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Transition ?

Dm21307eb Les primaires du 4 mars dernier ont fait office de "mini super tuesday" pour Hillary Clinton qui, selon les commentateurs, a repris du poil de la bête. Enterrant un peu vite Obama, la presse n'a plus d'yeux que pour la sénatrice de New York puisque ce rebondissement dans une bataille qui réserve encore des surprises, on ne cesse de le dire, onze victoires d'affilée pour Barack Obama, cela commençait à devenir monotone.

Jusqu'à cette histoire de ticket. Cette fois, ce ne sont pas des conjectures d'observateurs ou de gens qui prennent leurs rêves pour la réalité, mais une proposition d'Hillary Clinton elle-même, largement relayée par son équipe et ceux des médias qui lui sont acquis.

On a déjà eu l'occasion de dire ce qu'il fallait prendre en compte au sujet de cette histoire de ticket. D'abord, l'ampleur de la cassure fait qu'il faudra du temps pour souder une équipe et donner le sentiment d'une "dream team" imbattable, car rien n'est moins solide qu'une équipe dont le numéro deux est celui qui visait la place de numéro un, surtout quand le numéro un final a été sévèrement menacé au point de douter. L'un pensera à sa revanche et l'autre à contenir le premier pour l'impuissanter ou se protéger, y compris, de menaces fictives.

Bref, ça ne tient pas pour le moment. On a expliqué aussi le rôle du vice-président. Pas très excitant. Surtout, le fait que le débat se focalise dessus maintenant tient à un élément de calendrier. D'abord, Obama a une avance importante. Mais si Clinton gagne en Pennsylvanie et dans quelques autres états, elle pourrait passer devant. Elle anticipe cela en relativisant l'avance de son concurrent et en sonnant, de concert avec la presse la fin du "momentum" Obama. Ce "buzz" a un effet immédiat, non pas l'apaisement et "le rassemblement", mais la démobilisation d'un électorat auquel on dit en somme "à quoi bon ?" On a connu cela en France dans la campagne socialiste. C'est un piège grand ouvert dans une situation où tout peut encore arriver, cela menace tout le monde car le temps que les gens passeraient à débattre d'un ticket aujourd'hui qui n'a rien de modérateur, ils ne le passeraient pas à diminuer les chances de MacCain de gagner en novembre prochain...

Donc, la transition, on n'y est pas encore, mais ce qui est sûr, c'est que l'après devient un élément de la stratégie politique d'aujourd'hui car, le vainqueur de la primaire démocrate, ne sera pas automatiquement le vainqueur de la présidentielle.

Momentum

Obama_time_cover_102306 Le terme appartient au vocabulaire politique américain. C’est un latinisme qui pourrait se traduire en français par « effet ». Il désigne des conditions favorables, voire optimales dont bénéficie une personne dans une séquence politique quand elle lui profite au maximum.

Ce moment qui n’est pas mécaniquement prévisible où la conjonction d’une situation politique, d’un contexte et d’une disponibilité de l’opinion fait que subitement une demande politique, réputée insatisfaite, trouve, à un moment donné, quelque chose qui ressemble à une réponse, un chemin, avec un visage, un nom et une voix. Bref, plus grossièrement le momentum, c’est « quand la mayonnaise commence à prendre ».

C’est à n’en pas douter ce dont jouit Barack Obama depuis plusieurs mois. On s’attendait à ce que la victoire en Iowa qui était déjà elle-même une surprise, ne soit qu’un événement parmi d’autres. En principe, le Super Tuesday aurait du aider à la « décantation ». Il n’en a rien été. Il a fallu du temps pour dégager un « vainqueur » e encore plus pour avoir une idée précise du nombre de délégués dont disposaient les deux candidats démocrates puisque pendant une bonne période, personne ne disposait des bons ou des vrais chiffres…

L’instant politique va-t-il se muer en victoire annoncée dans le camp démocrate au lendemain des primaires en Ohio, au Texas, à Rhode Island et le Vermont ? On sera fixé dans quelques heures…

