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« février 2008 | Accueil | avril 2008 »

Un congrès pour quoi faire ?

Le conseil national du Parti socialiste a donné le coup d’envoi de la préparation du 75e congrès du principal parti de la gauche française. Une entrée en matière qui devrait permettre à chacun de comprendre que dans la France de Sarkozy avec une droite qui n’a jamais été aussi à droite, après qu’elle fut très adroite dans sa conquête du pouvoir, ce que la gauche a à dire au pays est d’une importance capitale.

Il n’est pas excessif de dire que l’accumulation des symboles et des coïncidences de calendrier contribue à renforcer l’obligation morale, politique et stratégique d’être à la hauteur du rendez-vous.

Un Parti tourné vers l’extérieur

Pendant que les socialistes sont en congrès, le monde n’arrête pas de tourner. Aussi faut-il tourner avec lui. Pour que le congrès soit utile, il doit être ouvert c’est-à-dire que ses débats doivent prouver que le Parti socialiste est en phase avec le monde qu’il prétend transformer.

On sera en pleine présidence française de l’Union européenne, à quelques mois des élections européennes. Elles seront difficiles pour nous car, en termes de « places », il ne sera pas évident de réitérer voire de dépasser la victoire gâchée de 2004 : 31 députés sortants pour un parti qui s’est isolé parfois au sein du PSE pour des postures tactiques à cause d’une vision vérolée par le débat « oui-non ». Il faudra donc être à la hauteur des enjeux européens.

On sera peu de temps après le 40e anniversaire de la constitution du 4 octobre 1958. Nul doute que le Président de la République fera en sorte – commémoration ou non, de capter le flux médiatique qui devrait se porter « naturellement » vers le congrès du PS. Mais là, ce sera l’occasion d’une autocélébration avec l’affirmation de la filiation avec de Gaulle et même, c’est à prévoir, d’une partie, récupérée et réécrite de l’héritage de François Mitterrand. Car pour Sarkozy, après l’agitation des premiers mois et la déception à la fin de l’An I, il faudra, au risque de la glaciation, créer les conditions qui lui permettront de durer.

La question européenne, la question institutionnelle seront donc à l’ordre du jour ainsi que les questions économiques et sociales car elles constituent toujours une toile de fond, surtout en ces moments de récession économique. Le pouvoir d’achat en baisse, le moral en berne et la généralisation de la précarité des jeunes, des salariés et des retraités ainsi que la réalité du chômage caché, voilà l’ordre du jour du congrès. Il faut évidemment y ajouter l’utilité de notre victoire et la nouvelle place des territoires dans la période qui s’ouvre.

Un rôle nouveau pour les élus

Pour le PS, ce sera l’occasion d’assumer sa mutation sur son rapport au régime. La question de la présidentialisation est posée. Il faudra avoir une position intelligente sur la question des institutions en sachant que les destins personnels qui ont pour objectif 2012 vont réduire les ambitions parlementaristes et démocratiques. Sur un autre volet, les socialistes qui sont à la tête de plus de la moitié des départements et qui verront un renforcement du groupe PS au Sénat ont oublié les textes sur la suppression du Sénat et du département !
D’ailleurs, si le « conseil des territoires » dont on parle, doit être un « sénat du PS », voire une version française des « super délégués » du Parti démocrate américain, ce serait aller à contresens de l’Histoire. Depuis longtemps, le PS dispose de réseaux d’élus – Condorcet, Maison des élus, FNESR - secrétariat aux élus… Il n’y a qu’à les réformer ou simplement, les utiliser.

Ce sera un choix stratégique que celui qui consiste à mobiliser les élus comme acteurs, comme praticiens plutôt que comme nouveaux « barons locaux » qui se tient à distances des « petits marquis de Solférino ».

On sera aussi en pleine actualité sur l’avenir de l’Europe. Pas simplement dans le commentaire de la présidence française, mais dans la préparation de a nouvelle manière de gouverner l’Europe – le traité de Lisbonne a mis en place un nouveau rôle pour le Parlement, plus politique. Il faudra donc aussi s’y préparer.

Le Parti socialiste dont donc construire son propre ordre du jour et ne pas se laisser imposer celui des médias qui pronostiqueront – parce que c’est ce qui fait vendre, un duel de personnes, et qui conclueront à l’issue du congrès que rien n’aura changé sur le fond. Il doit s’engager sur la voie de la reconstruction, seul moyen de donner du sens à ses victoires du printemps, de muscler l’opposition et de préparer les conditions de la reconquête.

Voilà pour la feuille de route, une longue route jusqu’en novembre. Mais ce n’est qu’un début.

