Ca y est, la fin d'un suspense intense qui durait depuis des semaines. Le colistier de Barack Obama est connu. Il s'agit de Joe Biden. Ceux qui se sont intéressés à la primaire démocrate se souviennent qu'il fut un des candidats de cette primaire avant de jeter l'éponge, dès les résultats du premier caucus, dans l'Iowa.
Encore qu'on puisse s'interroger sur ce qui est visiblement une "fuite" puisque c'est CNN qui annonce la nouvelle, s'appuyant sur trois sources anonymes du camp démocrate... L'équipe Obama avait prévu une mise en scène avec notamment l'annonce à Springfield, Illinoins, "là où tout a commencé". Petite vengeance de la presse qui n'a pas du apprécier la blague de la semaine passé quand un communiqué a annoncé une information imminente pour finir par dire que c'était une plaisanterie... Dans un contexte où la cote d'Obama semblait baisser face à celle de McCain, on aurait imaginé autre chose. En même temps, l'essentiel était et est dans la réussite de la convention de Denver.
La presse le présente comme un expert en politique étrangère, atout précieux face à la machine McCain qui a un avantage sur le candidat démocrate. Sénateur du Delaware, Biden va donc présenter avec Obama un ticket résolument "nordiste". Ce petit état de la taille d'un département français, une des Treize colonies qui fondèrent les Etats-Unis en 1776 a une politique fiscale extrêmement attractive ce qui contribue peut-être à donner au ticket démocrate une sensibilité moins "rassembleuse" que certains observateurs l'auraient souhaités si on prend en compte le fait que les candidats à l'élection présidentielle aux Etats-Unis ont "intérêt" à représenter dans leur ticket la diversité géographique ou politique du parti et du pays : le nord, le sud, l'est, ouest, modéré, radical, etc. Mais cette tendance ne s'est pas appliquée mécaniquement. On le dit "centriste", ce qui va donner à l'élection de 2008 la même coloration qu'en 2004 où déjà le centre de gravité du débat présidentiel s'était déplacé à droite. D'ailleurs à ce moment, Biden avait refusé les sollicitations de ses amis qui le voulaient comme candidat à l'investiture démocrate, lui-même faisant partie de ceux qui étaient partisans d'un ticket Kerry-McCain. Le sénateur de l'Arizona est effet un ami de John Kerry, vétéran comme lui et surtout, adepte de positions qui lui ont souvent valu d'être démarché par les démocrates pour les rejoindre.
C'est un signe en tout cas que la rupture avec les années Bush ne sera pas radicale, du moins, le temps de la campagne et que pour les démocrates Etats-Unis doivent rester présents sur la scène internationale. Toute la question étant bien évidemment de savoir avec quelle doctrine. Cette question est d'autant plus cruciale qu'avec la guerre dans le Caucase a ouvert un nouveau front, avec une donnée qu'on croyait disparue : le "retour" de la Russie comme puissance régionale, renouant avec une intervention militaire pour défendre ses intérêts et affirmer sa zone d'influence. Biden s'est d'ailleurs rendu en Géorgie ces derniers jours.
Joe Biden a 66 ans. Irlandais, catholique, dont le physique rappelle un peu James Baker d'ailleurs, il appartient à la même génération que les Clinton. Ce sénateur influent sur les questions de politique étrangère a joué un rôle décisif dans la prise de conscience de la Maison Blanche sur la réalité de la situation en ex-Yougoslavie et la nécessité d'y intervenir. Un de ses enfants a servi en Irak en 2003, ce qui joue évidemment en termes d'image dans un pays qui s'interroge sur une guerre lointaine qui n'en finit pas. Pour le coup, il a soutenu l'intervention eu Irak et le vote du Patriot act, mais à l'instar d'une bonne partie du pays, il est devenu critique sur le sujet. Elu du Delaware à trente, il a été constamment réélu depuis. Il a battu le record de longévité pour un sénateur de cet état dont tous les élus au Congrès sont démocrates. Il a fait voter une loi qui a renforcé la lutte contre la violence faite aux femmes ainsi que la criminalité en créant des postes supplémentaires de policiers et des cellules de soutien.
D'autres éléments de sa biographie indique qu'il fut candidat il y a vingt ans à la primaire démocrate mais qu'il dut jeter l'éponge à cause d'une histoire de plagiat dans un discours. Ce qui est néanmoins intéressant dans l'anecdote c'est que son "inspirateur" était le dirigeant travailliste Neil Kinnock, ce qui montre que les démocrates américains - lui tout au moins - ne sont pas insensibles aux travaux, voire, l'existence - d'une social-démocratie européenne.
Bien qu'il soit perçu comme "centriste", il est favorable au mariage entre homosexuels et hostile aux projets anti-avortement par exemple.
Biden avait critiqué la campagne d'Obama, et pointé ses faiblesses, mais son retour précipité de Géorgie a attiré l'attention. Trois autres noms circulaient jusqu'ici : Hillary Clinton, Evan Bayh, sénateur de l'Indiana et Tim Kaine, gouverneur de Virginie, ce dernier, était connu pour ses positions conservatrices en matière sociétale. Obama aura donc choisi le plus âgé, le plus expérimenté, finallement, le plus "washingtonnien" de tous.
Le choix d'un colistier a pour but de lester une candidature, mais comme on l'a déjà écrit, l'espace politique de celui-ici, y compris après l'élection, dépend en grande partie du président. A l'exemple de Bush avec un Dick Cheney qui a été très présent dans la politique étrangère américaine, une Administration Obama serait donc plutôt compétente sur le sujet. Mais encore une fois, il ne faut pas s'attendre à un changement radical de cap même si sur certains points il y a des évolutions : retrait d'Irak et solution politique, restauration de l'image des Etats-Unis sur la scène internationale ou volonté de prendre un autre chemin sur la question énergétique.

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