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« décembre 2007 | Accueil | février 2008 »

Pour la reconstruction, il faut une nouvelle déclaration de principes

L’Histoire ne repasse pas les plats, on le sait. En 1967, la gauche avaient raté la majorité parlementaire d’un siège seulement. En 1968, c’était un peu « l’année où nous n’étions nulle part » car le Mouvement de Mai avait vu les anarchistes et les gauchistes, contester l’hégémonie du PCF et de la CGT, meilleurs alliés du gaullisme pour la circonstance. Avec le recul, de manière un peu pathétique, Mitterrand avait, un peu hâtivement annoncé sa disponibilité. La suite, on la connaît, une baffe électorale à la présidentielle de 1969 dont l’ampleur en termes de faiblesse de la gauche n’a été égalée… qu’en 2007.

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Primaires américaines : quand les Kennedy s’en mêlent

La victoire de Barack en Caroline du sud était attendue. Ce qui a surpris, c’est l’ampleur du résultat. Il fait un carton énorme chez les Noirs et plus que prévu chez les Blancs. De quoi faire taire ceux qui projetaient sur lui leurs propres conclusions. Ce n’est pas parce qu’Obama est noir, qu’il est le candidat des noirs. D’ailleurs, il est métis… Même si, dans le système imbécile qui demeure aux Etats-Unis, la notion de métis n’existe pas. Une seule goutte de sang « noir » dans les veines fera de la plus blonde des blondes, une « colored » pour reprendre un vieux terme.

Ceux qui voyaient un lien mécanique entre le jeune candidat et l’électorat afro-américain ne se basaient que sur le faciès car, rien dans les prises de positions d’Obama n’accrédite l’idée que Barack est le candidat des Blacks. Toujours le renvoi aux origines. Là où Clinton a joué de la corde biologique pour rappeler qu’elle était une femme, Obama s’est abstenu d’en rajouter dans l’évidence ethnique. D’ailleurs, rappelons que pour les afro-américains, Bill Clinton fut le premier « black president » ! Ce qui ne l’empêcha pas de s’assoupir la semaine dernière lors d’un discours de Martin Luther King III pour commémorer la mort du révérend assassiné il y a 40 ans à Memphis.

Obama a gagné donc dans un de ces états du sud, la Bible belt, le dixieland, bref, l’ancienne confédération conduite par Jefferson Davis, son ancêtre. C’est en Caroline du sud, à Fort Sumter que la Guerre de sécession a commencé. Comme ses voisins, la Caroline du sud fut longtemps démocrate par opposition aux républicains qui, à l’instar d’un sénateur de l’Illinois, Abraham Lincoln étaient alors plus humanistes. Cela dit, Roosevelt y a fait un carton. Obama avec ses 55 % a fait plus que Kerry en 2004. De là à dire que même dans le sud, les démocrates sont de retour, c’est un peu tôt pour le dire… Même si Obama a gagné plus de délégué que le vainqueur républicain McCain.

Dans le vieux sud, les nègres ont fécondé les champs de coton avec leur sang et cette mémoire est encore vive. Il reste encore la Caroline du nord, la Géorgie, la Virginie, le Tennessee, le Mississippi, la Louisiane et l’Alabama.

Mais l’événement majeur de ce début de semaine, c’est l’annonce d’un ralliement que l’on attendait. Le « clan Kennedy » entre dans la course et va soutenir Obama. Caroline – comme quoi, le nom doit lui porter chance, Kennedy, la fille de JFK a annoncé son soutien au sénateur de l’Illinois et il semble que Ted, le sénateur du Massachussetts, qui a longtemps incarné l’aile gauche du Parti démocrate, va aussi soutenir celui que l’on perçoit comme un nouveau Kennedy.

Obama est né l’année où John Kennedy est entré à la Maison blanche. Même si l’Histoire a érodé le mythe de ces riches catholiques irlandais de la côte est, ce qu’ils ont apporté à la politique et à leur pays vit encore : la jeunesse, le charisme, la générosité.

Bien sûr, les mânes du président assassiné ne suffiront pas. Les morts ne votent pas, mais nul doute que sur le plan symbolique, cela portera, et on sait qu’en politique, les symboles, même au pays du pragmatisme, ont leur importance. On verra si cela aura une influence lors du Super Tuesday.