A propos du ticket Obama-Clinton, rêves et réalités

À l’évidence, les Français se passionnent pour les primaires américaines. Chez les socialistes, on s’empaille gentillement entre partisans de l’un et de l’autre en jouant les figures classiques du « plus à gauche », de la plus expérimentée, des marqueurs identitaires que l’on devine déterminants. On frétille de voir, bien au chaud dans notre « République une et indivisible » qui se méfie des communautarismes et autres statistiques ethniques, une femme et un métis, candidats de tout sauf de témoignage représenter une alternative sérieuse à la droite américaine. On est content pour ces Américains qui réussissent là où nous pédalons encore. Nous nous désolons de la réalité des discriminations ; nous sommes contre la discrimination positive, mais pour la parité… Bref, nous voudrions bien avoir les mêmes chez nous, mais on n’en a pas encore trouvé le chemin. Au passage, il est toujours amusant de voir comment les dirigeants de droite n’assument jamais qu’ils sont de droite car lorsqu’ils émettent un avis sur des dirigeants qui ne sont pas français, ce sont souvent les hommes et les femmes de gauche en Europe ou en Amérique du nord qui ont leurs faveurs.

Bref, dans le pays merveilleux de la politique fiction, parmi les désirs d’avenir que nourrissent les observateurs à l’égard des candidats démocrates actuellement en lice dans la primaire américaine, il y a cette question de la possibilité d’un « ticket Obama-Clinton » ou « Clinton-Obama ». Elle répond à cette idée simple, pour ne pas dire simpliste : puisqu’ils sont bons tous les deux, marrions-les. Que l’un soit le second de l’autre. L’un dans l’autre, on perpétuera l’effet dream team.

Mais comme aurait dit Hubert Védrine à propos des constructions de ce genre, faites dans des endroits où l’influence sur les faits dont on parle est assez limitée, « il ne faut pas pendre ses rêves pour la réalité ». Une fois encore, en politique, les choses ne sont jamais roses, les situations jamais binaires.

D’un point de vue politique et historique, l’idée du ticket ne va pas forcément de soi.

Bien sûr, les électeurs ont leur opinion. Dans le Time magazine de la semaine du 18 février, si on constate qu’une majorité des électeurs des deux camps sont favorables à l’idée d’un ticket, du côté Obama, la majorité en faveur d’un ticket Obama-Clinton est assez faible. Un peu plus de 55 % des partisans d’Hillary Clinton estime qu’un ticket serait un atout contre 38 % chez ceux d’Obama.

Quand on sait en plus que, selon les sondages, ce sont les femmes, les hispaniques et les ouvriers qui votent pour Hillary Clinton alors qu’Obama recueille les suffrages des hommes, des noirs et des couches éduquées, comment ne pas en effet, rêver à une « alliance de classe » ?

Comment ne pas désirer l’alliance du visionnaire et de la technicienne, l’alliage du charisme et de l’expérience ? Un casting digne de ces buddy movies hollywoodiens qui explosent le box-office. Mais en politique, on est parfois loin de l’Arme fatale.

D’abord, au moment où nous sommes, il est beaucoup trop tôt pour y penser, même en se rasant ou en s’épilant. La considérer maintenant est un non sens politique et une erreur stratégique car, comme lors d’une certaine primaire socialiste, ou les partisans de la candidate favorite des sondages disaient, non sans condescendance que tel concurrent ferait un « excellent premier ministre ». Ici aussi l’intention est de gagner, pas de témoigner ou de jouer un coup pour après. Si l’idée s’installait, l’électorat se démobiliserait. Tirer des plans sur une comète dont la trajectoire n’a ni queue ni tête est une expérimentation hasardeuse. On verra plus tard.

La fonction de vice-président, qui existe depuis le début aux Etat-Unis, confère au numéro deux de l’exécutif, un rôle très limité, peu politique. Ce n’est que depuis John Kennedy que la fonction a pris du relief, même si Lyndon Johnson n’a pas fait pour son second ce que JFK avait fait pour lui. Ensuite, il y a eu plutôt des gens qui ont défrayé la chronique avant que sous Carter et Bush père, le vice-président redevienne un décideur. Enfin, sous Clinton et Bush fils, le vice-président a un peu plus de poids. Mais, à l’évidence, c’est une question de volonté du président et d’opportunité.

