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Césè !

Dans les rédactions, les nécros se préparent. On compulse les archives, on recherche des photos, on se tient prêt car, puisque le poète est à l'agonie, il faudra lui rendre hommage. C'est un exercice assez curieux que celui qui consiste pour un journaliste à ainsi faire de la mort annoncé un événement alors que pour beaucoup, ce sera d'abord une perte irremplaçable. C'est que les hommes publics comme les figures historiques, ne s'appartiennent pas entièrement. Ils ont donné quelque chose à l'humanité, leur talent, leurs œuvres, il est normal qu'elle leur rendent alors quelque chose en retour, la reconnaissance, la notoriété, l'immortalité...

Les deux syllabes en créole sonnent comme le "z" des alizés qui arrosent les Antilles depuis des lustres, de la même manière que les paroles du poètes parlent aux oreilles des nègres des îles depuis plusieurs quarts de siècle. Aimé Césaire, le nègre fondamental. La figure qui domine la Martinique comme le lycée Schoelcher domine Fort-de-France ou les hauteurs de l'ancien Hôpital civil. l'homme qui a donné, curieusement son nom à l'aéroport du Lamentin, enfin, celui de Fort-de-France. Pendant que la famille veille, que la Martinique s'inquiète et que les médecins s'activent, retournez à Présence africaine ou courrez à la FNAC, ruez-vous sur Amazon pour relire ses textes. Il y a tout dedans...

Back to Memphis, TN...

Il y a 40 ans, Martin Luther King était assassiné au Lorraine Motel. Un trouble géant était jeté sur l'Amérique...

Martin_luther_king_2 Depuis, son souvenir n'a cessé de hanter le pays et de briller comme un exemple, celui du martyr de la paix, de la non-violence et de la lutte contre le racisme. Une figure comme on les aime. Bien lisse et sans controverse pour que la révolution qu'implique l'antiracisme ne coûte pas trop aux consciences qui veulent malgré tout dormir en paix.

King n'était pas à proprement parler un homme de gauche, mais ce sont les Démocrates qui ont soutenu, au risque de perdre leurs bastions historiques du Sud, la cause du Mouvement pour les droits civiques...

Mieux qu'un commentaire,

Que faire de Poutine ?

De ce côté ci de l'Europe, "l'Occident" comme on dit, Poutine passe pour un lointain héritier d'Ivan le Terrible et de Staline. Comme si, dans la lignée des dirigeants de la Russie, il ne pouvait y avoir que des despotes sanguinaires, civilisés mais violents à l'instar de Pierre le Grand. C'est une vision un peu facile, mais les images d'Epinal ont la vie dure.

Qu'est-ce que la Russie aux yeux de certains, sinon un état arriéré qui connaissait le servage au début du XXe siècle, est passé directement à la dictature du parti unique parce que, selon Lénine, il n'était pas mûr pour l'étape transitoire qu'était la démocratie. Ce n'était pas l'avis des populistes et des amis de Plekhanov de cette époque.

Quand on parle de la Russie, je pense toujours à Pougatchev, cet aventurier qui, sous le règne de la Grande Catherine, fomenta une révolte cosaque en se faisant passer pour le tsar Pierre III. La Russie, empire immense au moins que même la tsarine Catherine n'y fit qu'une seule tournée, est un pays plein de contradictions.

Malgré une étendue sans pareil, la Russie ne peut relever les défis démographiques de pays comme la Chine ou l'Inde. Elle est d'ailleurs contestée par Beijing dans l'exercice de l'hégémonie sur une bonne partie de l'Asie. En outre, depuis toujours, la Russie, pour se moderniser, regarde à l'Ouest, mais se refuse à devenir un pays occidental parmi d'autres.

En somme, nous comprenons mal la Russie ou nous y projetons nos visions peut-être trop rigides. Ce n'est nouveau. Au lendemain de la révolution d'octobre, nombreux étaient ceux qui pensaient qu'on pouvait exporter tel quel le "modèle".

Après la chute du Mur, la transition entre la Russie soviétique et un état démocratique moderne fut rendue compliquée par une instabilité croissante. Gorbatchev apparaît comme celui qui a eu le mérite de liquider l'URSS - il ne voulait pas aller si loin - mais il fut victime de l'Histoire à laquelle il appartenait. Il ne put achever la démocratisation de la Russie. Eltsine aux yeux de tous, ne réussit qu'une chose, maintenir le pays sur la voie ainsi ouverte, mais la manière dont on lui a rendu hommage est éclairante. A l'est comme à l'ouest, on a certes ressorti les images du fougueux Boris sur les chars en août 1990 pour sauver la démocratie d'un putsch mal préparé, mais on s'est essentiellement souvenu de l'alcoolique.

