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« octobre 2007 | Accueil | décembre 2007 »

L’internationalisme commence par l’Europe

Sur nos cartes d’adhérent, il y a, à côté du poing et la rose, le logo du PSE. C’est dire qu’en adhérant au Parti socialiste, on devient membre du PSE. Mais jusqu’à l’année dernière, cela ne recouvrait aucune réalité. Le PSE était un « parti de partis » et seuls, quelques dirigeants allaient dans des réunions internationales avec d’autres dirigeants qui n’avaient rien des réunions d’une « Internationale ouvrière » où chacun parle dans sa langue et où l’on vote avec enthousiasme des résolutions intraduisibles, persuadé qu’on chacun représente le prolétariat organisé de son pays mais avec enthousiasme parce qu’on est assis entre un camarade belge et un autre qui représente les camarades américains !

L’internationalisme que l’on vante comme une des valeurs essentielles de la gauche, on ne s’en souvient que dans les textes de congrès.

Mais aujourd’hui, dans la pratique, avouons-le, cela n’existe pas tellement. Le rapport du Parti socialiste aux questions internationales a beaucoup changé avec l’exercice du pouvoir. On aborde plus les choses d’un point de vue des relations internationales que d’un point de vue « internationaliste ». D’ailleurs, on sait que dans l’Internationale socialiste, il y a des choses surprenantes quand on sait que le parti de Lula n’y est pas alors que celui de Ben Ali y est ! Le comité d’éthique de l’IS, présidé par Pierre Moscovici a commencé à se pencher sur la question, mais, c’est un travail ardu depuis que la « realpolitik » existe même dans la gauche.

Certes, le monde est devenu complexe, mais il n’y a plus de pratique socialiste des relations entre partis ou entre pays. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir comment on se positionne sur la Russie, Poutine, la Tchétchénie d’un côté et de l’autre, Chavez ou Morales…

Pourtant, il n’en fut pas toujours ainsi.

Rappelons que c’est aussi sous la pression de l’Internationale et en particulier de la social-démocrate allemande qui la dominait alors que les socialistes français se sont réunis pour former la SFIO.

Dans les années 70, militer au PS cela signifiait côtoyer des camarades espagnols, portugais, chiliens ou grecs présents en France pour des raisons douloureuses.

On se rappelle du congrès du PSOE à Suresnes en 1974. Congrès de rénovation, il se tient en présence de François Mitterrand et Willy Brandt. Il voit l’avènement de la jeune génération emmenée par Felipe Gonzalez, ouvrant la voie à la reconquête du pouvoir douze ans plus tard pour quatorze années décisives qui changèrent profondément l’Espagne.

On se souvient de l’amitié personnelle entre Mitterrand et Soares ou entre Mitterrand et Andreas Panpandreou – le PS et le PASOK parvenant au pouvoir à quelques mois d’intervalle en 1981…

Qui se rappelle qu’en 1973, des dirigeants socialistes sont parti à Santiago pour aider à « sortir » des camarades chiliens après le coup d’état de Pinochet !

Depuis, les choses ont changé. Les organisations qui ont précédé le PSE étaient fréquentées par de hautes figures qui avaient connu des moments tragiques de l’Histoire, certaines ont marqué pour longtemps le mouvement social-démocrate européen comme Olof Palme ou Bruno Kreisky.

Chacun se souvient de ce qui restera dans son histoire peut-être, comme « l’Occasion manquée », quand la majorité de l’Europe était gouvernée par les sociaux-démocrates et où la seule initiative qui exista fut la proclamation de la fameuse « Troisième voie » de Blair et du Nouveau centre de Schröder.

Tirant les conséquences de cette époque, la présidence de Rasmussen a constitué un progrès car le PSE a compris qu’il ne pouvait plus être qu’un parti de partis dont l’ambition politique serait toujours retenue par le désintérêt que cause la place des enjeux nationaux qui étouffent le reste, que le sentiment d’appartenance à cet ensemble qu’était l’Europe devait trouver un débouché organisationnel plus durable que les manifestations contre la guerre en Irak ou les forums sociaux ou les contre sommets.