L’affrontement ou la dilution

Les temps changent, comme chantait Bob Dylan. Jugez-en vous-même : Lutte ouvrière accepte ici et là des accords électoraux avec le PS. Carlos et Lambert sont morts ; Besancenot liquide la LCR ; les Verts s’effilochent ; le PCF pèse moins que l’extrême gauche aux élections ; le camp du « non » est inaudible. Bayrou a fait moins bien que Giscard dans la construction de son parti présidentiel. 30 ans après la fondation de l’UDF, le Modem a tout à lui envier car il ne cesse de perdre ses meilleurs cadres. Le Front national abandonne le paquebot… Avant une prochaine noyade ? Les hussards de la République sont fatigués, même quand Sarkozy part en croisade contre la laïcité, cela ne déclenche même pas le début d’une mobilisation, ni même la fin annoncée du service public de l’audiovisuel, 20 ans après la privatisation de TF1.

Sarkozy c’est la synthèse entre Berlusconi, Bush et Thatcher. On y retrouve la même emprise sur les médias, la même brutalité et la même prétention impériale. Il percute la gauche et celle-ci, parce qu’elle a perdu le goût de la baston, qu’elle doute de son identité et qu’elle essaye de vivre dans un monde qu’elle a renoncé à changer, est K.O. debout.

Et pendant ce temps, le Parti socialiste, qui a perdu 70 000 adhérents, s’apprête à gagner les municipales alors qu’il est encore un peu frissonnant de la baffe électorale du printemps. Alors qu’on assiste en son sein à une débauche de candidatures pour le poste de premier secrétaire, il doit faire face à l’extérieur à un débauchage sans précédent.

Il s’agit là d’une nouveauté qu’il convient de regarder par-delà la superficialité médiatique. Il ne faut pas la réduire à sa dimension gouvernementale. Les anciens amis de Besson ou Bockel diront « ils ont toujours été comme ça, c’était attendu ». On pensera « effets d’annonce » à l’évocation des noms de Joe Stiglitz ou d’Amartya Sen, mais dans les villes aujourd’hui, nombreux sont les candidats socialistes qui sont courtisés ou séduits par la droite. En réalité, « l’ouverture » gouvernementale est un précédent qui ne coûte pas cher. Puisque Sarkozy dirige tout, Kouchner ou Amara peuvent bien s’agiter, ils ne démontrent que leur instrumentalisation par un pouvoir qui joue sur l’éblouissement de son apparence pour masquer son impuissance.

Mais si cela « prend » dans les villes, il y aura une pratique. A l’échelon local, on a vu des maires transcender les clivages par leur charisme ou leur sens du service. Cela dit tout le monde n’est pas André Labarrère, Gaston Defferre ou Roger Quillot. L’ouverture au plan local, c’est le grignotage de la gauche. Or, s’il y a bien un échelon où les socialistes sont implantés et où ils réussissent, c’est bien dans les municipalités. On voit bien la suite. En 2010, il faudra rétablir l’ordre : la France de Sarkozy, c’est vingt-six régions dont vingt-quatre tenues par la gauche. « Ca ne peut plus durer ». C’est un moyen comme un autre. L’affrontement ou la dilution… dans tous les sens du terme.

Affrontement car la petite musique du « dépassons les clivages », « ce sujet n’appelle pas les polémiques » auquel répond trop souvent « sortons de l’affrontement bloc contre bloc » sont en réalité des somnifères très efficaces. Puisque la droite n’a jamais été autant à droite, pourquoi la gauche devrait se droitiser au nom de la « modernité » ? Il faut s’opposer et commencer à proposer. Cela commence par la reconstruction de l’alternative et de l’appareil militant pour adapter le parti socialiste aux nouveaux enjeux d’une nouvelle période.

La dilution c’est ce qui menace. La démocratie a rarement été aussi anesthésiée par l’hyperprésidence. Le berluscozysme, comme dirait Fabius. La république a rarement été aussi oubliée dans les discours du président. En prétendant faire un parti « totalisant » qui serait à lui seul, la droite et la gauche – comme, finalement en Russie de nos jours, toutes proportions gardées, Sarkozy avec le soutien des médias réduit le débat démocratique à la portion congrue.

Mais nous ne sommes pas obligés de l’aider dans cette entreprise. Le taureau, même à la fin de la faena peut encore relever la tête. Nous ne sommes pas tenus d’attendre l’estocade.