Poutine, qu'on le veuille ou non passe pour l'homme qui a rendu leur fierté aux Russes. La Russie n'était pas, pour ainsi dire, respectée par les puissances occidentales. Tout au plus servait-elle à cautionner les choix américains. Il était facile d'agiter l'impérialisme "pan-slave", quand la Russie affirmait ses positions sur l'Europe de l'est.

Bref, le poutinisme, c'est autant un despotisme classique qu'un de ces populismes "utiles" qui ne se résument pas à la brutalité d'un régime. Quand un dirigeant politique répond au désir de grandeur et qu'il donne à ses "sujets" le sentiment qu'ils vivent mieux, ils ne le perçoivent pas immédiatement comme un despote ou alors, nombreux sont ceux qui s'en accommodent.

C'est comme ça...

Pour autant, le discours à l'égard de Poutine ne doit pas être condescendant mais amical tout en étant ferme. La dépendance de l'Europe à l'égard de la Russie sur le plan énergétique rend assez futile les déclarations sur les poignées de main qu'on ne fera pas. La démocratie comme on l'entend, ça ne s'exporte pas comme cela. Il faut, tant pis pour les idéalistes, une forte dose d'opportunisme et d'intérêt stratégique.

Mais ça ne change rien à ce qu'on peut penser de Poutine...

Quand vient le Têt, les faits sont têtus...

30825 C'est l'année du rat. En général, je n'y accorde aucune importance, mais c'est l'année du rat et nous sommes en 2008. La fête du Têt en 1968 fut l'occasion pour les Vietcongs de lancer une offensive de grande envergure contre le sud Vietnam et de porter la guerre à un paroxysme en termes de difficultés pour les Américains. C'est le moment où la contestation fut aussi la plus forte et, ironie du sort, le mouvement de protestation contre la guerre s'en prit à la convention démocrate qui se tenait à Chicago. Ceux qui ont vécu 1968 se souviennent de la violence avec laquelle la police chargea la foule. Il est vrai que la ville était encore sous la férule de Richard J. Daley, le maire démocrate, figure historique de la ville.

Hillary et son mari appartiennent à cette génération de la gauche contestataire des années 60. Barack Obama était encore un enfant.

Aujourd'hui, il y a aussi une guerre lointaine, là-bas en Asie, une Amérique qui doute, une protestation d'ampleur différente. Les choses sont différentes. En 1968, les démocrates ont payé cher l'engagement au Vietnam. Certes, Bob Kennedy caracolait dans les primaires, mais son assassinat en juin a stoppé net l'élan sur lequel les démocrates surfaient depuis huit ans, depuis l'élection et la présidence de JFK. La croissance était là, la question raciale, telle qu'elle se posait depuis la fin de l'esclavage, était en passe d'être résolue avec la victoire du mouvement des droits civiques... L'anticommunisme caricatural des républicains et les maladresses de Nixon faisaient le reste. Mais déjà à l'époque, ce qu'on appelait "le complexe militaro indusctriel" et les empires pétroliers texans avaient leur mot à dire dans les affaires du pays à l'extérieur.

Le Mur tombé, c'est l'anti-islamisme hystérique des républicains qui a pris le pas, malgré des accointances très contrastées avec les pétro-monarchies du Golfe et notamment l'Arabie saoudite. La droite américaine a tiré les conclusions de l'état dans lequel les "hippies" ont mis la société selon elle. La déchéance morale et le vice. Reagan a été une première victoire et Bush junior une deuxième puisqu'avec la victoire de Clinton, on avait, en quelques sortes, assisté à la revanche des soixante-huitards. Ils ne prônent plus l'amour libre - sauf à la Maison blanche auraient dit des esprits débiles - les hippies sont devenus parfois des yuppies - certains ont fondé de grandes entreprises qui font plein de profit.

Bush junior ce fut donc une deuxième révolution conservatrice, une autre contre révolution. Si le communisme pouvait trouver cachés dans votre maison, des ennemis de l'intérieur, l'islam ou plus précisément "le terrorisme" avait un visage, une couleur et des consonances dans les noms.

