Nikê !
Victoire pour la gauche ce dimanche 16 mars... Le "16 mars" ? Une date qui revenait souvent, comme le "21 avril" ou le "10 mai". Cela faisait partie des ruptures dans la Ve République depuis 1981. En l'occurrence, le 16 mars 1986, lors des élections législatives, la droite RPR-UDF battait la gauche, inaugurant une situation politique tout à fait nouvelle à ce moment : la cohabitation.
Le 16 mars 2008 sera donc une date majeure dans l'histoire électorale de ces dernières années, dans le sillage des élections de 2004. "Vague rose" municipale et cantonale. "La gauche est majoritaire en villes et en voix" pour reprendre le constat de François Hollande.
Avant tout, il y a des victoires qui concernent des copains, des amis ou des compagnons de route. Certains récompensent des engagements de longue date. Toulouse, Aubervilliers, Montreuil par exemple. Mais aussi Portet-sur-Garonne, Aubusson, (dès le première tour), Angers, Reims... Des sièges de conseillers généraux en Saône-et-Loire ou dans la Vienne. Des premiers pas comme à Castres et parfois des défaites comme à Mont-de-Marsan ou à Villepinte... Je pense aussi à eux, ainsi qu'aux copains engagés dans la bataille de Paris où dans le Ier arrondissement, on a bien poussé, mais en face, ils ont été plus fort. Il reste que c'est un moment émouvant de voir la liste d'amis avec qui on milite parfois depuis près de 18 ans et que l'on a connu "élus étudiants", devenir conseillers de Paris ou conseillers municipaux comme à Clermont-Ferrand par exemple.
A l'image de Reims où Vautrin s'est vautré face à Adeline Hazan, la droite est rincée, KO debout, alors qu'on aurait pu imaginer un résultat plus contrasté.
Il faudra un jour faire le ménage sur ces affaires de procuration qui, dans le Ve arrondissement de Paris et probablement à Marseille ont une influence non négligeable sur le scrutin...
Cette élection a été, pour qui observe bien, une fois encore, porteuse de leçons. D'abord, les fondamentaux sont toujours là. Le clivage droite gauche, ça existe. On peut rêver l'effacer, mais tôt ou tard, il faut bien, quand on est à une intersection aller quelque part si on ne veut pas se prendre mur pleine face. Ce que Jean-Pierre Raffarin, jamais à court d'une formule, appelle "le théorème de Pau" s'est vérifié.
Le Modem devait faire des choix que ni le PS, ni l'UMP ne pouvaient faire à sa place. D'ailleurs, la performance de notre ami Destot à Grenoble a démontré que l'alliance avec le centre n'était pas automatiquement gage de large victoire - ce qui relativise la portée du "modèle lyonnais" voisin. Le fait que de Sarnez soit la seule élue orange du nouveau conseil de Paris et Martine a fait la peau à Bayrou est une cinglante gifle. N'est pas l'héritier de Dédé Labarrère qui veut !
En vrac, il y a aussi Toulouse. L'aberration de la ville rose, enclave conservatrice dans le jardin d'Eden du socialisme est terminée. Pierre Cohen de fait, l'homme qu'on n'attendait pas, a bénéficié d'une de ces ruses dont l'Histoire a le secret. Dans le landerneau socialiste, la candidature pour la ville de Jaurès et Nougaro a été l'occasion d'évoquer des noms dans des combinaisons dont plus personne ne se souvient aujourd'hui. Martin Malvy, président de la région, Gérard Bapt et même Anne Hidalgo avaient été chacun, en leur temps, envisagés. Au final, la politique offre des surprises...
Si on ajoute à cette victoire nationale aux municipales, la victoire aux cantonales - un département de plus en Ile-de-France au passage, c'est une baffe telle pour la droite qu'elle regarde ailleurs. Ses petits souliers, par-dessus le bruit des applaudissements qui se font encore entendre. Feu sur Devedjian, colère contre Sarkozy, on veut des têtes, on minimise le résultat.
Un qui doit l'avoir mauvaise c'est Pierre Lellouche. Cette grande gueule qui a un côté attachant quand il ne fait pas son roquet - le tunisien est ronchon ou susceptible et il le cultive - spécialiste de stratégie et de relations internationales n'est pas foutu de se faire élire. Par contre, il sait très bien se faire battre - s'est-il jamais remis de la branlée que DSK lui avait administré à Sarcelles il y a quelques années !
Foin de taquineries, la droite RPR semble pointer sous le vernis UMP qui craque. Retour des vieux démons ? excès d'arrogances ? Raffarin, encore lui, avait raison de voir dans la victoire de son camp de 2007 un "10 mai 81 de la droite", faisant écho à la formule d'Arnaud Leparmentier dans Le Monde. Ces élections de 2008 sonnent comme celles de 1983 où les socialistes furent sanctionnés à la première occasion. C'est à ce moment que des villes comme Levallois basculèrent, installant une jeune génération RPR qui constituerait la charnière du système pour des années.
Après 1997, quand Lionel Jospin entra à Matignon, on constata à l'inverse que les élections régionales ou européennes confirmèrent le succès du printemps. La sanction vint, "naturellement" en 2001, même si elle fut masquée par les victoires à Paris et à Lyon. Là, au contraire, la droite, gagnante en 2002 fut sévèrement battue en 2004, dans une dimension historique, puisqu'elle perdit la quasi totalité des régions et la moitié des départements et ensuite, elle prit une rouste aux européennes.
Le test de 2008 était important pour Nicolas Sarkozy. Il avait fait une campagne de vainqueur en 2007, la gauche était à son niveau le plus bas pour une présidentielle, il avait inauguré un nouveau style sensé plaire. Le président paillette, le président pote... Bref, "Patrick Chirac" de Camping en successeur "disco" de Jacques Chirac ? Ou Nikos Ier comme l'appelle un vieux sage des Deux-Sèvres pour le coup, comme celui qui fait dans la télé réalité et le radio crochet pour jeunes talents sur Bouygues TV...
Bref, "Sarko il s'est planté" pourrait on chanter. Même après que Bernard eut pris la porte, l'UMP c'est comme le XV de France, on renouvelle, on fait rêver et puis c'est le gadin devant les diables rouges, rouge du sang de l'ouvrier comme dit la chanson... Ou la victoire du Pays de Galles annonciatrice de notre martingale !
C'est la présidence "bling bling" comme on dit de nos jours, qui a été bouleversée. Alors que le pain et le lait augmentent, on se bat à coupes de champagne à Neuilly. Tout un symbole. Cela dit, réélection de Bertrand oblige, c'est moins à Répu ou sur la place de l'Hôtel de ville que l'on a célébré la victoire, que sous les moulures de l'Hôtel de ville - "la maison de tous les Parisiens". Certes, il y a bien eu trois socialistes mélenchonistes pour entonner une "Internationale", mais la Commune de Paris est ressuscitée, démocratiquement, et cette fois c'est pour plus de trois semaines.
Si on ajoute à cela l'effondrement de la droite martiniquaise - bien sûr, ça n'intéresse pas l'essentiel des lecteurs de ce côté-ci de l'Atlantique on se dit que l'automne sera lui aussi printanier puisqu'il y aura des élections sénatoriales. Certains rêvent d'une majorité socialiste au sénat dans quelques années. Et dire qu'en principe, nous sommes pour la suppression des départements et du sénat !

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