Fédération de Paris - cinq successeurs pour Patrick Bloche
Pour la succession de Patrick Bloche comme premier secrétaire fédéral de Paris, il y aura cinq candidats en lice. Paris, c’est la première fédération socialiste de France et dans un pays centralisé comme le nôtre, ce statut n’est pas n’importe lequel.
Il y a quatre candidats donc, pour cette succession. Sur les quatre, j’en connais un beaucoup moins bien que les autres. Christophe Caresche, député du 18e arrondissement de Paris et animateur parisien du Pôle écologiste durant ce congrès.
J’ai toujours eu un « souci » avec ce député. Lors du congrès du Mans, il avait fondé le courant Nouvelle voix avec Gaetan Gorce et Jean-Louis Bianco. Au plan national, ce groupe voulait être un front « anti-présidentiables ». En réalité, il permettait à ceux qui avaient rompu avec Laurent Fabius au moment du référendum sur le traité constitutionnel d’exister au sein de la majorité du PS. Sur Paris, Caresche en fit un front anti-DSK.
Lors de la campagne interne pour la primaire socialiste, il rallia Ségolène Royal et s’illustra en proposant que les militants aillent manifester « sous les fenêtres de Lionel Jospin ».
Plus récemment, il est venu défendre dans la section PS du 10e arrondissement de Paris sa motion. Mais comme il l’a fait au niveau fédéral, il a plus parlé de tactique que de fond alors que le Pôle écologique et Utopia sont les deux seules motions purement « idéologiques » de ce congrès.
Cette hypermobilité contraste avec les autres candidats.
D’abord Rémi Féraud.
Rémi et moi, nous nous connaissons depuis le milieu des années 90. A l’époque, il était le responsable du Mouvement des jeunes socialistes pour le nord-est parisien puis il a pris la direction du MJS francilien. A l’époque, nous étions régulièrement en conflit avec le courant qui tient depuis toujours cette organisation, mais même dans les moments les plus durs, les choses se passaient bien avec lui. Plus tard, on s’est retrouvé dans le 10e arrondissement de Paris dont il animait la section. Rocardien d’origine, lui et moi avons milité au sein de Socialisme & démocratie jusqu’à ce qu’il prenne ses distances pour se rapprocher de Bertrande Delanoë. Entre temps, il est devenu maire du 10e, le plus jeune maire socialiste élu à Paris. Un beau succès.
Ensuite Guillaume Balas.
Guillaume Balas appartient aussi à cette génération entrée en politique dans les années 90. Nous nous sommes connus au MJS. C’était déjà un proche de Benoît Hamon. Il a été un dirigeant éclairé de son courant à Paris et on ne peut l’accuser de « clanisme » ou de sectaire. C’est quelqu’un qui s’efforce souvent de placer son action dans un cadre politique.
Il y a aussi David Assouline. Le bientôt quinqua du Sénat est un personnage. Venu de l’extrême gauche – il a adhéré à l’OCI dans une tendance qui s’est fait exclure aussitôt puis il a fondé un groupuscule avant de devenir l’un des leaders étudiants du mouvement de 1986. Signe amusant pour la suite, il n’a rejoint l’UNEF-ID qu’après le « mouv ». David a co-fondé le mouvement « Stop la violence » avec Pierre Péan. Militant dans le 20e arrondissement de Paris, il a végété dans les jeux complexes de cet arrondissement dirigé alors par Michel Charzat… Il a fini par rejoindre le Nouveau parti socialiste, puis Ségolène Royal.
Enfin, last but not least, il y a Mao Péninou.
Mao et moi, c’est une longue histoire. Dix-huit ans de militantisme. J’aurais donc pu invoquer la fidélité et l’amitié pour justifier mon soutien. Mais c’eût été renier une partie de ce que j’ai appris. Si les liens personnels se substituent aux convictions, on ne peut donc convaincre personne. Depuis l’UNEF-ID et le Manifeste contre le FN, puis le MJS nous avons été de plusieurs combats et malgré tout ce qu’on pourrait imaginer d’un jeune garçon ainsi prénommé et né au début du printemps 1968, il a toujours été un social-démocrate indécrottable. De ces années de militantisme, il a appris à fonctionner en bossant avec tout le monde tout en tenant sa ligne. Premier fédéral, il ne serait pas l’homme d’un clan. Dans la relation à construire avec Bertrand Delanoë, il ne faut ni un rival, ni un vassal. Il faut au contraire un dirigeant politique de poids et rassembleur.
