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« Et Gaza commença 2009 sous les bombes… | Accueil | Du plomb dans la tête »

Un film sur le Code noir ? Bien sûr, mais…

En réponse à mon billet dénonçant la folie de Dieudonné, une internaute sagement prénommée Sophie partageait sa découverte : un projet de film sur le Code noir avec un appel à soutien pour que le cinéma français s’aventure enfin sur l’esclavage des nègres et la traite pratiquée par la France jusqu’en 1848. Idée excellente, mais qui a à la barre, Dieudonné. On voit bien comment le fait d’en parler dans le contexte actuel et avec la nature actuelle de la notoriété du comédien change presque tout.

Il y a trois questions en une. Faut-il un grand film français sur l’esclavage ? Existe-t-il une défiance de la part des producteurs français ou un tabou politique ? Dieudonné est-il le mieux placé pour défendre ce projet ?

Oui, il manque au cinéma français, un grand film sur l’esclavage. Le cinéma français n’a pas toujours été aussi courageux que les Américains dans sa capacité à raconter l’Histoire de France. Autant, l’imagerie d’Epinal filmée en Guitryrama restituant une histoire œcuménique est riche en films bien sages, autant, le cinéma politique n’a pas vécu bien longtemps et si on peut citer les œuvres de Boisset ou de Costa-Gavras, c’est un cinéma militant avant tout qui se veut actuel. Pour un Spielberg qui a su merveilleusement parler de la Shoah dans la Liste de Schindler et de l’esclavage dans Amistad – il avait illustré les conséquences de la culture esclavagiste sur la société noire dans le Sud à travers l’adaptation du roman d’Alice Walker, La Couleur pourpre, il n’y a pas d’équivalent français. Pontecorvo qui avait réalisé la sulfureuse Bataille d’Alger avait récidivé dans le cinéma engagé avec Queimada dans lequel la réalité de l’esclavage était montrée par un œil européen pour la première fois.

Mais en France, rien. Tropiques amers, la « première série télé française sur l’esclavage » n’est qu’une telenovela où l’esclavage semble aller de soi. Donc oui, il manque ce grand film, comme Indigènes, l’Ennemi intime, Mon colonel, l’Honneur d’un capitaine, Train d’enfer ou encore Lacombe Lucien, Monsieur Klein, Monsieur Batignolles, etc…

Pourtant, on voit bien que « le » film devra marquer les esprits. Si Indigènes a été un grand film, c’est parce que c’est un film pionnier. Les films sur la Guerre d’Algérie ne sont plus des œuvres maudites, censurées ou passées sous silence, mais les faits qu’elles évoquent, pour choquants qu’ils sont – la torture, la France qui se renie, ne font plus débat.

Les films sur la seconde guerre mondiale, la Résistance, la Collaboration et la Shoah sont eux aussi nombreux. Il y en a suffisamment maintenant pour qu’on prenne conscience de ce qui s’est passé. Beaucoup d’acteurs de talents, de producteurs de renom ou de metteurs en scène de génie ont associé leur nom à ce travail de mémoire. Pour la traite c’est plus compliqué. Le sujet n’est peut-être plus, paradoxe cruel de l’Histoire, « vendeur » ou « rentable ». Les producteurs sont, volontiers, plus « investisseurs » que professeurs d’histoire et ils en veulent pour leur argent. Un projet qui se vendra, devra parfois prendre des libertés ou faire dans la facilité par rapport à la volonté des auteurs d’être fidèles, crus ou incisifs… S’il s’agit de se servir du cinéma pour faire de la propagande ou pour défendre une cause, on ne peut mécaniquement y associer des gens qui font ça pour gagner de l’argent.

La comparaison, nous venons de la faire avec les films sur la Shoah. Le cinéma a beaucoup fait pour la prise de conscience de ce drame. Tout le monde se souvient d’Holocauste. D’ailleurs, Racines, sur l’esclavage aux Etats-Unis, a été produit à la même époque.

Depuis que le combat pour la mémoire de l’esclavage et de la traite est devenu plus visible en France, une controverse s’est engagée sur ce qu’il est convenu d’appeler « la concurrence des victimes ». Ceux qui militent pour la reconnaissance du génocide arménien ou de l’esclavage se regardent dans ce qui apparaît comme « le miroir de la Shoah » et mesurent comment, les grandes tragédies de l’Histoire ne sont pas toutes ressenties de la même manière. Le seul fait qu’elles soient différentes entre elles à plusieurs points de vue ne suffit pas. Elles ne sont pas toutes connues comme elles le devraient ou comme le souhaitent les personnes qui se sentent concernées du point de vue de leur identité.

Il suffit d’esprits simplistes pour alors renouer sans le savoir avec un vieil antisémitisme qui commence simplement par un nouveau « statut des juifs », celui-ci étant fondé sur le caractère indépassable de la Shoah et le fait que les juifs ne peuvent pas être mis sur le même plan que les autres. Au reste ne dit-on pas « lutter contre le racisme et l’antisémitisme » ? N’y a-t-il pas de fait, comme un acquis dans le débat public une spécificité du racisme antijuif ? Même si quelques militants soucieux du sens des mots viennent expliquer que les Arabes sont aussi, du point de vue ethnique, des sémites, on voit bien que l’argument auquel on pense serait réfuté avec empressement !

Dieudonné, pour valoriser le combat contre l’oubli dans la cause des Noirs a fini par s’en prendre aux juifs et de fait, il a desservi la cause, au départ, juste, qu’il défendait. Et pourtant, fait rare dans « le monde noir », il disposait d’une notoriété positive.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Personne n’a envie de l’aider à financer un film sur le Code noir car il n’est plus légitime pour diriger un projet dont le but est de contribuer non pas à la guerre des mémoires, mais à la mémoire de la « cause noire » et plus simplement, à l’Histoire, encore méconnue par le grand public, de la traite négrière.

Point n’est besoin, pour sensibiliser les gens et frapper les esprits, de jouer avec d’autres drames de l’Histoire.

On ne forcera pas les producteurs français à lever certains tabous en les confortant dans leur position actuelle si un esprit comme celui de Dieudonné se révèle l’unique personne capable de de soutenir ce genre de projet…

Il y a une vingtaine d’années, Euzhan Palcy, pourtant auréolée du succès de Rue Case-Nègres, ne trouva pas de soutien français pour son adaptation du roman d’André Brink, Une saison blanche et sèche. Elle se rendit à Hollywood qui lui ouvrit les portes, avec en prime la participation de Marlon Brando. Le film fut un succès. Il ne faudrait pas commettre à nouveau la même faute politique, artistique et financière… Elle, on ne l’a pas oubliée.

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Merci pour cet éclairage, d'une certaine façon Dieudonné s'il parvient à réaliser ce film aura obligation d'en faire une réussite, obligation d'autant plus grande que s'il échoue, sa volonté de faire connaitre l'histoire de l'esclavage français, sans revisionnisme, serait durablement réduite à néant, en tous cas en ce qui le concerne. Je lui souhaite donc de réussir malgré tout. Ou alors que ce film puisse exister au-delà de personnalités contreversées comme ce qu'il est malheureusement devenu.
Je trouve également,l'ambiance de concurrence entre victimes profondément déplacée et inutile.

il sera toutefois difficile de s'extraire des débats sur Dieudonné. J'imagine que la promo d'un tel film lui offrira de nouvelles tribunes qui saliront la cause qui aurait mérité d'être mieux défendue.

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