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I kité nou, mé i ké toujou' la

Cruel avril ! Pas de mots pour dire la peine qui nous envahit... Si vous pensez que Césaire n'était qu'un poète "régional", vous vous trompez. C'était comme Victor Hugo et Nelson Mandela à la fois. Il a redonné au Noir, l'homme, l'épithète et la couleur, sa fierté, sa dignité mais ni dans l'arrogance ni dans le ressentiment. Puisque nous Antillais sommes les enfants improbables d'un Viol initial et d'un déracinement total, eh bien soit. La greffe a pris, les racines ont plongé dans ce que l'Humanité sait faire de mieux, faire culture.

C'est avec le "Discours sur le colonialisme" que j'ai passé mon oral du bac de français. En Martinique, Césaire était trop présent simplement pour être une espèce de totem intouchable. Quand on entrant "En Ville", on ne pouvait ignorer les quartiers de Trenelle, de Citron, de Volga ou du Canal Levassor. Les gens qui habitent là, savent ce qu'ils lui doivent.

La figure était celle d'un exemple : ces vieux nègres comme le Médouze de Rue Case-Nègre, nèg chabon avec un accent de France, qui maniait même le serbo-croate, alors même que, poète de la négritude, on ne l'a pas souvent pris en flagrant délire de créolitude.

La semaine prochaine, je verrai Fort-de-France avec une autre saveur... Il n'était pas si présent que cela dans nos vies, mais alors que l'Antillais ne lit pas assez, il y a au moins une fois dans sa vie lu un texte de Césaire. Et c'est bien assez...

Homme de gauche, intellectuel actif, il ne s'est jamais trompé, ce qui est rare pour les savants engagés de notre temps.

Il nous a quittés, mais il sera toujours là dans nos mémoires et dans nos bibliothèques et c'est déjà beaucoup ! Que la France lui accorde des funérailles nationales, c'était bien le moins...

L'état de la gauche martiniquaise

Puisque tout le monde pense à Césaire, quelques mots sur la gauche en Martinique. Traditionnellement, le paysage politique outremer est très morcelé. Les fédérations locales des partis nationaux sont structurellement minoritaires car elles sont perçues comme étant trop « nationales » face à des formations politiques qui prétendent s’intéresser plus au local – étant essentiellement des petits partis qui scissionnent régulièrement les uns des autres autour soit d’ambitions personnelles, soit d’enjeux politiques de nature institutionnelle comme le statut de l’île par exemple. De fait, la vie politique martiniquaise est articulée autour d’un double clivage : le clivage traditionnel droite gauche par-dessus lequel se superpose un clivage entre assimilationnistes-départementalistes d’un côté et autonomistes-régionalistes-indépendantistes de l’autre. Les premiers sont donc moins traversés de divisions que les seconds. Dans les fait, tout dirigeant politique en Martinique, fonde, tôt ou tard, se met à son compte, construisant sa propre formation politique !

La principale force de la gauche, le Parti progressiste martiniquais, a perdu de l’audience au profit du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) d'Alfred Marie-Jeanne, dont le discours a évolué d’un indépendantisme dans la veine du discours anti-colonial des années 60-70 (la Martinique est à mi-chemin entre Cuba et Haïti d’un côté et la Grenade de l’autre).

Le département est majoritairement à gauche. Les deux sénateurs, Serge Larcher et Claude Lise sont membres du groupe socialiste et sur les quatre députés, deux sont membres du groupe socialiste

La députée au parlement européen est socialiste, c’est Catherine Néris.

Les dernières élections cantonales ont vu l’effondrement de la droite locale.

Le conseil régional est dirigé depuis 1998 par Alfred Marie-Jeanne, le dirigeant historique du mouvement indépendantiste – par ailleurs parlementaire. Les indépendantistes y sont majoritaires, mais la gestion de la région les a conduit à un discours plus pragmatique. La gauche constitue la deuxième force loin dernière (9 élus sur 41 contre 28 pour les indépendantistes) et la droite n’a que 4 élus.