Mais si on voit là un lien de plus entre la guerre du Vietnam et la guerre d'Irak, des conflits longs, injustifiés, où le système militaire est inadapté à la nature même du conflit - on avait expérimenté en Indochine déjà "la guerre subversive" et les officiers qui servent en Irak ont droit à des projections pédagogiques avec La bataille d'Alger, force est de constater qu'aucune leçon n'a été tirée de l'expérience.

Le mariage dont tout le monde se fout

L'événement du week-end c'est non pas le mariage de l'hyperprésident, mais la belle victoire du XV de France face à l'Ecosse, avec la manière ce dimanche après-midi à Murrayfield. C'était un match attendu puisqu'il s'agissait d'une nouvelle équipe avec de nouveaux entraîneurs. On peut dire que la tentative a été transformée pour le premier match.

Comme dit Fabien Galthié dans la pub, les Ecossais, ce sont des All Blacks en kilt. Assez honorable comme compliment, ce qui ne surprend pas de la part de l'entraîneur de notre Stade de France bien aimé. Décidément, avec le trio Lievremont, Ntamack et Retière, on ne regrettera pas Laporte. Cette fois-ci, pas de lettre de Guy Moquet.

Le Tournoi et de retour, espérons qu'avec lui, le XV bleu également...

Mais la presse va nous en faire des louches sur le présidentiel mariage. Depuis que Sarkozy est à l'Elysée, la République est en danger. Le sérieux est en soldes. Après une semaine de critiques, où l'on voit que le vernis craque, on nous refait le coup du "people" pour faire diversion. Mais ce sera sans doute une fois de trop.

Et puis, le fait que le président épouse une ex top model en dit long sur la nature du régime. Rien à voir avec la vieille aristocratie décadente mais éduquée d'une Bernadette à laquelle beaucoup de Français se sont identifiés, la modernité cultivée d'une Claude Pompidou, l'autonomie engagée d'une Danielle Mitterrand. Carla Bruni, quel exemple pour la jeunesse !

Et pendant ce temps, les portes monnaies maigrissent comme les mannequins...

Brèves

Obama et Sarkozy

Barack Obama a répondu à un entretien publié dans un hebdomadaire français dans lequel il dit admirer le président. Stupeur dans la Francobamie ? Naïveté dirais-je. Qu'on l'aime ou non, Sarkozy est le président. Le point faible du sénateur de l'Illinois c'est son peu de profondeur en matière de relations internationales. Or, s'il a prétendu que "l'Amérique telle que les Européens l'aiment est de retour", il faut bien tisser des relations nouvelles avec les grands de ce monde. Donc, le fait qu'un candidat à la primaire américaine, enjeu qui met de côté dans les débats les questions internationales, s'intéresse de la sorte à ce qui se passe or des frontières de son pays est une bonne chose. Certes, on aurait aimé qu'il soit plus critique, mais Obama n'est pas... socialiste !

Tout cela est aussi une question d'image et de toutes façons, l'électorat de gauche pro Obama ne vote pas aux Primaires. D'ailleurs cet électorat est composite. Dans le landerneau socialiste, j'ai compté Pierre Moscovici, Jean-Christophe Cambadélis et... Ségolène Royal. Julien Dray, dans un moment de fanfaronnade comme il aime quand il est de bonne humeur, aurait dit d'Obama "c'est du sous Royal"... Digne d'un "futur" premier secrétaire, non ? L'intéressée appréciera.

En tout cas, la mobilisation des troupes démocrates reste toujours aussi forte, ce qui est une excellente nouvelle.

Rocard et Sarkozy

Michel Rocard est une grande figure de la gauche. D'ailleurs, à 77 ans, il vient de mettre un direct du gauche à notre président en cassant son château de cartes de socialistes ralliés au nouveau régime sous une forme ou sous une autre. Alors que Besson et Bockel brillent par leur transparence et qu'Amara agace par ses outrances, on a vu comment Attali, ça ne passait pas. Quant à Rocard, il n'a pas accepté de se faire instrumentaliser. Il en a tiré les conséquences. Du coup, l'ouverture éclate pour ce qu'elle était, une imposture. Dans le trou d'air que connaît le pouvoir, il n'y a plus de ressources. Les Français en ont marre du people, ils saturent de l'hypermédiatisation et Goasguen a raison (d'un point de vue de droite) de dire que les gens n'ont pas élu Sarkozy et son programme de droite pour le voir recycler les vestiges du mitterrandisme... Bref, les socialistes avaient raison de pointer la question du pouvoir d'achat, car les faits sont têtus, quand l'économie va... En l'occurence, vie chère, frasques présidentielles et scandales financiers, comme dirait l'autre, c'est la chienlit !