Bribes

Le congrès commence...

Alors que la "célébration" du 40e anniversaire de Mai 68 est déjà bien entamée, nous autres socialistes allons vers notre 75e congrès. Le conseil national qui s'est tenu en début de semaine en a fixé le calendrier. Le déroulement même de ce conseil national a démontré combien la réforme du fonctionnement du Parti socialiste devenait "urgente". La juxtaposition des interventions dans une indifférence qui croissait à mesure que l'heure avançait, tout cela coupé par un vote qui vidait de leur contenu la vingtaine de prises de paroles qui suivaient, tout cela montre qu'on ne débat plus guère de politique. Cela laisse un champ immense aux arrières pensées et aux combinaisons de couloir. Pas étonnant que nous n'ayons pas "bonne presse", parfois.

C'était le premier conseil national depuis la formation des Reconstructeurs. L'intervention de Claude Bartolone et celle de Jean-Christophe Cambadélis ont permis de montrer que "la chose" commençait sérieusement à prendre. On y reviendra. Pour l'heure, on a raison de vouloir faire en sorte que le PS fasse un congrès ouvert. Car au lendemain d'une telle victoire, il faut pousser son avantage. Le congrès doit montrer que le PS est de retour, pas seulement dans les urnes, mais aussi à la pointe du combat contre la droite et qu'il entend revenir durablement dans les têtes pour incarner l'alternative à la droite.

Vieux démons

François Hollande a commis cette semaine la même erreur qu'à la rentrée 2007. Tout en jurant vouloir conduire le Parti "dans l'unité" vers la clarification et le respect du calendrier, voilà qu'il s'en émancipe au détour d'un entretien pour annoncer qu'il pourrait être candidat en 2012. De quoi relancer les conjectures et les arrières-pensées. Cette manie de torpiller un dispositif qui avait le mérite de contribuer à la sérénité est agaçante. L'avenir du président du conseil général de la Corrèze est une question qui ne concerne pas l'ensemble du Parti socialiste., même si les grands manœuvriers du congrès se demandent au risque de l'insomnie : "que fera François Hollande ?" Ségolène Royal, est du coup, l'autre candidate déclarée pour 2012. Un air de déjà vu ? Assurément car, elle aussi, veut son texte de congrès, seule, comme Hollande pour sa contribution en 2003.

Une histoire de main tendue

Les relations entre Delanoë et Cambadélis ne tiennent pas de l'histoire d'amour. Ces deux jospinos historiques n'ont jamais pu s'entendre et parfois, cela a pris des airs de pugilat. Mais tous deux font de la politique, tous deux ont appris de Mitterrand. Bertrand, c'est la mise en scène de sa propre personne dans le refus systématique de se voir imposé quoi que ce soit par qui que ce soit, mais quoi qu'on lui dise, il l'entend. Si le "delanoïsme" n'est qu'une image médiatique - ce que le royalisme était au début, précisément au moment du congrès du Mans, il est aussi le désir d'un avenir pour ceux qui jadis furent jospinistes, ceux qui voient en lui un autre visage pour le socialisme du XXIe siècle dont le double succès à Paris est la preuve de sa validité. Rien ne justifie sur le plan idéologique ou même stratégique, que l'enfant du XVIIIe et le gominé du XIXe ne se parlent pas et ne fasse pas de chemin ensemble. Sauf la peur de l'un de se faire poignarder par l'autre ou le refus de l'un d'être enchaîné par l'autre. Sauf qu'entre le Maire de Paris et le député de Paris, chacun a ses forces et son autonomie. Alors pourquoi pas ? Cela servirait le parti car une grande alliance des réformistes permettrait de faire les choses dans l'ordre : réparer le parti après la défaite, le préparer pour la reconquête. Sauf si on s'oblige à choisir le candidat tout de suite...

Une alliance contre nature peu en cacher une autre...

Dans notre jeunesse nous avons reçu pas mal de leçons de gauche. Parmi les donneurs de leçons, certains qui ont gagné la ville d'Asnières en s'alliant avec une liste "divers droite". Bonne chance pour les conseils municipaux. Dans notre Puy-de-Dôme adoré, c'est le président du conseil général qui s'est assis sur le vote des militants en décidant de se maintenir et de se faire réélire avec les voix de la droite, soutenu dans cette entreprise par le très élégant, délicat et sensible sénateur Charasse. Décidément, Pierre-Joël nous manque plus que jamais !

"Avec retenue"

L'affaire tibétaine est un grand moment d'hypocrisie. Tous les communiqués, de l'ONU à celui de Nicolas Sarkozy reprennent le même mot. On appelle la Chine "à plus de retenue". Dans quoi ? Sa gestion, lisez sa répression, de la révolte tibétaine.