Bref, puisqu’ils existaient des socialistes européens – ou plus précisément, européistes – qu’ils se revendiquaient comme tels, il ne fallait pas s’arrêter à la coordination des directions politiques, mais aller jusqu’à l’organisation de la base.

Dès lors, il y avait deux manières d’aborder le problème. Soit d’un point de vue de l’organisation : quelle articulation entre « la base » et le sommet ? Quelle importance accorder au militant dans une prise de décision sur laquelle tel ancien premier ministre a plus de prise ? Soit d’un point de vue de l’action politique : le PSE n’est pas le parti démocrate américain, avec lequel du reste, il espère créer des points de convergence : il n’existe pas qu’au moment des élections et au Parlement. Il prétend avoir une vie ailleurs qu’à Bruxelles plus fréquente que tous les cinq ans.

Les Français ont été à la pointe du combat pour l’évolution du PSE vers un parti d’adhérents et de militants. Alain Richard a régulièrement plaidé cette cause en tant que vice-président.

Le PSE a lancé l’initiative il y a un an des « PES activists », des militants du PSE. Il s’agit de promouvoir le débat européen dans tous le pays de l’Union, de renforcer l’attention sur les élections. Par exemple, à l’occasion des élections en Pologne, les militants du PSE organisèrent la campagne en faveur du LiD auprès de la communauté polonaise de France. Ce ne sont pas des actions de masse pour le moment, mais ce n’est qu’un début.

Déjà, des militants du PSE avaient participé au congrès de Porto. Désormais, tous les militants des trente partis membres du PSE ont leur mot à dire sur le programme des sociaux-démocrates lors de prochaines élections européennes en 2009. Ce Manifeste va s’élaborer à la base dans une première phase, jusqu’en juin. Il est possible de contribuer en ligne sur le site ad hoc : Manifesto2009.pes.org et de prendre des initiatives comme des groupes de travail par exemple. La voix des militants du PSE de France est déjà connue, il faudra renforcer cette action.

Retour de Sofia

A l'occasion du conseil du Parti socialiste européen, trop court séjour à Sofia pour prendre le pouls de la Bulgarie. Mais assez pour voir un bout de l'enjeu de l'intégration communautaire des pays de cette partie de l'Europe.

La région des Balkans, a longtemps été mouvementéee. Depuis l'Antiquité, l'Europe et l'Asie, le catholicisme, le christianisme orthodoxe et l'islam se sont croisé, affronté et durablement dans cette zone montagneuse. La Bulgarie est certes une culture ancienne, l'antique Thrace a été le berceau de l'alphabet cyrillique, mais la nation bulgare n'a été unifiée, comme souvent ses voisins, tardivement, au terme d'une guerre entre la Russie et la Turquie.

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Le Conseil du PSE à Sofia

Pes_sofia2007 Du 21 au 23 novembre dernier, le conseil du PSE s’est réuni à Sofia en Bulgarie, quelques mois après que ce pays eut rejoint l’Union européenne avec la Roumanie. Le Conseil du PSE se réunit entre les congrès pour débattre sur sujets politiques. Il rassemble un quart des délégués au congrès. Celui de Sofia était stratégique car il se tenait un an après la réélection de Poul Nyrup Rasumssen à la tête du PSE, au lendemain de la sortie de crise avec le traité « simplifié ». Le conseil de Sofia ouvrait aussi le cycle de préparation des élections européennes de 2009 avec le coup d’envoi de l’élaboration du Manifeste 2009, la plate-forme programmatique des socialistes et sociaux-démocrates européens auquel tous les militants sont appelés à contribuer.

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Contestation de la contestation

Depuis maintenant un mois, Nicolas Sarkozy affronte un mouvement social dont l’ampleur dément les pronostics que l’on pouvait faire sur la base des effets de manches du président. Pour la défense des retraites et d’une certaine idée de l’université, pour le pouvoir d’achat et la qualité des conditions de travail pour la justice, ce sont des centaines de milliers de Français, jeunes et « vieux » qui se mobilisent.

