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Ils n'auront pas su "tenir"...

Bd_sr Il a suffit d'un appel pour que les signatures se ramassent à la pelle. Pendant que les Birmans enterrent leurs morts, que les Chinois comptent les leurs et qu'on n'a pas encore trouvé de réponses globales à la crise alimentaire qui marque la période où nous vivons, les socialistes, tout à leur congrès ont trouvé quelques sujets d'excitation dont la pertinence politique laisse songeur. Quelques sujets d'actualité ont émaillé le débat à gauche ces derniers jours.

Cela commence à l'extrême gauche avec la polémique sur le passage d'Olivier Besancenot dans l'émission de Michel Drucker. A la Ligue on s'en émeut. Après, Arlette a fait bien pire et puis de toutes façons, qui croit encore que le trotskisme est le dernier ordre monastique encore en activité dans la gauche radicale !

Cela continue avec la déclaration de Pierre Moscovici sur son avenir présidentiel - excusez du peu - auquel il songera sérieusement s'il n'est pas premier secrétaire du Parti socialiste cette année. C'est la deuxième faute qu'il commet. A un moment très mal choisi puisque l'entrée en lice ou en scène de Delanoë réduit d'autant l'espace du député du Doubs qui risque au bout du bout - pour reprendre une expression chère à DSK d'être mis K.O. debout.

Après on plombe dans les profondeurs de la médiocrité avec l'attaque en règle perpétrée par quelques sbires ségolo-royalistes à l'encontre de l'Hebdo des socialistes, qui n'en ferait pas suffisamment pour parler de l'actualité de Royal. Alors que cette semaine on a entendu pour la énième fois une attaque en règle de Sarkozy envers les médias qui ne font pas comme il aurait voulu qu'il fisse, on se souvient que "présider autrement" n'était pas le slogan de campagne de la candidate socialiste.
Certes l'Hebdo n'a pas la rigueur politique ou l'imagination éditoriale de l'Huma, de Politis ou du Nouvel Obs, mais il rend compte de l'actualité des socialistes sans austérité et avec une fidélité qu'on ne saurait lui reprocher. C'est toujours malvenu de la part d'un dirigeant politique de s'en prendre au journal de sa propre organisation. C'est un aveu de faiblesse et d'hypocrisie car depuis quand a-t-on besoin de l'Hebdo pour s'adresser aux militants alors qu'on lui préfère "la grande presse" ?

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Derrière les primaires, le parti de toute la gauche

À défaut de se lancer dès à présent dans une désignation de la personne qui portera les couleurs du Parti socialiste lors de la prochaine élection présidentielle, on peut dès maintenant se poser la question des primaires nécessaires pour sa désignation.

Après la défaite de la gauche italienne, le modèle transalpin dans son entier, qui avait tant fait envie de ce côté-ci mérite, c’est bien le moins, l’exercice d’un sérieux droit d’inventaire. Cela vaut aussi pour ceux qui suivent le feuilleton fleuve des primaires américaines et dont l’issue ne sera connue qu’à la fin du mois d’août prochain.

Le débat sur les primaires à gauche en France procède à la fois de l’idée qu’un candidat issu du seul Parti socialiste n’est pas légitime pour incarner l’ensemble de la gauche dans un combat contre la droite et du présupposé selon lequel la gauche ne peut gagner que dans l’unité.

Presque tout le monde pense qu’il faut dépasser le cadre du PS, même à l’intérieur de ce parti. Mais ce dépassement n’est pas souhaité par tous pour les mêmes raisons. Il y a ceux qui pensent les autres partis de gauche comme de simples satellites du Parti socialiste et ceux qui pensent que le Parti socialiste étant hostile à telle candidature, il faut le submerger dans un océan de « vrais gens »… Il ne faut ni être dans une logique bêtement hégémonique ni dans une défiance bassement démagogique. Les primaires participent d’une logique d’élargissement du PS à « toutes les cultures de la gauche » et pas uniquement d’une simple addition arithmétique des voix et des pourcentages.

L’Union est un combat. Pour réussir des primaires, il faut notamment arriver à l’idée qu’un candidat unique de la gauche émerge et qu’une majorité, voire la totalité du « peuple de gauche », le choisisse puis le soutienne.

C’est là qu’une fois encore il ne faut pas prendre prétexte d’une préoccupation identitaire pour faire pièce à une démarche unitaire. Le temps de l’élection n’est-ci pas celui du rassemblement ?

Depuis 2002 notamment avec les dix-sept candidats en lice au premier tour, on a bien vu que finalement, pour un parti politique et même sans parti politique, se présenter à l’élection présidentielle ne constitue pas une démarche de conquête du pouvoir pour tous, mais pour certains, cela va de soi, pour d’autre, c’est un moyen de faire passer un message ou plus grossièrement de renflouer les caisses.

Quand une telle attitude est entrée dans les mœurs, il est difficile de revenir en arrière. Rares sont les partis politiques qui aujourd’hui à gauche sont prêts dans l’absolu à ne pas présenter de candidats car l’argument qui consiste à dire qu’en 2012, il n’y a pas de raison pour qu’un candidat issu du Parti communiste ou de la LCR soit présent au deuxième tour ne suffit pas si tant est qu’on le prenne en compte d’ailleurs.