A propos de "l'affrontement et la dilution"

Plusieurs messages de gens convaincus ou séduits par ce texte. Au départ, il devait simplement s'intituler "les temps changent". Au cours de l'écriture, il m'a semblé que les débauchages méritaient qu'on y regarde de près. Depuis la rentrée, pas une semaine sans qu'un journal annonce que des socialistes rejoignent des listes de droite ou du Modem. On objectera qu'aller sur une liste du Modem, ce n'est pas du débauchage, mais force est de constater que le respect des règles démocratiques au PS est bafoué. Le PS n'est plus un parti de lutte des classes depuis longtemps, mais - allez, faisons là - la lutte des places s'est imposé. Les gens ont les convictions de leurs ambitions et pour eux, point de longue marche jusqu'au pouvoir. Quand on s'épuise à gommer les clivages entre la gauche et la droite, c'est toujours au bénéfice de la droite.

Sarkozy au pouvoir, la laïcité menacée

Bravo à Jean Glavany pour son interpellation au gouvernement hier lors de la séance des questions d'actualité. Le député de Maubourguet a condamné la manière dont Nicolas Sarkozy agit pour redonner au catholicisme une place que le combat pour la laïcité engagé au début du XXe siècle avait fixé à sa juste position, la sphère privée.

De quoi s'agit-il ?

Nicolas Sarkozy est, depuis longtemps, un croyant. Surtout, il souhaite que la religion soit plus visible. La place qu'il réserve à la religion dans la société est une vraie rupture dans la République, comme sa conception de la laïcité. Après le discours du Latran, de Ryad ou de Dakar, le sarkozysme se fait encore un peu plus précis.

C'est la néo-réaction. Parler des "racines chrétiennes de la France", c'est exclure des populations qui ont été persécutées parce qu'elles croyaient différemment, à autre chose ou parce qu'elles ne croyaient pas du tout.
Dans son livre La république, les religions, l'espérance paru en 2004, il vaiat donné le ton.

En quelques voyages à l'étranger ces dernières semaines, Sarkozy a piétiné la tradition laïque. Mais il y a de quoi penser que ce n'est là qu'un début. Pour être moi-même "croyant", j'ai toujours pensé, en me basant d'ailleurs sur la Bible, que la religion, même s'il fallait en faire la promotion, devait demeurer une question privée. L'Histoire a montré d'ailleurs que lorsque la religion se mêle à la politique, elle est dévoyée et de grands drames se produisent. On l'a vu au Moyen-Âge avec le catholicisme, on l'a vu dans les pays anglo-saxons contre les catholiques et on le voit avec l'islam radical.

D'ailleurs, le catholicisme quand il a prétendu avoir un avis sur les choses de l'Etat s'est longtemps opposé à l'idée républicaine. Il a fallu une autorisation du Pape pour que les catholiques acceptent enfin la République, à la fin du XIXe siècle !

La laïcité est un acquis majeur et pas que pour la gauche. Elle garantie l'égalité de ceux qui croient et de ceux qui ne croient pas. Le fait pour Sarkozy de jouer, une fois encore les révisionnistes en parlant du "fanatisme" qui menace la laïcité démontrer son opposition à cette valeur. D'ailleurs, au nom de la laïcité, on n'a jamais torturé ou massacré personne...

Si le Président doit représenter tous les Français, je ne crois pas être représenté par lui dans ces circonstances.

Sur le plan politique, il prend un risque car, c'est un coup de canif porté au contrat social et au pacte républicain. S'il veut réveiller une nouvelle querelle comme en 1905 ou en 1994, libre à lui !

Le style Sarkozy

Comme tout bon citoyen de France, j’ai regardé religieusement la conférence de presse de Nicolas Sarkozy l’autre jour à la télévision. Bien sûr, il y a toute la litanie des promesses non tenues, notamment sur le pouvoir d’achat dont le candidat avait dit qu’il en ferait une priorité et dont le président explique que ce n’est pas l’alpha et l’omega de la vie dans le pays.