On savait que la victoire d’une droite décomplexée donnerait lieu à une politique d’une injustice débridée. On savait que cette fois, la droite, qui au terme de la législature, s’il n’y a pas de dissolution, aura « tenu » ce pays pendant dix ans. Elle aurait tort de ne pas « y aller ». De son côté, la gauche aurait tort de ne pas s’opposer. Mais elle a passé du temps à se demander finalement comment s’opposer, pire, s’il fallait s’opposer. Bien que les socialistes, qui avaient déjà une direction pléthorique, se soient doté, à l’Assemblée nationale, d’un shadow cabinet, ils restent dans l’ombre, comme en marge d’un mouvement où les syndicats sont en première ligne face à un gouvernement qui cherche se donner une image dure, mais qui est ébranlé par la détermination des salariés.

L’idéologie de la dépolitisation

Depuis plusieurs années, parce qu’elle a entrepris un travail de construction intellectuelle de son rapport à la réforme et à l’action politique, la droite a aussi un discours par rapport à la contestation sociale. Si la politique est une question de rapport de force c’est donc l’articulation entre des points de vue divers, des contradictions et la pluralité des solutions pour un même enjeu, or depuis les années Raffarin, on pratique la politique de la « seule solution possible », que l’on présente comme « frappée au coin du bon sens » pour imposer l’idée que c’est la seule voie. Toute autre option est archaïque et comme argument suprême, la droit adore explique « dans tous les grands pays on fait comme cela, il n’y a pas un seul pays où l’on fait comme en France » et quand ça ne suffit pas, elle ose : « dans les pays socialistes ou sociaux-démocrates d’Europe, ils ont fait la même réforme que celle que nous vous proposons ». Cette entreprise perpétuelle de ringardisation de la gauche française est, avouons-le d’autant plus efficace qu’une partie de cette gauche est souvent cocardière et plus attachée au maintien des acquis qu’à la recherche des moyens de les perpétuer en tenant compte d’une situation qui change.

C’est que face à la gauche qui proclame ses idées de gauche, la droite a récemment choisi d’assumer qu’elle était de droite, mais que son idéologie n’était pas de droite puisqu’elle ne veut pas agir « par idéologie » comme le répètent régulièrement les dirigeants de l’UMP. L’idéologie de droite, conservatrice et néo-libérale, s’est imposée pourtant. Non pas par le combat intellectuel, mais par la dissimulation. En cherchant à apparaître comme une question pratique que n’importe qui peut comprendre – on se souvient du registre café du commerce qu’adore Sarkozy. En gommant les aspects controversés, en s’imposant en douceur, cette idéologie a aussi suinté à gauche du coup où, par souci de modernité, on veut bien être de gauche, mais il ne faut pas trop montrer les différences. Mais si la modernité c’est accepter le point de vue de la droite, alors oui, la gauche a capitulé. On nous dira que les choses ne sont pas aussi figées et que « l’économie n’est ni de droite ni de gauche ». On leur rétorquera alors la fameuse maxime d’Alain.

Syndicats « caca » ?

Face à cette loi d’airain de « la seule réforme possible » toute opposition est donc vaine. Toute négociation est donc jouée d’avance. Le dialogue social n’est donc qu’un simulacre.

Certes, au lendemain des élections, on a beaucoup vu des images de Sarkozy, en tenue décontractée, en compagnie des dirigeants syndicaux, osant même le tutoiement. Des images qui contrastent avec le silence assourdissant de l’Elysée sur un mouvement qui constitue la première épreuve de force du pouvoir.
Alors comme à son habitude, la droite joue l’opinion. La politique de la contestation de la contestation avec le renfort des médias qui étaient déjà « complaisants » à l’égard du pouvoir. Pour un militant de gauche, et le Parti socialiste devrait là, faire œuvre de pédagogie, les mots ont un sens. Alors que la mobilisation pour Ingrid Betancourt ne faiblit pas, parler « d’otages » est d’un goût douteux. Plus personne ne veut militariser les syndicats et même à Nanterre, on ne se croise pas en les militants de Sud organisés en milices armées !