Le conseil général est dirigé par le sénateur apparenté socialiste, Claude Lise qui a quitté le Parti progressiste martiniquais (PPM), principale formation de la gauche, fondée en 1958 par Aimé Césaire après son départ du Parti communiste. Lise a formé une coalition de gauche, le Rassemblement démocratique martiniquais et réussi le tour de force qui consiste à avoir autant d’élus que le PPM au conseil général en 2008.

Le conseil général fut le plus souvent à gauche (Joseph Lagrosillière, fondateurs du socialisme martiniquais et un des députés qui dirent « non » aux pleins pouvoirs à Pétain, Georges Gratiant, fondateur du PC martiniquais), mais dans les années 70-80, il a basculé à droite sous la férule d’Emile Maurice, ancien du PPM devenu le dirigeant historique du RPR local.

Aux cantonales de 2008, 22 cantons sur 45 étaient en jeu. La gauche en a remporté 15, la droite 4 et les autonomistes 3. Autant dire que ce fut un raz-de-marée qui confirme l’ancrage à gauche du département depuis 1992. On compte 33 élus de gauche dont deux socialistes. 7 élus de droite et 5 indépendantistes.

L'idée serait qu'une jour la gauche antillaise dialogue dans une sorte de Forum de la gauche où le réalisme et l'efficacité se conjugueraient. On ne peut imaginer aujourd'hui une unité durable - même la formation de Lise n'échappera pas aux scissions. Mais en revanche, des assises annuelles pour échanger, constater les divergences, fignoler les convergences et définir des positions communes quand c'est possible pour le développement du pays.

Ne laissons pas les peuples sur leur faim

Mauvais jeu de mot pour une réalité cruelle et une question essentielle : en ouvrant nos postes de télévisions ou nos journaux ces derniers jours, on apprend l’augmentation du prix des matières premières et l’explosion de violence dans les pays pauvres avec ce qu’on appelle désormais « les émeutes de la faim ». Ces avec des émeutes semblables qu’ont souvent éclaté les grandes révolutions.

Depuis, la démocratie a permis de créer les conditions d’aller au devant des problèmes pour les résoudre avec les parties concernées. C’est dire que si la violence demeure l’arme de miséreux c’est que la politique et la démocratie sont absentes des processus. En effet, depuis longtemps le fonctionnement des institutions de régulation internationales est sur la sellette. Nous autres sociaux-démocrates ne sommes pas pour leur abolition mais pour leur démocratisation. Le travail entamé par le socialiste français Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI) va dans ce sens avec la volonté de donner une meilleure représentation aux pays émergents. C’est-à-dire faire en sorte que le FMI ne soit pas qu’une sorte de « police bancaire des pays riches » dont les pays du sud, qui sont ceux qui en ont le plus besoin serait systématiquement les victimes.

Alors que nous travaillons au Manifeste du PSE pour les élections de 2009 et que dans quelques semaines le congrès de l’Internationale socialiste se tiendra à Athènes, c’est le moment pour tous les progressistes de garder en mémoire le sens de leur mission et leur rôle historique. Le mouvement ouvrier social-démocrate est souvent né des émeutes de la faim ou de la misère en Europe au XIXe siècle. Il a traduit cette situation en termes politiques et a permis l’organisation de ces population et la conquête du pouvoir pour changer la situation de millions de personnes. Il n’y avait pas que « l’appropriation des moyens de production » ou « la destruction de l’état bourgeois » mais aussi tout simplement ce qu’on appellerait aujourd’hui « la vie et le travail décents ». Il serait curieux et tragique que nous ne soyons pas à la hauteur de l’enjeu… Il y a de plus en plus de protocole dans le travail des partis au niveau international. Il serait temps de faire place à une social-démocratie utile.


Reconstruire les Reconstructeurs ?