Quand on est de gauche, il n’y a pas de compromis possibles avec le sarkozysme. Ni l’attentisme, ni le suivisme et encore moins le mimétisme. Si l’opposition ne fait pas son travail et que la politique se réduit à l’actualité des frasques élyséens d’un côté et du concours de muscles de l’autre, cela finira par ennuyer tout le monde. Et quand la France s’ennuie…

Pour continuer avec les histoires de truelle...

"Reconstruction" est le nom du courant historique des rocardiens. Il a existé dans l'UNEF-ID et aussi dans le PS. Autant dire que tout ne sort pas toujours de nulle part. Ceux qui ne croient pas dans ce processus se moqueront des précautions de langage : "rénovation, reconstruction" tout cela se vaut. Mais justement, pour gagner en 2012, comme n'aurait pas dit Henri IV, le PS vaut bien une reconstruction.

Depuis 2002, seuls les amis de Dominique Strauss-Kahn et de Martine Aubry se sont attelés à un travail politique et intellectuel de réflexion. Cela a donné les travaux d'À Gauche en Europe et les publications de Réformer. Peu, sur le plan strictement idéologique opposait les deux membres de l'ancienne charnière du gouvernement de Gauche plurielle dirigé par Lionel Jospin dont il faut toujours rappeler qu'il est lui-même issue d'une entreprise, les Assises de la transformation sociale "commandées" par Michel Rocard, "soutenues" par Jospin et "animées" par Cambadélis. Le désir de rapprochement vient de là. Si les socialistes d'alors furent capables de se reparler avec d'autres composantes de la gauche, ils devraient pouvoir en faire autant avec des gens de leur propre parti.

Quand on a expliqué que tout l'enjeu du gouvernement Jospin et pour la gauche ensuite, c'était de créer les conditions d'une nouvelle alliance entre les classes moyennes et les classes populaires, ce sont Laurent Baumel et Henri Weber qui l'ont formulé dans un livre.

Certes, si on fait l'impasse sur le travail idéologique pour ne retenir que les configurations tactiques qui en découlent à l'heure où on parle, on se fait inutilement peur. Avant de chercher les alliances, il faut trouver les convergences.

Au MJS, les courants Pluriel, AJS et maintenant Convergences réformistes ont toujours su allier leur forte identité et la nécessité de l'ouverture. La rénovation du MJS que l'on portait entre 1998 et 2002, combat dur qui a traumatisé et blindé trois générations de militants - eh oui, au MJS, les temps sont courts - s'articulait en effet sur la rénovation des pratiques, l'ouverture du MJS sur la Jeune gauche et sur l'idée que pour tirer la gauche dans le bon sens, il fallait en être le poil à gratter. Si pour les jeunes le congrès de Lamoura fut traumatisant, les congrès de Paris et de Bordeaux du MJS ont démontré que finalement, nos idées avaient fini par s'imposer.

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La truelle et le marteau

Le nom de baptême est acquis. On les appelle les « reconstructeurs ». La presse, et donc les militants socialistes qui cherchent à en penser quelque chose, les considèrent moins sur la base de ce qu’ils disent que sur leur passé. Ce serait une alliance des « anti », enfin un front unique, mais animé d’un seul objectif : « ni Delanoë, ni Royal ». Il y aurait Socialisme & démocratie, Rénover maintenant, Réformer de Martine Aubry et des amis de Laurent Fabius. Cette somme de noms et de courants reste encore illisible car finalement, l’essentiel n’est pas là.

Si on a l’intelligence de se demander ce qu’Alain Bergounioux, Henri Weber, Bernard Soulage, Michel Rocard ou Claude Bartolone ont à se dire, on y verra autre chose qu’un simple mécano d’appareil destiné à contrer deux présidentiables ou la réédition des synthèses molles du passé.

« Du passé faisons table rase » serait-on tenté de dire pour justifier la démarche. Le Monde (et le PS) doit changer de base poursuivrait-on pour emporter les dernières hésitations. Mais non. Un bon moyen de donner sa chance à cette démarche reste encore l’Histoire.

L’Histoire de ces courants ou des courants du PS que l’on retrouve dans l’initiative des Reconstructeurs justifie pleinement leur démarche.

D’abord, ces courants, dans une période récente se sont séparés de la majorité du Parti, que nous-mêmes, n’avons jamais eu le cran de quitter. Du coup, ils ont dû formuler leurs désaccords et construire une alternative politique. Bien sûr, rien n’était achevé et beaucoup devait aux manœuvres, mais il y a eu une prise de distance.