Cette victimisation de l’usager par le syndicaliste n’a qu’un but, briser les moyens de l’action collective, délégitimer l’organisation des salariés pour la défense de leurs conditions de travail ou de leurs droits aussitôt renommés « privilèges ». On aboutit à une inversion dangereuse pour le droit du travail dans ce pays. La généralisation des situations individuelles où il n’existe plus de protection parce que certains prennent des « risques » conduit à percevoir le droit du travail dans sa nature même comme un carcan social obsolète, contraignant et menaçant pour la productivité.

En mettant le projecteur non pas sur les causes politiques, mais sur les effets pratiques des grèves, on participe de cette logique de l’individu contre la société. En pariant sur l’impopularité d’un mouvement dont les motivations sont travesties, on crée une situation où finalement, la lutte sociale est vaine. Pourtant, il faut le dire, la réforme des régimes spéciaux n’améliorera pas le sort du régime général, mais en revanche, elle en prépare le démantèlement.

Barack vs. Hillary ?

Passage obligé pour quiconque s’intéresse au destin des démocrates en 2008. Qui va l’emporter ?

Dans l’ensemble, les candidats démocrates présentent mieux que les républicains. Mais deux se sont échappés du peloton et en attendant de savoir si Al Gore entrera dans la course, chacun mesure les chances, les soutiens et les progressions de Barack Obama et d’Hillary Clinton. Pour le moment, ceux qui se disputent l’investiture du Parti démocrate rivalisent aussi dans la collecte de fond pour le financement de leur campagne. Si Hillary Clinton s’appuie sur son époux, l’ancien président Bill Clinton, Obama peut compter sur le soutien de Steven Spielberg, de David Geffen (l’autre patron des studios Dreamworks avec Spielberg et Jerry Katzenberg). A cela, il faut ajouter George Clooney – qui pense que le soutien des stars d'Hollywood, pour déterminant qu’il soit sur le plan financier, peut-être contre-productif s’il est trop voyant, Oprah Winfrey, jusqu’à la fille de Rudy Guiliani, l’ancien maire de New York, un des candidats à l’investiture républicaine !

En tout état de cause, comme en France, la victoire de l’un des deux sera une révolution. Une femme face à un fils d’immigré. Dans ce pays de toutes les libertés et de toutes les opportunités que sont les Etats-Unis, ce serait tout un symbole, tardif certes, mais logique.

Hillary Clinton passe pour une « gauchiste » aux yeux des Républicains. Ils n’ont pas oublié sa tentation d’amélioration du système de sécurité sociale alors que son mari était à la Maison blanche. Mais depuis qu’elle est entrée au Sénat en 2008, elle a cherché à se recentrer. Elle a soutenu les interventions militaires en Afghanistan et en Irak. Elle a déclaré vouloir restreindre l’avortement. Surtout, sans se dédire par ses votes, elle semble séduire de plus en plus l’Amérique profonde. Mais à terme, cela représentera un nœud de contradictions qu’il sera difficile risque de lui être fatale. Barack Obama lui reprochant ses revirements au sujet de la guerre en Irak, de la torture ou de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) lui a lancé lors d’un récent débat télévisé : « diriger ne signifie pas changer de position quand c'est politiquement commode ».

Pourtant, certains pensent qu’il ne faut pas voir la campagne actuelle comme un match entre « Hilzilla et Obambi » selon la délicieuse formule de l’éditorialiste du New York Times, Maureen Dowd. Obama est jeune, les républicains sont vieux, les quadras américains et les plus jeunes ne peuvent véritablement se reconnaître dans des vétérans des années 60. Si Hillary Clinton constitue une transition attrayante, Obama incarne une rupture intéressante.

Certains rêveurs pensent que l’on pourrait utilement rassembler ces deux talents en faisant de l’un le colistier de l’autre, de préférence avec Obama comme candidat à la vice-présidence…

Il reste que la sénatrice de New York, bien que représentante d’une bourgeoisie de la côte Est peu en phase avec l’immense majorité du pays est par contre bien en phase avec l’establishment progressiste qui oscille entre libéralisme et conservatisme parce qu’il est encore marqué par les deux défaites de 2000 et 2004 et que comme souvent quand les conservateurs gouvernent longtemps, c’est une gauche recentrée qui leur succède comme on l’a vu en Grande-Bretagne.