Il n'y a pas de doute à se faire là-dessus, les Reconstructeurs sont vraiment socialistes. L'initiative prise en 2007, les réunions, les petits déjeuners, les rassemblements, les sms et enfin les textes. Tout permettrait de croire que la reconstruction du Parti socialiste pour le sortir du piège de la présidentialisation et le mener à achever sa mutation était possible. On savait avait qui on travaillait car chacun avait son histoire, ses raisons de se méfier de son nouvel allié ou ses vieilles manies : "un pied dedans, un pied dehors", "repérer la porte de sortie dès qu'on a passé le seuil" etc. Bref, on laisser les convergences idéologiques ou au moins rhétoriques aux mêmes et aux naïfs et on se réservait les vieilles astuces tactiques à quinze bandes car le but pour la plupart des socialistes n'est pas d'agir en vertu de ce qu'ils croient mais en fonction de ce qui marche. En d'autres termes, beaucoup ont les convictions de leurs intérêts.

Les Reconstructeurs apparaissait certains commeun "truc d'appareil", mais la démarche intellectuelle était prise au sérieux et puis paff ! On a beau parler de rénovation, on fait comme toujours. La recherche immédiate du bénéfice de ce qu'on entreprend - c'est-à-dire gagner à titre personnel quelque chose - a fait le reste. "Ca ne marchera pas" dit-on sans expliquer. Peut-être parce que les raisons qu'on invoquera sont celles-la même qui nous animent... Bref, en une semaine, quelques déclarations ici ou là et le dispositif est menacé non pas par des gens qui constatent qu'il a échoué en dépit des efforts collectifs, mais parce qu'ils ne le croient pas utile pour leur intérêt propre. Ils auraient pu s'éclipser sans faire de bruit. Non, en claquant la porte ils ont tenté d'ébranler la maison.

Et pourtant elle tourne. La majorité des militants du PS ne se passionne pas pour le concours pour devenir "Premier secrétaire". Il y a tellement de candidats qu'on pourrait aller les départager au Gin Fizz du Havre ! Tant d'excitation pour une fonction qui sera réduite à deux ans avec une majorité introuvable... Justement, les Reconstructeurs permettent aussi d'y remédier. Alors, si on revenait à la construction de cet intellectuel collectif... Surtout que nous ne sommes qu'en avril. Tout va tellement changer d'ici novembre que les gesticulations de certains aujourd'hui risquent de tourner au ridicule à la fin. D'ailleurs, entre deux livres de Césaire, la relecture des Fables de la Fontaine s'impose.

En jouant "perso", ceux qui se désolidarisent d'une démarche intéressante, en ne proposant aucune alternative, aucune construction qui pourrait recueillir le soutien d'une majorité, deviennent les alliés objectifs de ceux qu'ils prétendent combattre.

Césè !

Dans les rédactions, les nécros se préparent. On compulse les archives, on recherche des photos, on se tient prêt car, puisque le poète est à l'agonie, il faudra lui rendre hommage. C'est un exercice assez curieux que celui qui consiste pour un journaliste à ainsi faire de la mort annoncé un événement alors que pour beaucoup, ce sera d'abord une perte irremplaçable. C'est que les hommes publics comme les figures historiques, ne s'appartiennent pas entièrement. Ils ont donné quelque chose à l'humanité, leur talent, leurs œuvres, il est normal qu'elle leur rendent alors quelque chose en retour, la reconnaissance, la notoriété, l'immortalité...

Les deux syllabes en créole sonnent comme le "z" des alizés qui arrosent les Antilles depuis des lustres, de la même manière que les paroles du poètes parlent aux oreilles des nègres des îles depuis plusieurs quarts de siècle. Aimé Césaire, le nègre fondamental. La figure qui domine la Martinique comme le lycée Schoelcher domine Fort-de-France ou les hauteurs de l'ancien Hôpital civil. l'homme qui a donné, curieusement son nom à l'aéroport du Lamentin, enfin, celui de Fort-de-France. Pendant que la famille veille, que la Martinique s'inquiète et que les médecins s'activent, retournez à Présence africaine ou courrez à la FNAC, ruez-vous sur Amazon pour relire ses textes. Il y a tout dedans...

