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Les alliances avec le Modem : problème de maths ou question politique ?

Alors que l’on s’avance vers la dernière ligne droite des élections municipales, le Parti socialiste est confronté à une question essentielle : celle des alliances avec le Modem. Depuis l’automne on la voyait venir. Il ne s’agissait pas d’une réflexion de la direction du Parti procédant d’une tentative de caractérisation du parti de François Bayrou, mais d’un fait accompli devant lequel on se retrouvait après les choix faits dans quelques villes importantes du pays.

Un scénario semblable s’était produit entre les deux tours de la présidentielle, de manière désordonnée d’ailleurs. Tout cela levait brutalement le tabou des alliances avec le centre.

Le constat de départ est simple. La somme des voix de gauche – le Parti socialiste et ses alliés traditionnels – est insuffisante pour battre la droite. Avec un Parti communiste crépusculaire et des Verts groupusculaires c’est la fin à cette grande loi électorale de gauche vieille de 70 ans : l’alliance des forces de gauche rend la majorité accessible. « Rassembler à gauche », était le slogan classique des motions de congrès. Mais l’arithmétique s’est substituée à la politique. Certains esprits pourraient penser qu’entre les alliances avec le centre et la participation à des gouvernements de droite, tout est question de nuance, mais c’est faux.

Pour conserver la majorité ou pour la conquérir il faut trouver d’autres alliés, des voix autre part. Faut-il que ce soit au centre, vers la droite ?

L’irruption d’un Modem constitué sur les ruines de l’UDF chrétienne-démocrate enrichie de quelques transfuges des Verts ou du Parti socialiste et de « gens qui auraient voté PS si DSK avait été candidat » a rapidement changé la donne. Sans qu’on cherche bien longtemps à cerner ce parti, on a vu en lui le supplétif électoral idéal pour compenser par la droite ce qu’on perdait à gauche. L’antisarkozysme suffisait. Pourtant en Italie, Romano Prodi a appris à ses dépends que l’anti-berlusconisme, ça ne fait pas une politique.

À l’évidence, la pratique municipale constituera un précédent qui permettra de valider la pertinence de cette nouvelle alliance à ceci près qu’elle ne dit pas son nom.

Les adversaires de cette nouvelle alliance ont trouvé de nouveaux arguments à la lumière des pourparlers de nos amis du SPD en Hesse.

Mais il convient de considérer la situation allemande dans sa globalité. Le SPD, que certains jugent en réalité plus à gauche que le PS, quand il gouverne avec la CDU c’est sur la base d’un accord sur un contrat de gouvernement dans lequel sont précisés les éléments programmatiques pour assurer la gestion des affaires du pays.

Il faut savoir quitter l’arithmétique pour revenir à la politique parfois. Le SPD pâtit de la popularité du gouvernement Merkel que même ses amis de la CDU n’attendaient pas. Il craint que le bénéfice de ce succès ne lui revienne pas. Mais, les Allemands ne voient pas dans Die Linke qu’une alternative de gauche, ils y voient aussi, pour les uns, la trahison de Lafontaine et pour les autres, la survivance de l’ex-SED, le parti stalinien de l’ancienne RDA avec lequel d’ailleurs nos camarades travaillent dans les länder de l’est du pays. Pour les Français, c’était mécanique d’envisager une alliance SDP, Verts, Die Linke. Pour les Allemands, ça n’allait pas de soi.

En France, une discussion sur le Modem s’impose. Il faut en saisir la nature, les contours et les contradictions. Doit-on s’allier ici avec un parti qui là s’allie avec l’UMP et qui fera le contraire ailleurs demain ? Alors que du Congrès d’Epinay aux Assises de la transformation sociale, le Parti socialiste a théorisé ses préférences et choisis en conséquence ses alliances. Etant dans l’opposition suite à deux cuisantes défaites et en proie à une crise profonde, il prenait en compte le nouveau paysage de la gauche et recherchait de nouvelles dynamiques unitaires à construire.

