L'attaque du clone...
Ca y est, ou au moins on en a l’impression. « On va pouvoir se faire Fabius ». C’est le cri du cœur de toute une génération de militants socialistes qui depuis le milieu des années 80 tient l’actuel numéro 2 du PS pour le symbole absolu du dévoiement d’un Parti socialiste parvenu au pouvoir. C’est injuste car Laurent Fabius incarne précisément une évolution inavouée de la gauche. Un embourgeoisement des socialistes et une notabilisation des élus.
Avec Laurent Fabius, il y a toujours deux idées ou deux sujets. L’homme est d’une froideur reptilienne et son triptyque c’est, comme dit souvent ma mère : « du calme, du sang froid et de la dignité ». Il en faut pour ce vieux lifté. Fabius appartient par son âge à la génération de ses adversaires actuels, mais il est assez vieux pour être un mentor – surtout, il a gouverné avec la génération des retraités qu’il fustigeait récemment – Michel Rocard, Jacques Delors, Pierre Mauroy, Robert Badinter... Et Lionel Jospin. Il était jeune alors, mais, il a cavalé vite.
A bientôt 60 ans, l’ancien Premier ministre est un des rares à pouvoir rassembler deux générations autour de lui.
Les fabiusiens, c’est cette caste de socialistes qui a digéré mieux que d’autres la conversion de 1983, les douceurs du pouvoir et le cynisme de la politique. Ils ont été de ceux qui ont reproché à Lionel Jospin l’inventaire du mitterrandisme. J’ai rarement réussi à parler de fond avec un « fab » comme on dit par chez nous. Mais l’antifabiusisme fût il structurant à certaines époques dans les batailles internes du PS est une imbécilité. Autant parce que c’est un sectarisme sans objet que parce qu’il renforce l’homme, habitué à l’adversité.
Un clone ce Laurent le Magnifique. En tant de points Laurent Fabius copie Mitterrand qu’il en copiera aussi les défauts car il doits avoir mieux que quiconque que les moules sont faits pour être brisés après qu’ils ont servi. Mitterrand se serait-il battu les couilles du vote des militants ? Pas sûr. En même temps, ce n’est que quelques jours après avoir adhéré au PS qu’il en prit la tête à Epinay. Alors, de Laurent Fabius on peut dire ce que Guy Mollet disait de Mitterrand, « Laurent Fabius n’appartient pas à la gauche radicale, il a appris à en parler la langue ». Mollet ? Oui, on ne fêtera pas le centenaire de Guy Mollet (1905-1975) cette année, et pourtant, Fabius c’est le molletisme à l’envers. Un socialisme moderniste précurseur de la révolution blairienne, dix ans avant ouvert au libéralisme avant un virage vers un langage radical dont aucun acte n’a jamais donné la moindre crédibilité...


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