C’est pourquoi on peut dès maintenant se poser la question des primaires comme non pas une tactique, un talisman pour remporter la victoire, mais comme un élément stratégique qui entre dans une logique plus large, celle du Parti de toute la gauche. Car, s’il faut une dynamique collective pour aboutir à une candidature unique, il faut bien que le combat continue après la désignation, pendant la campagne et au-delà pour tenir les promesses et gouverner autrement.

Sans se lancer dans une histoire politique des primaires, rappelons tout de même qu’à l’origine, il s’agissait de faire connaître les candidats. Elles ont été inventées, aux Etats-Unis, dans un pays où les partis politiques ne structurent pas la vie politique autant qu’en France. Aussi, adopter le principe des primaires, c’est autant assumer la perte d’influence des partis que contribuer à poursuivre cette diminution : on accepte que des gens qui ne sont pas adhérents du PS décident avec nous de notre avenir commun sans leur demander autant qu’aux militants en retour.

Ce qui s’est passé en Italie n’est pas aussi vertueux qu’on pense. Au pays de Machiavel, le processus qui va de la formation de la Fabbrica à celui qui a vu la naissance du Parti démocrate procède de la même logique. C’est parce que le résultat ne faisait aucun doute qu’on s’est permis cette « ouverture ». A l’inverse, en France, lorsqu’ a choisi de recourir à des primaires, c’est souvent parce qu’aucune majorité n’était assurée ou qu’il fallait mettre en scène la désignation de telle sorte qu’elle soit incontournable.

Bref, il ne faut donc pas les réduire à un mécano génial pour apparatchiks !

Si on veut des primaires réussies pour 2012, il faut construire la dynamique à gauche en engageant au lendemain du congrès socialiste des actions communes. Jusqu’ici, le Parti socialiste devait affronter les exigences et les conditions des autres, volontairement radicales pour qu’elles ne puissent pas être satisfaites ou pour le faire plier sous le poids des contradictions. Rien n’empêche le prochain premier secrétaire du Parti socialiste de faire de cette politique de main tendue systématique une marque de fabrique. Si on s’y prend tard, la marche aux primaires sera trop artificielle et trop grosse d’arrières pensées pour accoucher d’une victoire.

Cela peut commencer au Parlement où les députés de gauche dans leur ensemble travaillent régulièrement ensemble. Cela peut se poursuivre dans les collectivités, majoritairement à gauche où, la gauche dans sa  diversité anime des majorités de travail. Cela peut enfin se concrétiser dans des actions communes.

Engageons donc aussi le débat sur la méthode des primaires comme une étape de la construction de ce grand parti de toutes la gauche, la perspective la plus audacieuse pour la reconstruction d’une alternative crédible et durable à la droite.

Reconstruire les Reconstructeurs ?

Il n'y a pas de doute à se faire là-dessus, les Reconstructeurs sont vraiment socialistes. L'initiative prise en 2007, les réunions, les petits déjeuners, les rassemblements, les sms et enfin les textes. Tout permettrait de croire que la reconstruction du Parti socialiste pour le sortir du piège de la présidentialisation et le mener à achever sa mutation était possible. On savait avait qui on travaillait car chacun avait son histoire, ses raisons de se méfier de son nouvel allié ou ses vieilles manies : "un pied dedans, un pied dehors", "repérer la porte de sortie dès qu'on a passé le seuil" etc. Bref, on laisser les convergences idéologiques ou au moins rhétoriques aux mêmes et aux naïfs et on se réservait les vieilles astuces tactiques à quinze bandes car le but pour la plupart des socialistes n'est pas d'agir en vertu de ce qu'ils croient mais en fonction de ce qui marche. En d'autres termes, beaucoup ont les convictions de leurs intérêts.

Les Reconstructeurs apparaissait certains commeun "truc d'appareil", mais la démarche intellectuelle était prise au sérieux et puis paff ! On a beau parler de rénovation, on fait comme toujours. La recherche immédiate du bénéfice de ce qu'on entreprend - c'est-à-dire gagner à titre personnel quelque chose - a fait le reste. "Ca ne marchera pas" dit-on sans expliquer. Peut-être parce que les raisons qu'on invoquera sont celles-la même qui nous animent... Bref, en une semaine, quelques déclarations ici ou là et le dispositif est menacé non pas par des gens qui constatent qu'il a échoué en dépit des efforts collectifs, mais parce qu'ils ne le croient pas utile pour leur intérêt propre. Ils auraient pu s'éclipser sans faire de bruit. Non, en claquant la porte ils ont tenté d'ébranler la maison.

Et pourtant elle tourne. La majorité des militants du PS ne se passionne pas pour le concours pour devenir "Premier secrétaire". Il y a tellement de candidats qu'on pourrait aller les départager au Gin Fizz du Havre ! Tant d'excitation pour une fonction qui sera réduite à deux ans avec une majorité introuvable... Justement, les Reconstructeurs permettent aussi d'y remédier. Alors, si on revenait à la construction de cet intellectuel collectif... Surtout que nous ne sommes qu'en avril. Tout va tellement changer d'ici novembre que les gesticulations de certains aujourd'hui risquent de tourner au ridicule à la fin. D'ailleurs, entre deux livres de Césaire, la relecture des Fables de la Fontaine s'impose.