La situation en 2008, quinze ans après est-elle meilleure ? La gauche est aussi en quête, mais cette fois, le PS ne prend pas d’initiative dans son camp. Si un « grand parti de toute la gauche » devait émerger, il occuperait un espace plus large que jamais, mais on voit petit en cherchant l’appoint d’une formation politique volatile. Le désir impérieux du pouvoir immédiat, s’il permet de gagner, doit nous préserver de la dépendance à l’égard d’alliés turbulents – ce qu’on a reproché aux Verts – qui demain pourraient nous tenir en laisse.

Ce qui se passe en Israël ou en Italie est assez éloquent de ce point de vue. Quoiqu’il en soit, la reconstruction du PS, ne pourra pas être complète sans reconstruction de la gauche, ce qui signifie une évolution assumée vers une forme de social-démocratie qui construit objectivement un centre gauche en posant la question au Modem à partir d’un PS influent et rayonnant, qui représente un nouveau débouché pour les déçus des aventures groupusculaires à gauche. La maison commune de la gauche dont nous avons besoin tiendra ainsi compte d’une arithmétique qui cette fois se mettra au service de la politique.

Si Ségolène Royal voulait…

Elle pourrait prendre le Parti socialiste. La victoire annoncée des municipales crée une situation d’apaisement car à moins de défaites symboliques, nul ne pourra incarner « la victoire » à lui seul. En l’occurrence, Delanoë ne sera qu’un maire réélu parmi d’autres. Ce serait le moment idéal de passer à l’offensive, de manière déterminée. L’impressionnisme du parti la sert. Il suffit qu’elle s’exprime pour que l’attention des médias soit focalisée sur elle quelques jours.

Mais si elle veut le Parti, elle doit l’épouser. Si elle veut l’épouser, elle doit le séduire. Ce n’est pas tout ou rien. Faire un pas vers lui pour l’emmener, après, où elle veut.

On est un peu comme dans la période de l’après Almunia au PSOE ou de l’après Kinnock-Smith au Labour où les amis de Zapatero et de Blair formaient un petit groupe qui s’est imposé, mais qui a été adoubé par les gros porteurs de mandat.

Il faudrait ensuite qu’elle fasse comme Jospin après 1995, où si ça la gêne trop, comme Alexandre : faire des chefs qu’elle a battu, ses généraux. Plus précisément, ne pas faire de purge, ne pas penser sa victoire comme une revanche, mais associer tout le monde dans un processus qui parle à tout le monde.

Il ne s’agit pas de « royaliser le PS », mais pour Ségolène, de se socialiser un peu plus tout en gardant sa spécificité pour associer son capital personnel à celui du parti sans lequel, elle ne peut pas aller bien loin.

En politique, on fait des compromis. Cela suppose une dissolution de Désirs d’avenir car le travail de fraction ne peut conduire qu’à la division et il serait paradoxal de participer à la rénovation du PS en gardant une organisation qui se pense comme concurrence ou alternative. Ce n’est pas « tout ou rien » ou « à prendre ou à laisser ».

Bref, la conquête du Parti socialiste obéit à une certaine grammaire, même si elle doit être revisitée plus tard.

Bien sûr, ce n’est pas un souhait, c’est une réflexion sur ce qu’elle pourrait faire. Est-ce souhaitable pour le Parti socialiste ?

Sur la base de ce qu’on a vu, lu et entendu jusqu’à maintenant, non car sinon, les Reconstructeurs auraient cherché à travailler avec elle, mais il n’existe pas de convergences suffisantes. Il y a même des divergences de fond importantes. Nous ne pensons pas que tout, au PS doive être subordonné à la présidentielle de 2012, nous ne pensons pas, comme Vincent Peillon qu’il faille fonctionner comme si Royal était « la candidat naturelle » du PS, ce qui arrive à Hillary Clinton devrait en faire réfléchir certains d’ailleurs. Nous ne croyons pas qu’il faille se défaire du PS pour battre la droite car on déposéderait la gauche d’une structure qu’il faut réformer, mais nullement démanteler.
Enfin, nous ne pensons pas que le combat idéologique contre la droite se gagne en multipliant les points d’accord sur le fond et en ne critiquant que les mises en œuvre. Il y a une divergence fondamentale sur l’analyse, sur les causes et les conséquences de la situation sociale, économique et politique du pays.

