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« mars 2008 | Accueil | mai 2008 »

21 conditions...

Enfin elle est sortie ! La nouvelle déclaration de principes du Parti socialiste - la cinquième - a été présentée à la presse hier, 21 avril, les militants la recevront, les fédérations pourront l'amender. C'est le résultat d'une commission animée par Alain Bergounioux et Henri Weber. Il sera intéressant de voir la manière dont les gens réagissent. Cette "carte d'identité du Parti socialiste", n'est ni un projet ni un programme. C'est un moment, il le fallait, de définition. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Aussi, puisqu'en politique les mots ont un sens et que tout ne relève pas de l'évidence, il faut dire ce que l'on est, ce que l'on veut faire, pourquoi, comment et avec qui.

Aucun des journalistes présents hier au point de presse n'a tiqué sur le chiffre magique. "21" articles. Référence au siècle ? Non, petit clin d'oeil à un passé dont le déroulement a durablement mis les socialistes sur le divan de l'histoire par rapport aux autres formations de la gauche. D'après ce que j'ai compris, on avait abouti à 19 articles. Deux petits malins se sont imaginés qu'il serait "amusant" d'arriver à 21. Deux articles manquaient. Lesquels ? l'Histoire le dira. Pas par nostalgie, mais pour affirmer que la séquence ouverte en 1920 est finie. Rappel pour mémoire : en juillet 1920, le IIe congrès de l'Internationale communiste définit 21 conditions pour y adhérer. La révolution bolchevique inspire l'ensemble du mouvement ouvrier, mais les prémonitions de Kautksy ou Luxemburg ne suffisent pas à modérer la tendance à la "bolchevisation". On connaît la suite, le Parti socialiste -SFIO réuni en congrès à Tours se divise. 75 % des congressistes décident d'obéir à ces 21 conditions. Cette scission à Tours ouvre la voie vers le Parti communiste et une division durable de la gauche française. Il n'y a que lorsqu'elle a su s'allier, qu'elle a pu vaincre.

Aussi, puisque "le Parti socialiste ne se résigne pas aux divisions de l'Histoire", n'est-il pas le moment de créer les conditions d'une union durable pour vaincre durablement ?

Le texte consacre la social-démocratisation du PS en rompant avec l'idée de révolution qui, au XXIe siècle ne correspond à rien. Il permet au Parti socialiste d'assumer son adhésion à une certaine forme d'économie de marché, puisqu'elle est multiforme - la nôtre, sera sociale et écologique. Nous sommes qui nous sommes et nous ne nous en laissons pas compter - ni par les conservateurs qui sous couvert de modernité sont de faux réformateurs, mais de vrais réactionnaires, ni par la gauche radicale qui sous couvert d'authenticité refuse l'unité d'action politique réformatrice, préférant un sectarisme élitiste, justifié non pas par l'analyse du présent, mais par un passé dépassé (mais pas par elle).

C'est à partir de ce texte que la reconstruction est possible. Il ne faut pas faire comme s'il n'existait pas...

Veillée

La vie et la mort sont intimement mêlées. Comme disait Woody Allen, "la vie est une maladie mortelle, sexuellement transmissible". Par chez nous, on veille les morts avec des conteurs qui viennent raconter la vie du défunt entre autres légendes. À côté de la tristesse des proches, conteurs et tambouyers entre quelques séries de "cric" auquel l'assistance répond "crac", ou "yékrik" auquel l'assistance répond "yékrak", égrainent le fil de la vie de la personne qui s'en est allée. Rires et larmes se mêlent comme vie et mort sont mêlées. Et comme souvent, puisqu'on veille tard dans la nuit, on fait bombance.

J'ai beaucoup aimé le texte signé par Francis Marmande dans le Monde daté de demain et le fait que l'Huma ait fait sa "une" sur Césaire, en allant jusqu'à publier sur son site, la Lettre à Thorez m'a amusé. Au moins, ils ne sont pas rancuniers !

Césaire au Panthéon ? Il y est déjà

Les oiseaux de proies guettaient la nouvelle, la promptitude des réactions et des initiatives cachent mal certaines choses. On a bien fait de réclamer des obsèques nationales... Il y a un tel gouffre aujourd'hui. Ecouter hier Sarkozy parler du grand homme était un crève-coeur. Ils n'ont rien en commun. Sarkozy l'anti-intellectuel, parler sans sensibilité aucune, sans aucune émotion - il n'a visiblement rien lu de Césaire avant les notes qu'on a du lui remettre... Ce n'est pas Guaino qui lui aurait conseillé ces lectures. Des perles aux cochons !

