À défaut de se lancer dès à présent dans une désignation de la personne qui portera les couleurs du Parti socialiste lors de la prochaine élection présidentielle, on peut dès maintenant se poser la question des primaires nécessaires pour sa désignation.
Après la défaite de la gauche italienne, le modèle transalpin dans son entier, qui avait tant fait envie de ce côté-ci mérite, c’est bien le moins, l’exercice d’un sérieux droit d’inventaire. Cela vaut aussi pour ceux qui suivent le feuilleton fleuve des primaires américaines et dont l’issue ne sera connue qu’à la fin du mois d’août prochain.
Le débat sur les primaires à gauche en France procède à la fois de l’idée qu’un candidat issu du seul Parti socialiste n’est pas légitime pour incarner l’ensemble de la gauche dans un combat contre la droite et du présupposé selon lequel la gauche ne peut gagner que dans l’unité.
Presque tout le monde pense qu’il faut dépasser le cadre du PS, même à l’intérieur de ce parti. Mais ce dépassement n’est pas souhaité par tous pour les mêmes raisons. Il y a ceux qui pensent les autres partis de gauche comme de simples satellites du Parti socialiste et ceux qui pensent que le Parti socialiste étant hostile à telle candidature, il faut le submerger dans un océan de « vrais gens »… Il ne faut ni être dans une logique bêtement hégémonique ni dans une défiance bassement démagogique. Les primaires participent d’une logique d’élargissement du PS à « toutes les cultures de la gauche » et pas uniquement d’une simple addition arithmétique des voix et des pourcentages.
L’Union est un combat. Pour réussir des primaires, il faut notamment arriver à l’idée qu’un candidat unique de la gauche émerge et qu’une majorité, voire la totalité du « peuple de gauche », le choisisse puis le soutienne.
C’est là qu’une fois encore il ne faut pas prendre prétexte d’une préoccupation identitaire pour faire pièce à une démarche unitaire. Le temps de l’élection n’est-ci pas celui du rassemblement ?
Depuis 2002 notamment avec les dix-sept candidats en lice au premier tour, on a bien vu que finalement, pour un parti politique et même sans parti politique, se présenter à l’élection présidentielle ne constitue pas une démarche de conquête du pouvoir pour tous, mais pour certains, cela va de soi, pour d’autre, c’est un moyen de faire passer un message ou plus grossièrement de renflouer les caisses.
Quand une telle attitude est entrée dans les mœurs, il est difficile de revenir en arrière. Rares sont les partis politiques qui aujourd’hui à gauche sont prêts dans l’absolu à ne pas présenter de candidats car l’argument qui consiste à dire qu’en 2012, il n’y a pas de raison pour qu’un candidat issu du Parti communiste ou de la LCR soit présent au deuxième tour ne suffit pas si tant est qu’on le prenne en compte d’ailleurs.
C’est pourquoi on peut dès maintenant se poser la question des primaires comme non pas une tactique, un talisman pour remporter la victoire, mais comme un élément stratégique qui entre dans une logique plus large, celle du Parti de toute la gauche. Car, s’il faut une dynamique collective pour aboutir à une candidature unique, il faut bien que le combat continue après la désignation, pendant la campagne et au-delà pour tenir les promesses et gouverner autrement.
Sans se lancer dans une histoire politique des primaires, rappelons tout de même qu’à l’origine, il s’agissait de faire connaître les candidats. Elles ont été inventées, aux Etats-Unis, dans un pays où les partis politiques ne structurent pas la vie politique autant qu’en France. Aussi, adopter le principe des primaires, c’est autant assumer la perte d’influence des partis que contribuer à poursuivre cette diminution : on accepte que des gens qui ne sont pas adhérents du PS décident avec nous de notre avenir commun sans leur demander autant qu’aux militants en retour.
Ce qui s’est passé en Italie n’est pas aussi vertueux qu’on pense. Au pays de Machiavel, le processus qui va de la formation de la Fabbrica à celui qui a vu la naissance du Parti démocrate procède de la même logique. C’est parce que le résultat ne faisait aucun doute qu’on s’est permis cette « ouverture ». A l’inverse, en France, lorsqu’ a choisi de recourir à des primaires, c’est souvent parce qu’aucune majorité n’était assurée ou qu’il fallait mettre en scène la désignation de telle sorte qu’elle soit incontournable.
Bref, il ne faut donc pas les réduire à un mécano génial pour apparatchiks !
Si on veut des primaires réussies pour 2012, il faut construire la dynamique à gauche en engageant au lendemain du congrès socialiste des actions communes. Jusqu’ici, le Parti socialiste devait affronter les exigences et les conditions des autres, volontairement radicales pour qu’elles ne puissent pas être satisfaites ou pour le faire plier sous le poids des contradictions. Rien n’empêche le prochain premier secrétaire du Parti socialiste de faire de cette politique de main tendue systématique une marque de fabrique. Si on s’y prend tard, la marche aux primaires sera trop artificielle et trop grosse d’arrières pensées pour accoucher d’une victoire.
Cela peut commencer au Parlement où les députés de gauche dans leur ensemble travaillent régulièrement ensemble. Cela peut se poursuivre dans les collectivités, majoritairement à gauche où, la gauche dans sa diversité anime des majorités de travail. Cela peut enfin se concrétiser dans des actions communes.
Engageons donc aussi le débat sur la méthode des primaires comme une étape de la construction de ce grand parti de toutes la gauche, la perspective la plus audacieuse pour la reconstruction d’une alternative crédible et durable à la droite.
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