On a fait du Dalaï Lama une star avec qui il est de bon ton de s'afficher ou qu'il faut aller voir quand il vient à Bercy. Cela dit, recevoir le Dalaï Lama qui n'est qu'une autorité religieuse et en rien le leader incontesté du mouvement tibétain - d'ailleurs, dans le mouvement actuel ses positions sont modérées et il ne prône ni l'indépendance, ni le boycott, est devenu la nouvelle audace. Ca ne fera jamais que la énième fois qu'on le fait. Et pour quel résultat ?

On n'a pas attendu les images récentes pour savoir pourtant que depuis plus de 40 ans, le conflit entre le Tibet et la Chine empoisonne la région. Mais comme la Chine est un géant économique, la démocratie et les droits de l'homme, tant qu'on n'aura pas démontré qu'ils font monter le Nasdaq et le Dow Jones, sont des "valeurs secondaires".

La démonstration est faite. La Chine intimide et ce n'est pas nouveau. Depuis longtemps, les visites officielles à Beijing se font plus avec des patrons que des amis des droits de l'Homme.

Alors la grande question : faut-il boycotter les jeux olympiques ?

Depuis Berlin en 1936 et Munich en 1972, la question est posée. La politique peut-elle tenir l'idéalisme du sport ? A l'évidence, le sport a toujours été instrumentalisé par la politique. La dimension idéologique du sport dans les régimes staliniens le démontre amplement. On a bien vu comment en 1956, lors des jeux de Melbourne, les Hongrois et les Soviétiques s'étaient foutu sur la gueule. En protestation à l'agression de l'URSS contre l'Afghanistan en 1980, quelques pays, dont les Etats-Unis avaient boycotté les jeux de Moscou. Comme par hasard, les jeux suivant eurent lieu à Los Angeles. Ils furent boycotté par plusieurs états satellites de l'Union soviétique.

Qu'on le veuille ou non, la politique se mêle de sport et vice versa.

Le boycott est un geste symbolique alors que les J.O. sont une formidable opération de relations publiques, politiques et financières... Les absents ont toujours tort. Ce sera en revanche la première fois que depuis la Chine, il sera possible de dire des choses au monde en débordant la censure. Le boycott est-il le moyen de se donner bonne conscience ou est-il un moyen de pression efficace ? N'y en a-t-il pas de plus puissant ? En visant le pays de Sun Zi, on devrait faire preuve de plus de sens stratégique et moins d'idéalisme petit bourgeois bien pensant ! La Chine de 2009 n'est pas l'URSS de 1980, elle ne va pas vasciller parce que quelques milliers d'Occidentaux de passage auront montré leurs muscles pendant 55 jours. Elle pourra faire sembler de s'ouvrir pour mieux se refermer après. Quand aux sanctions économiques, elles sont plus efficaces. Mais dans le sens où elle pourrait "punir" les donneurs de leçons.

Je me souviens de Tommie Smith à Mexico en 1968, avec son poing levé, lui et John Carlos ont probablement plus fait pour la contestation que s'ils n'avaient pas été présents aux jeux. De plus, leur carrière en fut ruinée. Là, une brochette d'athlètes et de chefs d'état sera probablement plus éloquente. Encore faut-il le vouloir. Quand la démocratie mondiale s'éveillera, peut-être saura-t-on pousser la Chine à aller plus vite dans la Longue marche vers la liberté. Sans retenue...

Lieux de mémoire

Outre le décorum, il y a le lieu de l’événement. On tient congrès dans des endroits de plus en plus grands. La salle du Globe, à Paris en 1905 pouvait accueillir à peine 400 personnes. Depuis longtemps, sans pour autant que l’on parle de gigantisme, ce sont dix fois plus de personnes que l’on réunit dans des Parcs d’expositions car même les centres de congrès peuvent se révéler insuffisamment spacieux. Car qu’en marge de la salle plénière, il faut des bureaux et de plus en plus d'espace pour… la presse. Ce genre d’événements peut drainer en effet près de 600 journalistes accrédités et parmi eux, beaucoup de presse étrangère.

Enfin, toujours s’agissant du lieu, la ville d’accueil a son importance. La logistique, la qualité des ressources pour l’organisation d’un tel événement sont des atouts. La dimension politique aussi. Une ville, de préférence de gauche, dans un département, donc une fédération – là aussi acquise à la direction sortante dont on saura mobiliser les militants pour aider à l’organisation.