En jouant "perso", ceux qui se désolidarisent d'une démarche intéressante, en ne proposant aucune alternative, aucune construction qui pourrait recueillir le soutien d'une majorité, deviennent les alliés objectifs de ceux qu'ils prétendent combattre.

Présidentialisation ou démocratie ?

Tel est l’enjeu du congrès. Pour les partisans de Ségolène Royal, il y a un goût mal retenu de « match retour » ou de « deuxième mi-temps » après la phase de l’investiture et la campagne présidentielle dont on a mis du temps à reconnaître qu’elle avait débouché sur la troisième défaite consécutive des socialistes à l’élection la plus importante.

Longtemps, la critique a plus porté sur l’hostilité du parti et son absence de soutien que sur les faiblesses du projet ou les erreurs de la candidate. On ne va pas refaire l’histoire ni la prolonger excessivement autrement que pour en tirer des leçons. L’inventaire de la dernière période doit être fait pour ouvrir une nouvelle période. Bien sûr, dans les biographies qui seront écrites dans le futur on pourra très bien lire que la défaite de 2007 était plus que probable, elle était inéluctable, mais utile pour « purger le vieux parti » et le remplacer par un autre. On n’y est pas encore et pour pouvoir l’écrire, il faut une victoire éclatante en 2012 et là non plus, on n’y est pas encore.

J’ai écrit « coup d’état » pour parler de la manière dont je percevais la stratégie de Royal et ses amis et visiblement, j’ai encouru l’ire de lecteurs, dont je ne sais d’ailleurs si ce sont des camarades – ce qui est secondaire…

Le mot a pu paraître dur, mais l’idée est la suivante. A la lumière de l’Histoire, le ségolo-royalisme (là, c’est de l’humour), a un parfum péronisme. On l’a déjà écrit. C’est la formule la plus « juste »… Car le Parti justicialiste se situait bien dans cette veine de gauche, populiste et populaire, un brin nationaliste. Le soutien populaire était large, mais l’opposition était « tenue ». Or comment fonctionne le système Royal ? « Il faut que ce soit elle ». « Elle n’est pas comme les autres ». Dans la campagne interne pour l’investiture, il fallait la soustraire au débat pour « ne pas l’abîmer ». Il fallait même que les autres candidats se retirent.

Quand elle dit aujourd’hui « je n’ai pas de concurrents », la phrase est à double sens. Cela veut dire à la fois qu’elle ne situe pas dans une logique de conflit avec d’autres socialistes, ce qui est bien, mais qu’elle n’estime pas devoir convaincre qu’elle est meilleure qu’un autre. Bref, il y a un fort désir de gagner sans combattre, de l’emporter sans lutter, voire même de changer les règles du jeu pour lui assurer une victoire.

C’est moins Ségolène Royal que je critique dans cette phase de congrès que ses amis, plus rompus qu’elle aux joutes d’appareil. On comprend aisément que ça lui passe au-dessus du cigare parce qu’honnêtement, l’écart entre la forme et le fond est tel qu’on ne peut que souhaiter que nos congrès se déroulent autrement.

C’est en ce sens que je parle de « coup d’état » : c’est une prise de pouvoir par la tentative de s’imposer de l’extérieur en pensant que la saturation médiatique va compenser les carences politiques car un congrès c’est d’abord un moment de débat qui doit permettre de persuader les gens sur son orientation.

En outre, si sur le fond, Royal est « réformiste », « social-démocrate » et « moderne », on voit bien qu’elle et surtout ses amis voudraient « gagner seuls ». Bref, une fois encore, répétons-le, la président de Poitou-Charente doit descendre dans l’arène pour combattre si elle veut récupérer les oreilles et la queue.

Même si je suis mal placé pour « donner des leçons de gauche », je crois être dans le bon parti si je milite contre la présidentialisation. Rappellons juste ce qu’est un président de la République française. C’est un monarque républicain puisqu’il n’est responsable devant aucune assemblée. Est-ce compatible en tout point avec une conception socialiste du pouvoir ? En tout cas, ça ne va pas de soi. Curieux d’ailleurs que le député de la Nièvre n’ai pas assez lu les textes d’un de ses illustres prédécesseurs. Certes, il paraît que « le monde a changé, donc le socialisme doit changer », mais ce genre de formule ne clôt aucun débat, bien au contraire.

Le socialisme démocratique ne peut s’épanouir dans l’augmentation des pouvoirs d’un seul homme.

Si on observe avec une inquiétude bienvenue les dérives du sarkozysme, on ne peut impunément dire n’importe quoi ou alors… Eric Besson a raison sur toute la ligne.

Alors, contre la présidentialisation, oui, la démocratie. Il faut réfléchir à la manière dont le parti peut s’ouvrir encore plus et à la contradiction qui existe entre la démocratisation qui est une exigence moderne et la personnalisation qui est une tendance de notre temps…

Ce n’est pas facile, mais si on résout cette équation, dans le congrès, on aura franchi un grand pas.

Premiers jets, premiers oublis

Les dix questions de Ségolène Royal vont probablement être modifiées, mais déjà, publiées, elles fixent un cadre, elles trahissent une perception : celle d'une vente à la découpe du socialisme au nom de la modernité.