Alors, il y aura des obsèques nationales. C'est bien le moins. Un parlementaire, un grand maire, un acteur politique de premier plan, même loin dans les Antilles dont l'œuvre est devenue aussi un patrimoine de l'humanité. A elle, et la France d'aujourd'hui en premier lieu, de s'en saisir car dans ces lignes écrites depuis trois quart de siècles, se trouvent bien des clés pour comprendre le monde d'aujourd'hui ou en esquisser quelques solutions.

Césaire était loin. Même une tribune dans le Monde ou dans Libé une fois tous les deux ans, une présence autrement. D'ailleurs, c'est le monde qui venait à lui. Quiconque allait en Martinique, toutes tendances politiques confondues devait aller sous le baobab voir le Nègre fondamental.

Le message de la négritude était un message d'émancipation et d'autodétermination. Aujourd'hui, on parle de "communautarisme" pour désigner avec une certaine inquiétude l'affirmation identitaire. Mais c'est en poussant la France dans ses contradictions sans la dénigrer par principe que l'on avant. C'est aussi en s'affirmant soi-même que l'on contribue à "déranger le monde".

C'est pourquoi Sarkozy aux obsèques, je m'excuse de le dire, cela fera tâche car le Président de la république n'a pas encore réussi à faire oublier le candidat ou le dirigeant de droite qui soutenait le "bilan positif" de la colonisation et qui fustigeait "la logique de repentance". Il n'a vraiment rien compris.

A présent, pour faire vivre la flamme, on parle de Panthéon. Juste de l'autre côté de la Montagne Sainte-Geneviève, dans les lieux que l'étudiant fréquenta. Pourquoi pas le Panthéon... Ce n'est qu'une figure imposée. le Panthéon, ce grand bâtiment froid de pierre blanche pour honorer un homme noir dont la chaleur ne doit pas nous quitter ? Pour moi, il y est déjà, car sa mémoire ne disparaît pas. Ce serait un paradoxe bien curieux de voir garder en France la dépouille d'un cœur qui continue de battre dans le monde noir et dans toute la France, y compris outremer...

Bien sûr, dans ce Quartier latin que j'aime tant, il est dur d'avoir vu disparaître les PUF et d'autres librairies et les voir remplacées par des boutiques de fringues ou des restaurant "new food". Rue des Ecoles, il reste encore l'Harmattan ou Présence africaine. L'éditeur de Césaire et de tant d'autres... Tant que ce vent là soufflera, comme l'alizé, nous pourront continuer à respirer.

I kité nou, mé i ké toujou' la

Cruel avril ! Pas de mots pour dire la peine qui nous envahit... Si vous pensez que Césaire n'était qu'un poète "régional", vous vous trompez. C'était comme Victor Hugo et Nelson Mandela à la fois. Il a redonné au Noir, l'homme, l'épithète et la couleur, sa fierté, sa dignité mais ni dans l'arrogance ni dans le ressentiment. Puisque nous Antillais sommes les enfants improbables d'un Viol initial et d'un déracinement total, eh bien soit. La greffe a pris, les racines ont plongé dans ce que l'Humanité sait faire de mieux, faire culture.

C'est avec le "Discours sur le colonialisme" que j'ai passé mon oral du bac de français. En Martinique, Césaire était trop présent simplement pour être une espèce de totem intouchable. Quand on entrant "En Ville", on ne pouvait ignorer les quartiers de Trenelle, de Citron, de Volga ou du Canal Levassor. Les gens qui habitent là, savent ce qu'ils lui doivent.

La figure était celle d'un exemple : ces vieux nègres comme le Médouze de Rue Case-Nègre, nèg chabon avec un accent de France, qui maniait même le serbo-croate, alors même que, poète de la négritude, on ne l'a pas souvent pris en flagrant délire de créolitude.

La semaine prochaine, je verrai Fort-de-France avec une autre saveur... Il n'était pas si présent que cela dans nos vies, mais alors que l'Antillais ne lit pas assez, il y a au moins une fois dans sa vie lu un texte de Césaire. Et c'est bien assez...

Homme de gauche, intellectuel actif, il ne s'est jamais trompé, ce qui est rare pour les savants engagés de notre temps.