Les noms des villes qui ont accueilli des congrès socialistes entrent parfois dans l’Histoire. Une des rares villes à ne pas en être est Paris. Le seul congrès de Paris que la mémoire militante a retenu – et encore, ceci lorsqu’elle est savante, c’est un congrès d’importance. Celui de Paris en 1889 était celui de la reconstruction de la Deuxième internationale, après l’échec de la Première, sur les ruines de la Commune.

Le congrès fondateur du Parti socialiste – Section française de l’Internationale ouvrière eut également lieu à Paris, mais dans un lieu qui resta attaché à l’unité des socialistes, la Salle du Globe, en avril 1905.

Paris accueillit bien sûr de nombreux autres congrès socialistes. Le dernier en date fut – dans la mémoire militante – le dernier congrès de clarification idéologique. Signe des temps, il eut lieu à La Défense, d’où le nom qui resta : le congrès de l’Arche. Signe d’alliance après le terrible congrès de Rennes…

Ainsi, les villes marquent autant d’étapes de la longue marche des socialistes. Après le congrès de Paris, on traverse la Loire pour se retrouver sur les rives de la Garonne pour le congrès de Toulouse (cinquième congrès) en 1908 qui fut pour Jean Jaurès l’occasion de prononcer un discours mémorable qui précise l’idée socialiste, ce que la déclaration de principes de 1905 faisait insuffisamment.

Le 18e congrès se tint vers Noël à Tours en 1920. Le plus connu des anciens congrès de la SFIO puisque ce fut celui de la rupture. Trois quart des congressistes décident de rejoindre la IIIe Internationale. C’est à ce congrès que Léon Blum fit un discours à la fois lucide et prémonitoire sur la véritable nature du bolchevisme russe et qu’il décida de rester « garder la vieille maison ». Depuis, de nombreux dirigeants n’ont eu de cesse de rêver d’un « congrès de Tours à l’envers »…

Est-ce à cause de la chaleur et du farniente estival qu’on a oublié que le congrès de 1946 eut lui aussi lieu à Paris en août ? C’est à ce congrès que Guy Mollet devint secrétaire général du Parti, battant Daniel Mayer, malgré le soutien dont celui-ci bénéficiait de la part de Léon Blum.

Depuis les origines, les congrès socialistes se tenaient quasiment tous les ans. D’où le fait qu’on en oublie…

En 1969, les congrès d’Alfortville et d’Issy-les-Moulineaux consacrent la fin de la SFIO et la naissance d’un éphémère Nouveau Parti socialiste avant de passer de l’autre côté de la banlieue parisienne pour Epinay-sur-Seine, en 1971. Là, en juin, François Mitterrand pris la tête d’un parti dont il n’était pas membre quelques jours encore auparavant. « Epinay » est encore une icône dont on ne cesse de dire depuis trois ans que « le cycle s’est renfermé » tout en souhaitant un « nouvel Epinay ».

Parce que les dates sont plus récentes, les villes restent mieux en tête : Grenoble en 1973, Pau en 1975, Nantes en 1977 après la large victoire des socialistes aux municipales et où Michel Rocard prononça son célèbre discours sur « les deux cultures » et où on découvrit la fameuse chanson « ici et maintenant ». A Metz en 1979, après la défaite aux législatives de 1978, où l’on vit un affrontement entre rocardiens et mitterrandistes.

Les mémoires n’ont pas oublié Valence en 1981 après la victoire du 10 mai, là où Paul Quilès prononça son fameux discours sur « les têtes qui vont tomber ». sur un plan plus politique, on entama là un début de réalisme d’où la formule de « compromis social » suggérée par Poperen à la place de « rupture ».
Le congrès de Bourg-en-Bresse est celui où l’on vit naître la fameuse et curieuse motion « néo-rocardienne » d’Alain Richard et Marie-Noëlle Lienemann…
En 1985, les socialistes retournèrent à Toulouse pour y faire une timide conversion à la « social-démocratie ». Y triomphèrent Laurent Fabius, alors premier ministre, et Michel Rocard.
Au congrès de Lille de 1987, le parti rejette le centrisme.
En 1990, le congrès de Rennes se déroula dans des conditions telles, qu’il marqua les esprits à jamais.

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Congrès – symbolique d’un mot

Dans le Kamasutra, le congrès désigne l’acte sexuel. Au Moyen-Âge, il est une épreuve que l’homme qui veut divorcer doit subir prouver qu’il ne peut avoir d’érection. A la même époque, le congrès désigne déjà une assemblée d’élus. Il vient d’une expression latine qui signifie « marcher avec ».

Autant de sens qui évoquent des choses plus ou moins nobles dans les congrès de nos jours que nous laissons en pâture à l’imagination, que nous supposons fertile, des lecteurs !

