En réponse à mon billet dénonçant
la folie de Dieudonné, une internaute sagement prénommée Sophie partageait sa
découverte : un projet de film sur le Code noir avec un appel à soutien
pour que le cinéma français s’aventure enfin sur l’esclavage des nègres et la
traite pratiquée par la France jusqu’en 1848. Idée excellente, mais qui a à la
barre, Dieudonné. On voit bien comment le fait d’en parler dans le contexte
actuel et avec la nature actuelle de la notoriété du comédien change presque
tout. Il y a trois questions en une.
Faut-il un grand film français sur l’esclavage ? Existe-t-il une défiance
de la part des producteurs français ou un tabou politique ? Dieudonné
est-il le mieux placé pour défendre ce projet ? Oui, il manque au cinéma
français, un grand film sur l’esclavage. Le cinéma français n’a pas toujours
été aussi courageux que les Américains dans sa capacité à raconter l’Histoire
de France. Autant, l’imagerie d’Epinal filmée en Guitryrama restituant une
histoire œcuménique est riche en films bien sages, autant, le cinéma politique
n’a pas vécu bien longtemps et si on peut citer les œuvres de Boisset ou de
Costa-Gavras, c’est un cinéma militant avant tout qui se veut actuel. Pour un
Spielberg qui a su merveilleusement parler de la Shoah dans la Liste de
Schindler et de l’esclavage dans Amistad – il avait illustré les conséquences
de la culture esclavagiste sur la société noire dans le Sud à travers
l’adaptation du roman d’Alice Walker, La Couleur pourpre, il n’y a pas
d’équivalent français. Pontecorvo qui avait réalisé la sulfureuse Bataille
d’Alger avait récidivé dans le cinéma engagé avec Queimada dans lequel la
réalité de l’esclavage était montrée par un œil européen pour la première fois. Mais en France, rien. Tropiques
amers, la « première série télé française sur l’esclavage » n’est
qu’une telenovela où l’esclavage semble aller de soi. Donc oui, il manque ce
grand film, comme Indigènes, l’Ennemi intime, Mon colonel, l’Honneur d’un
capitaine, Train d’enfer ou encore Lacombe Lucien, Monsieur Klein, Monsieur
Batignolles, etc… Pourtant, on voit bien que
« le » film devra marquer les esprits. Si Indigènes a été un grand
film, c’est parce que c’est un film pionnier. Les films sur la Guerre d’Algérie
ne sont plus des œuvres maudites, censurées ou passées sous silence, mais les
faits qu’elles évoquent, pour choquants qu’ils sont – la torture, la France qui
se renie, ne font plus débat. Les films sur la seconde guerre
mondiale, la Résistance, la Collaboration et la Shoah sont eux aussi nombreux.
Il y en a suffisamment maintenant pour qu’on prenne conscience de ce qui s’est
passé. Beaucoup d’acteurs de talents, de producteurs de renom ou de metteurs en
scène de génie ont associé leur nom à ce travail de mémoire. Pour la traite
c’est plus compliqué. Le sujet n’est peut-être plus, paradoxe cruel de
l’Histoire, « vendeur » ou « rentable ». Les producteurs
sont, volontiers, plus « investisseurs » que professeurs d’histoire
et ils en veulent pour leur argent. Un projet qui se vendra, devra parfois
prendre des libertés ou faire dans la facilité par rapport à la volonté des
auteurs d’être fidèles, crus ou incisifs… S’il s’agit de se servir du cinéma
pour faire de la propagande ou pour défendre une cause, on ne peut mécaniquement
y associer des gens qui font ça pour gagner de l’argent. La comparaison, nous venons de la
faire avec les films sur la Shoah. Le cinéma a beaucoup fait pour la prise de
conscience de ce drame. Tout le monde se souvient d’Holocauste. D’ailleurs, Racines,
sur l’esclavage aux Etats-Unis, a été produit à la même époque. Depuis que le combat pour la
mémoire de l’esclavage et de la traite est devenu plus visible en France, une
controverse s’est engagée sur ce qu’il est convenu d’appeler « la
concurrence des victimes ». Ceux qui militent pour la reconnaissance du
génocide arménien ou de l’esclavage se regardent dans ce qui apparaît comme
« le miroir de la Shoah » et mesurent comment, les grandes tragédies
de l’Histoire ne sont pas toutes ressenties de la même manière. Le seul fait
qu’elles soient différentes entre elles à plusieurs points de vue ne suffit
pas. Elles ne sont pas toutes connues comme elles le devraient ou comme le
souhaitent les personnes qui se sentent concernées du point de vue de leur identité. Il suffit d’esprits simplistes
pour alors renouer sans le savoir avec un vieil antisémitisme qui commence
simplement par un nouveau « statut des juifs », celui-ci étant fondé
sur le caractère indépassable de la Shoah et le fait que les juifs ne peuvent
pas être mis sur le même plan que les autres. Au reste ne dit-on pas
« lutter contre le racisme et
l’antisémitisme » ? N’y a-t-il pas de fait, comme un acquis dans le
débat public une spécificité du racisme antijuif ? Même si quelques
militants soucieux du sens des mots viennent expliquer que les Arabes sont
aussi, du point de vue ethnique, des sémites, on voit bien que l’argument
auquel on pense serait réfuté avec empressement ! Dieudonné, pour valoriser le
combat contre l’oubli dans la cause des Noirs a fini par s’en prendre aux juifs
et de fait, il a desservi la cause, au départ, juste, qu’il défendait. Et
pourtant, fait rare dans « le monde noir », il disposait d’une
notoriété positive. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Personne n’a envie de l’aider à financer un film sur le Code noir car il n’est
plus légitime pour diriger un projet dont le but est de contribuer non pas à la
guerre des mémoires, mais à la mémoire de la « cause noire » et plus
simplement, à l’Histoire, encore méconnue par le grand public, de la traite
négrière. Point n’est besoin, pour
sensibiliser les gens et frapper les esprits, de jouer avec d’autres drames de
l’Histoire. On ne forcera pas les producteurs
français à lever certains tabous en les confortant dans leur position actuelle
si un esprit comme celui de Dieudonné se révèle l’unique personne capable de de
soutenir ce genre de projet… Il y a une vingtaine d’années,
Euzhan Palcy, pourtant auréolée du succès de Rue Case-Nègres, ne trouva pas de
soutien français pour son adaptation du roman d’André Brink, Une saison blanche
et sèche. Elle se rendit à Hollywood qui lui ouvrit les portes, avec en prime
la participation de Marlon Brando. Le film fut un succès. Il ne faudrait pas
commettre à nouveau la même faute politique, artistique et financière… Elle, on
ne l’a pas oubliée.