Ce qui frappe dans le style Sarkozy c’est la manière dont il parle aux gens et le registre qu’il continue d’utiliser pour s’exprimer.

Sarkozy continue de parler comme au comptoir du Balto du coin – d’ailleurs ni celui de la rue du Faubourg Saint-Honoré, ni celui de la rue Maurice Barrès à Neuilly…

C’est le président du sophisme et du simplisme. Il parle politique comme le consommateur de rouge du coin qui pense que tout est aussi facile que changer un joint de culasse. C’est là que vient une contradiction intéressante. Alors que désormais on nous parle de « politique de civilisation », voilà qu’on en reste au basisme. Alors qu’une civilisation c’est un ensemble de repères culturels et sociaux qui, dans une perspective historique fonde ou refonde un espace national ou régional.

La civilisation s’oppose à la barbarie, elle est synonyme de progrès. Elle place un peuple tout entier à un état avancé de l’Histoire. On peut ne pas être « encore entré dans l’Histoire », mais aussi « en sortir ».

La civilisation c’est donc l’invention. Or chez Sarkozy, il y a du bricolage et de la destruction. La fin de la pub dans l’audiovisuel public c’est d’abord l’augmentation de la redevance et donc la diminution du pouvoir d’achat, mais aussi et surtout la disparition annoncée de l’audiovisuel public.

La fin des 35 heures – même s’il est revenu dessus depuis – c’était la fin de la durée légale du travail, un recul considérable sur un progrès acquis à la fin du XIXe siècle par le mouvement ouvrier. D’ailleurs, la fixation par la loi de la journée de travail de 8 heures on le doit à la « chambre bleu horizon » en 1919.

Sarkozy parle des choses comme d’évidence. Là où un dirigeant politique éclaire en expliquant, il obscurcit en caricaturant ou en falsifiant. La chose est connue : on assène une vérité. Le temps de démêler le vrai du faux, le mal est déjà fait.

Sur les questions internationales, le sentiment qu’un despote déjà en place vaut mieux que l’avènement d’un régime terroriste – alors que la France a toujours soutenu les mouvements démocratiques est un coup dur portée à la tradition pacifique de notre pays.

La formule de Fabius - le berluscozysme - est bien trouvée. On a bien vu comment Sarkozy joue : il fait remarquer qu'il a la main sur les médias. Que c'est comme ça et que ceux qui hurlent sont des gauchistes.

Pour le coup, sa brutalité, son arrogance, le côté "vous proposez quoi à la place" alors que les journalistes ne sont pas ses concurrents - nous ne sommes plus en effet dans un débat "projet contre projet" démontre une dimension autocratique soft. Chez Sarkozy réduire au silence ça se pratique par la non exposition médiatique et par l'asphyxie économique.

Bonne année etc...

Pour les militants de gauche dont je suis, dur de dissocier parfois la vie quotidienne de la politique, admettons-le. Dur aussi donc, d'être optimiste ou sans arrières pensées pour 2008 quand on sait l'état du pays. Qu'au moment où sautent les bouchons de champagne, le Pakistan et le Kenya par exemple sont au bord de l'éclatement. Dur aussi quand, par curiosité et conscience politique, on s'est arrangé pour être à l'heure le 31 décembre à 20 heures pour se fader les vœux de Sarkozy. Je ne serais pas surpris au passage qu'il ait réveillé les momies de la Vallée des Rois ! Imaginez que le sage Imhotep se réveille...

Pourquoi le Pakistan et le Kenya plus qu'un autre pays ? Parce que Benazir était une camarade. Le symbole d'une offre politique démocratique pour un Pakistan apaisé après 60 ans d'une histoire qui a été souvent mouvementée. Dans la mémoire d'un jeune qui grandit dans les années 80 et qui commence à militer dans les années 90, Bhutto faisait partie du paysage. Le drame du 27 décembre entrera dans l'Histoire comme un de ces grands assassinats politiques comme auparavant, les Gandhi, Rabin, Sadate, King, les Kennedy...

Quant au Kenya, eh bien, c'est pour le coup moins "politique". Il y a un an, nous y étions à quelques uns pour le Forum social mondial. En marge du forum, nous avons pu voir un bout du pays, passer du temps avec nos camarades français résidant sur place et voir notamment Matharé. On pouvait déjà y sentir tout le poids de la misère et saisir la violence latente qui y régnait. Les jeunes nous y disaient que le gouvernement ne faisait pas grand chose pour ce bidonville de 400 000 habitants, le plus grand du pays... On voit combien cette poudrière n'avait pas besoin de feu. Que sont-ils devenus ceux que nous y avons rencontré ?

