Journalistes consolez-vous, Reims ne sera pas Rennes !
Si on devait tirer des leçons à l'usage de la formation politique des militants de la période que nous sommes en train de vivre, elles seraient au nombre de trois. D'abord, qu'une image parfois en dit plus long que des développements savants. Elle peut les contredire, les confirmer ou les révéler. La vérité des faits n'est pas toujours la réalité perçue. Les conséquences sont, du coup, souvent inattendues par rapport aux intentions. Le sens politique consistant à tirer le meilleur parti possible d'une situation donnée pour obtenir le résultat souhaité. Comme toujours, la nature du résultat dépend du temps...
Les socialistes sont toujours traumatisés par Rennes. Mais il ne faut pas confondre la Bretagne et la Champagne...
Il y a des similitudes, mais l'Histoire, on le sait, ne repasse pas les plats et les messages alarmistes ou défaitistes ne font que rajouter à la dépolitisation de l'enjeu. D'ores et déjà, on sait que le congrès ne se gagnera pas sur une surenchère à gauche, ce qui est différent des époques précédentes. On sait aussi qu'aucune question idéologique ne sera au cœur. C'est un congrès aussi important qu'Epinay au sens où, on l'a déjà dit et écrit, pour la première fois, l'inconnu plane sur le nom du futur premier secrétaire.
A Rennes, comme à Reims, le Parti socialiste sortait de victoires électorales historiques et l'ordre du jour était celui de la succession - en toile de fond à Rennes puisque les héritiers du mitterrandisme se disputaient une dépouille encore vivante et qu'à Reims il s'agira de trouver un successeur à un autre François qui n'est pas président, mais qui, comme l'autre, continuera de veiller sur ses intérêts au sein du parti.
A Rennes, il y avait trois grands courants centraux et malgré le ralliement des petits courants, personne ne parvint à la majorité. Il y avait déjà des fabiusiens, des jospinistes et des rocardiens...
Au printemps 1990, la lutte entre des courants structurés, allumée au milieu des années 80 avec le conflit entre Fabius et Jospin et le conflit entre rocardiens et mitterrandistes avait atteint son pire niveau avec le congrès de Rennes. Il y avait peu d'idéologie là-dedans. Rocardiens et fabiusiens incarnaient une aile moderniste et "droitière", les jospinistes occupaient - comme toujours - un centre et il y avait une gauche du parti avec Poperen et la jeune Nouvelle école socialiste. Enfin, quelque parti, un pôle républicain anciennement marxiste qui flirtait de plus en plus dangereusement avec le chauvinisme avec Chevènement.
La ville d'Edmond Hervé avait été pendant les trois jours du congrès un concentré des luttes internes au sein du PS. Les tensions n'étaient pas uniquement perceptibles dans la salle du congrès ou dans la commission des résolutions, mais également entre groupes de militants. Les médias ont gardé des images de ces terribles heures. Au sortir du congrès, il n'y eut même pas de nouvelle direction.
Le sentiment général fut "plus jamais ça". Lionel Jospin, puis François Hollande à la fin des années 90 décrétèrent tour à tour "la fin des courants", mais sans succès car les courants existeront toujours au PS. Ils ne sont pas négatifs en soi. D'ailleurs, dans toutes les organisations démocratiques, il se forme naturellement des convergences entre personnes qui ont la même lecture du projet politique et il existe toujours des clientèles autour d'individus que l'on souhaite voire jouer un rôle important au sein de l'organisation et dont on veut élargir et maintenir l'influence.
Rennes est venu comme le signe absolu de la fin de la politique, l'année même où d'autres pronostiquaient "la fin de l'Histoire". Le communisme c'était fini, désormais, avec le triomphe de l'économie de marché et de la démocratie libérale, "aucune autre politique n'est possible". Dix ans plus tard, l'explosion de la contestation de la mondialisation, des milliers de militants ont crié à la face des mêmes "un autre monde est possible". Entre les deux, les partis sociaux-démocrates qui avaient prévu l'échec du communisme et qui luttaient contre les excès du marché peinaient à incarner l'alternative. On leur a refusé cette capacité et on a souvent douté de leurs résultats.
Au Parti socialiste, les éléments du débats avaient donc changé et la gauche avait prétendu vouloir changer le pouvoir, force était de constater que c'est le pouvoir qui l'avait changée. Le PS était préoccupé par la gestion, par la manière de se maintenir et d'assurer la succession. Ce qui n'a pas changé depuis car c'est un lieu de carrière. On a moins besoin d'un brevet de socialisme ou de militantisme qu'une appartenance à une promotion de l'ENA par exemple... Beaucoup sont PS alors qu'ils auraient pu être ailleurs.