Que faut-il retenir d'un homme qui reste dans les mémoires comme un acteur hors pair et un militant conservateur très engagé ? Cette question revient souvent, mais il faut être juste, la vie d'un homme c'est un tout et les grandes actions des hommes demeurent pour l'éternité. Choisir de les relativiser par des choix plus controversés c'est, pour le coup, un choix politique. Pour moi, Charlton Heston, c'est avant tout, un acteur. Un grand acteur. C'est comme ça. Je garde plus volontiers l'image du Moïse des Dix Commandements, du Judah de Ben-Hur, de Gordon Pacha dans Khartoum, de Major Dundee... Sans oublier Le Cid, la Bataille de Midway, Taylor dans la Planète des Singes. Charlton "Chuck" Heston, pas à sa place au XXe siècle. Il paraît. Pour le coup, voilà un de ces acteurs qui incarnait une forme de démesure à taille humaine du cinéma car le cinéma c'est "la caméra qui explore le temps", l'épopée, la grandeur. Camper des personnages historiques c'est donner à rêver aux spectateurs et en même temps les inciter à penser tout ce qu'un homme peut accomplir. A l'instar d'un Victor Mature, Charlton Heston a eu de la classe dans ses costumes de patriarche hébreu, d'aurige juif ou de chevalier chrétien combattant, malgré lui, les Maures.
Bien qu'on soit pour la justice et contre les méchants, le crime a toujours payé dans la littérature et dans les films ou les feuilletons télévisés. Il y a un style, une esthétique et parfois même une éthique, un code de l'honneur chez les bandits dont le caractère négatif peut être relativisé quand on constate combien la justice peut être imparfaite ou les flics eux-mêmes, parfois corruptibles...
Le dernier film de Bille August, Goodbye Bafana, est inspiré des mémoires du gardien de captivité de Nelson Mandela. Si le film n'a pas la force de Cry freedom et si finalement, il demeure assez plat, il porte un regard assez intéressant sur la manière dont la société blanche fut confronté à la réalité de l'apartheid et à l'obligation du changement...
Annoncé depuis longtemps comme un événement - l'évocation de la carrière de Diana Ross, Dreamgirls fait partie avec La Môme, Blood Diamond ou Letters from Iwo Jima des grands films de ce début d'année.
Sans raconter toute l'Histoire, la vraie, les similitudes sont là. Gordy a fondé Motown - Mo'town pour motortown est le surnom de Detroit dans le Michigan. Cette ville industrielle abritait les usines General motors et notamment Ford. Les Noirs montés du Sud pour fuir la ségrégation et pour trouver du boulot émigrent souvent vers les grandes métropoles du nord comme Chicago ou Detroit. Là, en marge des chaînes de montage, les églises, les salons de coiffure ou les coins de rue sont les lieux où les jeunes apprennent à chanter. Souvent au sein de formations vocales à trois ou à quatre avec des noms qui font rêver.
Le dernier James Bond est sur les écrans français depuis quelques jours. C'est une autre époque. Il faut avoir qu'on se laisse séduire par l'agent 007. Avec le dernier opus on est passé à autre chose. Il n'y a pas que les diamants qui soient éternels avec le personnage imaginé il y a plus de quarante ans par Ian Fleming. Je suis un grand fan. L'espionnage, la frime, la séduction, le kitsch... Rien de mal à rêver et à faire croire à une vie facile ! Après tout, c'est aussi ça la politique : se battre contre les méchants pour une vie meilleure. Mais évidemment, au cours d'une mission (une élection par exemple), on a peu d'opportunité d'aller passer la nuit entre les cuisses d'une belle espionne de l'UMP ! Si si, il y en a !
Robert Altman est mort hier. Comme pas mal de monde, j'ai vu ses grands films : M.A.S.H., Short cuts, Kansas city ou Prêt à porter. Mon favori rest Cookies' fortune. Glenn Close, Charles S. Dutton y sont excellent et puis c'est l'une des dernières apparitions de Rufus Thomas. Il y a aussi bien sûr, the Player.
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