Bref, il ne s’agit pas de tordre la réalité ou de piper les dés pour gagner sans combattre. Il s’agit de restaurer la gauche dans ses valeurs et dans sa modernité pour opposer à la droite, non pas une version de gauche de son propre programme, mais un programme progressiste pour répondre aux dégâts causés par une politique conservatrice.

Trois arguments pour la reconstruction

Dans le Monde daté du 20 février, Michel Noblecourt, solférinologue émérite pointait la contradiction qu’il y a à voir dans le PS un parti d’élus, bien implanté à un échelon municipal, qui est bizarrement insuffisamment représenté dans ses propres instances de direction nationale. Si depuis longtemps, le PS est plus « social-démocrate » qu’il ne veut bien le dire par l’articulation quasi organique qui existe entre le pouvoir municipal, le tissu associatif et les réseaux partisans, il devra choisir au lendemain du 16 mars entre trois chemins.

Entre le local et le national, il y a le socialisme

Depuis un certain temps, à Socialisme & démocratie, la réflexion existe. Elle a d’ailleurs été évoquée par Emeric Brehier dans une récente livraison de la Lettre de Socialisme & démocratie.

D’un côté, la tentation du repli « localiste » sur la base d’une victoire aux municipales en 2008 qui rappellerait la victoire aux régionales de 2004. En possédant presque tous les pouvoirs locaux, on peut faire l’économie de la conquête du pouvoir national. Le PS, parti d’élus, achèverait alors son glissement électoraliste après avoir délaissé les travaux théoriques, il se vide de son sens, étant enfermé, tel un hamster dans sa roue, dans un cycle « élections – congrès – élections » qui sert de prétexte pour reporter aux calendes grecques toute clarification au nom de l’impératif de l’unité. Quitte à ne plus donner de sens à l’action politique et aux victoires que l’on remporte.

De l’autre côté, la tentation de la « subordination présidentialiste ». Prenant acte de l’inversion du calendrier et du quinquennat qui raccourcit les cycles, désormais au PS, tout doit être lié à la perspective de la présidentielle. Rien , ni les programmes, ni les projets, ne doit perturber la seule question qui vaille, comment gagner la présidentielle pour les uns, comment garantir sans contretemps le succès d’un tel – écrit à l’avance de préférence…

Déjà, certains, au risque d’un strabisme politique qui serait fatal, ont un œil rivé sur les primaires américaines et un autre sur les primaires italiennes. Celle-ci était d’une efficacité fictive, car le résultat était sans surprise, en outre l’instabilité chronique de la II e République a manifestement limité l’effet produit par l’investiture de Prodi en 2006. Quant à la constitution du Parti démocrate, elle participe d’une logique qui consiste à déclarer la mort clinique du parti pour le prendre plus facilement en s’armant de « l’ouverture » sans se soucier des contradictions que cela induit. Au final, constituer un grand parti de la gauche dont l’adhésion au PSE fait problème aux cadres du PD et voir le PSE envisager de changer ses statuts – voire son nom – pour donner corps à tout cela, voilà une question qui mérite d’être examinée avec plus de circonspection que de fascination.
S’agissant des primaires américaines, elles sont possibles avec des partis sans existence réelle entre deux élections. En outre, les candidats américains vont au bout du combat. Quitte à créer des affrontements que l’été ne fera pas fondre suffisamment pour qu’on les oublie de sitôt. Là encore une leçon. Le clan Clinton croyait en une candidature naturelle, il aura été puni de tant d’arrogance.
Si le Parti socialiste devient un parti présidentiel, il se videra lui aussi de son contenu car tout en lui, du ralliement des intelligences et des talents aux prises de positions se fera dans un seul but, garder en permanence ses chances de gagner l’Elysée. Seuls compteront les sondages et les avis des commentateurs quoiqu’en disent les valeurs de gauche ou les convictions intimes. C’est peut-être déjà le cas non ?