Le sectarisme, maladie sénile du trotskisme

Une minute d'émotion après la lecture dans Politis de l'entretien que Christian Picquet accorde à Michel Soudais suite à sa "dépermanentisation", c'est-à-dire son licenciement de la LCR... Dans une colonne à côté, Krivine donnait "la ligne officielle" du Parti. Picquet, l'éternel minoritaire, je l'avais vu, jeune militant au Manifeste contre le front national venir avec ses polo Lacoste à manches longues venir ferrailler contre Alain Bergounioux il y a un peu moins de quinze ans. Un esprit vif et clair. C'est fou d'ailleurs le nombre d'historiques de la Ligue qui ne se retrouvent pas sur la ligne d'Olivier puisqu'il y avait aussi, d'une certaine manière Bensaïd.

Picquet qui a toujours été sur une orientation d'unité de la gauche radicale dans un rapport de "poil à gratter" avec la social-démocratie. Son courant "unir" a un blog dont tous les articles sont signés du même auteur... Il tance Besance sur son affaire de collectifs unitaires de la gauche anticapitaliste car il a bien perçu la contradiction de la Ligue qui est celle de toute organisation léniniste : comment être "dedans" tout en contrôlant. Dur !

Alors la Ligue, celle qui a pignon sur rue est à la croisée des chemins : l'ouverture et la modernisation au risque de la dissolution puisque les jeunes qui viennent à la Ligue considère que l'Histoire commence avec le Che, ou alors la crispation sur les vieilles manies. Ca ne l'éloigne pas tant que cela de LO qui s'est allié, lisez bien, allié avec la social-démocratie à l'occasion des élections municipales ce qui va poser des questions sérieuses aux hardis camarades talibans du trotskisme jésuitique.

Et puis la troisième voie, celle des orphelins du lambertisme qui ont lancé l'idée d'un Parti ouvrier indépendant (POI), près de 18 ans après l'apparition du Parti des travailleurs. Indépendant de quoi ? des autres courants du mouvement ouvrier ? Probablement car à y regarder de près, les vieilles querelles du passé, celles sur Ta Thu Thau, sur le pablisme, la scission de 1952, la nature de l'Union soviétique, etc...

D'ailleurs, il y a déjà eu un parti ouvrier internationaliste entre 1936 et 1939, le temps d'une guerre civile comme les trotskistes en ont virtuellement connu. Fondé avant la création de la IVe Internationale, il réunissait des exclus de la SFIO qui finirent par rejoindre le parti pivertiste, PSOP. Si reconnaît dans le nouveau POI la traditionnelle filiation des lambertistes aux origines, force est de constater que la filiation demeurera également dans le caractère groupusculaire du mouvement. Il ne peut en être autrement, à moins de renouer avec la culture unitaire, autre gène structurant du mouvement ouvrier. Mais les vieilles manies ont la vie dure.

Pourquoi ne pas faire un seul grand parti ?

"Du passé faisons table rase" chante-t-on encore dans ces partis vieillissants, mais par contre, le Front unique c'est toujours pas pour demain. A croire que sur bien des points, ce que les trotskistes sages lecteurs des bons textes de Lénine et Trotsky ont parfois rêvé, la social-démocratie l'a fait.

Bien sûr, on aura droit à un procès en trahison, mais c'est là que vient la limite de l'idée de révolution qui est pour eux une raison d'être. On ne fait pas la révolution dans une démocratie et surtout, pour défendre ses positions et avancer, l'idée est d'occuper le plus de positions dans le plus d'endroits possibles. C'est pourquoi les socialistes eux, arrivent à gouverner et à passer des slogans aux actes, même si le bilan est insuffisant, ils sont plus utiles à la classe ouvrière quand ils sont au pouvoir que ceux qui ne font que se payer de mots au propre comme au figuré.

