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Du plomb dans la tête

La guerre que mène Israël contre les positions du Hamas dans la Bande de Gaza a soulevé des protestations de par le monde avec des nuances qu'il faut noter. Il y a ceux qui reconnaissent à Israël le droit de se défendre - que se passerait-il en France si une de nos régions frontalières était la cible de tirs - et qui condamnent la disproportion dans la riposte. Il y a ceux qui, parfois sans discernement, ignorent ces tirs et tombent dans le piège du Hamas, c'est-à-dire qui prennent fait et cause pour ce parti islamiste qui veut supplanter le Fatah.

Si on veut bien faire un peu de politique et regarder ce qui se passe là-bas avec d'autres yeux que ceux d'une indignation qui et souvent sélective - il n'y a pas de raisons que le Proche-Orient  y échappe - on doit réfléchir à plusieurs questions.

La gauche israélienne, en tout cas le parti travailliste, ne se distingue plus de manière nette, de la droite sur la manière de gérer ce conflit. Il y  a un consensus dans le pays sur la nécessité de se défendre, mais le Meretz est probablement le seul parti à mesurer les contradictions d'un tel choix. La paix est un chemin plus difficile que la guerre car le but n'est pas de détruire son ennemi, mais de lui parler et de trouver ensemble les moyens de ne plus le considérer comme un ennemi.

On a bien noté les contradictions du Hamas qui est entré en concurrence avec le Fatah - le parti historique de Yasser Arafat a perdu les dernières élection générales palestiniennes au profit du mouvement islamiste et il compte bien dominer également en Cisjordanie. Si en Palestine, c'est un parti islamiste qui devait être le parti majoritaire, un parti avec une branche militaire, on comprend bien qu'au-delà des scènes de guerre civile qui ont déjà eu lieu entre partis palestiniens, il y aura une concurrence avec le Hezbollah pour l'hégémonie dans le combat contre "l'ennemi sioniste". Le Hamas (sunnite, héritier des Frères musulmans) et le Hezbollah (chiite, pro-iranien) sont deux mouvements politico-religieux qui mènent une lutte qui ne converge pas tant que cela avec les mots d'ordre de la rue quand on manifeste pour la paix. Ils n'ont rien à voir avec les mouvements révolutionnaires armés des années 70 qui excitaient les gauchistes français en mal de lutte armée. Il ne s'agit pas d'instaurer un état palestinien démocratique dans des frontières sûres et reconnues à côté d'un état israélien dont les frontières seraient reconnues et la sécurité garantie. Si l'islam radical est une nouvelle idéologie révolutionnaire, il ne faut pas se contenter de caricatures ou se rende coupable de légèreté en "excusant" la radicalité du discours. L'islam radical joue le jeu démocratique, mais poursuit la lutte armée et ne rompt pas avec le terrorisme. L'instrumentalisation de la religion à des fins politiques n'a jamais été vecteur de progrès, nous en savons quelque chose.

Si le Hamas et le Hezbollah veulent la destruction d'Israël, est-il possible de poursuivre la solidarité jusque là ?

Ceux qui restent sourds à ces réflexions ont du plomb dans la tête. Autant que ceux qui pensent que les options militaires sont les seules possibles. Une fois encore, et quoiqu'on en pense, beaucoup de partis de la région, qu'ils soient arabes ou israéliens, sont membres - de droit ou observateurs - de l'Internationale socialiste. Fait unique au monde. Il y a donc un espace de médiation possible à côté de celui des chancelleries. Car du côté des chancelleries, il y en a aussi qui ont du plomb dans la tête. Nicolas Sarkozy s'est précipité dans la région pour tenter de sauver le monde. La présidence tchèque de l'Union européenne, déjà plombée d'un pessimisme qu'elle devra vite dissiper, a en plus été maladroite. Sarkozy n'avait manifestement pas envie de rentrer en France s'occuper d'un pays où l'actu est dominée par le fait que les gens se rendent compte qu'il fait froid en hiver et où le gouvernement a accumulé les reculs.

Pour sa propre grandeur, Sarkozy croit pouvoir combler le vide laissé par les Etats-Unis en pleine transition alors qu'il ne représente plus que la France, un pays qui a beaucoup perdu en influence en Israël. Le Proche-Orient est compliqué même pour les Proche-Orientaux et d'ailleurs, ils en rient parfois. Autant il fallait agir avec rapidité, autant ne fallait-il pas se contenter simplement de s'agiter. Il y a un moyen pour l'Europe de s'affirmer si elle arrive à parler d'une seule voix. Question récurrente...

En attendant, les moyens d'agir sont connus : cessez-le-feu immédiat, levée du blocus, couloirs humanitaires, désarmement des milices, force d'interposition européenne ou onusienne avec des moyens d'action. Et, enfin, la reprise du dialogue.

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