Un air de Black Caesar

Americangangster11 Bien qu'on soit pour la justice et contre les méchants, le crime a toujours payé dans la littérature et dans les films ou les feuilletons télévisés. Il y a un style, une esthétique et parfois même une éthique, un code de l'honneur chez les bandits dont le caractère négatif peut être relativisé quand on constate combien la justice peut être imparfaite ou les flics eux-mêmes, parfois corruptibles...

Qui n'a pas été séduit par la sophistication d'un Don Corleone ou par la gouaille d'un Tony Montana...

Ces deux chefs d'œuvre du genre viennent vite à l'esprit quand on regard l'affiche du dernier Ridley Scott. Même choix d'un noir et blanc stylisé où seul le rouge est mis pour souligner le tragique qui va se jouer.

Rien que l'affiche d'ailleurs donne envie. Ridley Scott qui a réussi aussi bien la science fiction que le film de geurre ou le péplum. Russell Crowe qui touche autant en gladiateur qu'en flic musclé de Los Angeles... Quand à my main man Denzel W, depuis Training Day, on sait qu'il sait aussi y faire, avec le même charisme qu'il avait développé dans Malcolm X ou plus récemment dans Remember the Titans.

American gangster, qui sort ce 14 novembre sur les écrans français, n'est pas sans rappeler certains des films que l'on a fait dans les années 70 du temps de la fameuse  "blaxploitation". Un cinéma calibré pour le public afro-américain, avec des héros noirs qui mènent la vie dure à des méchants blancs.

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Octobre rouge

Une des figures imposées du journalisme politique est de pronostiquer par avance des rentrées sociales chaudes pour le gouvernement en place. Ce n’est pas toujours le cas. Mais depuis qu’on a passé le cap des Cent jours, l’effet Sarkozy commence à produire ses effets. L’omniprésence conduit à la saturation et à la nausée. Mais la France vomira-t-elle la droite pour autant dans la rue d’abord à la faveur des mobilisations sociales puis dans les urnes au moment des municipales ? Il est beaucoup trop tôt pour le dire et surtout, les choses, on le sait, ne sont pas si mécaniques.

Il reste que le président Sarkozy commence à toucher les limites de l’astuce qui consiste à faire croire qu’agitation vaut action. Voilà un président qui se prend pour un cow boy, et qui moque le gouvernement fantoche est partout à la fois, c’est-à-dire nulle part, occupant tout l’espace médiatique au point que cela finit par poser une question démocratique essentielle. Plus un jour sans une BA quotidienne de l’Elysée.

La dernière période a confiné au grotesque. Pendant que certains profitent du repos dominical pour aller se balader, le voilà en Moïse au Tchad pour aller chercher quelques uns des accusés de l’affaire de l’Arche de Zoé, ajoutant au cafouillage magistral de cette ténébreuse affaire qui a valu à juste titre un déluge de critiques sur l’amateurisme auquel le Quai d’Orsay est habituellement étranger. L’image de Chirac et Pasqua en 1988 avec les otages au Liban est trop connue pour que la manœuvre trompe qui que ce soit.

Plus tard, on le voit rejouer le film de la dalle d’Argenteuil, cette fois-ci avec les pêcheurs bretons, quelques jours après qu’il se soit invité à une AG lors d’une grève il y a quelques jours. Depuis, il a fait son La Fayette à Washington avant de parader bientôt, pour le plus grand malheur d’une partie de la gauche, au côté d’Hugo Chavez.

Les Français pourtant, n’ont pas élu Jack Bauer. Mais ils ont cet agité qui commence à montrer ses limites. D’abord parce qu’il a creusé un tel écart avec le peloton gouvernemental, qu’il sera autant isolé que son gouvernement sera impuissant face à la grogne et du coup, les deux têtes de l’exécutif n’auront comme option que le raidissement ou la capitulation.

Fonctionnaires, cheminots, marins pêcheurs, sans-logis, sans papiers, professions de la santé, et maintenant les étudiants qui entrent dans la danse, tout cela a un parfum, mais pas encore une consistance. Si même la police s’y met, on ne sera pas loin d’une nouvelle révolte des gueux, comme en 1907 en Languedoc-Rousillon. Sauf que ces mouvements ne convergent pas, ils ne trouvent pas le ciment politique que la gauche pourrait leur apporter. C’est aussi une vieille ficelle de la droite que de faire croire que tout cela n’est qu’un mouvement de revendications catégorielles de privilégiés ou d’agitateurs hostiles à toute réforme.