Il nous a quittés, mais il sera toujours là dans nos mémoires et dans nos bibliothèques et c'est déjà beaucoup ! Que la France lui accorde des funérailles nationales, c'était bien le moins...

L'état de la gauche martiniquaise

Puisque tout le monde pense à Césaire, quelques mots sur la gauche en Martinique. Traditionnellement, le paysage politique outremer est très morcelé. Les fédérations locales des partis nationaux sont structurellement minoritaires car elles sont perçues comme étant trop « nationales » face à des formations politiques qui prétendent s’intéresser plus au local – étant essentiellement des petits partis qui scissionnent régulièrement les uns des autres autour soit d’ambitions personnelles, soit d’enjeux politiques de nature institutionnelle comme le statut de l’île par exemple. De fait, la vie politique martiniquaise est articulée autour d’un double clivage : le clivage traditionnel droite gauche par-dessus lequel se superpose un clivage entre assimilationnistes-départementalistes d’un côté et autonomistes-régionalistes-indépendantistes de l’autre. Les premiers sont donc moins traversés de divisions que les seconds. Dans les fait, tout dirigeant politique en Martinique, fonde, tôt ou tard, se met à son compte, construisant sa propre formation politique !

La principale force de la gauche, le Parti progressiste martiniquais, a perdu de l’audience au profit du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) d'Alfred Marie-Jeanne, dont le discours a évolué d’un indépendantisme dans la veine du discours anti-colonial des années 60-70 (la Martinique est à mi-chemin entre Cuba et Haïti d’un côté et la Grenade de l’autre).

Le département est majoritairement à gauche. Les deux sénateurs, Serge Larcher et Claude Lise sont membres du groupe socialiste et sur les quatre députés, deux sont membres du groupe socialiste

La députée au parlement européen est socialiste, c’est Catherine Néris.

Les dernières élections cantonales ont vu l’effondrement de la droite locale.

Le conseil régional est dirigé depuis 1998 par Alfred Marie-Jeanne, le dirigeant historique du mouvement indépendantiste – par ailleurs parlementaire. Les indépendantistes y sont majoritaires, mais la gestion de la région les a conduit à un discours plus pragmatique. La gauche constitue la deuxième force loin dernière (9 élus sur 41 contre 28 pour les indépendantistes) et la droite n’a que 4 élus.

Le conseil général est dirigé par le sénateur apparenté socialiste, Claude Lise qui a quitté le Parti progressiste martiniquais (PPM), principale formation de la gauche, fondée en 1958 par Aimé Césaire après son départ du Parti communiste. Lise a formé une coalition de gauche, le Rassemblement démocratique martiniquais et réussi le tour de force qui consiste à avoir autant d’élus que le PPM au conseil général en 2008.

Le conseil général fut le plus souvent à gauche (Joseph Lagrosillière, fondateurs du socialisme martiniquais et un des députés qui dirent « non » aux pleins pouvoirs à Pétain, Georges Gratiant, fondateur du PC martiniquais), mais dans les années 70-80, il a basculé à droite sous la férule d’Emile Maurice, ancien du PPM devenu le dirigeant historique du RPR local.

Aux cantonales de 2008, 22 cantons sur 45 étaient en jeu. La gauche en a remporté 15, la droite 4 et les autonomistes 3. Autant dire que ce fut un raz-de-marée qui confirme l’ancrage à gauche du département depuis 1992. On compte 33 élus de gauche dont deux socialistes. 7 élus de droite et 5 indépendantistes.

L'idée serait qu'une jour la gauche antillaise dialogue dans une sorte de Forum de la gauche où le réalisme et l'efficacité se conjugueraient. On ne peut imaginer aujourd'hui une unité durable - même la formation de Lise n'échappera pas aux scissions. Mais en revanche, des assises annuelles pour échanger, constater les divergences, fignoler les convergences et définir des positions communes quand c'est possible pour le développement du pays.

Ne laissons pas les peuples sur leur faim

Mauvais jeu de mot pour une réalité cruelle et une question essentielle : en ouvrant nos postes de télévisions ou nos journaux ces derniers jours, on apprend l’augmentation du prix des matières premières et l’explosion de violence dans les pays pauvres avec ce qu’on appelle désormais « les émeutes de la faim ». Ces avec des émeutes semblables qu’ont souvent éclaté les grandes révolutions.