Sur "le discours pseudo-révolutionnaire et le conformisme économique". C'est une insulte aux années où Lionel Jospin était premier ministre et où la gauche française gouvernait selon les principes d'un réformisme de gauche, réaliste et ambitieux. On ne peut pas dire que le bilan économique était "conformiste", puisque même la droite le combat et le discours n'était pas révolutionnaire car il se voulait réaliste. D'ailleurs, Lionel Jospin est encore critiqué pour cela, y compris par les amis de Ségolène Royal.

" Le socialisme ne peut pas se contenter d'aménager le capitalisme financier à la marge : comment produire et répartir autrement la richesse ? "

Voilà une belle contradiction avec la question précédente. Le capitalisme ne s'aménage pas, il se régule. C'est ce que nous avons tenté de faire encore une fois en 1997-2002 au plan pratique, et récemment au plan théorique au moment des forums de la rénovation. D'une certaine manière, alors que le PS refuse d'y travailler, avoir un socialiste à la tête du FMI et de l'OMC, c'est avoir des alliés dans la place sur quand, par exemple un pays comme le Brésil est gouverné par des progressistes. Le développement on ne peut le penser simplement de manière hémisphérique, sinon on aura une définition politique hémiplégique. Le socialisme de la production et le combat contre les inégalités, là où elles se produisent, voilà un début de réponse.

" Que reprendre des modèles progressistes des autres pays et que rejeter ? "

En voilà une question qu'elle est naïve ! Si les socialistes étaient des internationalistes sincères et conséquences, ils pratiqueraient un syncrétisme permanent. Depuis toujours, sans attendre les effets de mode et la superficialité d'un affichage de tribune le temps d'un meeting. Copier les voisins c'est douter de soi et admettre qu'on ne vaut rien. Bien sûr, il y a toujours du bon à s'intéresser au travail des voisins. La modernité du Labour, la puissance de la social-démocratie suédoise c'est avant tout l'héritage d'un mouvement ouvrier puissante centenaire, d'une formation politique en béton et d'une cohérence doctrinale sans faille. Le vernis d'une belle apparence ne masquera jamais les lacunes d'une attitude paresseuse.

Quand on formule ainsi la question sur l'entreprise : "Il faut pousser l'agilité des entreprises, le goût du risque et l'esprit d'entreprendre, tout en améliorant la situation des salariés et leurs sécurités sociales" on admet que la priorité ne va pas au social, ni même au travail. C'est une contradiction avec les discours de campagne sur " la valeur travail ". Depuis Marx et encore aujourd'hui c'est vrai, on sait que les patrons et les travailleurs n'ont pas les mêmes intérêts. l'agilité des entreprises se fait principalement grâce à la précarité de l'emploi. On ne peut pas faire nôtre l'idée de droite qu'il faut construire une France d'entrepreneurs. Si on veut améliorer la situation des travailleurs et leur sécurité sociale, il faut que plus de gens travaillent plus que plus de gens cotisent à la sécu. Dans cette formulation, le mot "emploi" est absent. Le Parti socialiste est le parti du salariat. Le salariat n'a pas à être la variable d'ajustement de notre politique économique.

Sur le rééquilibrage le rapport de force entre le travail et le capital par une meilleure répartition du profit, avec comme question "Quels contre-pouvoirs dans l'entreprise ", on a là encore une formulation assez conservatrice pour nous l'entreprise n'est ni l'atout maître, ni l'ennemi principal. De fait pour nous, la question se pose moins en termes de "contre pouvoirs dans l'entreprise" qu'en terme de démocratie sociale. C'est tout l'héritage du Front populaire et de l'Union de la gauche.

C'est curieux de parler de "redistribution passive et bureaucratique comme principal moyen de s'attaquer aux injustices sociales". Encore une fois, on prend un point de vue de droite. Depuis les débats de la campagne interne - on sait qu'à gauche il existe deux approches : celle traditionnelle de l'état providence qui prône en effet la redistribution sans trop se poser la question de la manière dont on produit les richesses, l'autre, en phase avec la social-démocratie nordique ou germanique depuis quelques années sur l'idée d'un état prévoyant et protecteur. Michel Rocard et Dominique Strauss-Kahn ont été les premiers importateurs de cette idée par chez nous.

Bref, cette démarche ignore pas mal d'éléments structurants de la gauche comme l'éducation ou les services publics comme leviers de la citoyenneté et de la solidarité.

Cela me rappelle aussi l'époque où au MJS, le congrès se passait de la manière suivante : il y avait un texte du Bureau national, amendable par l'ensemble des militants et seulement ensuite, d'autres textes avec une possibilité réduite de les défendre puisque les moyens étaient "limités". Derrière l'illusion de la démocratie, il y a la réalité du centralisme. Tout cela pour adouber sans risque une candidate qui ne voit que 2012. Voilà beaucoup d'éléments classiques du bonapartisme : une démarche démocratique pour le bénéfice d'un seul, homme providentiel qui tordrait les institutions à son seul profit.

Si on veut reconstruire le Parti socialiste, il faut le démocratiser, pas le personnifier. Car on ne fera que renforcer le caractère "courtisans" des roitelets qui ne pensent qu'à leur égo et on transformera les militants en godillots.