Si on ne vaut pas d’une rénovation manquée ou trahie, il faut que face à l’imposture Sarkozy, on détecte la présence du Parti socialiste au côté des grévistes, dans la réflexion avec les syndicats sur les alternatives possibles. La reconquête n’est pas une question simplement de moment et de retour de balancier autour d’un PS qui devrait reste immobile pour ne rien perdre, elle est un mouvement dynamique perpétuel. C’est un travail intellectuel et de recherche de résonance avec le monde tel qu’il est pour montrer que face à la droite, enfin, la gauche est de retour.

Que faire de 1917 quand on est social-démocrate ?

A la faveur de la Première guerre mondiale, l'année 1917 marque le début d'une nouvelle relation entre les Etats-Unis et l'Europe, le début de la question du Proche-Orient comme un sujet de géopolitique majeur mais surtout elle est le moment où la révolution bolchevique va ébranler le monde pendant, finalement plus de dix jours.

De nos jours, on entend peu les anciens nostalgiques ou les nostalgiques de toujours commémorer l'événement ou tenter d'en démontrer l'actualité. Ni le PCF, ni les principaux partis d'extrême gauche ne se sont fait connaître par cet anniversaire et on doute que c'est parce qu'ils se réservent pour le centenaire ! A la LCR on préfère continuer de parler du Che. Est-ce à dire que comme le disait lui-même Trotski à l'égard des acteurs non bolcheviks d'Octobre que tout cela est bien parti pour finir dans les poubelles de l'Histoire ?

Il ne faut pas aller si vite...

Pourquoi Octobre 1917 a tant marqué les esprits ?

Parce que pour certains, ce fut la prise de pouvoir par les ouvriers, le renversement d'une classe par une autre et pour les autres, l'impression que finalement, c'était possible. C'est surtout la première tentative d'ampleur de passage à la pratique pour le camp socialiste révolutionnaire. On a montré depuis combien les événements, avant réécriture, le bilan et parfois même les motivations ne font pas de 1917 le 1789 du XXe siècle. Mais cela a montré d'emblée, qu'un autre monde était possible comme on ne disait pas encore.
On ne peut plus juger Octobre 1917 sans le replacer en effet dans ce que l'on sait depuis. Mais il faut être juste. Un moment révolutionnaire ne se déroule pas avec des acteurs qui, à l'inverse de leurs successeurs, connaissent la suite du film pour ne pas dire la fin.

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Toutes les France

Ttfce Lundi 5 novembre, j'étais l'invité d'Ahmed El Kheiy dans son émission Toutes les France, diffusée à 19h45 sur France Ô. L'émission est maintenant aussi disponible sur le site de la chaîne. Elle dure 52 minutes.

Ce programme a l'intérêt d'être le seul de ce genre dans le service public où l'on peut débattre de divers sujets sans qu'il s'agisse des éternels experts abonnés aux plateaux télé. Puisque nous sommes dans une société médiatique, le fait de donner la parole à des personnalités plus diverses est un élément d'enrichissement du débat démocratique.

J'y participe avec Karim Zeribi, Gaston Kelman et la démocraphe France Guerin-Pace sur le thème "Qui sont les Français ?"

Un sujet intéressant, truffé de lieux communs si on n'y fait pas attention. L'approche de France -Guérin-Pace, qui travaille à l'INED me plaît particulièrement car cette chercheuse qui est géographe de formation, a décidé de travailler sur la notion de territoires. En étudiant les parcours des gens qu'elle interroge, elle constate une diversité des trajectoires qui fait qu'on s'identifie certes à des origines, à une histoire, mais aussi aux lieux où l'on vit, où l'on a vécu, voire à ceux où l'on souhaite vivre, même sans jamais y avoir mis les pieds.

