Les révolutions et les guerres malmènent souvent les Internationales. En l’occurrence, la révolution tunisienne a bousculé l’Internationale socialiste qui a été conduite à exclure de ses membres, le Rassemblement constitutionnel démocratique de Ben Ali, au pouvoir depuis 1987.
Cette exclusion tardive – alors que les socialistes français avaient été hostiles à l’adhésion du RCD repose la question de l’utilité de l’Internationale socialiste. Et, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, si la révolte égyptienne se poursuit et si le gouvernement d’Hosni Moubarak choisit la voie de la répression au lieu de celle de la démocratisation, la question du Parti national démocratique (PND) sera elle aussi posée, et dans les mêmes termes. A moins que le PND soit plus lucide que le RCD - ce qui ne l'empêchera pas d'être balayé si le mouvement réussi.
Si on ne dirigeant pas l’IS comme on administre une fédération du Parti socialiste, la realpolitik ne peut pas être un principe de même valeur que les convictions progressistes qui ont présidé à la construction et à la reconstruction de l’Internationale.
En effet, en 1951, le congrès de Francfort a vu renaître l’Internationale socialiste, héritière de la Deuxième internationale, fondée à Paris en 1889 qui s’était disloquée avec la Première guerre mondiale.
A l’occasion du 60e anniversaire de ce congrès, il serait opportun en effet d’avoir un débat dans l’ensemble de l’Internationale, de dresser un bilan et d’évoquer des perspectives pour que le mouvement socialiste international demeure l’outil incontournable de la paix, de la justice et de la transformation de la société.
C’est un débat difficile à mener dans une organisation de plus de 160 partis, avec les habitudes qui ont été prises, les points de vue qui divergent et les cultures politiques qui ne convergent pas toujours.
Cette réalité date des origines. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la reconstruction se fait à l’initiative de partis européens et notamment du Labour. Le débat oppose alors les socialistes français et belges aux travaillistes veulent alors une Internationale « internationaliste », militante avec des cadres contraignants. Cette sensibilité « dirigiste » ne convient ni aux travaillistes ni aux scandinaves. Le texte fondateur qui constitue la Déclaration de principes de l’IS est la Charte de Francfort adoptée en juin-juillet 1951. Ce texte renvoyait dos à dos capitalisme et communisme au nom de la défense de la démocratie, seul moyen de faire triompher la justice. Il précisait d’ailleurs : « La démocratie exige le droit de plusieurs partis à l’existence et le droit de l’opposition. Mais la démocratie a le droit et le devoir de se protéger contre ceux qui exploitent les opportunités qu’elle offre dans le but de la détruire. La défense de la démocratie politique est dans l’intérêt vital des peuples. […] Toute dictature, où qu’elle soit, est un danger pour la liberté des nations et la paix dans le monde. Là où il y a exploitation sans limite des forces laborieuses, que ce soit au service d’intérêts privés ou sous le coup d’une dictature politique, il y a danger pour les conditions morales et le conditions de vie de tous les peuples ».
Le Parti socialiste a donc pris l’initiative d’appeler à une revue des Partis membres de l’IS. À la Charte de Francfort, oubliée par certains, on a ajouté une Charte éthique, lors du congrès de São Paulo de 2003 qui a débouché sur la mise en place d’un comité éthique dont le premier président fut Pierre Moscovici.
Quoi qu’aient été les conditions politiques qui ont conduit, à certains moments de l’Histoire, à l’adhésion de tel parti, ce ne peut être au mépris des principes du socialisme international. Les politiques menées dans chaque pays par les partis membres de l’IS la grandissent ou la salissent.
Il ne s’agit pas de se renforcer en s’épurant, mais de se grandir en se rassemblant autour des exigences démocratiques des peuples et des aspirations sociales des hommes et des femmes qui dans leur pays soutiennent les partis progressistes. Si « l’émancipation des travailleurs est l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », cela passe par une efficacité accrue des organisations de gauche qui permettent de réussir cette émancipation qui ne peut se faire que par la démocratie et le respect des droits fondamentaux.
Mais puisqu’il s’agit d’être juste, il faut l’être jusqu’au bout. On ne peut pas se désintéresser de l’IS et s’en inquiéter quand surviennent les crises. L’IS, comme le PSE sont ce que leurs membres en font. Un investissement permanent et massif des grands partis permettrait un dynamisme à la hauteur des espérances. Cela signifie une prise en compte plus souvent qu’on ne l’imagine d’intérêts régionaux – par exemple ceux des partis latino-américains ou africains - qui ne sont pas toujours les nôtres. En réalité, le multilatéralisme que nous appelons de nos vœux commence au PSE et à l’IS. Nous ne sommes pas seuls, mais si nous voulons être influents, nous devons être présents. Respecteux des autres, solidaires et disponibles. Il sera plus aisé alors de faire respecter la règle commune et d’être fiers de nos compromis.
C’est cela la solidarité internationale. C’est ainsi que l’on sera à la fois fidèle aux idées fondatrices du mouvement socialiste international et que l’on fera de l’IS un outil utile pour ceux qui cherchent un chemin dans la mondialisation pour plus de justice, de paix et de solidarité.

Commentaires