C'est pourquoi, nous pensons avec beaucoup d'autres, qu'il y a une autre voie.

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Et cela commença par un pillage...

Toute la presse s'est mise à l'unisson pour constater que "Ségolène Royal donne le coup d'envoi du congrès du PS". Quand on est dans le "milieu" socialiste, on se marre. Le "coup d'envoi" fut donné dès lors que le calendrier est annoncé. Mais comme on l'a déjà écrit, la presse ne veut pas voir dans le congrès le moment d'une clarification ou d'une reconstruction, mais celui, au pire, de l'affrontement entre concurrents à la présidentielle... de 2012, au mieux de la prise du pouvoir par Ségolène Royal au sein d'un parti qu'elle hait et dont elle souhaiterait ne pas dépendre. Une fois encore, on nous accusera de ne pas nous intéresser au fond, alors même qu'on ne voudra voir du congrès du PS que "la comédie des ambitions".

Lors du conseil national du 25 mars 2008, le débat sur la nature du congrès avait été le moment d'un échange intéressant car un des débats de novembre sera "présidentialisation ou non du PS". Les reconstructeurs, on l'a dit, ne veulent pas d'un PS pris dans la tenaille de l'affrontement des présidentiables. Les présidentiables cherchent à s'engager dans la bataille du congrès à condition de ne pas la perdre. Leur plan "B" est de chercher à "peser" en faisant comme nombre de premiers fédéraux gros pourvoyeurs de mandat : "attendre, identifier le vainqueur potentiel pour le soutenir quitte à adapter ses convictions". Car c'est ainsi que fonctionne aussi le PS : on y a trop souvent les convictions de ses ambitions et la rénovation s'arrête où commencent les intérêts des grands.

Jean-Christophe Cambadélis, qui connaît aussi bien la grammaire des congrès que la mécanique de la machine socialiste, terminait son intervention par cette suggestion à François Hollande, restée sans réponse de la part de l'intéressé : "Je pense que la première des rénovations, la première des reconstructions, c’est de changer la manière dont nous préparons notre congrès. Si notre prochain congrès, c’est à nouveau des motions totalisantes, qui sont, en fin de compte, l’expression de petits partis qui, du début jusqu’à la fin, traitent tous les problèmes de la société, eh bien mes chers camarades, les Français ne s’y retrouveront pas. Le problème qui nous est posé, c’est de faire un congrès utile et pour cela, il serait bon, au lendemain de notre convention qui nous réunira, j’espère, sur la question de la déclaration de principe, de fixer nous-mêmes les questions, la dizaine de questions ou les cinq questions, ou les douze questions, peu importe, mais les questions en rapport avec ce que à quoi sont confrontés les Français, auxquelles nous aurons à répondre. Ce sont des questions pratiques, ce sont des questions stratégiques, des questions politiques, mais c’est à partir d’un certain nombre de questions que nous devons débattre et trancher l’orientation politique, sinon, nous resterons chacun dans nos boutiques. Or, ce dont a besoin le Parti socialiste, au lendemain de sa victoire des municipales, c’est profondément d’unité."

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Un congrès pour quoi faire ?

Le conseil national du Parti socialiste a donné le coup d’envoi de la préparation du 75e congrès du principal parti de la gauche française. Une entrée en matière qui devrait permettre à chacun de comprendre que dans la France de Sarkozy avec une droite qui n’a jamais été aussi à droite, après qu’elle fut très adroite dans sa conquête du pouvoir, ce que la gauche a à dire au pays est d’une importance capitale.

Il n’est pas excessif de dire que l’accumulation des symboles et des coïncidences de calendrier contribue à renforcer l’obligation morale, politique et stratégique d’être à la hauteur du rendez-vous.

Un Parti tourné vers l’extérieur

Pendant que les socialistes sont en congrès, le monde n’arrête pas de tourner. Aussi faut-il tourner avec lui. Pour que le congrès soit utile, il doit être ouvert c’est-à-dire que ses débats doivent prouver que le Parti socialiste est en phase avec le monde qu’il prétend transformer.

On sera en pleine présidence française de l’Union européenne, à quelques mois des élections européennes. Elles seront difficiles pour nous car, en termes de « places », il ne sera pas évident de réitérer voire de dépasser la victoire gâchée de 2004 : 31 députés sortants pour un parti qui s’est isolé parfois au sein du PSE pour des postures tactiques à cause d’une vision vérolée par le débat « oui-non ». Il faudra donc être à la hauteur des enjeux européens.

On sera peu de temps après le 40e anniversaire de la constitution du 4 octobre 1958. Nul doute que le Président de la République fera en sorte – commémoration ou non, de capter le flux médiatique qui devrait se porter « naturellement » vers le congrès du PS. Mais là, ce sera l’occasion d’une autocélébration avec l’affirmation de la filiation avec de Gaulle et même, c’est à prévoir, d’une partie, récupérée et réécrite de l’héritage de François Mitterrand. Car pour Sarkozy, après l’agitation des premiers mois et la déception à la fin de l’An I, il faudra, au risque de la glaciation, créer les conditions qui lui permettront de durer.