Ensuite, n’a –t-on pas accusé depuis toujours les « fabs » d’être des « droitiers » ? Fabius ne fut-il pas avec Rocard, chacun à sa façon, un des premiers chantres de la modernité du socialisme dans les années 80 ?

Montebourg n’a-t-il pas, avec sa C6R procédé à une remise en question systématique d’une Ve République que les socialistes, dès l’origine ont, pour une bonne partie combattu – une des scissions majeures de la SFIO en 1958 reposait aussi sur le rapport au gaullisme ?

Mais tout cela peut paraître loin. Alors on pensera aux haines structurantes. Pour un rocardien et un jospiniste, quand cela avait encore du sens, il y avait deux ennemis irréductibles : la Gauche socialiste des Dray-Lienemann-Mélenchon et les fabiusiens. C’était Satan et Belzébuth en personne. Depuis, on voit bien que tout cela est derrière nous.

Le Fabius de Bercy n’était ni plus ni moins« étatophile et dépensolâtre » que son illustre prédécesseur. Il a rêvé du FMI, l’autre y est aujourd’hui. Et alors ?

Reste donc, l’Europe. Un mur entre deux parties du parti. C’est encore une divergence, mais pas sur l’essentiel : le projet européen. Quelle Europe ? Fabius a cru que le « non » serait une étincelle, hormis le blocage, il n’y a eu aucune issue. On était en désaccord sur l’opportunité de la participation sans soutien à une Europe dans laquelle nous étions idéologiquement minoritaires.

Mais puisque personne ne prône la sortie de l’UE ou du PSE que l’on sait qu’en politique, quand on souhaite une pause, il en résulte un recul, la seule question qui vaille est celle du sens de la marche.

Tant de convergences cachées et tant de divergences réelles nécessitent de prendre la bonne mesure de l’univers des possibles. Il est assurément plus vaste qu’on ne veut bien l’admettre.

Car la reconstruction c’est aussi réaliser au PS ce dont beaucoup parlent mais que personne ne fait : trancher les débats à trancher, s’armer de positions claires et organiser un parti adapté à la nouvelle période. Bref, ne pas faire comme si ne rien n’était, comme si rien ne dépendait de nous ou comme si, « on verra bien ».

En politique, il faut toujours se méfier des évidences. Tout ne va pas de soi.

Il faut rénover les outils. Ils sont rouillés. Laissons aux autres la faucille qui tranche les têtes pour n’en voir qu’une seule comme si le salut ne venait que de présidentiables pour qui le Parti est un poids mort ou un piédestal – ce qui n’est pas loin finalement d’un marchepied. Gardons le marteau qui permet de solidifier la Maison commune, d’affermir ses fondations et de donner un rythme à la marche vers la reconquête. Armons-nous de la truelle qui permet de mélanger les ingrédients dont nous avons besoin pour constituer le ciment de l’unité et la cohérence de la reconstruction.

Pourquoi la primaire US est si excitante ?

Bien que l’intérêt des médias français et des milieux politiques pour la primaire américaine est plus grand que les fois précédents, chacun saisit-il ce qu’elle a de passionnant ? Bien sûr, parce qu’elle constitue le premier acte de l’après Bush. Aussi à cause de la popularité des deux principaux candidats démocrates que les milieux de gauche suivent depuis longtemps. Surtout parce qu’on a là la configuration la plus ouverte depuis longtemps. On n’a ni président, ni vice-président sortant en lice. C’est donc, sur tous les niveaux, du neuf à 100 %. Même si ce n’est pas obligatoirement du « jeune ».

Côté démocrate, indéniablement, le « casting » fait rêver. Hillary Clinton a séduit le public européen, sans rien faire d’ailleurs en ce sens depuis la présidence de son mari. En fait, avec elle, on avait retrouvé l’image d’une first lady engagée comme avant elle Eleanore Roosevelt.

C’est au nom du souvenir des années Clinton et de son succès politique personnel qu’elle jouit aujourd’hui de cette force. Sans y ajouter bien sûr ses idées. Obama, c’est bien sûr l’autre nouveauté car, un Afro-américain au sens littéral du terme avec son profil, ça aussi c’est neuf. Mais il ne semble pas que les clivages idéologiques ou les options programmatiques soient si énormes, si irréconciliables entre eux deux.