Le territoire est donc un lieu d'identification, un facteur de fierté comme de discrimination aussi. les migrations choisies ou subies créent une transversalité des parcours qui permettent de tordre le coup aux réflexes trop fréquents de "renvoi aux origines".

Le sentiment d'appartenance ne se construit pas de la même manière selon que l'on se sent intégré sur le plan économique, social ou culturel, selon que l'on se sent exclu ou non. L'éducation joue ici, une fois encore un rôle majeur.

Selon notre capacité à objectiver les rapports à l'identité, notre capacité à trouver notre place dans une société multiculturelle qui ne s'assume pas, nous pouvons plus ou moins facilement nous émanciper d'une histoire que certains comme Kelman peuvent penser comme "contraignante". Pour l'écrivain à succès qui a justifié la création du ministère de l'identité nationale et de l'immigration, l'identité c'est ce qu'on est et pas ce que l'on nous renvoie. Je ne crois pas que les choses soient si simples.

Avec Karim Zeribi, nous convergeons sur le rôle de la République. La nation est un concept de gauche à l'origine qui n'a rien à voir avec une quelconque notion ethnique. Il faut que la République continue de fonctionner dans une société tiraillée par toutes sortes de replis à cause de la mondialisation, à cause du doute dans le "génie français".

C'est de nouveaux héros, de nouveaux modèles, de nouveaux mythes fondateurs dont on a besoin pour que les Français banalisent la réussite de ceux qui ne ressemblent pas au "groupe majoritaire". Le malheur est que les élites se reproduisent selon les mêmes rites et que l'on pense le "métissage" de manière superficielle, en étant l'otage des conventions morales et des risques électoraux. On parle donc de "diversité républicaine", on fait dans l'image, mais rien n'infuse. Si on ne s'attaque pas à l'éducation à tout ce qui forme les imaginaires, on n'y parviendra pas et les constats d'échec nourriront les replis identitaires.
Il s'agit de dépasser l'Histoire qui peut expliquer beaucoup de choses, mais qui ne doit rien justifier. La question doit devenir politique : veut-on construire un projet commun ? Si oui, comment ?

On ne peut pas non plus penser cette question sans dire un mot sur l'individualisme. Par le passé, l'engagement se faisait dans des causes politiques totalisantes car il existait encore des messianismes idéologiques et parce que l'on pensait que l'intégration économique et politique étaient le moyen de réussir l'intégration sociale. Aujourd'hui, chacun retire ses billes. On recommence à faire le tri. "Puisque la France ne veut pas de moi, je ne veux pas d'elle", "la France aimez-là ou quittez-là", on fait de "l'immigration choisie" un programme politique...

Bref, si on parvient pas à créer les conditions d'une communauté de projet, on nourrira les bases d'une société du rejet.

Les socialistes et la Nation

« Un peu d’internationalisme éloigne de la nation, beaucoup d’internationalisme ramène à la nation. » Jean Jaurès

Parmi les thèmes majeurs retenus par la direction du Parti socialiste dans le cadre du débat sur la rénovation, il y a celui du rapport des socialistes à la Nation. Un sujet qui a retrouvé une importance dans la dernière période avec la manière dont Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se sont approprié ce thème, dans une perspective que les socialistes combattaient ou qu’ils avaient perdu de vue depuis longtemps.

Est-il utile de se poser la question aujourd’hui ? Oui car la Nation est à l’origine en France, une « invention » de la gauche dont le premier combat, avant celui pour le socialisme, fut le combat pour la République.

La question nationale, si on la croit importante, doit être traitée avec sérieux, d’un point de vue de gauche. Si on pense qu’à l’époque de la mondialisation et de la construction européenne elle n’est plus aussi pertinente, il faut avoir le courage de le dire. Il ne faut simplement pas, s’en saisir uniquement pour ne pas être en reste face à la droite. La gauche a toujours ou longtemps eu un discours sur la Nation, une relation étroite entre la Nation et l’Etat. Elle peut évoluer et déclarer ce cadre obsolète, mais il faut argumenter.

Il ne faut pas avoir peur de cliver fortement, dès la définition, avec la droite sur ce sujet car d’un point de vue historique, la divergence avec la droite relève de quelque chose de plus tranché qu’une simple nuance.

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Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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