Depuis, la démocratie a permis de créer les conditions d’aller au devant des problèmes pour les résoudre avec les parties concernées. C’est dire que si la violence demeure l’arme de miséreux c’est que la politique et la démocratie sont absentes des processus. En effet, depuis longtemps le fonctionnement des institutions de régulation internationales est sur la sellette. Nous autres sociaux-démocrates ne sommes pas pour leur abolition mais pour leur démocratisation. Le travail entamé par le socialiste français Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI) va dans ce sens avec la volonté de donner une meilleure représentation aux pays émergents. C’est-à-dire faire en sorte que le FMI ne soit pas qu’une sorte de « police bancaire des pays riches » dont les pays du sud, qui sont ceux qui en ont le plus besoin serait systématiquement les victimes.

Alors que nous travaillons au Manifeste du PSE pour les élections de 2009 et que dans quelques semaines le congrès de l’Internationale socialiste se tiendra à Athènes, c’est le moment pour tous les progressistes de garder en mémoire le sens de leur mission et leur rôle historique. Le mouvement ouvrier social-démocrate est souvent né des émeutes de la faim ou de la misère en Europe au XIXe siècle. Il a traduit cette situation en termes politiques et a permis l’organisation de ces population et la conquête du pouvoir pour changer la situation de millions de personnes. Il n’y avait pas que « l’appropriation des moyens de production » ou « la destruction de l’état bourgeois » mais aussi tout simplement ce qu’on appellerait aujourd’hui « la vie et le travail décents ». Il serait curieux et tragique que nous ne soyons pas à la hauteur de l’enjeu… Il y a de plus en plus de protocole dans le travail des partis au niveau international. Il serait temps de faire place à une social-démocratie utile.


Reconstruire les Reconstructeurs ?

Il n'y a pas de doute à se faire là-dessus, les Reconstructeurs sont vraiment socialistes. L'initiative prise en 2007, les réunions, les petits déjeuners, les rassemblements, les sms et enfin les textes. Tout permettrait de croire que la reconstruction du Parti socialiste pour le sortir du piège de la présidentialisation et le mener à achever sa mutation était possible. On savait avait qui on travaillait car chacun avait son histoire, ses raisons de se méfier de son nouvel allié ou ses vieilles manies : "un pied dedans, un pied dehors", "repérer la porte de sortie dès qu'on a passé le seuil" etc. Bref, on laisser les convergences idéologiques ou au moins rhétoriques aux mêmes et aux naïfs et on se réservait les vieilles astuces tactiques à quinze bandes car le but pour la plupart des socialistes n'est pas d'agir en vertu de ce qu'ils croient mais en fonction de ce qui marche. En d'autres termes, beaucoup ont les convictions de leurs intérêts.

Les Reconstructeurs apparaissait certains commeun "truc d'appareil", mais la démarche intellectuelle était prise au sérieux et puis paff ! On a beau parler de rénovation, on fait comme toujours. La recherche immédiate du bénéfice de ce qu'on entreprend - c'est-à-dire gagner à titre personnel quelque chose - a fait le reste. "Ca ne marchera pas" dit-on sans expliquer. Peut-être parce que les raisons qu'on invoquera sont celles-la même qui nous animent... Bref, en une semaine, quelques déclarations ici ou là et le dispositif est menacé non pas par des gens qui constatent qu'il a échoué en dépit des efforts collectifs, mais parce qu'ils ne le croient pas utile pour leur intérêt propre. Ils auraient pu s'éclipser sans faire de bruit. Non, en claquant la porte ils ont tenté d'ébranler la maison.

Et pourtant elle tourne. La majorité des militants du PS ne se passionne pas pour le concours pour devenir "Premier secrétaire". Il y a tellement de candidats qu'on pourrait aller les départager au Gin Fizz du Havre ! Tant d'excitation pour une fonction qui sera réduite à deux ans avec une majorité introuvable... Justement, les Reconstructeurs permettent aussi d'y remédier. Alors, si on revenait à la construction de cet intellectuel collectif... Surtout que nous ne sommes qu'en avril. Tout va tellement changer d'ici novembre que les gesticulations de certains aujourd'hui risquent de tourner au ridicule à la fin. D'ailleurs, entre deux livres de Césaire, la relecture des Fables de la Fontaine s'impose.