Côté républicain, c’est plus contrasté. John McCain est certainement bien armé, mais son âge et sa santé, ainsi que son tempérament ne sont pas ses meilleurs atouts. Rudy Giuliani est trop gauchisant pour l’électorat conservateur dont les convictions religieuses et morales commence à être pondérées par les questions économiques, qui, une fois encore, vont jouer un rôle majeur dans le choix des candidats.

Quant à Huckabee, il ne plaît pas à tous les conservateurs et s’agissant de Romney, il semble qu’il fasse les frais d’une croisade anti-mormon menée par certains milieux évangéliques.

Le vote « noir » n’ira pas automatiquement à Obama. Non seulement parce qu’il n’est pas « un des leurs » comme les leaders traditionnels issus du mouvement des droits civiques, mais aussi parce que pour la communauté, le « premier président noir », c’est Bill Clinton. D’ailleurs, depuis qu’il est revenu à la vie civile, l’ancien locataire de la Maison blanche a élu domicile pour ses bureaux dans le quartier noir de New York, en plein Harlem.

Tout est donc ouvert. Une question taraude les stratèges de ce côté-ci de l’Atlantique cependant. Autant dire qu’elle a peu de chances d’influencer les caciques du Parti démocrate. C’est la question du ticket. Puisque Clinton et Obama sont si populaires, pourquoi, dans un sens ou dans l’autre former un ticket ?

La chose est improbable pour plusieurs raisons. D’abord, le profil du poste fait qu’un vice-président ne peut être le lot de consolation pour quelqu’un qui a choisi d’être le numéro « un ». C’est comme lorsque les amis de Ségolène Royal disaient non sans une certaine condescendance que Dominique Strauss-Kahn ferait un très bon premier ministre. La personnalité d’Obama et de Clinton ne permettrait pas à l’un des deux d’être le vice-président de l’autre. Chaque président imprimant sa marque à la fonction, l’Histoire a montré que les présidents charismatiques ont souvent eut des vice-présidents effacés, souvent perdants d’ailleurs sauf quand ils gagnaient faute d’adversaire crédible. Truman n’était pas le meilleur candidat démocrate, mais, constitutionnellement, il avait du son arrivée dans le Bureau ovale à la mort de Roosevelt. Nixon fut battu dans les conditions que l’on sait par Kennedy et il ne gagna que parce que Johnson, qui n’a pas marqué les mémoires – ce qui est injuste – ne se représenant pas, le candidat démocrate survivant, après l’assassinat de Bob Kennedy, Hubert Humphrey devait traîner le poids de la guerre. Enfin, Ford fut battu en 1976 et Mondale en 1980. La seule exception récente fut George Bush père en 1988. Seul Al Gore, candidat aux primaires de 1988, fut un vice-président de poids, encore que son aura a augmenté depuis qu’il se présente comme « l’ex-futur président » et qu’il se bat pour la planète.

Un deuxième argument est que si on avait un ticket Obama-Clinton ou Clinton-Obama, il émergerait alors, disons-le ironiquement, une nouvelle minorité politique, les hommes blancs ! De même, on parle de Bill Richardson comme vice-présidentiable. Le gouverneur du Nouveau-Mexique représenterait le sud et surtout l’ouest. En plus, comme son nom ne l’indique pas, c’est un « hispanique »…

Mais les intéressés ne sont pas dans ces calculs. Quand on livre un combat politique, il faut parfois, savoir ne pas viser la deuxième ou la troisième place, mais la première.

Sarkozy au pouvoir, la laïcité menacée

Bravo à Jean Glavany pour son interpellation au gouvernement hier lors de la séance des questions d'actualité. Le député de Maubourguet a condamné la manière dont Nicolas Sarkozy agit pour redonner au catholicisme une place que le combat pour la laïcité engagé au début du XXe siècle avait fixé à sa juste position, la sphère privée.

De quoi s'agit-il ?

Nicolas Sarkozy est, depuis longtemps, un croyant. Surtout, il souhaite que la religion soit plus visible. La place qu'il réserve à la religion dans la société est une vraie rupture dans la République, comme sa conception de la laïcité. Après le discours du Latran, de Ryad ou de Dakar, le sarkozysme se fait encore un peu plus précis.

C'est la néo-réaction. Parler des "racines chrétiennes de la France", c'est exclure des populations qui ont été persécutées parce qu'elles croyaient différemment, à autre chose ou parce qu'elles ne croyaient pas du tout.
Dans son livre La république, les religions, l'espérance paru en 2004, il vaiat donné le ton.

