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« avril 2005 | Accueil | juin 2005 »

L'attaque du clone...

Ca y est, ou au moins on en a l’impression. « On va pouvoir se faire Fabius ». C’est le cri du cœur de toute une génération de militants socialistes qui depuis le milieu des années 80 tient l’actuel numéro 2 du PS pour le symbole absolu du dévoiement d’un Parti socialiste parvenu au pouvoir. C’est injuste car Laurent Fabius incarne précisément une évolution inavouée de la gauche. Un embourgeoisement des socialistes et une notabilisation des élus.

Avec Laurent Fabius, il y a toujours deux idées ou deux sujets. L’homme est d’une froideur reptilienne et son triptyque c’est, comme dit souvent ma mère : « du calme, du sang froid et de la dignité ». Il en faut pour ce vieux lifté. Fabius appartient par son âge à la génération de ses adversaires actuels, mais il est assez vieux pour être un mentor – surtout, il a gouverné avec la génération des retraités qu’il fustigeait récemment – Michel Rocard, Jacques Delors, Pierre Mauroy, Robert Badinter... Et Lionel Jospin. Il était jeune alors, mais, il a cavalé vite.

A bientôt 60 ans, l’ancien Premier ministre est un des rares à pouvoir rassembler deux générations autour de lui.

Les fabiusiens, c’est cette caste de socialistes qui a digéré mieux que d’autres la conversion de 1983, les douceurs du pouvoir et le cynisme de la politique. Ils ont été de ceux qui ont reproché à Lionel Jospin l’inventaire du mitterrandisme. J’ai rarement réussi à parler de fond avec un « fab » comme on dit par chez nous. Mais l’antifabiusisme fût il structurant à certaines époques dans les batailles internes du PS est une imbécilité. Autant parce que c’est un sectarisme sans objet que parce qu’il renforce l’homme, habitué à l’adversité.

Un clone ce Laurent le Magnifique. En tant de points Laurent Fabius copie Mitterrand qu’il en copiera aussi les défauts car il doits avoir mieux que quiconque que les moules sont faits pour être brisés après qu’ils ont servi. Mitterrand se serait-il battu les couilles du vote des militants ? Pas sûr. En même temps, ce n’est que quelques jours après avoir adhéré au PS qu’il en prit la tête à Epinay. Alors, de Laurent Fabius on peut dire ce que Guy Mollet disait de Mitterrand, « Laurent Fabius n’appartient pas à la gauche radicale, il a appris à en parler la langue ». Mollet ? Oui, on ne fêtera pas le centenaire de Guy Mollet (1905-1975) cette année, et pourtant, Fabius c’est le molletisme à l’envers. Un socialisme moderniste précurseur de la révolution blairienne, dix ans avant ouvert au libéralisme avant un virage vers un langage radical dont aucun acte n’a jamais donné la moindre crédibilité...

La revanche des Sith... a eu lieu

Comment comprendre ce qui s'est passé ? On ne pond pas une analyse comme on coule un bronze. Quelques heures après ce résultat historique expression folle d'une France hystérique que dire ? Il ne faut pas avoir honte d'être Français. On savait que dans les référendums, les gens ne répondent pas toujours à la question posée. On savait que nous sommes dans une démocratie punitive ou une société dépressive. Depressive car l'expression de la colère ne change pas la politique qui est menée. A-t-on pour autant déjà perdu la présidentielle de 2007 ? Non. Ce qui est sûr, c'est qu'on sortira de l'ambiguïté notamment au Parti socialiste ; que les diviseurs auront beaucoup de mal à récolter les fruits de leur collusion avec la gauche conservatrice et radicale et que le ressentiment sera tel au PS qu'il faudra ouvrir une perspective pour canaliser l'envie d'en découdre et assurer l'avenir. La vengeance ne fait pas une politique et les purges ne font pas un projet. De sombres heures nous attendent !

