Une fois encore, comme tous les 11 septembre, le monde vibre en souvenir des attentats qui frappèrent les Etats-Unis. Une fois encore, la gauche se souvient de nos camarades chiliens tombés sous les balles de la dictature de Pinochet qui renversa, le 11 septembre 1973, la démocratie dirigée par le président socialiste, Salvador Allende.
Si Malcolm X était encore en vie, il aurait peut-être commenté l'attaque contre les Tours jumelles en reprenant la formule qu'il avait employé au moment de l'assassinat de John Kennedy : "the chicken came home to roost". En clair, que le pays avait récolté ce qu'il avait semé. Bien sûr, les populations civiles de New York n'étaient pour rien dans les politiques cyniques et hasardeuses de la CIA et des conservateurs américains et de leurs amis marchands d'armes et PDG de sociétés pétrolières... Mais avant 2001, il y avait en 1973. Le coup d'état de Pinochet était l'aboutissement d'une entreprise de déstabilisation du gouvernement d'Unité populaire élu en 1970 soutenue par la CIA et la multinationale ITT, propriétaire des hôtels Sheraton. On savait que les Etats-Unis et leurs services aidaient les dictatures sud américaines à "lutter contre la subversion". Pour les leaders du "monde libre", il valait mieux un régime fasciste que le communisme. C'est ainsi que Haïti, La République dominicaine, le Chili, le Brésil, l'Uruguay, la Bolivie, l'Argentine ou encore le Paraguay furent sous la coupe de dictatures sanglantes avec la bénédiction de Washington. La France de l'époque n'était pas en reste. L'école de gendarmerie de Melun a formé des cadres des Tontons macoutes. Aussaresses et d'autres militaires qui avait "fait" l'Algérie ont "aidé" la dictature en Argentine.
Le film de Pontecorvo, la Bataille d'Alger fut souvent projeté à Langley...
Depuis, le temps a fait son œuvre. Pinochet a été poursuivi par la justice, mais il est mort dans son lit. En 2000, Ricardo Lagos fut le premier homme de gauche à devenir président du Chili depuis trente ans et après lui, la socialiste Michelle Bachelet. La vie politique chilienne fut tellement bouleversée par la dictature que depuis, les socialistes ne forment plus de coalitions d'Unité populaire, mais ils sont dans la Concertation, une alliance du centre et de la gauche. Le centre désigne ici des partis politiques qui sont issus de l'ancienne démocratie chrétienne.
Bien qu'en France, on soit parfois centré sur nous-mêmes, l'Histoire du Chili nous parle. Plus que certaines images de télévision, elle fait sens. En 1970-1973, Allende fut le seul marxiste élu démocratiquement à la tête d'un pays qui ne sombra dans le chaos qu'à cause des coups qui lui furent portés par "la subversion de droite" aidée par les Etats-Unis dont le président était alors Richard Nixon et dont le Secrétaire d'État s'appellait Henry Kissinger... La gauche craignait en France que cela se produise aussi. La droite française a toujours été très modérée dans sa critique de Pinochet d'ailleurs, jusqu'à aujourd'hui.
Barack Obama a formulé des excuses pour cette période. Un signe important que les temps ont changé. Pourtant, alors que l'on saluait depuis une dizaine d'années l'hégémonie de la gauche dans le cône sud, une vraie revanche sur l'Histoire, si on regarde de près avec les victoires de Lula, Correa, Vazquez, Morales, Ortega et même Chavez - on le voie, les "nuances" sont grandes - il semble que la droite reprend du poil de la bête. Question de cycle ou échec de la gauche ? Les prochaines élections le diront.
Méditons toujours sur ces événements en apparence lointains dans le temps mais toujours vivaces dans nos mémoires. C'est aussi comme cela que l'on peut maintenir la gauche au niveau de ses idéaux et la sortir de la médiocrité dans laquelle elle patauge parfois dans notre pays car les idées pour lesquelles nous combattons restent d'actualité. Les moyens changent, les analyses évoluent, mais il y a toujours des oppresseurs et des opprimés, des progressistes et des conservateurs prêts à tout. Aucune démocratie n'est éternellement immunisée contre la barbarie qui elle, peut prendre toutes les formes que l'on peut imaginer.

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