Grèce – Macédoine : le « non » au « nom »

La semaine dernière, au sommet de l’Otan, la question du nom de la Macédoine est revenue sur le tapis. Les faits sont simples. La Grèce conteste à l’ancienne république yougoslave de Macédoine l’usage du nom « Macédoine » car elle revendique ce nom pour elle-même. D’ailleurs, il existe une région, dans le découpage administratif grec, « périphérie », Macédoine qui se trouve être la plus grande du pays. La Macédoine grecque est divisée en trois sous-régions et on y trouve une des plus grandes villes du pays, Thessalonique. En plus Pella, la capitale historique de l’ancien royaume de Philippe II se trouve aussi en Grèce. C’est dire si la chose est compliquéee.

La Macédoine historique, dans sa plus grande extension géographique débordait aussi sur une partie de la Bulgarie et sur la république « actuelle » de Macédoine.

L’affaire remonte évidemment à la fin de l’ancienne Yougoslavie où Tito avait créé une république yougoslave de Macédoine. A la fin de 1991, elle proclame son indépendance. Elle entre à l’ONU deux ans après, mais elle est contrainte de prendre le nom barbare d’ARYM pour « ancienne république yougoslave de Macédoine ». Il s’agit de résister aux irrédentismes bulgares et grecs. Il faut aussi tenir compte de l’importante communauté albanaise, implantée depuis longtemps dans le pays.

Les Grecs aimeraient que l’héritage slave, par ailleurs présent dans la langue, le soit aussi dans le nom alors que le pays a convoqué l’Antiquité macédonienne dont les Grecs revendiquent l’exclusivité.

Pour l’ancien ministre socialiste des affaires étrangères de Grèce, Théodore Pangalos, « la question du nom n’a jamais été fondamentale ». Quoiqu’il en soit, cela a suffit pour que la Macédoine reste en dehors de l’Alliance atlantique. De fait, Caramanlis et son gouvernement font de la question du nom un préalable à tout le reste, notamment l’intégration future dans l’Union européenne.

Le consensus politique est apparent du côté d’Athènes. Il est surtout prudent car pour les sociaux-démocrates macédoniens, actuellement dans l’opposition, les deux gouvernements de droite, à Skopje et à Athènes ont mis de l’eau sur le feu.

Les Américains ont fait des propositions acceptées d’une habileté relative par les Macédoniens, mais refusées par les Grecs. Des affiches insultants le drapeau grec ont été placardées, ce qui a accru les tensions.

Les origines « modernes » du conflit remontent à l’indépendance de l’ARYM qui fut contestée par le gouvernement de droite alors au pouvoir en Grèce. Quand le PASOK est revenu aux affaires, il a lui-même évolué d’une position dure, vers une position réaliste. Mais on est dans un dilemme car les Macédoniens ne peuvent accepter d’avoir un état sans nom et les Grecs acceptent difficilement cette évolution de l’Histoire et cette ruse de la géographie.

Au Moyen-Âge, la Macédoine historique fut slavisée dans sa partie montagnarde et elle resta grecque dans sa partie côtière.

Nul doute que la question du nom constitue un bon moyen de mobiliser l’opinion publique de part et d’autre de la frontière à peu de frais, même si le réalisme devrait finir par triompher.

Il faudra encore du temps pour que dans les Balkans la stabilité des frontières et la sédimentation de l’Histoire produisent leur effet. C’est, là encore, un défi pour l’Europe.

Présidentialisation ou démocratie ?

Tel est l’enjeu du congrès. Pour les partisans de Ségolène Royal, il y a un goût mal retenu de « match retour » ou de « deuxième mi-temps » après la phase de l’investiture et la campagne présidentielle dont on a mis du temps à reconnaître qu’elle avait débouché sur la troisième défaite consécutive des socialistes à l’élection la plus importante.