On peut raisonnablement se demander si, par ailleurs, un ticket Clinton-Obama, ne tiendrait pas, en réalité, du « ménage à trois » car nul doute que Bill ne partirait pas faire pousser des fraises dans l’Arkansas pendant que son épouse officierait aux quatre coins du monde ou du pays entre deux conseils à la Maison Blanche ! Quelle place alors pour un numéro deux institutionnel quand il existe un visiteur du soir, un conseiller occulte dont l’influence, les réseaux et le statut ne sont prévus ni régulés par rien ? C’est, sans présager de rien, une vraie question démocratique. Et quand on sait qu’aux Etats-Unis, les Clinton sont perçus comme un clan… Malheur à quiconque n’en est pas. Or Obama a commis une faute originelle, il a contesté à Hillary la position de « candidate naturelle » du Parti démocrate. Le Super Tuesday, sensé départager les candidats par une décantation accélérée n’a fait que confirmer qu’il fallait attendre juin pour savoir la fin du film.

C’est un mariage de raison et une tâche ingrate… Historiquement, le vainqueur a souvent tendu la main au vaincu, mais il faudra surmonter les tempéraments, renier les oppositions politiques qui se sont exprimées durant les primaires et surtout accepter un rôle, celui de vice-président dont les contours sont fluctuants.

Si Obama perd, ce sera une défaite prometteuse car il aura un rôle politique à jouer ailleurs que sous la férule de la candidate investie par le Parti démocrate. Mais rien n’étant figé dans le marbre, gageons que l’été sera studieux pour parvenir fin août à une répartition des rôles qui prendra en compte le poids et les exigences de chacun qui sera annoncée lors de la convention du Parti démocrate à Denver… De la à penser que se jouera là en même temps l’avenir d’une dynastie…

Premiers enseignements :

Le super Tuesday c’est fini, mardi gras aussi, et pour autant, ce ne sera pas le mercredi des cendres pour les primaires, pour la passion qu’elles suscitent ni pour le match Obama – Clinton.

Plusieurs éléments peuvent nourrir l’analyse. D’abord, malgré le nombre important d’états qui ont voté hier, on n’a pas le sentiment que la décantation a eu lieu. Le coude-à-coude qui a fait durer le suspense en Californie, l’état le plus important en nombre de délégués est un symbole. Les statistiques aussi. Une quasi égalité chez les Blancs et une forte majorité de Noirs ont voté pour Obama. En revanche, le vote hispanique et plus encore, le vote asiatique a été en faveur de Clinton.

Ensuite, la logique a joué si on peut dire. L’Arkansas dont Bill Clinton fut gouverneur, le Tennessee voisin ou le New Jersey si proche de New York ont été acquis à Hillary Clinton, qui peut, en plus, se targuer d’avoir remporté le Massachussetts, l’état des Kennedy.

Par contre, pour Obama, avec treize états remportés hier, il fait en une journée plus que Jesse Jackson en 1988 et surtout, l’effet Iowa a joué si on considère que des états de l’Ouest comme l’Idaho, le Colorado, l’Utah mormon ou le Dakota du Nord sont tombés dans son camp.

Cela dit, les Etats stratégiques, si on prend en compte la grande quantité de délégués qu’ils doivent envoyer à la convention démocrate, seul l’Illinois pour l’instant est du côté Obama.

Il reste des états comme le Texas, le Nouvea-Mexique, la Virginie, etc… La course continue donc.

Pour une analyse un peu fouillée, la note de Pierre Moscovici...

Mardi gras, super mardi !

Obama_clinton "Le mardi c'est permis" titrait une émission enfantine il y a quelques années. Aujourd'hui, c'est Carnaval. D'ailleurs, la primaire en Louisiane aura de la gueule cette année. C'est vrai que dans la politique, notamment américaine, il y a une dimension carnavalesque.