Pour qui connaît cette fédération, il faut des tripes et du sens politique pour tenir dans une réunion où il faudrait tenir compte des tempéraments, des exigences ou les revendications toujours impressionnantes des arrondissements de l’est parisien, les équilibres à maintenir entre les trois sections du 15e ou du 18e qui ne parviennent pas toujours à parler d’une même voix…
N’étant ni parlementaire, ni maire, simplement conseiller de Paris, Mao Péninou a l’énergie nécessaire pour animer une fédération de 19 000 adhérents qui est celle de grandes figures, grandes gueules ou grands esprits du parti d’aujourd’hui.
S’il y a en lice des candidats plutôt jeunes dans l’ensemble, Mao est au carrefour des différents « styles » en concurrence. Il connaît bien l’appareil sans passer pour un homme d’appareil. Pédagogue, il a une réputation d’homme de convictions, au risque d’avoir des colères d’un autre âge : eh oui, sur des questions de fond.
Habitant du 19e arrondissement où il s’occupe depuis longtemps des questions de sécurité, il milite depuis plusieurs années pour que les quartiers populaires figurent au centre des préoccupations politiques du Parti socialiste. Ce n’est pas seulement une question de géographie électorale. Comme il le dit, Jacques Chirac a gagné la Ville de Paris par les quartiers populaires. Personne ne doit oublier son « Grand chelem » dans les années 80 précisément : majoritaire dans les vingt arrondissements.
Les arrondissements de l’est parisiens qui n’ont rien à envier aux « banlieues », sont un défi pour Paris comme les banlieues sont des enjeux pour les villes qu’elles entourent. Vivre ensemble, répondre aux exigences dans les quartiers populaires au lieu de ne penser qu’aux classes moyennes, voilà un défi pour la gauche. A Paris, dans ces quartiers, la criminalité, le racisme, le chômage, les replis communautaires ou les problèmes de salubrité ne sont pas simplement des têtes de chapitres dans des textes programmatiques. Il s’agit de réalités, parfois tragiques.
Le meilleur candidat pour la fédération socialiste de Paris doit être donc un acteur de terrain, libre, imaginatif et rassembleur. La fédération n’est pas réductible à une « gauche@paris.fr ». Il y a toute une vie politique qu’il faut stimuler pour continuer à gagner les élections, mais aussi pour dynamiser le Parti socialiste.
Si ce n’est pas à Paris que l’on peut répondre aux défis de l’agriculture ou de la ruralité, les enjeux urbains, sociaux et sociétaux sont énormes et il faut une capacité d’anticipation avérée.
Réalité municipale oblige, les courants du PS ne sont pas cloisés. C’est une bonne chose. Mais cette réalité municipale ne doit être qu’une réalité, pas un carcan.
Je soutiens Mao Péninou parce que je pense qu’il a l’étoffe du job et la disponibilité pour mener à bien un travail de transformation aujourd’hui important pour le développement de cette fédération.
Alors certains, par "patriotisme de motion" s'interdiront de penser autrement que par mécanismes. Ils ont tort. C'est qu'ils n'auront pas compris ce qui se joue dans ce congrès. Le vote a mis à bas les équilibres d'hier. Si le bilan fédéral est très positif sur le plan électoral, la vie politique ne se résume pas aux élections. Il faut aller plus loin. Nous en reparlerons bientôt.
ça doit être la première fois que je regrette de ne pas être militant à Paris, j'aurais aimé voter pour Mao
Rédigé par: julien | 12 novembre 2008 at 16:15
19000 adhérents soit mais combien de votants???
à peine mille de plus que les Landes(35hab/km2)rappel:paris densité 20433hab/km2
:-)
Rédigé par: pouss40 | 13 novembre 2008 at 18:14
Décidément, tu écris bien...
J'ai fait un message de soutien à la candidature de Hugues Bernard en Haute-Garonne, les arguments sont proches car les deux situations se ressemblent un peu, mais j'admets que l'argumentation a moins de classe.
Rédigé par: chouka | 15 novembre 2008 at 01:13