Longtemps, la critique a plus porté sur l’hostilité du parti et son absence de soutien que sur les faiblesses du projet ou les erreurs de la candidate. On ne va pas refaire l’histoire ni la prolonger excessivement autrement que pour en tirer des leçons. L’inventaire de la dernière période doit être fait pour ouvrir une nouvelle période. Bien sûr, dans les biographies qui seront écrites dans le futur on pourra très bien lire que la défaite de 2007 était plus que probable, elle était inéluctable, mais utile pour « purger le vieux parti » et le remplacer par un autre. On n’y est pas encore et pour pouvoir l’écrire, il faut une victoire éclatante en 2012 et là non plus, on n’y est pas encore.

J’ai écrit « coup d’état » pour parler de la manière dont je percevais la stratégie de Royal et ses amis et visiblement, j’ai encouru l’ire de lecteurs, dont je ne sais d’ailleurs si ce sont des camarades – ce qui est secondaire…

Le mot a pu paraître dur, mais l’idée est la suivante. A la lumière de l’Histoire, le ségolo-royalisme (là, c’est de l’humour), a un parfum péronisme. On l’a déjà écrit. C’est la formule la plus « juste »… Car le Parti justicialiste se situait bien dans cette veine de gauche, populiste et populaire, un brin nationaliste. Le soutien populaire était large, mais l’opposition était « tenue ». Or comment fonctionne le système Royal ? « Il faut que ce soit elle ». « Elle n’est pas comme les autres ». Dans la campagne interne pour l’investiture, il fallait la soustraire au débat pour « ne pas l’abîmer ». Il fallait même que les autres candidats se retirent.

Quand elle dit aujourd’hui « je n’ai pas de concurrents », la phrase est à double sens. Cela veut dire à la fois qu’elle ne situe pas dans une logique de conflit avec d’autres socialistes, ce qui est bien, mais qu’elle n’estime pas devoir convaincre qu’elle est meilleure qu’un autre. Bref, il y a un fort désir de gagner sans combattre, de l’emporter sans lutter, voire même de changer les règles du jeu pour lui assurer une victoire.

C’est moins Ségolène Royal que je critique dans cette phase de congrès que ses amis, plus rompus qu’elle aux joutes d’appareil. On comprend aisément que ça lui passe au-dessus du cigare parce qu’honnêtement, l’écart entre la forme et le fond est tel qu’on ne peut que souhaiter que nos congrès se déroulent autrement.

C’est en ce sens que je parle de « coup d’état » : c’est une prise de pouvoir par la tentative de s’imposer de l’extérieur en pensant que la saturation médiatique va compenser les carences politiques car un congrès c’est d’abord un moment de débat qui doit permettre de persuader les gens sur son orientation.

En outre, si sur le fond, Royal est « réformiste », « social-démocrate » et « moderne », on voit bien qu’elle et surtout ses amis voudraient « gagner seuls ». Bref, une fois encore, répétons-le, la président de Poitou-Charente doit descendre dans l’arène pour combattre si elle veut récupérer les oreilles et la queue.

Même si je suis mal placé pour « donner des leçons de gauche », je crois être dans le bon parti si je milite contre la présidentialisation. Rappellons juste ce qu’est un président de la République française. C’est un monarque républicain puisqu’il n’est responsable devant aucune assemblée. Est-ce compatible en tout point avec une conception socialiste du pouvoir ? En tout cas, ça ne va pas de soi. Curieux d’ailleurs que le député de la Nièvre n’ai pas assez lu les textes d’un de ses illustres prédécesseurs. Certes, il paraît que « le monde a changé, donc le socialisme doit changer », mais ce genre de formule ne clôt aucun débat, bien au contraire.

Le socialisme démocratique ne peut s’épanouir dans l’augmentation des pouvoirs d’un seul homme.

Si on observe avec une inquiétude bienvenue les dérives du sarkozysme, on ne peut impunément dire n’importe quoi ou alors… Eric Besson a raison sur toute la ligne.

Alors, contre la présidentialisation, oui, la démocratie. Il faut réfléchir à la manière dont le parti peut s’ouvrir encore plus et à la contradiction qui existe entre la démocratisation qui est une exigence moderne et la personnalisation qui est une tendance de notre temps…

Ce n’est pas facile, mais si on résout cette équation, dans le congrès, on aura franchi un grand pas.