La question européenne, la question institutionnelle seront donc à l’ordre du jour ainsi que les questions économiques et sociales car elles constituent toujours une toile de fond, surtout en ces moments de récession économique. Le pouvoir d’achat en baisse, le moral en berne et la généralisation de la précarité des jeunes, des salariés et des retraités ainsi que la réalité du chômage caché, voilà l’ordre du jour du congrès. Il faut évidemment y ajouter l’utilité de notre victoire et la nouvelle place des territoires dans la période qui s’ouvre.

Un rôle nouveau pour les élus

Pour le PS, ce sera l’occasion d’assumer sa mutation sur son rapport au régime. La question de la présidentialisation est posée. Il faudra avoir une position intelligente sur la question des institutions en sachant que les destins personnels qui ont pour objectif 2012 vont réduire les ambitions parlementaristes et démocratiques. Sur un autre volet, les socialistes qui sont à la tête de plus de la moitié des départements et qui verront un renforcement du groupe PS au Sénat ont oublié les textes sur la suppression du Sénat et du département !
D’ailleurs, si le « conseil des territoires » dont on parle, doit être un « sénat du PS », voire une version française des « super délégués » du Parti démocrate américain, ce serait aller à contresens de l’Histoire. Depuis longtemps, le PS dispose de réseaux d’élus – Condorcet, Maison des élus, FNESR - secrétariat aux élus… Il n’y a qu’à les réformer ou simplement, les utiliser.

Ce sera un choix stratégique que celui qui consiste à mobiliser les élus comme acteurs, comme praticiens plutôt que comme nouveaux « barons locaux » qui se tient à distances des « petits marquis de Solférino ».

On sera aussi en pleine actualité sur l’avenir de l’Europe. Pas simplement dans le commentaire de la présidence française, mais dans la préparation de a nouvelle manière de gouverner l’Europe – le traité de Lisbonne a mis en place un nouveau rôle pour le Parlement, plus politique. Il faudra donc aussi s’y préparer.

Le Parti socialiste dont donc construire son propre ordre du jour et ne pas se laisser imposer celui des médias qui pronostiqueront – parce que c’est ce qui fait vendre, un duel de personnes, et qui conclueront à l’issue du congrès que rien n’aura changé sur le fond. Il doit s’engager sur la voie de la reconstruction, seul moyen de donner du sens à ses victoires du printemps, de muscler l’opposition et de préparer les conditions de la reconquête.

Voilà pour la feuille de route, une longue route jusqu’en novembre. Mais ce n’est qu’un début.

Bribes

Le congrès commence...

Alors que la "célébration" du 40e anniversaire de Mai 68 est déjà bien entamée, nous autres socialistes allons vers notre 75e congrès. Le conseil national qui s'est tenu en début de semaine en a fixé le calendrier. Le déroulement même de ce conseil national a démontré combien la réforme du fonctionnement du Parti socialiste devenait "urgente". La juxtaposition des interventions dans une indifférence qui croissait à mesure que l'heure avançait, tout cela coupé par un vote qui vidait de leur contenu la vingtaine de prises de paroles qui suivaient, tout cela montre qu'on ne débat plus guère de politique. Cela laisse un champ immense aux arrières pensées et aux combinaisons de couloir. Pas étonnant que nous n'ayons pas "bonne presse", parfois.

C'était le premier conseil national depuis la formation des Reconstructeurs. L'intervention de Claude Bartolone et celle de Jean-Christophe Cambadélis ont permis de montrer que "la chose" commençait sérieusement à prendre. On y reviendra. Pour l'heure, on a raison de vouloir faire en sorte que le PS fasse un congrès ouvert. Car au lendemain d'une telle victoire, il faut pousser son avantage. Le congrès doit montrer que le PS est de retour, pas seulement dans les urnes, mais aussi à la pointe du combat contre la droite et qu'il entend revenir durablement dans les têtes pour incarner l'alternative à la droite.

Vieux démons

François Hollande a commis cette semaine la même erreur qu'à la rentrée 2007. Tout en jurant vouloir conduire le Parti "dans l'unité" vers la clarification et le respect du calendrier, voilà qu'il s'en émancipe au détour d'un entretien pour annoncer qu'il pourrait être candidat en 2012. De quoi relancer les conjectures et les arrières-pensées. Cette manie de torpiller un dispositif qui avait le mérite de contribuer à la sérénité est agaçante. L'avenir du président du conseil général de la Corrèze est une question qui ne concerne pas l'ensemble du Parti socialiste., même si les grands manœuvriers du congrès se demandent au risque de l'insomnie : "que fera François Hollande ?" Ségolène Royal, est du coup, l'autre candidate déclarée pour 2012. Un air de déjà vu ? Assurément car, elle aussi, veut son texte de congrès, seule, comme Hollande pour sa contribution en 2003.

