Tel est l’enjeu du congrès. Pour les partisans de Ségolène Royal, il y a un goût mal retenu de « match retour » ou de « deuxième mi-temps » après la phase de l’investiture et la campagne présidentielle dont on a mis du temps à reconnaître qu’elle avait débouché sur la troisième défaite consécutive des socialistes à l’élection la plus importante.
Longtemps, la critique a plus porté sur l’hostilité du parti et son absence de soutien que sur les faiblesses du projet ou les erreurs de la candidate. On ne va pas refaire l’histoire ni la prolonger excessivement autrement que pour en tirer des leçons. L’inventaire de la dernière période doit être fait pour ouvrir une nouvelle période. Bien sûr, dans les biographies qui seront écrites dans le futur on pourra très bien lire que la défaite de 2007 était plus que probable, elle était inéluctable, mais utile pour « purger le vieux parti » et le remplacer par un autre. On n’y est pas encore et pour pouvoir l’écrire, il faut une victoire éclatante en 2012 et là non plus, on n’y est pas encore.
J’ai écrit « coup d’état » pour parler de la manière dont je percevais la stratégie de Royal et ses amis et visiblement, j’ai encouru l’ire de lecteurs, dont je ne sais d’ailleurs si ce sont des camarades – ce qui est secondaire…
Le mot a pu paraître dur, mais l’idée est la suivante. A la lumière de l’Histoire, le ségolo-royalisme (là, c’est de l’humour), a un parfum péronisme. On l’a déjà écrit. C’est la formule la plus « juste »… Car le Parti justicialiste se situait bien dans cette veine de gauche, populiste et populaire, un brin nationaliste. Le soutien populaire était large, mais l’opposition était « tenue ». Or comment fonctionne le système Royal ? « Il faut que ce soit elle ». « Elle n’est pas comme les autres ». Dans la campagne interne pour l’investiture, il fallait la soustraire au débat pour « ne pas l’abîmer ». Il fallait même que les autres candidats se retirent.
Quand elle dit aujourd’hui « je n’ai pas de concurrents », la phrase est à double sens. Cela veut dire à la fois qu’elle ne situe pas dans une logique de conflit avec d’autres socialistes, ce qui est bien, mais qu’elle n’estime pas devoir convaincre qu’elle est meilleure qu’un autre. Bref, il y a un fort désir de gagner sans combattre, de l’emporter sans lutter, voire même de changer les règles du jeu pour lui assurer une victoire.
C’est moins Ségolène Royal que je critique dans cette phase de congrès que ses amis, plus rompus qu’elle aux joutes d’appareil. On comprend aisément que ça lui passe au-dessus du cigare parce qu’honnêtement, l’écart entre la forme et le fond est tel qu’on ne peut que souhaiter que nos congrès se déroulent autrement.
C’est en ce sens que je parle de « coup d’état » : c’est une prise de pouvoir par la tentative de s’imposer de l’extérieur en pensant que la saturation médiatique va compenser les carences politiques car un congrès c’est d’abord un moment de débat qui doit permettre de persuader les gens sur son orientation.
En outre, si sur le fond, Royal est « réformiste », « social-démocrate » et « moderne », on voit bien qu’elle et surtout ses amis voudraient « gagner seuls ». Bref, une fois encore, répétons-le, la président de Poitou-Charente doit descendre dans l’arène pour combattre si elle veut récupérer les oreilles et la queue.
Même si je suis mal placé pour « donner des leçons de gauche », je crois être dans le bon parti si je milite contre la présidentialisation. Rappellons juste ce qu’est un président de la République française. C’est un monarque républicain puisqu’il n’est responsable devant aucune assemblée. Est-ce compatible en tout point avec une conception socialiste du pouvoir ? En tout cas, ça ne va pas de soi. Curieux d’ailleurs que le député de la Nièvre n’ai pas assez lu les textes d’un de ses illustres prédécesseurs. Certes, il paraît que « le monde a changé, donc le socialisme doit changer », mais ce genre de formule ne clôt aucun débat, bien au contraire.
Le socialisme démocratique ne peut s’épanouir dans l’augmentation des pouvoirs d’un seul homme.
Si on observe avec une inquiétude bienvenue les dérives du sarkozysme, on ne peut impunément dire n’importe quoi ou alors… Eric Besson a raison sur toute la ligne.
Alors, contre la présidentialisation, oui, la démocratie. Il faut réfléchir à la manière dont le parti peut s’ouvrir encore plus et à la contradiction qui existe entre la démocratisation qui est une exigence moderne et la personnalisation qui est une tendance de notre temps…
Ce n’est pas facile, mais si on résout cette équation, dans le congrès, on aura franchi un grand pas.
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