Le rêve de tout observateur de la vie politique ou de l'actualité, si modeste soit-il est d'avoir vu juste, d'avoir eu raison, d'avoir cerné ce que d'autres ne cernaient pas. Bien sûr, on peut toujours, comme les trotskistes ou Jacques Attali tordre les faits après coup pour prouver qu'ils n'étaient pas si loin de la vérité.

Le Parisien, Libération et le Figaro ont publié ce matin la même photo. Visiblement, Obama a la faveur de la presse et des Français. C'est vrai que depuis Ségolène Royal, une femme candidate à la fonction suprême, c'est d'une banalité bienvenue. Par contre un candidat "noir", c'est nouveau. Comme si, subitement, en France on s'identifiait à une situation dont les conditions ne sont pas encore créées en France justement. Il est vrai qu'à part Dieudonné, le triste sire et Stéphane Pocrain, il n'y a pas eu de candidat noir sérieux à une élection aussi fondamentale que la présidentielle. Dieudonné c'était pour faire parler de lui, Stéphane n'avait plus d'appareil derrière lui. D'ailleurs, ça n'a pas duré longtemps et surtout, ça candidature est passée aussi inaperçue que celle de... Bernard Menez.

Mais ce faisant, y compris chez les commentateurs politiques, quand on parle d'Obama, on pratique un renvoi aux origines que le candidat et ses soutiens ne revendiquent pas. C'est la preuve d'une lecture superficielle d'une actualité que l'on suit pour avoir quelque chose à dire si le débat surgit entre la poire et le fromage.

Obama provoque du désir car Hillary est déjà, malgré elle, dans le système. Sa victoire serait une nouveauté, mais pas une surprise. Le sénateur de l'Illinois a tout de l'outsider dont on saisit bien que la victoire serait plus qu'une suprise. Elle projetterait le pays dans une nouvelle dimension.

Pour autant, sonder les Français pour connaître leur préférence n'aura aucune influence, mais au moins, c'est la preuve que l'Amérique, on l'aime toujours, quand elle ne nous fait pas - avec arrogance, la leçon.

Espérons que Barack Obama ne finisse pas comme ceux à qui on peut le comparer : John Kennedy ou David Palmer !

Dans quelques heures, on verra donc si finalement, le pays a choisi l'audace de l'espoir ou non. Mais un échec d'Obama ne serait pas un revers. Jesse Jackson a gagné onze primaires et caucus en 1988, essentiellement dans le Sud, le Michigan et à Washington. Il sera intéressant de voir si l'effet Iowa se reproduit.

Pour le reste, la nuit sera longue, satané décalage horaire !

Lire la suite "Mardi gras, super mardi !" »

Primaires américaines : quand les Kennedy s’en mêlent

La victoire de Barack en Caroline du sud était attendue. Ce qui a surpris, c’est l’ampleur du résultat. Il fait un carton énorme chez les Noirs et plus que prévu chez les Blancs. De quoi faire taire ceux qui projetaient sur lui leurs propres conclusions. Ce n’est pas parce qu’Obama est noir, qu’il est le candidat des noirs. D’ailleurs, il est métis… Même si, dans le système imbécile qui demeure aux Etats-Unis, la notion de métis n’existe pas. Une seule goutte de sang « noir » dans les veines fera de la plus blonde des blondes, une « colored » pour reprendre un vieux terme.

Ceux qui voyaient un lien mécanique entre le jeune candidat et l’électorat afro-américain ne se basaient que sur le faciès car, rien dans les prises de positions d’Obama n’accrédite l’idée que Barack est le candidat des Blacks. Toujours le renvoi aux origines. Là où Clinton a joué de la corde biologique pour rappeler qu’elle était une femme, Obama s’est abstenu d’en rajouter dans l’évidence ethnique. D’ailleurs, rappelons que pour les afro-américains, Bill Clinton fut le premier « black president » ! Ce qui ne l’empêcha pas de s’assoupir la semaine dernière lors d’un discours de Martin Luther King III pour commémorer la mort du révérend assassiné il y a 40 ans à Memphis.