Une histoire de main tendue

Les relations entre Delanoë et Cambadélis ne tiennent pas de l'histoire d'amour. Ces deux jospinos historiques n'ont jamais pu s'entendre et parfois, cela a pris des airs de pugilat. Mais tous deux font de la politique, tous deux ont appris de Mitterrand. Bertrand, c'est la mise en scène de sa propre personne dans le refus systématique de se voir imposé quoi que ce soit par qui que ce soit, mais quoi qu'on lui dise, il l'entend. Si le "delanoïsme" n'est qu'une image médiatique - ce que le royalisme était au début, précisément au moment du congrès du Mans, il est aussi le désir d'un avenir pour ceux qui jadis furent jospinistes, ceux qui voient en lui un autre visage pour le socialisme du XXIe siècle dont le double succès à Paris est la preuve de sa validité. Rien ne justifie sur le plan idéologique ou même stratégique, que l'enfant du XVIIIe et le gominé du XIXe ne se parlent pas et ne fasse pas de chemin ensemble. Sauf la peur de l'un de se faire poignarder par l'autre ou le refus de l'un d'être enchaîné par l'autre. Sauf qu'entre le Maire de Paris et le député de Paris, chacun a ses forces et son autonomie. Alors pourquoi pas ? Cela servirait le parti car une grande alliance des réformistes permettrait de faire les choses dans l'ordre : réparer le parti après la défaite, le préparer pour la reconquête. Sauf si on s'oblige à choisir le candidat tout de suite...

Une alliance contre nature peu en cacher une autre...

Dans notre jeunesse nous avons reçu pas mal de leçons de gauche. Parmi les donneurs de leçons, certains qui ont gagné la ville d'Asnières en s'alliant avec une liste "divers droite". Bonne chance pour les conseils municipaux. Dans notre Puy-de-Dôme adoré, c'est le président du conseil général qui s'est assis sur le vote des militants en décidant de se maintenir et de se faire réélire avec les voix de la droite, soutenu dans cette entreprise par le très élégant, délicat et sensible sénateur Charasse. Décidément, Pierre-Joël nous manque plus que jamais !

Lieux de mémoire

Outre le décorum, il y a le lieu de l’événement. On tient congrès dans des endroits de plus en plus grands. La salle du Globe, à Paris en 1905 pouvait accueillir à peine 400 personnes. Depuis longtemps, sans pour autant que l’on parle de gigantisme, ce sont dix fois plus de personnes que l’on réunit dans des Parcs d’expositions car même les centres de congrès peuvent se révéler insuffisamment spacieux. Car qu’en marge de la salle plénière, il faut des bureaux et de plus en plus d'espace pour… la presse. Ce genre d’événements peut drainer en effet près de 600 journalistes accrédités et parmi eux, beaucoup de presse étrangère.

Enfin, toujours s’agissant du lieu, la ville d’accueil a son importance. La logistique, la qualité des ressources pour l’organisation d’un tel événement sont des atouts. La dimension politique aussi. Une ville, de préférence de gauche, dans un département, donc une fédération – là aussi acquise à la direction sortante dont on saura mobiliser les militants pour aider à l’organisation.

Les noms des villes qui ont accueilli des congrès socialistes entrent parfois dans l’Histoire. Une des rares villes à ne pas en être est Paris. Le seul congrès de Paris que la mémoire militante a retenu – et encore, ceci lorsqu’elle est savante, c’est un congrès d’importance. Celui de Paris en 1889 était celui de la reconstruction de la Deuxième internationale, après l’échec de la Première, sur les ruines de la Commune.

Le congrès fondateur du Parti socialiste – Section française de l’Internationale ouvrière eut également lieu à Paris, mais dans un lieu qui resta attaché à l’unité des socialistes, la Salle du Globe, en avril 1905.

Paris accueillit bien sûr de nombreux autres congrès socialistes. Le dernier en date fut – dans la mémoire militante – le dernier congrès de clarification idéologique. Signe des temps, il eut lieu à La Défense, d’où le nom qui resta : le congrès de l’Arche. Signe d’alliance après le terrible congrès de Rennes…

Ainsi, les villes marquent autant d’étapes de la longue marche des socialistes. Après le congrès de Paris, on traverse la Loire pour se retrouver sur les rives de la Garonne pour le congrès de Toulouse (cinquième congrès) en 1908 qui fut pour Jean Jaurès l’occasion de prononcer un discours mémorable qui précise l’idée socialiste, ce que la déclaration de principes de 1905 faisait insuffisamment.

Le 18e congrès se tint vers Noël à Tours en 1920. Le plus connu des anciens congrès de la SFIO puisque ce fut celui de la rupture. Trois quart des congressistes décident de rejoindre la IIIe Internationale. C’est à ce congrès que Léon Blum fit un discours à la fois lucide et prémonitoire sur la véritable nature du bolchevisme russe et qu’il décida de rester « garder la vieille maison ». Depuis, de nombreux dirigeants n’ont eu de cesse de rêver d’un « congrès de Tours à l’envers »…

Est-ce à cause de la chaleur et du farniente estival qu’on a oublié que le congrès de 1946 eut lui aussi lieu à Paris en août ? C’est à ce congrès que Guy Mollet devint secrétaire général du Parti, battant Daniel Mayer, malgré le soutien dont celui-ci bénéficiait de la part de Léon Blum.

Depuis les origines, les congrès socialistes se tenaient quasiment tous les ans. D’où le fait qu’on en oublie…

En 1969, les congrès d’Alfortville et d’Issy-les-Moulineaux consacrent la fin de la SFIO et la naissance d’un éphémère Nouveau Parti socialiste avant de passer de l’autre côté de la banlieue parisienne pour Epinay-sur-Seine, en 1971. Là, en juin, François Mitterrand pris la tête d’un parti dont il n’était pas membre quelques jours encore auparavant. « Epinay » est encore une icône dont on ne cesse de dire depuis trois ans que « le cycle s’est renfermé » tout en souhaitant un « nouvel Epinay ».