Pour les socialistes, ce sera le 75e. Peu de gens le savent car, la numérotation a cessé très tôt. C’est François Mitterrand qui, à la suite du congrès d’Epinay, a interrompu le comptage des congrès socialistes. Une manière de marquer la rupture avec les congrès antérieurs et la SFIO qui venait de céder la place au Parti socialiste tout court. Ce trait tiré sur un passé de plus de soixante ans a aussi sa symbolique. Une mémoire sélective afin de n’assumer que ce qui arrangeait la direction d’alors. Michel Rocard est un des rares à s’obstiner à perpétuer le comptage des congrès socialistes pour montrer qu’Epinay ne justifie aucun reniement. Il a raison. Mais il est vrai qu’au moment du centenaire du PS, en 2005, la question s’est posée de la pertinence de la date de 1905. Certains ne voulaient pas diminuer la centralité d’Epinay. D’autres estimaient qu’il y avait un mouvement socialiste antérieur à 1905 qu’il ne fallait pas oublier. On s’en est sorti avec un « centenaire de l’Unité des socialistes ».

La symbolique du mot et de sa numérotation, notamment en chiffres romains, évoque immanquablement les congrès de l’ère communiste. Tel XXVIe congrès de tel parti avec sa scénographie rigide – une rangée de dignitaires bardés de médailles, un décorum austère, une brochette de cadres sur la tribune, tout cela donnant une image d’immobilisme…

Cette image a impressionné les dirigeants socialistes depuis dix ans et ils ne cessent de vouloir la casser. Ils prennent leur inspiration ailleurs. Notamment au New Labour où les orateurs interviennent du milieu de la salle.

La scénographie est de toutes façons un acte politique et même lorsqu’elle n’est pas pensée comme telle, cela dénote une intention ou un état d’esprit tout aussi politique. Veut-on donner le sentiment d’un parti organisé ou à la dérive ? Un parti dynamique ou plombé ? Autant de questions qu’il faut avoir en tête car le congressiste qui entre, quelque soit son degré d’initiation gardera longtemps ses impressions de congrès comme des marqueurs de sa représentation du parti et de son engagement politique.

L’obsession de la modernité pousse les dirigeants socialistes à vouloir sans cesse changer de formule.

De ce point de vue, le PSE, qui n’est pas entièrement un parti de militants comme le PT brésilien ont adopté des formule assez intéressantes où, en marge des phases statutaires sans véritable enjeux – le débat et le vote sur les résolutions ou l’élection de la présidence – il y a des débats ouverts. Ces fringe meetings sont le lieu où on parle de tout. Ce sont en quelques sortes des ateliers comme lors des universités d’été.

De toutes façons, il reste des fondamentaux. C’est une grande assemblée où la dimension de masse est importante. C’est l’occasion de mettre en scène l’autorité des dirigeants car la place du discours est centrale. Dans un congrès on parle. C’est là que se prononcent les discours qui font date dans les annales. Par un discours, on enflamme on « retourne la salle », on pose les banderilles et idéalement, on retourne une situation. Même si de nous jours, les congrès sont sans dangers. Tout semble en effet joué d’avance.

Tout commence !

D’ici quelques jours, le conseil national du Parti socialiste donnera le coup d’envoi de son 75e congrès. On n’en connaît pas encore le lieu, mais il est acquis qu’il aura lieu dans une ville récemment gagnée par la gauche. La direction refusera les airs de déjà vu comme Metz ou Pau.

Lieu de convergence, point d’arrivée et de départ de toutes les grandes et petites manœuvres, le congrès est aux partis de gauche, ce que la Coupe du monde ou la finale de championnat sont aux sports d’équipe. Point d’orgue absolu. « the place to be », le moment de toutes les complications et des combinaisons pour apprentis apparatchiks ou tacticiens confirmés sous l’œil blasé de stratèges fatigués ou rêvent d’appliquer en réel les simulations auxquelles ils pensent depuis des lustres.

C’est certain. Il y a une dimension théâtre, un ensemble de « figures imposées », qui se répètent quelque soit la situation politique. Au point que la presse conclut très souvent que rien ne change vraiment au fond. Dans un congrès tout peut basculer, c’est aussi pourquoi on fait beaucoup pour que rien ne bouge trop – ce qui est le signe d’une bureaucratisation avancée si tant est que le congrès est un moment de démocratie absolue…

Dans la religion politique, le congrès est un moment important, certes rituel, peut-être vidé de sens, caricatural sans doute, lieu de dupes probablement mais source de légitimité incontestable. Dans les statuts du Parti, c’est là que se décident les orientations politiques et que l’on élit la direction.

