Je livre ici un texte écrit par Yann Kukucka, un camarade du PS dans Libération.
Pour répondre à la crise de la représentativité politique que traverse la France, la "démocratie participative" ne suffit pas.
Un contre-pouvoir à l'opinion: l'engagement
Par Yann Kukucka, publicitaire, militant socialiste
Il y en a qui voudraient inventer un genre nouveau de communication politique (pour la "débrider" disent-ils dans Le Figaro du 15 novembre) : la publicité. Cette nouvelle espèce de propagande n'est
pourtant pas l'outil le plus révolutionnaire qui soit. Nous connaissons cet instrument par coeur, le préféré des empereurs, des rois et des dictateurs. Pour sûr, l'impact qu'auront les affiches 4x3 UMP, les billboards Désirs d'Avenir et les bannières flash Front National sera énorme. Mais, au-delà même des dérapages possibles, ce qu'implique ce type de communication politique se résume en deux mots : populisme et démagogie.
Les professionnels du marketing que nous sommes le savent bien. Car c'est notre métier d'abuser de l'image, de packager un produit pas toujours vendable, de le transcender en une envie incontournable. Et en vérité : mentir. Ça marche, c'est propre et inodore. Pourtant, ce n'est pas en ces termes que nous répondrons à la crise démocratique que traverse la France. Bien au contraire : ce serait irresponsable.
D'autres, plus aguerris, prennent acte d'une sorte de « démocratie participative » naissante. La modernité que voilà : donner à chacun, citoyen expert, les moyens de contribuer au débat public. Certes, cela permettrait, comme le soulignait il y a quelques semaines dans son blog Jacques Attali d'éviter que les Français « expriment un jour de façon brutale [ce qu'ils ont visiblement à dire] ». L'idée : développer les blogs citoyens, les forums publics, les sites coopératifs, les réunions de quartiers, etc.
Cependant, encore une fois : où cela nous conduit-t-il ? Au même titre que les sondages, ces instruments de « démocratie participative » risquent à terme de substituer l'impression à la conviction, le sentiment d'une société au combat politique, et l'opinion d'aujourd'hui aux idées de demain. Vive le progrès !
Le débat sur l'infléchissement à donner à la communication politique est en cela passionnant qu'il cherche à placer le curseur entre trois visions de l'engagement. D'une part, ceux qui pensent que l'homme politique - en l'occurrence Nicolas Sarkozy - a forcément raison. De l'autre ceux qui dotent le peuple d'une confiance absolue : les citoyens-experts-en-tout de Ségolène Royal. Et enfin, les troisièmes qui remettent toutes leurs forces dans les idées : les militants ou citoyens engagés.
La campagne présidentielle de 2007 sera sans doute celle des échanges frontaux, violents, pour l'essentiel télévisés, entre deux candidats légitimes des sondages. Ainsi, c'est naturellement que l'opinion sera prise à partie, jour après jour. Resteront les troupes militantes, de gauche comme de droite, au ban de ce combat sinueux. L'enjeu de la communication politique aujourd'hui n'est donc pas d'imprimer plus d'affiches (même géantes) ou d'imaginer de nouveaux sondages d'opinion (même sur YouTube, DailyMotion ou SkyBlog) mais bien de repenser la fonction militante des partis, sans laquelle ils ne sont plus rien. Uniquement des relais radios d'une France triée sur le tas. Utiles et indispensables mais faisant presque double emploi avec les pages Faits Divers de nos quotidiens régionaux et les dossiers Société de nos newsmagazines.
Après avoir lutté, à juste titre, contre la confiscation de la parole par les hommes publics comme l'a fait Ségolène Royal en donnant un sentiment de « démocratie participative », il est aujourd'hui urgent d'inventer un nouveau contre-pouvoir : cette fois à l'opinion. Et redonner aux minorités, aux idées d'avant-garde et à l'action militante - des partis, des syndicats, des think tanks ou des associations - toute la puissance médiatique et de communication qu'elles méritent.
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