Parce que les dates sont plus récentes, les villes restent mieux en tête : Grenoble en 1973, Pau en 1975, Nantes en 1977 après la large victoire des socialistes aux municipales et où Michel Rocard prononça son célèbre discours sur « les deux cultures » et où on découvrit la fameuse chanson « ici et maintenant ». A Metz en 1979, après la défaite aux législatives de 1978, où l’on vit un affrontement entre rocardiens et mitterrandistes.

Les mémoires n’ont pas oublié Valence en 1981 après la victoire du 10 mai, là où Paul Quilès prononça son fameux discours sur « les têtes qui vont tomber ». sur un plan plus politique, on entama là un début de réalisme d’où la formule de « compromis social » suggérée par Poperen à la place de « rupture ».
Le congrès de Bourg-en-Bresse est celui où l’on vit naître la fameuse et curieuse motion « néo-rocardienne » d’Alain Richard et Marie-Noëlle Lienemann…
En 1985, les socialistes retournèrent à Toulouse pour y faire une timide conversion à la « social-démocratie ». Y triomphèrent Laurent Fabius, alors premier ministre, et Michel Rocard.
Au congrès de Lille de 1987, le parti rejette le centrisme.
En 1990, le congrès de Rennes se déroula dans des conditions telles, qu’il marqua les esprits à jamais.

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Congrès – symbolique d’un mot

Dans le Kamasutra, le congrès désigne l’acte sexuel. Au Moyen-Âge, il est une épreuve que l’homme qui veut divorcer doit subir prouver qu’il ne peut avoir d’érection. A la même époque, le congrès désigne déjà une assemblée d’élus. Il vient d’une expression latine qui signifie « marcher avec ».

Autant de sens qui évoquent des choses plus ou moins nobles dans les congrès de nos jours que nous laissons en pâture à l’imagination, que nous supposons fertile, des lecteurs !

Pour les socialistes, ce sera le 75e. Peu de gens le savent car, la numérotation a cessé très tôt. C’est François Mitterrand qui, à la suite du congrès d’Epinay, a interrompu le comptage des congrès socialistes. Une manière de marquer la rupture avec les congrès antérieurs et la SFIO qui venait de céder la place au Parti socialiste tout court. Ce trait tiré sur un passé de plus de soixante ans a aussi sa symbolique. Une mémoire sélective afin de n’assumer que ce qui arrangeait la direction d’alors. Michel Rocard est un des rares à s’obstiner à perpétuer le comptage des congrès socialistes pour montrer qu’Epinay ne justifie aucun reniement. Il a raison. Mais il est vrai qu’au moment du centenaire du PS, en 2005, la question s’est posée de la pertinence de la date de 1905. Certains ne voulaient pas diminuer la centralité d’Epinay. D’autres estimaient qu’il y avait un mouvement socialiste antérieur à 1905 qu’il ne fallait pas oublier. On s’en est sorti avec un « centenaire de l’Unité des socialistes ».

La symbolique du mot et de sa numérotation, notamment en chiffres romains, évoque immanquablement les congrès de l’ère communiste. Tel XXVIe congrès de tel parti avec sa scénographie rigide – une rangée de dignitaires bardés de médailles, un décorum austère, une brochette de cadres sur la tribune, tout cela donnant une image d’immobilisme…

Cette image a impressionné les dirigeants socialistes depuis dix ans et ils ne cessent de vouloir la casser. Ils prennent leur inspiration ailleurs. Notamment au New Labour où les orateurs interviennent du milieu de la salle.

La scénographie est de toutes façons un acte politique et même lorsqu’elle n’est pas pensée comme telle, cela dénote une intention ou un état d’esprit tout aussi politique. Veut-on donner le sentiment d’un parti organisé ou à la dérive ? Un parti dynamique ou plombé ? Autant de questions qu’il faut avoir en tête car le congressiste qui entre, quelque soit son degré d’initiation gardera longtemps ses impressions de congrès comme des marqueurs de sa représentation du parti et de son engagement politique.

L’obsession de la modernité pousse les dirigeants socialistes à vouloir sans cesse changer de formule.

De ce point de vue, le PSE, qui n’est pas entièrement un parti de militants comme le PT brésilien ont adopté des formule assez intéressantes où, en marge des phases statutaires sans véritable enjeux – le débat et le vote sur les résolutions ou l’élection de la présidence – il y a des débats ouverts. Ces fringe meetings sont le lieu où on parle de tout. Ce sont en quelques sortes des ateliers comme lors des universités d’été.

De toutes façons, il reste des fondamentaux. C’est une grande assemblée où la dimension de masse est importante. C’est l’occasion de mettre en scène l’autorité des dirigeants car la place du discours est centrale. Dans un congrès on parle. C’est là que se prononcent les discours qui font date dans les annales. Par un discours, on enflamme on « retourne la salle », on pose les banderilles et idéalement, on retourne une situation. Même si de nous jours, les congrès sont sans dangers. Tout semble en effet joué d’avance.

Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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