Autant « entre le plan et le marché, il y a le socialisme », autant, entre les pouvoirs locaux et les mandats nationaux, il y a aussi le socialisme démocratique, celui qui agit avec les corps intermédiaires, qui est en résonance avec le mouvement social et qui se nourrit aussi bien de l’interpellation populaire et de la réflexion des intellectuels que de la réponse à la demande politique. Bref, à l’heure du marché dominant, le socialisme n’est pas un produit manufacturé fabriqué dans une usine qui fournirait autant de marques que l’UMP ou le PS…

C’est un des constats d’ailleurs de la dernière période, celui de croire qu’hors du pouvoir, rien n’est possible. Dire cela, c’est ignorer l’histoire et la fonction de la gauche en France. Il n’y a jamais de pause dans l’organisation et le travail avec les salariés et toutes les couches de la société.

L’antisarkozysme trouve son débouché à gauche

L’appel de la Saint-Valentin serait-il le massacre des concurrents comme pour Al Capone en 1929 ? Où l’on verrait dans l’antisarkozysme pétitionnaire, l’alliance de gens qui se répartiraient l’après sur les décombres de l’existant ? S’il n y a pas grand chose à redire du texte, il faut parler du contexte. Une bonne partie de la droite a toujours voulu gommer les clivages entre la gauche et la droite. A gauche, Ségolène Royal a toujours voulu lutter contre « l’affrontement bloc contre bloc ». Et voilà qu’on retrouve dans un même texte, des socialistes que la presse a déjà investi comme futurs leaders du parti, des hommes de droite et Farnçois Bayrou dont la peau dépend désormais du sort qui lui sera fait à Pau. Même du temps de la lutte contre le Front national, on n’avait pas atteint ce niveau-là de dépolitisation.

Que des personnes isolées dans des partis à la dérive y voient un moyen de se maintenir dans l’arène politico-médiatique, on y est habitué, mais ce n’est pas le cas de nos socialistes signataires – d’être isolées… Si le sarkozysme est une dérive personnelle de l’exercice du pouvoir, il a été caractérisé, souvent d’ailleurs par des gens de gauche. L’hyperprésidence par exemple. Chacun convient qu’il faut lui opposer une alternative. Elle ne peut être que politique. C’est-à-dire la proposition d’un projet sur la base du rejet. Il faut donner une couleur à l’antisarkozyme. Ce n’est pas l’orange, mélange du rouge de gauche et du jaune des gens qui résistent mal aux intimidations du pouvoir. Ce ne peut être non plus le bleu roi de Villepin, l’ancien chef de la majorité toujours au pouvoir ou de Dupont-Aignan, le gaulliste anti-européen. Nous n’avons rien en commun avec ces gens-là.

L’antisarkozysme se porte mieux à gauche. On dira que sur certains points les démocrates ou les républicains peuvent se retrouver. Mais sera-t-on d’accord sur la laïcité, la question sociale, la répartition des richesses et la place du social en Europe ? Pas sûr… Avec le Modem, y-a—t-il suffisamment de convergences pour reléguer les divergences au second plan ? Il va bien falloir en parler un jour.

Les maires, maçons de la reconstruction

Ce texte risque de ressouder la droite à deux semaines des élections municipales. Les observateurs s’accordent déjà pour dire que la victoire de la gauche ne sera pas l’effet du désir de gauche, mais du rejet de Sarkozy. Pourtant, dans nos villes, les projets sont sincères et les candidats sont sérieux. Si bien que pour les socialistes, 2008 doit avoir la saveur renouvelée de 1977 où une nouvelle manière de faire de la politique au plan local avec de nouveaux acteurs avait démontré que le PS d’Epinay et celui des Assises du socialisme était non seulement capable de rassembler la gauche, mais aussi de créer le changement dans des villes de toutes tailles. La victoire à Paris et à Lyon avait démontré que dans les très grandes villes, tout était également possible.