Obama a gagné donc dans un de ces états du sud, la Bible belt, le dixieland, bref, l’ancienne confédération conduite par Jefferson Davis, son ancêtre. C’est en Caroline du sud, à Fort Sumter que la Guerre de sécession a commencé. Comme ses voisins, la Caroline du sud fut longtemps démocrate par opposition aux républicains qui, à l’instar d’un sénateur de l’Illinois, Abraham Lincoln étaient alors plus humanistes. Cela dit, Roosevelt y a fait un carton. Obama avec ses 55 % a fait plus que Kerry en 2004. De là à dire que même dans le sud, les démocrates sont de retour, c’est un peu tôt pour le dire… Même si Obama a gagné plus de délégué que le vainqueur républicain McCain.

Dans le vieux sud, les nègres ont fécondé les champs de coton avec leur sang et cette mémoire est encore vive. Il reste encore la Caroline du nord, la Géorgie, la Virginie, le Tennessee, le Mississippi, la Louisiane et l’Alabama.

Mais l’événement majeur de ce début de semaine, c’est l’annonce d’un ralliement que l’on attendait. Le « clan Kennedy » entre dans la course et va soutenir Obama. Caroline – comme quoi, le nom doit lui porter chance, Kennedy, la fille de JFK a annoncé son soutien au sénateur de l’Illinois et il semble que Ted, le sénateur du Massachussetts, qui a longtemps incarné l’aile gauche du Parti démocrate, va aussi soutenir celui que l’on perçoit comme un nouveau Kennedy.

Obama est né l’année où John Kennedy est entré à la Maison blanche. Même si l’Histoire a érodé le mythe de ces riches catholiques irlandais de la côte est, ce qu’ils ont apporté à la politique et à leur pays vit encore : la jeunesse, le charisme, la générosité.

Bien sûr, les mânes du président assassiné ne suffiront pas. Les morts ne votent pas, mais nul doute que sur le plan symbolique, cela portera, et on sait qu’en politique, les symboles, même au pays du pragmatisme, ont leur importance. On verra si cela aura une influence lors du Super Tuesday.

Pourquoi la primaire US est si excitante ?

Bien que l’intérêt des médias français et des milieux politiques pour la primaire américaine est plus grand que les fois précédents, chacun saisit-il ce qu’elle a de passionnant ? Bien sûr, parce qu’elle constitue le premier acte de l’après Bush. Aussi à cause de la popularité des deux principaux candidats démocrates que les milieux de gauche suivent depuis longtemps. Surtout parce qu’on a là la configuration la plus ouverte depuis longtemps. On n’a ni président, ni vice-président sortant en lice. C’est donc, sur tous les niveaux, du neuf à 100 %. Même si ce n’est pas obligatoirement du « jeune ».

Côté démocrate, indéniablement, le « casting » fait rêver. Hillary Clinton a séduit le public européen, sans rien faire d’ailleurs en ce sens depuis la présidence de son mari. En fait, avec elle, on avait retrouvé l’image d’une first lady engagée comme avant elle Eleanore Roosevelt.

C’est au nom du souvenir des années Clinton et de son succès politique personnel qu’elle jouit aujourd’hui de cette force. Sans y ajouter bien sûr ses idées. Obama, c’est bien sûr l’autre nouveauté car, un Afro-américain au sens littéral du terme avec son profil, ça aussi c’est neuf. Mais il ne semble pas que les clivages idéologiques ou les options programmatiques soient si énormes, si irréconciliables entre eux deux.

Côté républicain, c’est plus contrasté. John McCain est certainement bien armé, mais son âge et sa santé, ainsi que son tempérament ne sont pas ses meilleurs atouts. Rudy Giuliani est trop gauchisant pour l’électorat conservateur dont les convictions religieuses et morales commence à être pondérées par les questions économiques, qui, une fois encore, vont jouer un rôle majeur dans le choix des candidats.

Quant à Huckabee, il ne plaît pas à tous les conservateurs et s’agissant de Romney, il semble qu’il fasse les frais d’une croisade anti-mormon menée par certains milieux évangéliques.