Que le non gagne ou non…

Les diviseurs et les minoritaires ne pourront plus, avant longtemps nous faire le coup de la démocratie. Ils l’ont voulue, elle s’est présentée et ils l’ont souillé comme s’il s’agissait d’une pauvresse qu’on prétend défendre le jour, mais qu’on prend plaisir à trousser en réunion dans les caves d’immeubles de l’autre côté du périph. Et surtout, elle ne doit pas la ramener.

Jusqu’à maintenant, on reconnaissait à Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélenchon ou Laurent Fabius d’avoir le sens du parti. Même quand les affaires les plombaient, souvent injustement, le parti ne ménageait pas sa solidarité. Anciens premiers secrétaires, ils connaissaient mieux que d’autres les limites à ne pas franchir, les règles d’airain à respecter.

Se rendent-ils comptent que leur saloperie ajoutée à la faiblesse d’une direction qui n’a pas voulu les sanctionner ouvrent une boîte de Pandore : la fureur de la populace socialiste qui, comme la plèbe de Suburre, qu’on croit appâter avec du pain et des jeux voudra voir le sang couler dans l’arène.

Ils le savent ceux qui s’accouplent avec les staliniens que la purge n’épargne personne.

Que le non gagne ou non, il y aura une fracture au sein du parti socialiste. O bien sûr, la vieille dame centenaire en a vu d’autre. Elle a connu les trahisons molletistes, le cynisme mitterrandien, l’anti-fabiusisme et l’anti-rocardisme primaire qui, avec le gang des R 25 ont souillé l’idéal socialiste dans les années 80 et 90. Mais jamais cette vieille dame ne s’était faite prendre de la sorte. Ecartelée sur la place publique et possédée à tour de rôle par tout ce que la gauche compte de masochistes, de populistes, d’extrémistes, d’ingrats, d’ambitieux et de petits potentats de province. Ses râles ? de l’intimidation. Ses cris ? des contre vérités…

Le 30 mai au matin, ce sera Dies Irae pour longtemps…

Le terrorisme intellectuel des partisans du "non"

A quelques jours du vote, quelques réflexions alors que les esprits s'échauffent ici et là. Tous les arguments sont connus, toutes les arrières pensées aussi. Ce qui est toujours très frappant, c'est la manière dont la déliquescence peut s'installer dans la tête des gens. C'est la raison pour laquelle, une fois encore, je salue la noblesse d'attitude de mes caramades du NPS.

La démocratie s'arrête là où commencent les intérêts de la majorité

C'est ce que théorisent parfois avec raison les minoritaires dans une organisation politique. Ce qui permet à certains de se drapper dans les habits si confortables des victimes et taxer les autres de "stalinien" par exemple. Là ce qu'on a vu c'est le mépris de la démocratie.
Au congrès de Dijon, ils étaient beaux les discours sur le culte de la base, la parole militante et les haros sur les directions parisiennes. C'est beau aussi de dire "il faut donner la parole aux militants", "il faut que les militants tranchent". Le problème c'est qu'à force de leur marcher sur la gueule, qu'on soit issu de l'énarchie de la rive gauche de la Seine ou de la noblesse des Landes, du Nord ou de Normandie, les militants vont finir par trancher autre chose que des orientations politiques. Ce sera, à nouveau la menace de Valence.

Des militants socialistes agressés... pas par le FN ou les anarchistes, mais par d'autres militants socialistes !

Le "oui" doit arranger le "non"

C'est en tout cas ce que pensent les partisans du "non" qui ont l'outrecuidance de faire la leçon au "oui". Toute critique est forcément infondée, toute contradiction pointée chez une personne est une "attaque personnelle", toute affirmation est un "procès d'intention" et toute esquisse des suites une "intimidation". Le problème est qu'en politique, rien n'est inoffensif. Rien n'est sans conséquence. Si on veut se faire plaisir sans que cela ne pose de problème à personne, il y a les jeux de rôle ou les groupuscules trotskistes pour cela.

