La gauche peut-elle gagner les municipales ?
A force d'entendre les médias et les instituts de sondage annoncer une victoire de la gauche, ample dans des endroits tenus et bien tenus par la droite depuis des années, on se laisse envahir par une certaine inquiétude. Tous ces bruits de victoire, ces boîtes à confetti déjà entre ouvertes, les tables de fête déjà dressées, alors que dans certaines parties de France les gens seront en vacances ne vont-ils pas contribuer à la démobilisation de l'électorat de gauche qui pourrait se dire "à quoi bon, puisque c'est gagné d'avance ?" C'est un risque réel car au-delà de la victoire en termes de villes ou en termes de chiffres, il y a le sens qu'il faut donner à ces élections.
Moins d'une semaine avant le vote, on voit une droite qui se cache. Alors que depuis plus d'un an, elle s'affirmait fièrement de droite, sarkozyenne, "on allait voir ce qu'on allait voir", le drapeau est mis dans la poche. Combien de candidats conservateurs ont choisi, sciemment de dissimuler leur appartenance politique pour ne pas effrayer l'électeur !
Cela dit, à gauche, c'est parfois pareil. A Paris, sait-on que la liste sortante est socialiste ? Ca se devine, mais on ne l'affirme pas. La campagne nouvelle manière consiste même à ne pas afficher de poing et de rose, à ne pas coller - il paraît que c'est sale - à ne pas faire de boitage parfois - à certains endroits, on a eu recours à des entreprises privées pour leur sous-traiter cette activité autrefois militante.
Au nom de la modernité ou de l'efficacité ? La ferveur militante ne peut exister que dans les périodes d'adversité. Mais reconnaissons qu'il est difficile de mener une campagne "de sortant" avec la même dynamique qu'en 2001 où tout était affaire, tout était possible et où tout commençait.
Gagner les municipales c'est reconquérir un terrain identitaire pour les socialistes, celui de l'action locale. Depuis Paul Brousse et plus récemment, le petit livre de Pierre Bourguignon, les socialistes et la ville, on sait le lien étroit qui lie les socialistes et le tissus municipal. Mais c'est là non pas une retraite, plutôt un terrain d'expérimentation. Une "prépa" en somme pour la suite... Le pouvoir local, comme préparation à l'exercice du pouvoir national.
Aussi, gagner les municipales ce n'est pas bénéficier de la défaite de la droite, mais réussir la conquête par une gauche qui aura convaincu par ses idées et sa pratique exemplaire du pouvoir. Si par exemple à Orly, à Montreuil, à Villepinte, à Aubervilliers ou dans d'autres villes comme Pau, Toulouse, Castres ou Rouen ce sont de nouveaux visages et une gauche recolorée, alors la victoire aura eu un sens, on aura réussi une première étape de la reconstruction.

La droite aussi va être démobilisée car déçue par la "rupture".
Le prochain congrés PS sera aussi l'occasion de s'interroger sur qu'est ce qu'un militant PS de nos jours ?
Rédigé par: sangaku | le 04 mars 2008 à 16:40