Dans un pays où la majorité des gens vivent en ville, le rôle du maire est donc primordial. C’est un entrepreneur, un chef d’équipe, un inventeur, un intercesseur. Bref, une pièce maîtresse dans le dispositif de la gauche. Pas pour constituer une nouvelle noblesse, mais aussi dans le travail de reconstruction idéologique dont le parti a besoin. On a vu comment les maires des quartiers populaires pouvaient être à l’initiative. Il ne faut pas attendre les crises pour les mettre en première ligne. Ceux qui gagneront incarneront une nouvelle génération politique sur laquelle il faudra s’appuyer pour donner un contenu pratique au parti socialiste reconstruit si on veut commencer à ébranler sérieusement le château du sarkozysme.

Même en politique, la débauche c'est immoral

Dans une récente Lettre de Socialisme & démocratie, j'écrivais ceci : " Le Parti socialiste, qui […] s’apprête à gagner les municipales, […] doit faire face à l’extérieur à un débauchage sans précédent. Il s’agit là d’une nouveauté qu’il convient de regarder par-delà la superficialité médiatique. Il ne faut pas la réduire à sa dimension gouvernementale. […] On pensera « effets d’annonce » […], mais dans les villes aujourd’hui, nombreux sont les candidats socialistes qui sont courtisés ou séduits par la droite. En réalité, « l’ouverture » gouvernementale est un précédent qui ne coûte pas cher. Mais si cela « prend » dans les villes, il y aura une pratique. A l’échelon local, on a vu des maires transcender les clivages par leur charisme ou leur sens du service. Cela dit tout le monde n’est pas André Labarrère, Gaston Defferre ou Roger Quillot. L’ouverture au plan local, c’est le grignotage de la gauche. Or, s’il y a bien un échelon où les socialistes sont implantés et où ils réussissent, c’est bien dans les municipalités. On voit bien la suite. En 2010, il faudra rétablir l’ordre : la France de Sarkozy, c’est aussi vingt-six régions dont vingt-quatre tenues par la gauche. « Ca ne peut plus durer »."

Il s'agissait de montrer que le débauche gouvernemental cachait pire, le débauchage municipal que l'on nomme "ouverture" et qui, s'il réussit constituera un précédent au débauchage régional.

Sarkozy estime qu'il a gagné la bataille de la ringardisation de la gauche, sans avoir à la mener et qu'il peut donc dicter les termes de la modernité en choisissant lui-même ses "socialistes". De même qu'il a existé en 1980 des "Reagan democrats" et qu'il existent par exemple des "Republicans for Obama", il y a désormais, non pas des "sarkozystes de gauche, mais des gaucho-sarkozystes, c'est-à-dire des gens qui ont choisi la contradiction entre leurs convictions et leurs intérêts. Ils sont aux antipodes de la morale ou même du bon sens, pour eux, le pouvoir vaut toutes les compromissions.

Dans le même article, je concluais : " quand on est de gauche, il n’y a pas de compromis possibles avec le sarkozysme. Ni l’attentisme, ni le suivisme " et encore moins le mimétisme devrait-on dire.

Alors, faut-il s'en inquiéter ? Pas tant que cela, car cela ne concerne qu'une minorité. Ce qui impressionne, c'est bien sûr le caractère nouveau de la chose. Mais on verra si c'est un non-événement au soir du 16 mars et surtout dans la durée. Il y a encore du temps avant d'établir le bilan de ces expérimentations hasardeuses.

Mais à l'évidence, cela dénote qu'au PS, chacun peut faire ce qu'il veut, ce qui n'est pas un bon usage de la liberté dans ce cas précis. Cela montre aussi, que l'UMP, comme toujours dans la droite en France, pour se maintenir au pouvoir, on est aussi prêt à se renier et à faire avaler à son propre électorat des couleuvres de plus en plus grosses. Au grand dam des Goasguen ou Lellouche !

Le temps d’une barbe…

Pierre Moscovici prend peu de vacances. C’est un vrai bosseur. La seule liberté qu’il prend quand tout le monde est ailleurs, c’est d’économiser sa mousse à raser. Du coup, dans le landerneau socialiste parisien, composée parfois de douze personnes, la grande question c’était, new look pour Mosco ? A mille lieues des histoires entre le Sarko et la Bruni !

