Problèmes d’aujourd’hui en Martinique…
Pas difficile, même pour un court séjour d’entrevoir les enjeux de la vie quotidienne martiniquaise. On pourrait proposer comme sujet de philosophie voire de science politique : « l’insularité est-elle compatible avec la mondialisation » ? Pour ne pas dire la modernité… Quand on y a vécu suffisamment longtemps pour s’imprégner de paysages que l’on déclare « éternels », le retour après quelques années vous rend réac. Le développement économique pose tout une série de questionnements auxquels les réponses sont difficiles à trouver. L’augmentation constante de la population pose la question du logement. La plupart des gens veulent être propriétaires. C’est du moins la tendance majoritaire depuis des dizaines d’années. Mais c’est de moins en moins possible. Les terrains constructibles sont rares et quand on ne peut pas hériter du bout de terrain familial, on résiste mal face à des gros de l’immobilier qui font du HLM, du lotissement privé ou des hôtels.
Dans la ville de Schoelcher, dans la périphérie nord ouest de Fort-de-France, « banlieue » pour les classes aisées, bastion de droite, le maire a perdu parce qu’entre autres choses, on lui a reproché de vendre plus facilement des surfaces constructibles aux gens venus d’ailleurs qu’aux Schoelcherois. Quand en plus on sait que parmi ces « gens venus d’ailleurs », on a repéré des « juifs », on imagine le reste et comment le discours peut évoluer. Car en effet, le mélange ne se fait pas. Les gens ont l’impression que d’autres viennent dans l’île faire des affaires avec une facilité à laquelle les locaux n’ont pas accès. Souci permanent que l’on retrouve ailleurs en France bien sûr.
« Quand le bâtiment va, tout va » dit le proverbe. En l’occurrence, ça pousse de partout. Sur le plan de l’esthétique, c’est une autre paire de manche. Dans les années 70, les quartiers de la Bâtelière, de Godissard, de Dillon par exemple avaient vu pousser des tours dignes des cités dortoirs d’Europe. Depuis, on a prétendu faire autrement. Mais la « belleté » n’est toujours pas au rendez-vous. Sur les pentes des mornes de Case-Pilote ou de Bellefontaine ça continue de pousser. Il faut dire que Fort-de-France a aussi connu cela. Toute la partie qui va de l’actuel boulevard du Général de Gaulle au bord de mer a été gagnée sur la mer aussi, jusqu’au drainage du Canal Levassor, la moindre pluie faisait monter l’eau au Centre-ville dans des proportions importantes. A côté du bâtiment, il y a la question des transports. 15 000 immatriculations par an. Du nord au sud, il serait possible d’aligner bout à bout toutes les voitures qui circulent dans l’île. Circulent… Cela dépend des heures. On a construit beaucoup des rocades et des versions locales du périphérique autour de Fort-de-France pour désengorger la ville qui était le paradis des bouchons. Par ailleurs, pour suivre la mode du moment, plusieurs parties de la ville sont devenues piétonnes. C’est plus vivable, mais on sent beaucoup trop que le cœur de l’activité bat ailleurs.
Depuis les années 80, les zones d’activité économiques ou zones industrielles se sont développées notamment à la Jambette, les Mangles ou la Lézarde. Dans le passé, il y avait quelques embouteillages. Un peu le matin pour entrer dans Fort-de-France bien sûr et quand on rentrait de la plage à un ou deux points connus pour le rétrécissement de la chaussée. Depuis quelques années, c’est devenu plus fréquent. Les camions qui transportent les matériaux de construction ont remplacé petit à petit les tracteurs ou les transporteurs de canne à sucre et dans la « montée » après l’usine Neisson du Carbet ou après la centrale électrique de Bellefontaine, c’est la galère assurée. Les transports en commun existent bien, mais ils sont structurellement inadaptés aux besoins et aux habitudes qu’on doute de voir changer un jour d’ailleurs. Donc tout le monde a une voiture et dans un foyer, bien souvent, il y a autant de voitures que de personnes majeurs car c’est la clé de l’autonomie. Mais dans les transports comme dans le reste, cette autonomie a un prix…

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