En quelques voyages à l'étranger ces dernières semaines, Sarkozy a piétiné la tradition laïque. Mais il y a de quoi penser que ce n'est là qu'un début. Pour être moi-même "croyant", j'ai toujours pensé, en me basant d'ailleurs sur la Bible, que la religion, même s'il fallait en faire la promotion, devait demeurer une question privée. L'Histoire a montré d'ailleurs que lorsque la religion se mêle à la politique, elle est dévoyée et de grands drames se produisent. On l'a vu au Moyen-Âge avec le catholicisme, on l'a vu dans les pays anglo-saxons contre les catholiques et on le voit avec l'islam radical.

D'ailleurs, le catholicisme quand il a prétendu avoir un avis sur les choses de l'Etat s'est longtemps opposé à l'idée républicaine. Il a fallu une autorisation du Pape pour que les catholiques acceptent enfin la République, à la fin du XIXe siècle !

La laïcité est un acquis majeur et pas que pour la gauche. Elle garantie l'égalité de ceux qui croient et de ceux qui ne croient pas. Le fait pour Sarkozy de jouer, une fois encore les révisionnistes en parlant du "fanatisme" qui menace la laïcité démontrer son opposition à cette valeur. D'ailleurs, au nom de la laïcité, on n'a jamais torturé ou massacré personne...

Si le Président doit représenter tous les Français, je ne crois pas être représenté par lui dans ces circonstances.

Sur le plan politique, il prend un risque car, c'est un coup de canif porté au contrat social et au pacte républicain. S'il veut réveiller une nouvelle querelle comme en 1905 ou en 1994, libre à lui !

La mort du vieux chef trotskyste...

Si un jour on doit écrire l'Histoire des mouvements politiques, des organisations syndicales de travailleurs ou d'étudiants, des filières militantes et des héritages culturels, l'Histoire des passions des gauches françaises, il faudra faire une place importante à Pierre Lambert, qui vient de mourir.

Même quand on est socialiste, voir social-démocrate, quand on ne partage pas les mêmes vues que l'extrême gauche, quand on croit que le réformisme est plus adapté au combat politique de la gauche que la révolution, il faut reconnaître que Pierre Lambert a représenté quelque chose d'important pour plusieurs générations de militants qui, qu'ils aient ou non rompu avec lui, se retrouvent dans tellement d'endroits que décidément, on se dit qu'à tort ou a raison, ce Montreuillois savait y faire avec les talents humains. D'ailleurs, il n'a pas attendu de mourir pour entrer dans la légende.

Pierre Boussel est né en 1920 à Montreuil selon les biographies officielles. Il appartient à cette génération d'enfants d'immigrés juifs venus d'Europe de l'Est. Il a milité aux jeunesses communistes, puis dans les rangs de la fraction trotskisante de la SFIO avant de rejoindre les rangs clairsemés des trotskistes français. Le trotskisme ? Une autre manière d'être communiste quand on rejette le stalinisme. Une aventure intellectuelle assez particulière dans l'histoire de la gauche française.

Lambert - le pseudonyme qu'il choisit - côtoie les compagnons de route de Trotski qui fonde la IVe Internationale en 1938 en réunissant quelques dizaines de personnes dans une grange de la banlieue parisienne. Ce sont Molinier, Lequenne, Bleibtreu, et beaucoup plus tard Stéphane Just.

Lambert travaille à la Sécurité sociale. Il adhère à la CGT avant d'en être exclu puisqu'il est trotskiste. En 1952, c'est la grande scission légendaire chez les trotskistes du monde entier. Alors qu'on est en pleine guerre froide, faut-il soutenir malgré tout l'Union soviétique, "état ouvrier dégénéré" ou estimer que c'est une détestable bureaucratie ? Que faire ? En cas de troisième guerre mondiale ? La majorité du mouvement tranche en faveur du soutien à l'URSS. Lambert, lui, est contre. L'antistalinisme sera la marque de fabrique du lambertisme.