En jouant "perso", ceux qui se désolidarisent d'une démarche intéressante, en ne proposant aucune alternative, aucune construction qui pourrait recueillir le soutien d'une majorité, deviennent les alliés objectifs de ceux qu'ils prétendent combattre.

Césè !

Dans les rédactions, les nécros se préparent. On compulse les archives, on recherche des photos, on se tient prêt car, puisque le poète est à l'agonie, il faudra lui rendre hommage. C'est un exercice assez curieux que celui qui consiste pour un journaliste à ainsi faire de la mort annoncé un événement alors que pour beaucoup, ce sera d'abord une perte irremplaçable. C'est que les hommes publics comme les figures historiques, ne s'appartiennent pas entièrement. Ils ont donné quelque chose à l'humanité, leur talent, leurs œuvres, il est normal qu'elle leur rendent alors quelque chose en retour, la reconnaissance, la notoriété, l'immortalité...

Les deux syllabes en créole sonnent comme le "z" des alizés qui arrosent les Antilles depuis des lustres, de la même manière que les paroles du poètes parlent aux oreilles des nègres des îles depuis plusieurs quarts de siècle. Aimé Césaire, le nègre fondamental. La figure qui domine la Martinique comme le lycée Schoelcher domine Fort-de-France ou les hauteurs de l'ancien Hôpital civil. l'homme qui a donné, curieusement son nom à l'aéroport du Lamentin, enfin, celui de Fort-de-France. Pendant que la famille veille, que la Martinique s'inquiète et que les médecins s'activent, retournez à Présence africaine ou courrez à la FNAC, ruez-vous sur Amazon pour relire ses textes. Il y a tout dedans...

Le sectarisme, maladie sénile du trotskisme

Une minute d'émotion après la lecture dans Politis de l'entretien que Christian Picquet accorde à Michel Soudais suite à sa "dépermanentisation", c'est-à-dire son licenciement de la LCR... Dans une colonne à côté, Krivine donnait "la ligne officielle" du Parti. Picquet, l'éternel minoritaire, je l'avais vu, jeune militant au Manifeste contre le front national venir avec ses polo Lacoste à manches longues venir ferrailler contre Alain Bergounioux il y a un peu moins de quinze ans. Un esprit vif et clair. C'est fou d'ailleurs le nombre d'historiques de la Ligue qui ne se retrouvent pas sur la ligne d'Olivier puisqu'il y avait aussi, d'une certaine manière Bensaïd.

Picquet qui a toujours été sur une orientation d'unité de la gauche radicale dans un rapport de "poil à gratter" avec la social-démocratie. Son courant "unir" a un blog dont tous les articles sont signés du même auteur... Il tance Besance sur son affaire de collectifs unitaires de la gauche anticapitaliste car il a bien perçu la contradiction de la Ligue qui est celle de toute organisation léniniste : comment être "dedans" tout en contrôlant. Dur !

Alors la Ligue, celle qui a pignon sur rue est à la croisée des chemins : l'ouverture et la modernisation au risque de la dissolution puisque les jeunes qui viennent à la Ligue considère que l'Histoire commence avec le Che, ou alors la crispation sur les vieilles manies. Ca ne l'éloigne pas tant que cela de LO qui s'est allié, lisez bien, allié avec la social-démocratie à l'occasion des élections municipales ce qui va poser des questions sérieuses aux hardis camarades talibans du trotskisme jésuitique.

Et puis la troisième voie, celle des orphelins du lambertisme qui ont lancé l'idée d'un Parti ouvrier indépendant (POI), près de 18 ans après l'apparition du Parti des travailleurs. Indépendant de quoi ? des autres courants du mouvement ouvrier ? Probablement car à y regarder de près, les vieilles querelles du passé, celles sur Ta Thu Thau, sur le pablisme, la scission de 1952, la nature de l'Union soviétique, etc...

D'ailleurs, il y a déjà eu un parti ouvrier internationaliste entre 1936 et 1939, le temps d'une guerre civile comme les trotskistes en ont virtuellement connu. Fondé avant la création de la IVe Internationale, il réunissait des exclus de la SFIO qui finirent par rejoindre le parti pivertiste, PSOP. Si reconnaît dans le nouveau POI la traditionnelle filiation des lambertistes aux origines, force est de constater que la filiation demeurera également dans le caractère groupusculaire du mouvement. Il ne peut en être autrement, à moins de renouer avec la culture unitaire, autre gène structurant du mouvement ouvrier. Mais les vieilles manies ont la vie dure.