On nous parle de matraquage médiatique et de propagande gouvernemental. Venant du Parti communiste, ça fait rire... Ne faut il donc rien penser qui ne froisse les partisans du "non" qui eux ne reculent devant rien. Voter Chirac une deuxième fois ? Non, Voter contre Le Pen une deuxième fois ? Trois fois oui ! Personne ne s'est plaint de l'omniprésence médiatique des partisans du "non" au début de la campagne. Personne ne se plaint des évolutions éditoriales de tel ou tel journal. Et si le gouvernement décidait de ne pas soutenir le traité au nom de la grandeur menacée de la France que se passerait-il ?

Alors, pour finir on nous parle d'unité et de rassemblement. Laurent Fabius tient très bien ce discours. Il doit se rendre compte que dans son parti, sans lequel il n'est rien, nombre de militants lui en veulent. Il y a eu une époque où dans le jargon la ligne "TSF" existait. On avait heureusement fini par la couper. Il vient de la réactiver...

Que la force soit avec toi !

Un mois de silence ! C'est pas faute d'avoir tenu la plume pour la bonne cause, celle du "oui" au référendum. Dans un énième élan de narcissisme, ces productions seront disponibles bientôt. Au menu, une interview de Jeremy Rifkin, une de John Monks, quelques articles d'argumentation et un papier sur les élections en Grande-Bretagne qui m'a valu mon premier "courrier des lecteurs". Un petit moment de gloire. Et puis j'oubliais, un tract sur le "oui" sous l'influence de la Revanche des Sith.


Ep7


Troisième victoire du New Labour :

Four more years !

La victoire du parti travailliste aux élections législatives du 5 mai dernier ne manquera pas de faire image dans les esprits de la gauche française Voilà que le New labour, dont la victoire avait précédé d’un mois exactement celle des socialistes français gagnent pour la troisième fois les élections, battant le record des conservateurs qui avaient, 18 ans durant, été plébiscités par les urnes, ce qui leur avait permis de casser toutes les conquêtes de vingt ans de politique de gauche avant elle.

Certes, il y a eu la politique aventureuse irakienne et les mensonges de Blair dont l’autoritarisme est régulièrement dénoncé. Aucun peuple ne pardonne à ses dirigeants de l’entraîner dans une guerre dont il ne veut pas, mais dont il voit tous les soirs les ravages à la télévision. Mais avant ça, huit années de gouvernement au cours desquelles les travaillistes au pouvoir ont augmenté les salaires. Le SMIC qu’ils avaient créé en 1997 est maintenant plus élevé que le nôtre. L’économie britannique jouit d’une croissance plus forte que celle de la zone euro. Le chômage est à 4 %, les revenus sont attractifs, ce qui fait remplit les caisses de l’état qui, contrairement à ce que théorise Blair, investit largement dans les services publics. Keynes aurait-il survécu à la Troisième voie ? Possible. Le système de santé s’est amélioré, le système éducatif aussi et si on est loin du compte, les choses ont bougé tant et si bien que la carte électorale de 2005 est encore celle de 2001 et de 1997. Le vote populaire est travailliste alors que les classes moyennes ont voté pour les libéraux démocrates qui progressent de 4 points. De son côté, le New Labour a perdu 4 points, alors que les tories n’ont progressé que d’1,3 %. Les travaillistes ont fait campagne sur la continuité de leur action et sur le rejet du retour des conservateurs », ce qui fut efficace.

Les libéraux démocrates, troisième force du pays, ont surfé sur le rejet de la guerre et tenté de déborder le Labour sur sa gauche pendant que celui-ci continuait d’élargir son spectre au point de contraire le parti conservateur, toujours en panne de chef (quatre en huit ans) à surfer désormais sur la vague xénophobe et sécuritaire. De fait, les 4 points de progression sont la marque qu’une partie des Britanniques a voté plus à gauche que d’habitude. Mais le système électoral est implacable et le vote utile reste le réflexe majoritaire.

Tony Blair, bientôt président de l’Union européenne et du G8, doit bientôt relever le défi du référendum sur le Traité constitutionnel, une bataille rude pour un pays traditionnellement eurosceptique, qui pour une fois, regardera beaucoup de l’autre côté du Channel le soir du 29 mai pour fixer son avenir.

Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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