Schröder.

Tirant les conséquences de cette époque, la présidence de Rasmussen a constitué un progrès car le PSE a compris qu’il ne pouvait plus être qu’un parti de partis dont l’ambition politique serait toujours retenue par le désintérêt que cause la place des enjeux nationaux qui étouffent le reste, que le sentiment d’appartenance à cet ensemble qu’était l’Europe devait trouver un débouché organisationnel plus durable que les manifestations contre la guerre en Irak ou les forums sociaux ou les contre sommets.

Bref, puisqu’ils existaient des socialistes européens – ou plus précisément, européistes – qu’ils se revendiquaient comme tels, il ne fallait pas s’arrêter à la coordination des directions politiques, mais aller jusqu’à l’organisation de la base.

Dès lors, il y avait deux manières d’aborder le problème. Soit d’un point de vue de l’organisation : quelle articulation entre « la base » et le sommet ? Quelle importance accorder au militant dans une prise de décision sur laquelle tel ancien premier ministre a plus de prise ? Soit d’un point de vue de l’action politique : le PSE n’est pas le parti démocrate américain, avec lequel du reste, il espère créer des points de convergence : il n’existe pas qu’au moment des élections et au Parlement. Il prétend avoir une vie ailleurs qu’à Bruxelles plus fréquente que tous les cinq ans.

Les Français ont été à la pointe du combat pour l’évolution du PSE vers un parti d’adhérents et de militants. Alain Richard a régulièrement plaidé cette cause en tant que vice-président.

Le PSE a lancé l’initiative il y a un an des « PES activists », des militants du PSE. Il s’agit de promouvoir le débat européen dans tous le pays de l’Union, de renforcer l’attention sur les élections. Par exemple, à l’occasion des élections en Pologne, les militants du PSE organisèrent la campagne en faveur du LiD auprès de la communauté polonaise de France. Ce ne sont pas des actions de masse pour le moment, mais ce n’est qu’un début.

Déjà, des militants du PSE avaient participé au congrès de Porto. Désormais, tous les militants des trente partis membres du PSE ont leur mot à dire sur le programme des sociaux-démocrates lors de prochaines élections européennes en 2009. Ce Manifeste va s’élaborer à la base dans une première phase, jusqu’en juin. Il est possible de contribuer en ligne sur le site ad hoc : Manifesto2009.pes.org et de prendre des initiatives comme des groupes de travail par exemple. La voix des militants du PSE de France est déjà connue, il faudra renforcer cette action.

Le Conseil du PSE à Sofia

Pes_sofia2007 Du 21 au 23 novembre dernier, le conseil du PSE s’est réuni à Sofia en Bulgarie, quelques mois après que ce pays eut rejoint l’Union européenne avec la Roumanie. Le Conseil du PSE se réunit entre les congrès pour débattre sur sujets politiques. Il rassemble un quart des délégués au congrès. Celui de Sofia était stratégique car il se tenait un an après la réélection de Poul Nyrup Rasumssen à la tête du PSE, au lendemain de la sortie de crise avec le traité « simplifié ». Le conseil de Sofia ouvrait aussi le cycle de préparation des élections européennes de 2009 avec le coup d’envoi de l’élaboration du Manifeste 2009, la plate-forme programmatique des socialistes et sociaux-démocrates européens auquel tous les militants sont appelés à contribuer.

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Les socialistes et la Nation

« Un peu d’internationalisme éloigne de la nation, beaucoup d’internationalisme ramène à la nation. » Jean Jaurès

Parmi les thèmes majeurs retenus par la direction du Parti socialiste dans le cadre du débat sur la rénovation, il y a celui du rapport des socialistes à la Nation. Un sujet qui a retrouvé une importance dans la dernière période avec la manière dont Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se sont approprié ce thème, dans une perspective que les socialistes combattaient ou qu’ils avaient perdu de vue depuis longtemps.

Est-il utile de se poser la question aujourd’hui ? Oui car la Nation est à l’origine en France, une « invention » de la gauche dont le premier combat, avant celui pour le socialisme, fut le combat pour la République.

La question nationale, si on la croit importante, doit être traitée avec sérieux, d’un point de vue de gauche. Si on pense qu’à l’époque de la mondialisation et de la construction européenne elle n’est plus aussi pertinente, il faut avoir le courage de le dire. Il ne faut simplement pas, s’en saisir uniquement pour ne pas être en reste face à la droite. La gauche a toujours ou longtemps eu un discours sur la Nation, une relation étroite entre la Nation et l’Etat. Elle peut évoluer et déclarer ce cadre obsolète, mais il faut argumenter.

Il ne faut pas avoir peur de cliver fortement, dès la définition, avec la droite sur ce sujet car d’un point de vue historique, la divergence avec la droite relève de quelque chose de plus tranché qu’une simple nuance.

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Où en est la social-démocratie allemande ?

De l’avis de tout le monde, le congrès de Hambourg fut important. Le SPD gouverne avec la CDU dans une coalition pour la première fois depuis 40 ans. La popularité d’Angela Merkel et la réalisation de quelques réformes issues du programme du SPD réduit l’espace des sociaux-démocrates d’autant plus que la concurrence du parti Die Linke est sévère.

Avec le coup de barre à gauche, aura-t-on pour la première fois dans l’Histoire un SPD plus à gauche que le PS ?

Ce qui est sûr, c’est que le congrès de Hambourg est pour le SPD aussi important que celui de Bad Godesberg de 1959 quand les sociaux-démocrates ont rompu avec toute référence au marxisme et celui de Berlin de 1989 après la Chute du Mur. Ce devait être l’occasion d’adopter un nouveau Programme fondamental.

Le PS et le SPD sont tous deux en crise. Ces deux partis sont liés de manière particulière depuis longtemps. On se rappelle que lors du congrès de l’Internationale à Amsterdam en 1904, les théoriciens de la social-démocratie allemande, Kautsky et Bebel avaient à la fois condamné la participation des socialistes français aux gouvernements bourgeois, donnant raison à Guesde contre Jaurès et incité les socialistes français à se rassembler dans un seul parti. Christelle Flandre a notamment illustré la période qui va de 1971 à 1981 dans son ouvrage Socialisme ou social-démocratie, regards croisés franco allemands, publié par la Fondation Jean Jaurès en 2006.

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