Le vote « noir » n’ira pas automatiquement à Obama. Non seulement parce qu’il n’est pas « un des leurs » comme les leaders traditionnels issus du mouvement des droits civiques, mais aussi parce que pour la communauté, le « premier président noir », c’est Bill Clinton. D’ailleurs, depuis qu’il est revenu à la vie civile, l’ancien locataire de la Maison blanche a élu domicile pour ses bureaux dans le quartier noir de New York, en plein Harlem.

Tout est donc ouvert. Une question taraude les stratèges de ce côté-ci de l’Atlantique cependant. Autant dire qu’elle a peu de chances d’influencer les caciques du Parti démocrate. C’est la question du ticket. Puisque Clinton et Obama sont si populaires, pourquoi, dans un sens ou dans l’autre former un ticket ?

La chose est improbable pour plusieurs raisons. D’abord, le profil du poste fait qu’un vice-président ne peut être le lot de consolation pour quelqu’un qui a choisi d’être le numéro « un ». C’est comme lorsque les amis de Ségolène Royal disaient non sans une certaine condescendance que Dominique Strauss-Kahn ferait un très bon premier ministre. La personnalité d’Obama et de Clinton ne permettrait pas à l’un des deux d’être le vice-président de l’autre. Chaque président imprimant sa marque à la fonction, l’Histoire a montré que les présidents charismatiques ont souvent eut des vice-présidents effacés, souvent perdants d’ailleurs sauf quand ils gagnaient faute d’adversaire crédible. Truman n’était pas le meilleur candidat démocrate, mais, constitutionnellement, il avait du son arrivée dans le Bureau ovale à la mort de Roosevelt. Nixon fut battu dans les conditions que l’on sait par Kennedy et il ne gagna que parce que Johnson, qui n’a pas marqué les mémoires – ce qui est injuste – ne se représenant pas, le candidat démocrate survivant, après l’assassinat de Bob Kennedy, Hubert Humphrey devait traîner le poids de la guerre. Enfin, Ford fut battu en 1976 et Mondale en 1980. La seule exception récente fut George Bush père en 1988. Seul Al Gore, candidat aux primaires de 1988, fut un vice-président de poids, encore que son aura a augmenté depuis qu’il se présente comme « l’ex-futur président » et qu’il se bat pour la planète.

Un deuxième argument est que si on avait un ticket Obama-Clinton ou Clinton-Obama, il émergerait alors, disons-le ironiquement, une nouvelle minorité politique, les hommes blancs ! De même, on parle de Bill Richardson comme vice-présidentiable. Le gouverneur du Nouveau-Mexique représenterait le sud et surtout l’ouest. En plus, comme son nom ne l’indique pas, c’est un « hispanique »…

Mais les intéressés ne sont pas dans ces calculs. Quand on livre un combat politique, il faut parfois, savoir ne pas viser la deuxième ou la troisième place, mais la première.

A New Hillary in New Hampshire

Hillary gagne au New Hampshire chez les démocrates et McCain chez les républicains. Obama deuxième, Edwards toujours troisième et Huckabee troisième lui aussi. Le caucus de l'Iowa ne devait pas effacer la primaire du NH. Le fonctionnement n'est pas le même. Rappelons en effet que certains états votent par caucus, d'autres par primaires. Qu'il y a des primaires ouvertes comme hier et des primaires fermées comme dans le Wyoming où le 5 janvier dernier, il y a eu une primaire républicaine. Là, on votait toute la journée, dans un état cette fois de la Nouvelle-Angleterre, plus urbain, plus proche de la sociologie des démocrates version Clinton. En Caroline du sud une des toutes prochaines étapes on aura là encore un schéma différent. C'est le Sud. 50 % des électeurs démocrates sont noirs. 60 % des électeurs républicains sont évangéliques.

Dans le New Hampshire, l'autre événement c'est le fait que les démocrates devancent les républicains.

Car un grand pays comme les Etats-Unis, c'est une diversité de paysages très grande, tout cela est véritablement passionnant.

