Une leçon israélienne : Tzipi Livni nouvelle Golda Meir ?
Entrée tardivement en politique, la chef de la diplomatie israélienne a connu une ascension fulgurante grâce à son mentor, Ariel Sharon. Femme intelligente et intègre, réputée froide et ambitieuse, Tzipi Livni pourrait profiter des ennuis judiciaires d'Ehoud Olmert pour lui succéder.
Un berceau politique déterminant
Tzipi Malka Livni est née le 5 juillet 1958 à Tel Aviv. Elle est mariée et mère de deux enfants. Elle est la fille de Eitan Livni (1919-1991), arrivé de Pologne en 1925, qui fut le directeur des opérations de l’Irgoun (Etzel) et qui joua donc un rôle déterminant dans l’attentat contre l’hôtel King David en 1946. Pour la petite histoire, quand il épousa Sara Rosenberg, elle aussi membre de l’Irgoun, en 1948, Eitan Livni fut le premier citoyen israélien à se marier dans le nouvel Etat. Leur fille Tsippora (Tzipi) vit le jour dix ans plus tard. Livni père fut un des dirigeants du Herout, le parti fondé par les anciens de l’Irgoun et dirigé par Menahem Begin, puis du Likoud. Il siéga à la Knesset de 1973 à 1984. A sa mort, selon sa volonté, l’emblème de l’Irgoun fut gravé sur sa pierre tombale. Ce n’est qu’après son décès que sa fille entra en politique.
Sara Rosenberg Livni mourut d’un cancer à l’âge de 85 ans en octobre 2007.
Tzipi a donc grandit dans un environnement politiqué marqué à droite. Elle a le grade de lieutenant dans Tsahal. a été agent du Mossad, ce qui dans un pays où le passé militaire et la compétence en matière sécuritaire restent encore déterminantes. Au sein de « l’Institut », elle fut un agent de terrain, travaillant dans des capitales européennes avec « des commandos chargés d'éliminer des terroristes arabes ». Durant son passage au Mossad – environ deux ans, elle a été en poste à Paris. Elle est diplômée de l’Université de Bar Ilan, en droit des affaires. Elle est mariée à un comptable, Naftali Spitzer et le couple a deux enfants.
Une entrée récente en politique
Livni fait son entrée dans la vie publique en 1996 à la Direction de l’office des sociétés d’état pour privatiser les compagnies et les monopoles gouvernementaux. Trois ans plus tard, elle est élue députée du Likoud à la Knesset en 1999 à l'âge de 41 ans. Pendant sa campagne, elle choisit comme slogan, « mon nom est une institution ». Jeu de mot ou passé assumé quand on sait que le nom « Institut » ou « institution » désigne le Mossad…
Ariel Sharon la repère et la prend sous son aile. Il en fait une ministre dès 2001. Elle aura été depuis, ministre de la coopération régionale, du logement, de la construction, de l’intégration, de l’agriculture et du développement rural, de la justice avant de devenir ministre des Affaires étrangères. Avant elle, seule la travailliste Golda Meir, qu’elle admire, avait occupé ce ministère de 1956 à 1965. Elle me manquera pas d’être comparée à l’ancienne dirigeant travailliste.
Au sein du gouvernement Sharon, Tzipi Livni passait pour une colombe, partisane du retrait de Gaza. En 2005, elle a quitté le Likoud pour rejoindre Kadima. Frappé par la maladie, Sharon quitte la scène politique. Livni soutient logiquement Ehud Olmert qui devient Premier ministre. Dans son gouvernement, elle a le titre de vice-premier ministre. De fait, elle est la numéro deux du gouvernement et du Parti. Avec Olmert en première ligne, Tzipi Livni a saisi la position stratégique qui est la sienne. L’avenir n’appartient ni aux cadres vieillissants du jeune parti comme Shimon Peres qui a été élu à la présidence de l’Etat – un poste sans réel pouvoir – ni aux militaires controversés comme l’ancien chef d’état-major Shaul Mofaz, ministre de la défense, critiqué pour sa brutalité dans la répression des . Les partis comme le Likoud qu’elle a quitté ou Avoda à l’autre bout de l’échiquier politique peine à se renouveler. Kadima peut donc représenter une alternative à condition de démontrer sa capacité à maintenir la stabilité du pouvoir. C’est peut-être ce qui explique que bien qu’elle ait réclamé la démission d’Olmert après la guerre du Liban de 2006, elle n’ait pas été au bout du bras de fer, s’attirant les critiques de la presse israélienne à l’époque. D’ailleurs, les histoires de corruption s’accumulant sur la tête d’Olmert ont abouti à sa démission et à l’organisation de primaires au sein de Kadima à la demande de la ministre. Pour celle qui passe pour la « Madame propre » en Israël, c’est un argument de poids. Nul doute que si Livni l’emporte dans la primaire, elle aurait des chances très sérieuses de former un gouvernement au printemps prochain car elle conteste Netanyahu dans les sondages.
Livni jouit visiblement d’une grande popularité dans l’opinion donc ainsi qu’à la base du parti dont l’appareil est « tenu » par Olmert qui n’accepte pas que l’avenir s’écrive si facilement sans lui et au féminin. Il a donc de bonnes raisons de soutenir Shaul Mofaz. Pour la primaire qui devrait avoir lieu en novembre, il y a quatre candidats qui ont une longueur d’avance dans la pêche au voix. Elle compte sur sa popularité et le désir de changement pour l’emporter.
Sa doctrine en relations internationales est classique. Soigner les relations privilégiées avec les Etats-Unis. De ses parents et de son rapport avec Sharon, elle a gardé la conviction qu’Eretz Israel est confronté au défi démographique que représentent les Palestiniens. L’unique solution est la cession de territoires et la création d’un état palestinien. C’est ce qui a motivé son soutien au retrait de Gaza et son adhésion à Kadima. C’est dire si les « durs » du Likoud ont su eux aussi évoluer, quitte à rompre avec le parti fondé par Begin.
Si elle est fidèle à la ligne dure de défense de la sécurité du pays, les Palestiniens n’en apprécient pas moins son sérieux et sa rigueur.
Elle a choisi un style, la décontraction et l’ambition pour être utile. Une forme de modestie qui renoue avec la première génération de dirigeants politiques israéliens « sans cravates », celle-là même qui a construit le pays.
Avoda n'en finit pas de croupir dans sa crise. On aurait pensé que le départ de Shimon Peres aurait libéré un espace pour de nouvelles têtes et un nouveau souffle pour la gauche. Il semble au contraire que ce soit un centre pragmatique, mais conservateur qui soit l'alternative à la droite dure et qui ait durablement la confiance des électeurs...C'est une situation à méditer pour la gauche française : gare à ce que l'alternative à la droite ne se trouve partout sauf dans la gauche.
Commentaires