Pourquoi ne pas faire un seul grand parti ?

"Du passé faisons table rase" chante-t-on encore dans ces partis vieillissants, mais par contre, le Front unique c'est toujours pas pour demain. A croire que sur bien des points, ce que les trotskistes sages lecteurs des bons textes de Lénine et Trotsky ont parfois rêvé, la social-démocratie l'a fait.

Bien sûr, on aura droit à un procès en trahison, mais c'est là que vient la limite de l'idée de révolution qui est pour eux une raison d'être. On ne fait pas la révolution dans une démocratie et surtout, pour défendre ses positions et avancer, l'idée est d'occuper le plus de positions dans le plus d'endroits possibles. C'est pourquoi les socialistes eux, arrivent à gouverner et à passer des slogans aux actes, même si le bilan est insuffisant, ils sont plus utiles à la classe ouvrière quand ils sont au pouvoir que ceux qui ne font que se payer de mots au propre comme au figuré.

Grèce – Macédoine : le « non » au « nom »

La semaine dernière, au sommet de l’Otan, la question du nom de la Macédoine est revenue sur le tapis. Les faits sont simples. La Grèce conteste à l’ancienne république yougoslave de Macédoine l’usage du nom « Macédoine » car elle revendique ce nom pour elle-même. D’ailleurs, il existe une région, dans le découpage administratif grec, « périphérie », Macédoine qui se trouve être la plus grande du pays. La Macédoine grecque est divisée en trois sous-régions et on y trouve une des plus grandes villes du pays, Thessalonique. En plus Pella, la capitale historique de l’ancien royaume de Philippe II se trouve aussi en Grèce. C’est dire si la chose est compliquéee.

La Macédoine historique, dans sa plus grande extension géographique débordait aussi sur une partie de la Bulgarie et sur la république « actuelle » de Macédoine.

L’affaire remonte évidemment à la fin de l’ancienne Yougoslavie où Tito avait créé une république yougoslave de Macédoine. A la fin de 1991, elle proclame son indépendance. Elle entre à l’ONU deux ans après, mais elle est contrainte de prendre le nom barbare d’ARYM pour « ancienne république yougoslave de Macédoine ». Il s’agit de résister aux irrédentismes bulgares et grecs. Il faut aussi tenir compte de l’importante communauté albanaise, implantée depuis longtemps dans le pays.

Les Grecs aimeraient que l’héritage slave, par ailleurs présent dans la langue, le soit aussi dans le nom alors que le pays a convoqué l’Antiquité macédonienne dont les Grecs revendiquent l’exclusivité.

Pour l’ancien ministre socialiste des affaires étrangères de Grèce, Théodore Pangalos, « la question du nom n’a jamais été fondamentale ». Quoiqu’il en soit, cela a suffit pour que la Macédoine reste en dehors de l’Alliance atlantique. De fait, Caramanlis et son gouvernement font de la question du nom un préalable à tout le reste, notamment l’intégration future dans l’Union européenne.

Le consensus politique est apparent du côté d’Athènes. Il est surtout prudent car pour les sociaux-démocrates macédoniens, actuellement dans l’opposition, les deux gouvernements de droite, à Skopje et à Athènes ont mis de l’eau sur le feu.

Les Américains ont fait des propositions acceptées d’une habileté relative par les Macédoniens, mais refusées par les Grecs. Des affiches insultants le drapeau grec ont été placardées, ce qui a accru les tensions.

Les origines « modernes » du conflit remontent à l’indépendance de l’ARYM qui fut contestée par le gouvernement de droite alors au pouvoir en Grèce. Quand le PASOK est revenu aux affaires, il a lui-même évolué d’une position dure, vers une position réaliste. Mais on est dans un dilemme car les Macédoniens ne peuvent accepter d’avoir un état sans nom et les Grecs acceptent difficilement cette évolution de l’Histoire et cette ruse de la géographie.

Au Moyen-Âge, la Macédoine historique fut slavisée dans sa partie montagnarde et elle resta grecque dans sa partie côtière.

Nul doute que la question du nom constitue un bon moyen de mobiliser l’opinion publique de part et d’autre de la frontière à peu de frais, même si le réalisme devrait finir par triompher.

Il faudra encore du temps pour que dans les Balkans la stabilité des frontières et la sédimentation de l’Histoire produisent leur effet. C’est, là encore, un défi pour l’Europe.

Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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