Depuis cet été, le député du Doubs a pris son envol. Comme d’autres, il a tiré les conséquence du départ de Dominique Strauss-Kahn en se donnant plus de liberté. Du coup, il s’est beaucoup exprimé, apparaissant désormais dans le paysage politique comme une figure « qui n’a pas beaucoup servi », et qui, ayant passé à la fin de l’été le cap de la cinquantaine quitte le statut qui lui collait à la peau de brillant petit frère ou de fils spirituel pour, comme il le dit lui-même « faire pipi tout seul ».

Il n’en faut pas plus pour que l’on se pose alors la question sur ses ambitions. Pour le courant Socialisme & démocratie, la chose est dans quelques têtes, mais personne n’en parle parce que l’intéressé mène sa barque en solitaire et qu’il n’a sans doute décidé qu’une chose : briguer la candidature, mais pas encore donner le coup d’envoi de sa campagne.

Alors, on n’en est encore qu’au stade du désir. Pour le coup, ceux qui le connaissent peu voient en lui un techno froid, distant et cassant, un peu droitier. Les autres, plus indulgents, mieux informés et plus justes devinent son intelligence, un contraste entre assurance et timidité.

Nul doute qu’une fois les élections du printemps passé, on passera à la vitesse supérieure.

Alors grande question « Mosco si ou Mosco no ? » Cela dépend dans quelle situation on se trouve. S’il s’agit de commenter la valeur d’une candidature parmi quatorze, il est assurément le meilleur placé pour mettre le PS au niveau des partis socialistes et sociaux-démocrates modernes que l’on trouve au pouvoir ou dans l’opposition en Europe. Pour le reste, la vraie interrogation porte sur la dynamique qui permettrait de faire échec au duel Delanoë – Royal. Ensuite alors on peut trouver le meilleur candidat pour l’incarner. On le voit bien, ce doit être quelqu’un qui peut rassembler au-delà des seuls rangs « strausskistes ». Où l’on retrouve une fois encore la nécessité d’un front unique dans le parti par-delà le seul courant social-démocrate orthodoxe.

Désirer que Pierre descende d’un étage rue de Solférino pour monter d’un cran dans l’appareil du Parti c’est un chose, créer les conditions d’une majorité politique qui œuvre à la reconstruction, c’est un préalable incontournable.

Hommage à un enfant de la République

Raymond Forni est décédé. Président de la région Franche-Comté, ce fils d'immigrés italiens passé par l'usine, autodidacte, il appartient à cette génération qui a grandi dans l'après-guerre et qui a milité dans les années 70 dans un PS à la conquête du pouvoir pour changer la vie. Je ne le connaissais pas personnellement, mais son austérité apparente en faisait un responsable politique respecté, doté d'une autorité qui avait un pouvoir oxygénant par rapport aux Rastignac de pacotille qui "montent" à Paris et qui pensent peser dans les décisions par le simple fait qu'ils s'appliquent à faire partie des "entourages". J'ai seulement pu apprécier la bonne ambiance du bar que ses fils tenaient à l'époque à Strasbourg...

Forni était sorti du cadre "régional" quand Lionel Jospin appela Laurent Fabius qui s'ennuyait tellement au perchoir - la présidence de l'Assemblée nationale - qu'il songeait même à briguer la direction du... FMI, au ministère de l'économie et des finances pour succéder à Christian Sautter, médiocre successeur de... Dominique Strauss-Kahn. Forni était devenu président de l'Assemblée nationale jusqu'en 2002. C'est là qu'on commença à remarquer cet homme dont la vie était une épopée républicaine. Pas de jeunesse germanopratine, de noblesse gagnée dans les lieux classiques de l'aristocratie républicaine. Ce Franco-comtois était fils de "ritals", il avait du cambouis venu des chaînes de montage de Peugeot et il s'était débrouillé pour faire son droit. Le clan des Franc-comtois d'ailleurs était bien fourni hormis Forni en ces temps de gauche plurielle : Voynet de Dôle à l'environnement, Lienemann et Chevènement de Belfort à l'intérieur avant de tenter sa chance à l'extérieur de la gauche plurielle avec le succès que l'on sait. Mais aussi les Bisontins Mélenchon et Guinchard-Kunstler sans oublier Moscovici de Montbéliard !