Pendant les semaines qui suivent, nous allons y regarder de plus près. Y participer, tenter d’en montrer quelques aspects car au final, c’est un bel exercice de démocratie, même si cela paraît trop « interne » aux yeux de certains.

L’enjeu écologique appelle une révolution verte

Button100x108 Plus personne n’ignore l’importance du développement durable. C’est devenu un aspect désormais incontournable des politiques publiques, de la production et de la recherche. Fini le temps où l’écologie n’était la marotte que de quelques chevelus nostalgiques des années 70. A mesure que l’on avance dans le temps, les effets du réchauffement climatique, de la raréfaction des ressources se font sentir de plus en plus.

Cela appelle une révolution culturelle dans la pensée de la gauche et d’ailleurs cela a été engagé depuis quelques temps.

Après le temps de l’indifférence est venu le temps de la réparation. On produit, on consomme, puis on nettoie. A l’évidence, ça ne suffit pas. L’ampleur de la pollution ne vient pas de la seule consommation, mais aussi de la production. D’ailleurs, c’est tout le système économique qui est concerné : la production mobilise les ressources naturelles dans une quantité que la disponibilité des sols ou des sous-sols ne peut suivre et la consommation, à l’autre bout de la chaîne entraîne une pollution que la biodégradation ne peut entièrement digérer.

De la même manière que les sociaux-démocrates ont évolué dans leur conception de l’état providence redistributeur à l’état-providence anticipateur et prévoyant, c’est toute la conception de la production qui doit être repenser en termes écologiques. C’est dans la conception même de l’exploitation et la transformation des ressources qu’il faut repenser. On peut imaginer la confection de normes écologiques qui permettent de mesurer le risque polluant d’un processus de fabrication ou de l’utilisation d’un produit. On peut imaginer une incitation fiscale selon le principe : plus ça pollue, plus c’est taxé.

La modification des comportements de consommation en vertu des impératifs écologiques est déjà en train d’entrer dans les mœurs. C’est un combat culturel de longue haleine car la consommation de masse, l’accumulation, sans lien direct avec les besoins réels est le résultat du système économique dans lequel nous sommes. La surconsommation génère des profits, mais elle provoque des gaspillages.

Puisque la menace est globale, la réponse doit être elle aussi globale. Mais seules des sociétés avancées peuvent décider politiquement de faire ce qui est encore aujourd’hui un choix fait par des gens conscients des risques. Dans les pays en voie de développement, la chose relève d’un luxe car le besoin immédiat est de produire plus pour s’enrichir plus. Ce qui serait une norme internationale serait alors un frein au développement.

C’est la raison pour laquelle il faut penser le développement, également selon l’impératif écologique, et cela d’autant plus que la raréfaction des ressources et les effets du réchauffement climatique sont particulièrement perceptibles dans les pays dits « du sud ».

On n’y parviendra pas si on oppose croissance et écologie. C’est pourquoi, si la consommation responsable relève d’une norme sociale issue d’un combat culturel et d’une action dans les mentalités qui pourrait même être encadrée par la loi, la production écologique peut être un enjeu technologique. Créer de nouvelles technologies de production responsable peut devenir un défi à relever intéressant. Cela peut créer de nouveaux marchés et entraîner une concurrence utile.

Voilà un des sujets que le mouvement progressiste européen peut initier et que quelques états voir l’Union européenne peuvent approfondir.

Retour de salon and some other things

Quand je disais qu'il est stupide de boycotter un salon du livre - les écrivains israéliens ne sont pas responsables de la politique du gouvernement ou des actions de l'armée - je sous estimais le fait qu'un salon du livre est aussi un lieu de rencontre. Pour le coup, on aurait pu imaginer un énorme stand palestinien proposant une littérature, souvent méconnue, qui mérite plus que le détour. Cela aurait été un pied de nez à tous les fauteurs de guerre et de tensions de toutes les rives de la Méditerranée.

En outre, les tables présentant la littérature israélienne et celle d'auteurs juifs aussi brillants que Walter Benjamin, Hannah Arendt, Esther Benbassa ou Franz Rosenzweig reflétaient moins la propagande d'état que la critique permanente d'une société qui est appelée à se remettre en cause. Honnêtement, on voyait plus les ouvrages sur la relecture moins épique de la guerre de 1948 - ce que les Palestiniens appellent la Nakba - les conséquences de la politique de Sharon dans les terrritoires etc... Bref, les textes de Tom Segev, Ilan Pape ou Benny Morris bien en vue.

Pour un congrès à Strasbourg plutôt qu'à Metz !

