Dangeureuses confusions dans les rues de Paris
La manifestation de soutien à la Palestine, à Paris, ce samedi 10 janvier, a été l'occasion de mesurer combien il faut remettre de la politique, et que de la politique dans la solution de la guerre qui se déroule au Proche-Orient. Environ 80 000 personnes ont défilé de la Place de la République à la Place de la Nation dans un froid vif et au sein de cortèges si éloignés les uns des autres - plus qu'à l'habitude - qu'on eût l'impression de voire "plusieurs manifs". Mais Il s'agissait bien d'une seule marche et d'un seul itinéraire.
Dans une manifestation, on mesure le poids de telle ou telle organisation, ou type d'organisation par l'étendue de son propre cortège, la démonstration de sa capacité d'organiser des masses pas toujours "disciplinées" ou désireuses d'être organisées, de donner un sens politique par les slogans qu'elles propose et qui sont repris avec plus ou moins de succès - de manifs en manifs -... Bien sûr dans toute manifestation, il y a "à boire et à manger", mais tout est une question de proportion. Et il y a des quantités qui ne trompent pas... Il ne s'agit donc pas toujours de "choisir avec qui on défile" pour ne voir que ce qu'on veut voir. Il y a ce que l'on croit voir du point de vue d'un cortège et ce que les passants ou les riverains, finallement, de bons observateurs, voient du trottoir ou de leur fenêtre... Bien sûr, le petit bout de la lorgnette des médias fait le reste. Ceux qui y sont, sont ceux qui sont cités à la télévision...
Et hier, le contraste était saisissant. Les organisations politiques qui sont des habituées des mobilisations ressemblaient plus à des délégations. Cortège modeste du PC, suivi par une petite horde du PG qui elle-même précédait un austère et compact cortège, assez important, du POI.
C'était une manifestation très majoritairement composée de gens qui s'identifient au combat des Palestiniens par proximité culturelle ou religieuse autant que par la justesse de ce combat. On voyait s'afficher logiquement des solidarités "arabo-palestiniennes". La dimension identitaire était beaucoup plus forte que la dimension politique.
Des discours dans le métro et de enfants embrigadés
Dès le début de l'après-midi, dans le métro parisien, à l'approche de la station République, outre le nombre important de keffieh qui se voyait - ce qui est normal d'autant que c'était aussi un peu la mode cet hiver - un groupe de jeunes, sur la ligne 3, s'est mis à haranguer les voyageurs en expliquant combien il fallait "ouvrir les yeux", qu'un "lobby dont on savait bien qui il était, faisait tout pour empêcher que l'on connaisse la vérité sur ce qui se passait à Gaza", qu'il était "choquant" que la mairie de Paris ait fait de Gilad Shalit, "un soldat d'occupation", un "citoyen d'honneur, avec nos impôts", et qu'elle n'en avait pas fait autant pour "Gandhi ou Mandela"...
Le soir, au retour, c'était un peu la même chose - euphorie d'une manif "réussie" oblige. Avec cette fois quelques personnes qui faisaient scander à leurs enfants (de 6 à 12 ans) "A mort Israël"...
Actes isolés ? Possible. Mais c'est la preuve qu'il y a une dimension hystérique et fanatique dans ce mouvement de contestation qui n'a pas vocation à s'élargir, mais à se radicaliser, sauf si on le politise et si on le réoriente vers la paix dans la région. Car la folie c'est aussi ce groupe de jeunes filles habillées à l'occidentale, cheveux bruns à l'air hurlant "Allah Akbar" !
La politique était donc bien absente des rues de Paris, laissant la place à un mélange de religion et de fanatisme. Plusieurs pancartes arborant l'étoile de David associée à la Croix gammée et quelques orateurs juchés sur des camions aux couleurs du Hezbollah expliquant que " ce qui se passent pour les Palestiniens aujourd'hui, c'est pire que la Shoah ". Sans compter quelques appels à la mort de Sarkozy ou d'Israël...
Les moyens étaient mis pour être visibles. Il ne s'agissait pas de petits groupes en marge de la manif comme il en existe souvent. C'était bien central...
Plus que les partis politiques, plus que les associations ou les syndicats qui n'étaient "présents" que sur quelques poitrines bardées d'autocollants ou dans quelques mains portant quelques drapeaux.
Maintenant, il faut du retour au bon sens et plus de politique.
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