Où en est la social-démocratie européenne ?

Logo_pse Le congrès du PS se tiendra alors que le PSE préparera l'élection européenne de 2009. Ce serait dommage que les socialistes ignorent cette dimension dans leur congrès car comme l'Europe sera aussi à l'ordre du jour dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne. Aujourd'hui, la social-démocratie européenne est dans une situation paradoxale. Elle a connu neuf défaites électorales consécutives dans l'ensemble des pays de l'Union, c'est pourquoi la victoire du PSOE a autant d'importance. Les perspectives de victoire pour le Labour ne sont pas très bonnes et le SPD n'a pas encore tranché son débat sur les alliances pour se défaire de la CDU et la battre aux prochaines élections législatives. D'un autre côté, le PSE est un parti plus militant qu'avant. Il s'impose, mais tout cela doit déboucher sur une victoire l'année prochaine.

La controverse demeure sur le rapport au Parti démocrate de Veltroni, mais s'il triomphe de Berlusconi dans une dizaine de jours, les termes du débat changeront. De son côté, le PASOK se remet mal de sa défaite. Papandreou a été mal réélu à la tête du parti - 58 % et sa légitimité est entamée par la situation née des élections de septembre : une droite bien installée, une extrême droite qui a pointé le bout de son nez et un PASOK concurrencé sur sa gauche par les communistes et une mouvance écolo-radicale.

La gauche polonaise est explosée - visiblement, la coalition LiD ne sera pas reconduite en 2009, le MZSP hongrois est malmené dans la coalition au pouvoir...

Mais le tableau n'est pas si sombre car le consensus existe au sein du PSE sur la nécessité de l'affirmation d'un ancrage à gauche, d'une différenciation d'avec la droite. Il est même possible que sur ce point d'ailleurs, le PSE soit plus net que le PS français !

Il va falloir aussi trancher la question de la présidence car si le Traité de Lisbonne est adopté, l'Union sera plus politique et l'idée d'un président de l'Union va faire son chemin. Les sociaux-démocrates ne doivent pas être en reste sur ce sujet. On imagine que tout cela sera le fruit d'arbitrages subtils dans les réunions de dirigeants, mais si les socialistes étaient les premiers à donner un visage à une Union européenne "social-démocrate", ce serait un point fort dans la campagne et pour la suite...

Premiers jets, premiers oublis

Les dix questions de Ségolène Royal vont probablement être modifiées, mais déjà, publiées, elles fixent un cadre, elles trahissent une perception : celle d'une vente à la découpe du socialisme au nom de la modernité.

Sur "le discours pseudo-révolutionnaire et le conformisme économique". C'est une insulte aux années où Lionel Jospin était premier ministre et où la gauche française gouvernait selon les principes d'un réformisme de gauche, réaliste et ambitieux. On ne peut pas dire que le bilan économique était "conformiste", puisque même la droite le combat et le discours n'était pas révolutionnaire car il se voulait réaliste. D'ailleurs, Lionel Jospin est encore critiqué pour cela, y compris par les amis de Ségolène Royal.

" Le socialisme ne peut pas se contenter d'aménager le capitalisme financier à la marge : comment produire et répartir autrement la richesse ? "

Voilà une belle contradiction avec la question précédente. Le capitalisme ne s'aménage pas, il se régule. C'est ce que nous avons tenté de faire encore une fois en 1997-2002 au plan pratique, et récemment au plan théorique au moment des forums de la rénovation. D'une certaine manière, alors que le PS refuse d'y travailler, avoir un socialiste à la tête du FMI et de l'OMC, c'est avoir des alliés dans la place sur quand, par exemple un pays comme le Brésil est gouverné par des progressistes. Le développement on ne peut le penser simplement de manière hémisphérique, sinon on aura une définition politique hémiplégique. Le socialisme de la production et le combat contre les inégalités, là où elles se produisent, voilà un début de réponse.