Curieuse journée hier à Solférino. On se remet des joies de la victoires. On salue les copains. On parle du lieu du congrès. En principe, il aura lieu dans une ville récemment gagnée par les socialistes dimanche dernier. C'est peu de dire qu'on a l'embarras du choix. Le choix le plus logique d'ailleurs serait Toulouse. Le cœur historique de la gauche, a déjà accueilli un congrès du PS, en 1985. Ce congrès aurait pu être celui où le parti, au pouvoir depuis 4 ans, tirait les leçons du tournant de la rigueur en adoptant une ligne un peu plus réaliste.

Les petits malins pourraient penser à Metz. Ca ne ferait pas rire tout le monde. Le plus symbolique serait en fait Strasbourg. Trois arguments forts pour cela. D'abord, une réalité locale. Tenir congrès dans la seule région métropolitaine encore à droite, dans une Alsace où l'extrême droite demeure encore forte a du sens. Ensuite, une perspective européenne : Strasbourg est une des capitales de l'Europe. Le Parlement s'y réunit régulièrement. Ce serait le signe que pour les socialistes, la question européenne représente plus que trois lignes truffées de généralités dans les motions de congrès et qu'elle est devant nous avec les élections de 2009. Enfin, parce qu'il n'y a jamais eu de congrès socialiste à Strasbourg depuis au moins trente cinq ans.

Cambadelis tend la main à Delanöe qui s'engouffre...

dans le sas de l'entrée du siège du PS. C'était l'image d'hier que personne n'a vu car les caméras regardaient ailleurs. Jean-Christophe Cambadélis répondait aux questions des journalistes après son entretien au Monde dans lequel il envisager une entente avec Bertrand Delanoë pour reconstruire le Parti socialiste et ne pas laisser le parti dériver vers une présidentialisation à marche forcée. Le maire de Paris est arrivée en même temps que le député de Paris, mais d'une direction opposée. Il a profité de l'attention des journalistes, captée par le parlementaire pour s'engouffrer dans l'entrée. On imagine son embarras à répondre à une question à un moment et d'une manière qu'il n'a pas choisi... On reviendra sur ce sujet.

Le bon mot de Mosco

"Branlée". Voilà ce que tout individu normalement constitué peut penser de l'ampleur de la défaite de la droite dimanche dernier. Dans l'empressement de commenter, chacun y va fort. Pierre Moscovici n'a pas été en reste. Son analyse était d'ailleurs bonne et il ne se contentait pas de rester à la surface des choses. Mais dès le lendemain, il a semble-t-il regretté l'emploi de ce mot. Il y a pourtant des fois où il faut appeler un chat un chat. Tant pis si les lecteurs des blogs ont des oreilles sensibles. Ce n'est pourtant pas dans la bouche de Mosco qu'on apprendra les mots les plus fleuris du vocabulaire grossier. Pierre n'est pas Bernard Tapie ! Tapie qui estime lui aussi que DSK est le meilleur candidat pour 2012... Est-ce à dire qu'on verra Tapie, Camba, Mosco et Bergounioux dans la même salle ? Ben non, les Tontons flingueurs c'est déjà fait !

Nikê !

Victoire pour la gauche ce dimanche 16 mars... Le "16 mars" ? Une date qui revenait souvent, comme le "21 avril" ou le "10 mai". Cela faisait partie des ruptures dans la Ve République depuis 1981. En l'occurrence, le 16 mars 1986, lors des élections législatives, la droite RPR-UDF battait la gauche, inaugurant une situation politique tout à fait nouvelle à ce moment : la cohabitation.

Le 16 mars 2008 sera donc une date majeure dans l'histoire électorale de ces dernières années, dans le sillage des élections de 2004. "Vague rose" municipale et cantonale. "La gauche est majoritaire en villes et en voix" pour reprendre le constat de François Hollande.

Avant tout, il y a des victoires qui concernent des copains, des amis ou des compagnons de route. Certains récompensent des engagements de longue date. Toulouse, Aubervilliers, Montreuil par exemple. Mais aussi Portet-sur-Garonne, Aubusson, (dès le première tour), Angers, Reims... Des sièges de conseillers généraux en Saône-et-Loire ou dans la Vienne. Des premiers pas comme à Castres et parfois des défaites comme à Mont-de-Marsan ou à Villepinte... Je pense aussi à eux, ainsi qu'aux copains engagés dans la bataille de Paris où dans le Ier arrondissement, on a bien poussé, mais en face, ils ont été plus fort. Il reste que c'est un moment émouvant de voir la liste d'amis avec qui on milite parfois depuis près de 18 ans et que l'on a connu "élus étudiants", devenir conseillers de Paris ou conseillers municipaux comme à Clermont-Ferrand par exemple.