Questions primaires sur une primaire

Obama1 Aucune autre séquence électorale qu'une primaire américaine ne passionne autant la presse internationale en général et la presse française en particulier s'agissant d'actualité internationale. La place qu'occupe cette période dans la presse est intéressante. Ce n'est pas un effet de la mondialisation - cela existe depuis longtemps. Probablement une des marques de la passion américaine, probablement aussi le caractère fascinant du système politique américaine. Le plus ancien, le plus ingouvernable, le plus excessif des démocraties avancées de notre planète.
Une constitution inspirée de la philosophie des Lumières, forgée en 1787 fait de l'homme le plus fort du monde, le plus faible dans son pays. Mais avant de le vivre, une dizaine de candidats le désirent fortement en s'affrontant dans ces primaires. Contraste car, si le monde se passionne pour la joute entre Obama, Edwards et Clinton ou entre McCain, Giuliani, Huckabee ou Romney, ceux-là ne s'intéressent pas autant au reste du monde. Huit ans d'unilatéralisme ont renforcé un désintérêt classique pour les affaires du monde même si dans la période récente, le multilatéralisme auquel nous sommes attachés en Europe a été bien relayé à la Maison Blanche par Bill Clinton et au Département d'Etat par Madeleine Albright.

Beaucoup découvrent aujourd'hui les candidats en lice. Parfois, dans la gauche française, quand on n'est pas bêtement "antiaméricain", on va jusqu'à se passionner pour Hillary ou pour Barack. Chacun cherche d'ailleurs un miroir dans ces deux-là. Obama ou la réussite outre atlantique de ce qui n'est encore qu'une utopie bien lointaine ici. Avec maladresse et naïveté, on caricature. "Barack Obama, le "jeune sénateur noir", ou "le premier sénateur noir" par exemple. Dans ce qu'il est en train de réussir, il y a de belles choses. Ce n'est pas le candidat des noirs pour le coup. Il ne l'a jamais revendiqué et les Afro-américains ne l'ont jamais automatiquement considérés comme l'un des leurs. Métis, il fait finalement à l'échelon de la nation ce qu'une poignée de personnes tentent de faire depuis des années en France au niveau local. A ceci près qu'on en est encore souvent dans une représentation d'un groupe ethnique revendiquée ou imposée par la presse... Cette dilution de la question identitaire dans une cause sociale plus large et plus transversale correspond bien à une notion républicaine.

Il faut regarder aux Etats-Unis qui vote pour qui. Les Afro-américains plaisantent en disant que le premier candidat "noir" était Bill Clinton d'ailleurs.

Dans l'Iowa, le vote féminin est allé majoritairement au sénateur de l'Illinois. Comme si l'effet Hillary avait fait "pschitt". Les larmes de crocodile de la sénatrice cette nuit à la veille de la primaire du New Hampshire démontrent un fait primaire lui-aussi. Tout n'est pas écrit en politique. Rien n'est gravé dans le marbre. Les favoris d'un jour ne sont pas les favoris de toujours. Obama peut perdre lui aussi.

Mais puisque nous sommes en France, la question bête est la suivante : peut-on voir émerger un Obama français ?

Obama, un nouvel accent pour l'Amérique

Ceci est le texte d'un article écrit pour le Cercle Jefferson cet automne.

Barackobama_2 En politique, on aime bien les contes de fées et les destins dignes d’un scénario de biopic hollywoodien. Même si le scepticisme domine dans les débats théoriques, les success stories se substituent de plus en plus aux grands récits politiques ou aux incarnations idéologiques. Mais comme la politique a à voir avec l’Histoire et les jugements populaires, elle est aussi bien tragique qu’imprévue et donc imprévisible. Cependant, il y a des phénomènes toujours passionnant à analyser sans qu’on préjuge pour autant de leur issue. Tel est le cas de Barack Obama qui, depuis février 2007, est candidat à l’investiture démocrate pour les prochaines élections présidentielles de novembre 2008. Challenger sérieux d’une Hillary Clinton dont la candidature et le succès ont moins surpris, son parcours et son image en fond plus qu’on ne le pense un candidat de rupture. Pas seulement avec ce qu’on imagine être une Amérique blanche et républicaine, mais aussi avec l’Amérique noire. Peut-être parce qu’à sa manière, il incarne les défis de l’Amérique du XXIe siècle ?

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Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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