" Que reprendre des modèles progressistes des autres pays et que rejeter ? "

En voilà une question qu'elle est naïve ! Si les socialistes étaient des internationalistes sincères et conséquences, ils pratiqueraient un syncrétisme permanent. Depuis toujours, sans attendre les effets de mode et la superficialité d'un affichage de tribune le temps d'un meeting. Copier les voisins c'est douter de soi et admettre qu'on ne vaut rien. Bien sûr, il y a toujours du bon à s'intéresser au travail des voisins. La modernité du Labour, la puissance de la social-démocratie suédoise c'est avant tout l'héritage d'un mouvement ouvrier puissante centenaire, d'une formation politique en béton et d'une cohérence doctrinale sans faille. Le vernis d'une belle apparence ne masquera jamais les lacunes d'une attitude paresseuse.

Quand on formule ainsi la question sur l'entreprise : "Il faut pousser l'agilité des entreprises, le goût du risque et l'esprit d'entreprendre, tout en améliorant la situation des salariés et leurs sécurités sociales" on admet que la priorité ne va pas au social, ni même au travail. C'est une contradiction avec les discours de campagne sur " la valeur travail ". Depuis Marx et encore aujourd'hui c'est vrai, on sait que les patrons et les travailleurs n'ont pas les mêmes intérêts. l'agilité des entreprises se fait principalement grâce à la précarité de l'emploi. On ne peut pas faire nôtre l'idée de droite qu'il faut construire une France d'entrepreneurs. Si on veut améliorer la situation des travailleurs et leur sécurité sociale, il faut que plus de gens travaillent plus que plus de gens cotisent à la sécu. Dans cette formulation, le mot "emploi" est absent. Le Parti socialiste est le parti du salariat. Le salariat n'a pas à être la variable d'ajustement de notre politique économique.

Sur le rééquilibrage le rapport de force entre le travail et le capital par une meilleure répartition du profit, avec comme question "Quels contre-pouvoirs dans l'entreprise ", on a là encore une formulation assez conservatrice pour nous l'entreprise n'est ni l'atout maître, ni l'ennemi principal. De fait pour nous, la question se pose moins en termes de "contre pouvoirs dans l'entreprise" qu'en terme de démocratie sociale. C'est tout l'héritage du Front populaire et de l'Union de la gauche.

C'est curieux de parler de "redistribution passive et bureaucratique comme principal moyen de s'attaquer aux injustices sociales". Encore une fois, on prend un point de vue de droite. Depuis les débats de la campagne interne - on sait qu'à gauche il existe deux approches : celle traditionnelle de l'état providence qui prône en effet la redistribution sans trop se poser la question de la manière dont on produit les richesses, l'autre, en phase avec la social-démocratie nordique ou germanique depuis quelques années sur l'idée d'un état prévoyant et protecteur. Michel Rocard et Dominique Strauss-Kahn ont été les premiers importateurs de cette idée par chez nous.

Bref, cette démarche ignore pas mal d'éléments structurants de la gauche comme l'éducation ou les services publics comme leviers de la citoyenneté et de la solidarité.

Cela me rappelle aussi l'époque où au MJS, le congrès se passait de la manière suivante : il y avait un texte du Bureau national, amendable par l'ensemble des militants et seulement ensuite, d'autres textes avec une possibilité réduite de les défendre puisque les moyens étaient "limités". Derrière l'illusion de la démocratie, il y a la réalité du centralisme. Tout cela pour adouber sans risque une candidate qui ne voit que 2012. Voilà beaucoup d'éléments classiques du bonapartisme : une démarche démocratique pour le bénéfice d'un seul, homme providentiel qui tordrait les institutions à son seul profit.

Si on veut reconstruire le Parti socialiste, il faut le démocratiser, pas le personnifier. Car on ne fera que renforcer le caractère "courtisans" des roitelets qui ne pensent qu'à leur égo et on transformera les militants en godillots.

C'est pourquoi, nous pensons avec beaucoup d'autres, qu'il y a une autre voie.

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Européennes 2009 : c'est notre affaire !

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