Lambert devient donc le dirigeant d'une fraction minoritaire, farouchement antistalinienne et tout aussi dure à l'égard des autres chapelles se réclamant du trotskisme. En 1965, il refonde son mouvement en Organisation communiste internationaliste, la fameuse OCI. Le mouvement lambertiste croit dans le syndicalisme et il investit beaucoup dans Force ouvrière, mais il se tient à l'écart de Mai 68. Pour autant, la branche étudiante, organisée dans l'Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS) va être, dans la gauche estudiante, un mouvement influent dans les années 70 au point d'être à l'origine de la réunification du syndicalisme étudiant en 1980. Mais le lambertisme au fur et à mesure qu'il vieillit, s'éloigne de son temps. S'il fut, comme d'autres mouvements trotskystes une excellente école de formation, on ne peut pas en dire autant de l'épanouissement démocratique qu'il a pu procurer. Pour autant, "Pépé mégot" fut un homme de réseaux, et la liste des gens qui ont fait leur classes avec lui est impressionnante. Journalistes, dirigeants politiques, syndicalistes, responsables associatifs, chefs d'entreprises...

Les lambertistes étaient tout à la fois redoutés, imités, détestés, et respectés.

L'homme, mort à 87 ans, avait fait du 87, Faubourg Saint-Denis dans le 10e à Paris le siège de son organisation.

Comme le PCF, le lambertisme est devenu sans objet quand il a commencé à s'épurer lui-même. Il a du trouver finalement les raisons de sa propre histoire dès lors que le stalinisme avait fini dans les poubelles de l'Histoire. Au final, il reste un héritage historique et culturel, mais l'aventure politique est terminée depuis longtemps.

Lambert, parmi d'autres, et d'une certaine manière, car il est juste de prendre l'héritage d'un homme dans sa totalité et d'en faire l'inventaire, a montré les limites du rigorisme en politique. Une fois qu'on s'est libéré de la fascination ou de la répulsion, et quoiqu'on en pense, et même quand on n'a rien à voir avec lui, comme d'autres, il a sa place dans l'Histoire des mouvements de gauche.

Quand la droite se modernise par la gauche

La gauche, pour être moderne, doit-elle se droitiser ? C'est ce qu'on a toujours reproché à la gauche. On a toujours pensé, par exemple dans les années 90, que "gauche moderne" rimait avec "social-libéralisme - entendez "dérive droitière". Il est vrai que Jean-Marie Bockel en fut la démonstration jusqu'à la caricature...

Mais la modernité de la gauche, ce n'était pas, ce n'est pas sa droitisation, c'est son "actualisation" par rapport à ses perceptions classiques pour qu'elles demeurent toujours actuelles et en phase avec la nature, parfois nouvelle des problèmes.

S'agissant de la droite, on l'a vu pendant la campagne, Nicolas Sarkozy ne réveillait pas les mânes de Maurras ou Barrès mais de leurs contemporains de gauche qu'étaient Jaurès et Blum. Hier encore, il a fait fort en invitant Tony Blair à la convention de l'UMP. Un coup d'autant plus facile que Blair et la gauche française, à l'instar des relations entre le New labour et le PS sont équivalentes à l'humeur des tabloïds d'outre-Manche pendant la semaine qui précéde un déplacement du XV de France sur la pelouse de Twinckenham. Et pourtant, quelqu'un comme Denis McShane est assez unique. Denis est le britannique qui connaît le mieux le PS, de la manière la plus intime. C'est le seul a écrire sur nous ou à notre attention dans la presse française. Voilà de l'internationalisme en acte. Et pourtant ! On ne lui répond pas. On ne controverse pas avec lui. Une fois qu'on a dit "blairisme", la messe est dite si j'ose dire...

D'ailleurs la conversion de Tony Blair au papisme est un élément assez intéressant. Pour les Britanniques, la tentation de Rome vaut bien une tête. Quand les Stuarts ont gouverné au XVIIe siècle, on sortait de l'âge d'or élisabéthain. Les mariages avec les princesses françaises conduisaient les monarques à flirter avec la religion catholique. Cela coïncidait avec l'accroissement des revendications d'autonomie du Parlement emmené par les Communes où les puritains étaient très actifs. Aucun roi d'Angleterre ne pouvait changer de religion depuis la rupture engagée par Henry VIII qui faisait du souverain le chef de l'Eglise d'Angleterre.

Charles Ier fut d'ailleurs renversé par la révolution de 1640 et il fut décapité.

C'est ce passé ancien qui a retenu l'ancien premier ministre dont les sympathies pour le papisme étaient connues.

Un lien de plus avec la droite française dont on se dit que décidément, quand on regarde la proximité que l'UMP et Sarkozy entretiennent avec Aznar, Berlusconi et Bush, en 2003, si Sarkozy avait été au pouvoir, la France aurait probablement participé à la guerre en Irak...