L'affaire Kadhafi : quand sarkozysme rime avec cynisme...

La visite de Kadhafi en France et le decorum que Nicolas Sarkozy lui donne met le projecteur sur la dérive de la diplomatie française de ces derniers mois, avec un paradoxe assez saisissant. La France a toujours nourri une certaine idée des relations internationales si on lui garde le statut de "Patrie des droits de l'Homme". Au Quay d'Orsay, il y a toujours une une certaine tradition diplomatique, généralement maintenant d'un gouvernement de droite à un gouvernement de gauche que Douste-Blazy avait écorné par son incompétence et que Kouchner plombe de ses absences, dues, il est vrai à l'omniprésence de la présidence. Si Nicolas Sarkozy a finalement échoué dans sa tentative de faire un Conseil de sécurité à la française, où la diplomatie se ferait autant à l'Elysée, voire plus que sur l'autre rive de la Seine, il n'en a pas moins disparu de la scène. Les relations internationales, "domaine réservé" du Président de la République ? Il semble qu'avec le gouvernement Fillon, fantoche comme dans une république bananière soit en réalité un shadow cabinet si on considère que maintenant, c'est toute la politique française qui est le "domaine préempté" par l'Elysée.

Que la Présidence soit active c'est une bonne chose. Qu'elle en vienne à étouffer l'exécutif parce qu'en fait, elle s'agite plus qu'elle n'agit en est une autre, plus préjudiciable au pays.

On le sait, dans les relations internationales, il y a deux approches. L'idéalisme et le réalisme. Avec Sarkozy, on a l'impression que les relations internationales se réduisent à des relations commerciales et que finalement, les traités de paix, de non prolifération, les protocoles divers ou autres accords qui donnent tout son sens à la notion de "communauté internationale" valent moins que quelques contrats juteux qui injectent des milliards dans les caisses du pays.

Le souci est que bien souvent, les pays qui payent le plus, sont les moins fréquentables au regard de ce que sont la démocratie et les droits de l'homme.

Dans l'affaire libyenne, on a l'impression que finalement, le passé de Kadhafi est un "point de détail". La Libye est pourtant une redoutable dictature qui ressemble d'ailleurs plus à la Corée du nord de Kim Jong Il qu'aux régimes arabes voisins comme la Tunisie de Ben Ali. On oublie que les infirmière bulgares n'ont pas simplement passé huit ans en prison. Elles ont, dans les prisons de l'état, été torturées et qu'elles ont subi des sévices sexuels. Autoriser l'autocrate de Tripoli à planter sa tente (et ce n'est pas une Quechua et elle n'est pas planté sur les bords du Canal Saint-Martin bien sûr) et à aller chasser en rajoute au côté excessif que l'on connaît déjà de Sarkozy.

Le cynisme a des limites quand, finalement on décide de piétiner le rôle traditionnel de la France. Certes, on a du mal à vendre des Rafale, mais quand même. La Libye n'est menacée par aucun voisin. Et puis surtout. S'il fallait vraiment "marquer le coup" en recevant Kadhafi, surtout en pleine Journée internationale des Droits de l'Homme, on aurait pu imaginer Sarkozy, dans l'esprit d'ailleurs de son Discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, - et même aussi celui devant le Congrès américain - indiquer sans condescendance, mais avec fermeté, les conditions de la réintégration de la Libye dans le concert des nations. Il aurait pu affirmer que "non le terrorisme n'est pas l'arme des faibles, mais la démocratie".

Si l'argent n'a pas d'odeur et que finalement ce qui compte c'est le business, outre les principes qu'on aura bafoué, il y a aussi notre propre sécurité que l'on aura compromis.

Enfin, comment la France peut-elle se singulariser de la sorte alors qu'elle plaide pour une politique étrangère et de défense commune dans le cadre de l'Union ?

Ce que l'on retient sur le plan politique c'est que la cohérence et la fermeté des positions de l'opposition a conduit la majorité à se fissurer entre les déclarations courageuses mais bizarres de Kouchner et Yade d'un côté et, les manifestations de soutien sans nuance et donc pleines de complaisance, de dirigeants de l'UMP.

Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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