En 2004, Forni était devenu président de la région puisque même les monts du Jura n'avaient pu stopper la vague rose.

Il nous manquera...

Bloc-note de la première semaine

2007 c'est fini. On avait placé tant d'espoirs dans cette année-là depuis cinq ans que la seule chose qui nous vienne à l'esprit, c'est probablement la voix de l'Ecclésiaste. On n'en avait que pour 2007, on allait voir comment le Parti socialiste passerait le cap. Ce qui est sûr c'est que le sentiment de gâchis est énorme. Vae victis : Rien de ce qui a été entrepris depuis 2002 n'a permis d'éviter le désastre de 2007. Alors, puisque certains le voyaient venir, cela valait bien un dix-huit brumaire royaliste. A condition qu'il réussisse... On connaît la suite.

Et maintenant, la suite a une suite.

Swimming with sharks...

Après les vœux de Sarkozy, on aura eu trois jours de répit avant la reprise de l'actualité politique nationale. Côté gouvernement UMP, l'outrance une fois encore. D'abord avec la mise en avant de la nièce de Pierre Mauroy dans l'équipe du candidat que la droite présente pour battre Martine Aubry. En général, ce genre de comportement se termine mal. Soit elle pêtera les plombs, soit la droite perdra.
Puisque la France n'est pas un pays, mais une PME, le gouvernement n'a rien trouvé de mieux que de recourir à la technique très "corporate" de l'évaluation. Comme si la démocratie, le vote, l'opinion des citoyens, tout cela ce n'était pas de l'évaluation "démocratique" comme aurait dit Bertrand, comme si la "démocratie participative" n'était qu'un gadget. L'expertise expertisée par des experts dont le but n'est pas de construire une société juste, mais de faire du blé en remportant des marchés, de là à penser que finalement, les citoyens ne sont plus que des consommateurs dotés de "cerveaux disponibles"...

Et Ségolène dégaina la première !

L'autre réveil brutal pour 2008, c'est la "sortie" de Ségolène sur sa volonté de prendre la tête du PS. De toutes façons, elle avait déjà donné le ton au soir du deuxième tour de l'élection présidentielle en annonçant son intention de mener le PS "vers d'autres victoires". Sa déclaration d'il y a quelques jours est un coup désormais classique. En tirant la première, elle tente d'attirer l'attention sur elle. Alors qu'on n'en peut plus des postures, voilà qu'elle en rajoute. Une manière de glisser malgré elle sur la piste des éléphants. Enfin, ceux qui restent puisque désormais, au PS, les héros sont fatigués et que les ambitieux qui restent sont finalement... Deux. Dont elle. Le Parti n'est pas à pendre, il est à rénover et puisqu'on n'en est plus à l'âge des figures providentielles, une telle entreprise, déjà largement gâchée, ne peut être réussie par une seule personne, surtout pétrie d'arrières pensées. Tant qu'on subordonnera le PS à la présidentielle, ce parti sera structurellement faible.

Obama gets Iowa !

Excellente nuit que celle qui a vu la victoire de Barack Obama au caucus dans l'Iowa. Ce petit état de trois millions de personnes, essentiellement rural, blanc - John Wayne y est né il y a cent un ans - fut donc le premier à ouvrir le bal des Primaires américaines qui vont durer tout le printemps jusqu'aux conventions républicaine et démocrate. Ensuite, on votera début novembre et le nouveau locataire de la Maison blanche entrera en fonction début janvier. Un an donc pour construire l'après Bush.

Un an après l'investiture de Ségolène Royal, où en est-on ?