Rien de pire ne pouvait arriver que de confirmer ce que la presse voulait voir : la politique comme farce ou comme comédie. La presse qui avait cessé de croire à la politique pouvait désormais s'installer dans la transmission de la suspicion ou du scepticisme. Depuis, elle a toujours agité le spectre de Rennes à chaque débat socialiste.
Mais Reims ne sera pas Rennes, n'en déplaise aux vautours. D'abord parce que la situation politique n'est pas la même, ensuite parce que "les héros sont fatigués" et enfin parce que les structures sont affaiblies.
Le Parti socialiste est un parti démocratique et un parti d'élus. Il n'éclatera donc pas sur une simple querelle idéologique. Il n'éclaterait que si les résultats électoraux désastreux contribuaient à l'aggravation de la situation. Mais voilà, le parti socialiste est le principal bénéficiaire des effets d'alternance et donc on a l'impression que "tant que les gens votent, tout va". Ce calcul cynique est, quoiqu'on en dise, ce qui a expliqué en partie les choses. On jusqu'où ne pas aller trop loin car les investitures expliquent bien des choses. Quand la presse dit que "les socialistes ne veulent plus vivre ensemble", c'est vrai pour des dirigeants qui veulent tous la même chose et qui ne sont pas prêts à s'effacer. A l'inverse d'autres partis, peu de dirigeants socialistes envisagent de faire autre chose de leur vie.
Le PS a une capacité d'absorption des tensions internes car finalement, tout le monde s'accommode de la situation et les chefs depuis 2002 ont su en jouer. Ici la promesse d'une circonscription, là d'une reconduction, ailleurs d'un secrétariat national ou d'une place au Bureau national et le tour est joué. On a su mettre en place un système fondé sur l'équilibre - la synthèse pour la synthèse qui condamne l'ensemble à l'unité. Celui qui clive le premier a tort et il se fait laminer.
Mais le système arrive à bout de force. Il a trop duré, la fumée ne fait plus écran, elle est désormais le signe qu'il y a le feu. Non pas que Reims soit le "congrès de la dernière chance", mais plutôt que Reims ne doit pas être un congrès pour rien. La plupart des personnes qui prétendent aujourd'hui à la succession de François Hollande veulent très sincèrement changer les choses et c'est la bonne nouvelle.
Ce changement entraîne une nécessité et un coût. Il doit être visible, profond et durable. Cela veut dire des sacrifices. Certains vont devoir faire autre chose de leur mardi après-midi ou de leur mercredi matin.
Il n'y a pas de raisons de craindre de "choc des présidentiables" à Reims car ceux qui pronostiquent que les motions seront à égalité n'accordent pas assez d'importance à la nature des "divisions". Contrairement à Rennes, les courants sont moins structurés. Les frontières idéologiques sont moins nettes. Chacun s'applique à être compatible avec son voisin. "Au final, on se retrouve".
D'ailleurs les gens qui lancent des appels à l'unanimisme pour construire encore cette fois des majorités à priori le font car ils savent que les militants socialistes aspirent à l'unité et à la fin des divisions factices. Mais le Congrès du Mans et les suites ont montré qu'on avait également subit les limites des synthèses molles. Car sous les synthèses molles, le sectarisme a la vie dure. Ce sont toujours les mêmes qui ont intérêt à ce que rien ne change - car ils seraient les premiers "emportés par le vent du changement".
Lancer des appels à une majorité large dans laquelle il y aurait tout le monde est une manipulation qui ne trompe personne. On dessine les contours de la majorité, pour le fond on voit après et on s'arrange avec tel ou tel pour inventer une minorité histoire de dire qu'il y a un peu de jeu. A force de miser sur le marais, on va finir par s'enfoncer. Durablement...
Mais des alternatives sont là, sérieuses. Il suffit de cesser de jouer le coup d'après, de trop anticiper et, pour une fois, de répondre à la question posée, ici et maintenant. Alors, ce sera le sacre d'un parti socialiste requinqué...
Bel article qui montre qu'il y a de l'espoir...
Derrière la fumée et le feu.
Autre chose, tu mets en lien le site pour le mandat unique, mais tu n'es pas inscrit en tant que signataire...
Ils ont un bug dans leur système de comptage, non ?
Rédigé par: chouka | 06 septembre 2008 at 15:04