Il y a des moments où l'Histoire fait sens et le "6 juin" en fait partie. J'appartiens à une génération qui est née avec la contestation de la guerre du Vietnam et qui a manifesté contre les guerres en Irak. Je me souviens de l'intervention à la Grenade en 1983, autant d'événements qui nous font dire que l'armée américaine n'a pas toujours livré les bons combats. Elle ne fut pas la seule. Et puis bien sûr, il y a eu le 11 septembre et oui, en effet, même en se souvenant du 11 septembre 1973, nous avons tous été solidaires des victimes civiles de ce jour-là...
Nos pères sont parfois né pendant la deuxième guerre mondiale. Avec eux, nous ne loupions jamais les rediffusions des grands films hollywoodiens comme la Grande évasion et bien sûr, le Jour le plus long. Autant dire que tous les combats pour la libération de notre pays, même filmés en technicolor, tiennent une place toute particulière. Avec l'engagement politique, qui a permis d'être plus lucide, nous avons le plus grand respect pour les héros de la liberté, nos résistants ici et les anciens combattants.
Enfant, je dévorais les textes publiés dans la sélection du Reader digest qui évoquaient des épisodes de la seconde guerre mondiale. Ces histoires secrètes sur le résitants norvégiens qui firent sauter l'usine de Norsk Hydro où les nazis fabriquaient l'eau lourde (oxyde de deuterium) pour la bombe antomique, l'affaire Ciceron, les préparatifs du débarquement...
Incollables nous étions, garçons férus d'histoire sur les uniformes, l'armement, l'aviation. Les détails du plan Overlord n'avaient plus de secret - Avranches, Hérouville, Saint-Lô, Ouistreham, Sainte-Mère Eglise, la pointe du Hoc étaient notre pays...
Le film de la Fox, le Jour le plus long, mais aussi The Big red one, qui préfigure le choc Spielberg, n'avaient pas de secret. Malgré la dimension spectaculaire - on aurait dit "blockbuster" de nos jours - le sacrifice et la sauvagerie des combats n'étaient pas minorés. D'une certaine manière, le ballet des stars était un lointain écho au fait que toutes sortes d'hommes furent jetés dans la furie de la bataille, devant faire front : "vous tiendrez, jusqu'à ce qu'on vous relève".
Ironie, je n'ai jamais visité, adulte, les plages de Normandie...
Le cinéma a beaucoup fait pour la mémoire, mais personne n'est plus éloquent que les vétérans eux-mêmes ou les témoins de cette histoire.
Le débarquement est un événement symbolique et un temps fort de l'amitié franco-américaine, mais les libérateurs venaient aussi de l'intérieur. Verlaine rythmait les préparatifs et les sanglot longs de l'automne donnèrent à cet été là des couleurs qui n'étaient enfin plus, feld grau.
Nous vivons une époque formidable où la guerre est lointaine, enfin, au bout de la zapette, ailleurs et parfois dans l'indifférence et l'horreur. Si l'Europe a réussi à construire un espace politique pour une paix durable, il est juste que la deuxième guerre mondiale ne serve pas de leçon uniquement par ici. Voilà pourquoi l'action politique en faveur de la paix ne doit jamais cesser. La vraie liberté, c'est celle dans laquelle il n'y a plus de guerre.
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