Le 16 novembre dernier, quelques uns se sont souvenus de l'investiture socialiste de 2006, exercice démocratique assez exceptionnel, qui avait vu la victoire de Ségolène Royal sur Dominique Straus-Kahn et Laurent Fabius au terme d'une campagne dans laquelle le Parti socialiste, sans l'apercevoir, a changé de nature. Depuis la vague d'adhésion à 20 euros, le PS avait en effet certes ouvert "les portes et les fenêtres", mais il a surtout subit cette nouvelle situation. Encore aujourd'hui, on ne sait pas "comment garder" les nouveaux adhérents. Déjà à l'époque, on ne savait pas comment les attirer. 75 000 d'entre eux n'ont pas repris leur carte du PS, preuve que le Parti socialiste semble avoir plus subi la dernière séquence politique qu'il ne l'a voulu et structuré selon ses priorités.

La faute à qui ? Au fait que lorsqu'une organisation est aux mains de dirigeants à tous les niveaux qui ne croient plus en la politique, qui ne pensent qu'en termes tactiques au détriment de la stratégie qu'ils doivent construire ensemble et qui sont plus dans le commentaire et la petite phrase que dans la définition et la quête de sens, eh bien, il y a carence. Ni François Hollande ni Ségolène Royal ne sont les méchants qui ont "foutu le bordel". C'est l'aboutissement logique d'une accumulation de reculades, de "non choix" qui ont conduit à des contradictions insurmontables.

Nous pensions que Dominique Strauss-Kahn était le meilleur candidat parce que pendant 5 ans, contrairement à d'autres qui se sont pointés comme des fleurs dans la dernière ligne droite, nous avions méthodiquement construit une ébauche de projet politique, retissés des liens et tenté de proposer une nouvelle offre politique. Tout cela s'était aussi fait au cœur du Parti socialiste. Les coups de com qu'on a vu n'ont pas constitué l'essentiel de l'aventure des partisans de Strauss-Kahn. A gauche en Europe n'était pas Désir d'avenir et le bilan n'est pas le même.

La popularité et la crédibilité de Dominique ont fini par s'imposer. Mais on le sait, puisqu'il ne devait pas gagner, l'investiture a obéi à d'autres règles.

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François Hollande : Dix ans à la tête du PS : bilan négatif ou responsabilité collective ?

François Hollande est rentré dans l’Histoire pour avoir été un des premiers secrétaires qui a dirigé le plus longtemps le Parti socialiste. Il a battu le record de François Mitterrand et celui de Lionel Jospin. Personne n’a eu envie de « fêter » cela, aucune mise en scène venue de la direction n’est venue représenter une relégitimation d’un premier secrétaire qui tranche nettement avec tous ses prédécesseurs depuis la refondation du Parti en 1971 à Epinay.

Pour n’avoir jamais été « hollandiste », je pourrais me livrer à un réquisitoire sans nuances. Mais ce ne serait ni juste, ni productif. La vérité est ailleurs. Si François Hollande a été premier secrétaire du PS pendant dix ans, c’est qu’il s’est trouvé suffisamment de responsables politiques et de militants socialistes – car ce sont eux qui votent – pour le vouloir, le désirer ou le tolérer.

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Un enjeux politique : le dixième arrondissement de Paris

Au milieu de regards sur le monde, il faut bien parler aussi de l'endroit où l'on milite et où l'on a vu le jour. Le 10e arrondissement de Paris est un endroit à part dans la capitale. Avec ses deux gares, toute l'Europe ou presque y arrive. Avec son Canal Saint-Martin, on y retrouve l'atmosphère des grandes heures d'un Paris ouvrier dans lequel cette arrondissement fut le théâtre de nombreux événements à commencer par le congrès de l'unité des socialistes en 1905. Avec ses grands boulevards c'est aussi un lieu de culture typiquement parisien. Enfin, le 10e, c'est l'arrondissement aux 80 nationalités. des salons de coiffure africains du boulevard de Strasbourg et de Chateau d'eau, des réseaux turcs et kurdes de la rue des Petites écuries, non loin du New morning, des commerçants indo-pakistanais de la rue du Faubourg Saint-Denis.

Bref, le 10e c'est beaucoup de Paris en petit, une bonne concentration des enjeux urbains et une irruption dans l'actualité de ces derniers mois à la "une" des défis que la droite peine à relever.

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Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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