Césaire au Panthéon ? Il y est déjà
Les oiseaux de proies guettaient la nouvelle, la promptitude des réactions et des initiatives cachent mal certaines choses. On a bien fait de réclamer des obsèques nationales... Il y a un tel gouffre aujourd'hui. Ecouter hier Sarkozy parler du grand homme était un crève-coeur. Ils n'ont rien en commun. Sarkozy l'anti-intellectuel, parler sans sensibilité aucune, sans aucune émotion - il n'a visiblement rien lu de Césaire avant les notes qu'on a du lui remettre... Ce n'est pas Guaino qui lui aurait conseillé ces lectures. Des perles aux cochons !
Alors, il y aura des obsèques nationales. C'est bien le moins. Un parlementaire, un grand maire, un acteur politique de premier plan, même loin dans les Antilles dont l'œuvre est devenue aussi un patrimoine de l'humanité. A elle, et la France d'aujourd'hui en premier lieu, de s'en saisir car dans ces lignes écrites depuis trois quart de siècles, se trouvent bien des clés pour comprendre le monde d'aujourd'hui ou en esquisser quelques solutions.
Césaire était loin. Même une tribune dans le Monde ou dans Libé une fois tous les deux ans, une présence autrement. D'ailleurs, c'est le monde qui venait à lui. Quiconque allait en Martinique, toutes tendances politiques confondues devait aller sous le baobab voir le Nègre fondamental.
Le message de la négritude était un message d'émancipation et d'autodétermination. Aujourd'hui, on parle de "communautarisme" pour désigner avec une certaine inquiétude l'affirmation identitaire. Mais c'est en poussant la France dans ses contradictions sans la dénigrer par principe que l'on avant. C'est aussi en s'affirmant soi-même que l'on contribue à "déranger le monde".
C'est pourquoi Sarkozy aux obsèques, je m'excuse de le dire, cela fera tâche car le Président de la république n'a pas encore réussi à faire oublier le candidat ou le dirigeant de droite qui soutenait le "bilan positif" de la colonisation et qui fustigeait "la logique de repentance". Il n'a vraiment rien compris.
A présent, pour faire vivre la flamme, on parle de Panthéon. Juste de l'autre côté de la Montagne Sainte-Geneviève, dans les lieux que l'étudiant fréquenta. Pourquoi pas le Panthéon... Ce n'est qu'une figure imposée. le Panthéon, ce grand bâtiment froid de pierre blanche pour honorer un homme noir dont la chaleur ne doit pas nous quitter ? Pour moi, il y est déjà, car sa mémoire ne disparaît pas. Ce serait un paradoxe bien curieux de voir garder en France la dépouille d'un cœur qui continue de battre dans le monde noir et dans toute la France, y compris outremer...
Bien sûr, dans ce Quartier latin que j'aime tant, il est dur d'avoir vu disparaître les PUF et d'autres librairies et les voir remplacées par des boutiques de fringues ou des restaurant "new food". Rue des Ecoles, il reste encore l'Harmattan ou Présence africaine. L'éditeur de Césaire et de tant d'autres... Tant que ce vent là soufflera, comme l'alizé, nous pourront continuer à respirer.

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