A l'image de Reims où Vautrin s'est vautré face à Adeline Hazan, la droite est rincée, KO debout, alors qu'on aurait pu imaginer un résultat plus contrasté.

Il faudra un jour faire le ménage sur ces affaires de procuration qui, dans le Ve arrondissement de Paris et probablement à Marseille ont une influence non négligeable sur le scrutin...

Cette élection a été, pour qui observe bien, une fois encore, porteuse de leçons. D'abord, les fondamentaux sont toujours là. Le clivage droite gauche, ça existe. On peut rêver l'effacer, mais tôt ou tard, il faut bien, quand on est à une intersection aller quelque part si on ne veut pas se prendre mur pleine face. Ce que Jean-Pierre Raffarin, jamais à court d'une formule, appelle "le théorème de Pau" s'est vérifié.

Le Modem devait faire des choix que ni le PS, ni l'UMP ne pouvaient faire à sa place. D'ailleurs, la performance de notre ami Destot à Grenoble a démontré que l'alliance avec le centre n'était pas automatiquement gage de large victoire - ce qui relativise la portée du "modèle lyonnais" voisin. Le fait que de Sarnez soit la seule élue orange du nouveau conseil de Paris et Martine a fait la peau à Bayrou est une cinglante gifle. N'est pas l'héritier de Dédé Labarrère qui veut !

En vrac, il y a aussi Toulouse. L'aberration de la ville rose, enclave conservatrice dans le jardin d'Eden du socialisme est terminée. Pierre Cohen de fait, l'homme qu'on n'attendait pas, a bénéficié d'une de ces ruses dont l'Histoire a le secret. Dans le landerneau socialiste, la candidature pour la ville de Jaurès et Nougaro a été l'occasion d'évoquer des noms dans des combinaisons dont plus personne ne se souvient aujourd'hui. Martin Malvy, président de la région, Gérard Bapt et même Anne Hidalgo avaient été chacun, en leur temps, envisagés. Au final, la politique offre des surprises...

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On ne critique pas un salon du livre...

La polémique au sujet du boycott du salon du livre par certains pays arabes est une démonstration de plus de la légèreté dont l'esprit humain peut faire preuve dans des moments où c'est plutôt l'intelligence qui devrait être mobilisée. On ne brûle pas un livre et on ne boycotte pas non plus un salon du livre. Soit on peut protester et donc on interpelle en débattant pour sensibiliser ou persuader ; soit on souhaite bâillonner et alors, il n'y a qu'à aller au bout du processus, c'est-à-dire brûler les livres. Car s'il s'agit de critiquer la brutalité de la politique israélienne actuelle, tout individu normalement constitué ne peut que condamner l'usage excessif de la force et déplorer l'enlisement du processus du paix. Si au contraire, il est question, d'une manière ou d'une autre de suggérer que l'Etat d'Israël est génétiquement facteur de désordre parce qu'il est une imposture, là encore il faut le dire et s'attendre à être combattu.

On s'ennuierait dans le monde s'il n'y avait pas des gens sur qui on peut lâcher plus que sur d'autres...

Certes, ce ne sont pas les livres qui tuent, mais les balles, en même temps, la littérature peut être une arme formidable, pour le pire et le meilleur. N'est-ce pas d'ailleurs au nom du Coran que les islamistes théorisent le recours à la violence fanatique alors que les écrits du Prophète n'appellent nullement à l'éradication de tout ce qui n'est pas musulman ?

Les écrivains israéliens ne sont pas d'ailleurs les meilleurs alliés de ce que serait une propagande anti palestinienne. La littérature israélienne comme l'historiographie de ces dernières années a plutôt eu tendance à revisiter ou à désacraliser les mythes fondateurs en mettant le doigt où ça fait mal, dans les failles d'une société en mutation permanente. Au pire, on peut regretter un cours un peu trop intimiste, mais n'est-ce pas dans l'air du temps de se désintéresser des affaires du monde ?

Le gouvernement français, dans sa tentative de défense du salon a été particulièrement maladroit. Albanel et Yade ont ramené l'objet des critiques à une "polémique politique". eh bien oui, c'est un acte politique de faire d'Israël l'invité d'honneur du Salon du livre autant que de le critiquer. Car si le prétexte c'est le 60e anniversaire, on offre là une image qui est précisément celle qu'on voudrait effacer : celle d'un état qui est né dans la violence et qui a du mal à s'en extraire.

Plus de livres c'est plus de sagesse pour tout le monde. Peace and love !

Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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