Après le débauchage de quelques uns qui à gauche n'en pouvaient plus, Sarkozy a annoncé le débauchage de Joe Stiglitz et Amartya Sen. C'est comme les comités de soutien, on aligne les noms de gens prestigieux pour s'en prévaloir sur le plan de l'image - il y a eu aussi la tentative d'instrumentalisation d'Edgar Morin - mais c'est surtout parce qu'à droite, rares sont les pères fondateurs qui soient fréquentables. La droite fait faire sa fête à Mai 68 dans quelques semaines. Rappelons-lui qui elle soutenait alors. Alors que la gauche démocratique était sans ambiguïtés à l'égard des totalitarismes d'où qu'ils soient - de Prague à Gdansk, la droite a toujours soutenu les dictatures comme celle de Pinochet. L'anticommunisme a conduit à beaucoup de collusions avec les massacreurs latino-américains. Nos gendarmes ont même formé les leurs dans notre pays.

Mais la gauchisation de la droite conduit aussi à des contradictions que le Président lui-même peine à surmonter. D'ailleurs on l'a vu en quelques temps. Le démantèlement du service public, la contre réforme qui réduit la laïcité, l'eugénisme social, la discrimination économique, le darwinisme dans l'éducation et la prévention de la violence, tout cela n'est pas très progressiste.

Si la droite tente de capter le mouvement propre à la gauche, elle ne pourra jamais cesser d'être le parti conservateur. D'ailleurs c'est ce qu'elle est et c'est que qu'il faut lui renvoyer à la figure. Nous n'avons pas à lui faire crédit de ses succès tant ils sont fictifs et tant ils cachent un visage plus dur, celui, je le dis, de la réaction.

Le temps d’une barbe…

Pierre Moscovici prend peu de vacances. C’est un vrai bosseur. La seule liberté qu’il prend quand tout le monde est ailleurs, c’est d’économiser sa mousse à raser. Du coup, dans le landerneau socialiste parisien, composée parfois de douze personnes, la grande question c’était, new look pour Mosco ? A mille lieues des histoires entre le Sarko et la Bruni !

Depuis cet été, le député du Doubs a pris son envol. Comme d’autres, il a tiré les conséquence du départ de Dominique Strauss-Kahn en se donnant plus de liberté. Du coup, il s’est beaucoup exprimé, apparaissant désormais dans le paysage politique comme une figure « qui n’a pas beaucoup servi », et qui, ayant passé à la fin de l’été le cap de la cinquantaine quitte le statut qui lui collait à la peau de brillant petit frère ou de fils spirituel pour, comme il le dit lui-même « faire pipi tout seul ».

Il n’en faut pas plus pour que l’on se pose alors la question sur ses ambitions. Pour le courant Socialisme & démocratie, la chose est dans quelques têtes, mais personne n’en parle parce que l’intéressé mène sa barque en solitaire et qu’il n’a sans doute décidé qu’une chose : briguer la candidature, mais pas encore donner le coup d’envoi de sa campagne.

Alors, on n’en est encore qu’au stade du désir. Pour le coup, ceux qui le connaissent peu voient en lui un techno froid, distant et cassant, un peu droitier. Les autres, plus indulgents, mieux informés et plus justes devinent son intelligence, un contraste entre assurance et timidité.

Nul doute qu’une fois les élections du printemps passé, on passera à la vitesse supérieure.

Alors grande question « Mosco si ou Mosco no ? » Cela dépend dans quelle situation on se trouve. S’il s’agit de commenter la valeur d’une candidature parmi quatorze, il est assurément le meilleur placé pour mettre le PS au niveau des partis socialistes et sociaux-démocrates modernes que l’on trouve au pouvoir ou dans l’opposition en Europe. Pour le reste, la vraie interrogation porte sur la dynamique qui permettrait de faire échec au duel Delanoë – Royal. Ensuite alors on peut trouver le meilleur candidat pour l’incarner. On le voit bien, ce doit être quelqu’un qui peut rassembler au-delà des seuls rangs « strausskistes ». Où l’on retrouve une fois encore la nécessité d’un front unique dans le parti par-delà le seul courant social-démocrate orthodoxe.

Désirer que Pierre descende d’un étage rue de Solférino pour monter d’un cran dans l’appareil du Parti c’est un chose, créer les conditions d’une majorité politique qui œuvre à la reconstruction, c’est un préalable incontournable.

Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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