160e anniversaire de l'abolition de l'esclavage

C'est en 1981 que j'ai découvert "Mai 68". Mon père m'en avait parlé. Passionné d'histoire, j'avais saisi en regardant la télé que certains des acteurs de cette époque, Dany Cohn-Bendit en l'occurrence étaient toujours en vie et en activité. J'en avais tiré la conclusion que la politique était la continuation de l'Histoire. Et puisque le mot d'ordre était "révolution", eh bien, oui, il fallait être révolutionnaire. Mais révolutionnaire pour entrer en politique, sans désigner d'ennemi... Un peu court en effet. En 1986, j'avais dévoré le livre de Dany, aujourd'hui épuisé, "nous l'avons tant aimée la révolution" et le documentaire diffusé à l'époque. On y voyait des images des années 60 et 70. Je me souviens en partie de Jimi Hendrix et Joe Cocker à Woodstock et Won't get fooled again des Who qui illustrait une séquence de violences policières.
Bobby Seale, Abbie Hoffmann, Jerry Rubin, Serge July, Michel Chemin, Fernando Gabeira, Andriana Faranda, Jeane Alpert, Adam Michnik... voilà quelques premiers noms qui sont restés dans ma mémoire. Pêle-mêles, ce sont des "ex" révolutionnaires, gauchistes, brigadistes, journalistes, dissents...
Récemment, dans la foultitude des publications parues pour "commémorer" les événements de Mai 68, j'en ai choisi deux. Le livre d'Alain Geismar et celui de Virginie Linhart.
Geismar, on le croise volontiers dans les réunions du Parti socialiste. Ce petit homme poivre et sel n'a rien dans son apparence qui permette de penser qu'il fut le troisième homme de la troïka qui a "animé" le mouvement, ni plus tard, un des dirigeants de la Gauche prolétarienne. Voilà un cas d'école sur le décalage qui existe entre le statut de figure historique et le "physique". Plus présent dans nos rangs socialistes que d'autres, Geismar ne vit pas à la hauteur de sa propre histoire. Homme libre, il s'en est émancipé et quand on l'entend prendre la parole lors des réunions, on l'écoute, mais il ne fait pas d'effets de manche. D'une certaine manière, "il a déjà donné".
Son livre en ce sens était donc un événement. Mais au final, il se raconte trop vite. A-t-il cédé à la facilité éditoriale du moment ? Dommage en tout cas... Cela dit, c'est un document distancié sans négation ni regret sur une période que pour le coup, beaucoup regrettent ou diabolisent. Et tel que le livre est écrit, on se dit qu'on avait tort de penser à l'époque que "tout est politique"...
Virginie Linhart, je l'ai rencontrée lors de la campagne interne du Parti socialiste en 2006. Elle réalisait avec Hugues Nancy que j'avais connu dans les rangs du MJS un documentaire sur la primaire. Elle avait déjà réalisé Histoires de gauche quelques années auparavant. "Fille de", elle devait bien un jour ou l'autre mettre sa propre filiation en images et en mots. Elle a publié "le jour où mon père s'est tu". Un livre dans lequel elle raconte sa relation avec son père, Robert Linhart, le chef de fil des ulmards qui sont passé de l'althusserisme au maoïsme monastique dans les années 1966-1973 environ.
C'est aussi un livre d'entretien dans lequel elle est partie à la rencontre des enfants, aujourd'hui anonymes, des héros d'hier. Un premier signe intéressant c'est que dans la grande majorité des cas, ces enfants ne se connaissaient pas forcément. Ils n'ont pas grandi ensemble. Ayant subi la jeunesse de leurs parents, ils en ont gardé un sens aigu de l'individualisme, mais ils ne sont pas nécessairement dans le rejet. S'il n'y a aucune raison de tirer des caractères communs, on peut néanmoins y voir une réflexion sur l'articulation entre une vie militante et une vie de famille.
Pas difficile, même pour un court séjour d’entrevoir les enjeux de la vie quotidienne martiniquaise. On pourrait proposer comme sujet de philosophie voire de science politique : « l’insularité est-elle compatible avec la mondialisation » ? Pour ne pas dire la modernité… Quand on y a vécu suffisamment longtemps pour s’imprégner de paysages que l’on déclare « éternels », le retour après quelques années vous rend réac. Le développement économique pose tout une série de questionnements auxquels les réponses sont difficiles à trouver. L’augmentation constante de la population pose la question du logement. La plupart des gens veulent être propriétaires. C’est du moins la tendance majoritaire depuis des dizaines d’années. Mais c’est de moins en moins possible. Les terrains constructibles sont rares et quand on ne peut pas hériter du bout de terrain familial, on résiste mal face à des gros de l’immobilier qui font du HLM, du lotissement privé ou des hôtels.
Dans la ville de Schoelcher, dans la périphérie nord ouest de Fort-de-France, « banlieue » pour les classes aisées, bastion de droite, le maire a perdu parce qu’entre autres choses, on lui a reproché de vendre plus facilement des surfaces constructibles aux gens venus d’ailleurs qu’aux Schoelcherois. Quand en plus on sait que parmi ces « gens venus d’ailleurs », on a repéré des « juifs », on imagine le reste et comment le discours peut évoluer. Car en effet, le mélange ne se fait pas. Les gens ont l’impression que d’autres viennent dans l’île faire des affaires avec une facilité à laquelle les locaux n’ont pas accès. Souci permanent que l’on retrouve ailleurs en France bien sûr.
« Quand le bâtiment va, tout va » dit le proverbe. En l’occurrence, ça pousse de partout. Sur le plan de l’esthétique, c’est une autre paire de manche. Dans les années 70, les quartiers de la Bâtelière, de Godissard, de Dillon par exemple avaient vu pousser des tours dignes des cités dortoirs d’Europe. Depuis, on a prétendu faire autrement. Mais la « belleté » n’est toujours pas au rendez-vous. Sur les pentes des mornes de Case-Pilote ou de Bellefontaine ça continue de pousser. Il faut dire que Fort-de-France a aussi connu cela. Toute la partie qui va de l’actuel boulevard du Général de Gaulle au bord de mer a été gagnée sur la mer aussi, jusqu’au drainage du Canal Levassor, la moindre pluie faisait monter l’eau au Centre-ville dans des proportions importantes. A côté du bâtiment, il y a la question des transports. 15 000 immatriculations par an. Du nord au sud, il serait possible d’aligner bout à bout toutes les voitures qui circulent dans l’île. Circulent… Cela dépend des heures. On a construit beaucoup des rocades et des versions locales du périphérique autour de Fort-de-France pour désengorger la ville qui était le paradis des bouchons. Par ailleurs, pour suivre la mode du moment, plusieurs parties de la ville sont devenues piétonnes. C’est plus vivable, mais on sent beaucoup trop que le cœur de l’activité bat ailleurs.
Depuis les années 80, les zones d’activité économiques ou zones industrielles se sont développées notamment à la Jambette, les Mangles ou la Lézarde. Dans le passé, il y avait quelques embouteillages. Un peu le matin pour entrer dans Fort-de-France bien sûr et quand on rentrait de la plage à un ou deux points connus pour le rétrécissement de la chaussée. Depuis quelques années, c’est devenu plus fréquent. Les camions qui transportent les matériaux de construction ont remplacé petit à petit les tracteurs ou les transporteurs de canne à sucre et dans la « montée » après l’usine Neisson du Carbet ou après la centrale électrique de Bellefontaine, c’est la galère assurée. Les transports en commun existent bien, mais ils sont structurellement inadaptés aux besoins et aux habitudes qu’on doute de voir changer un jour d’ailleurs. Donc tout le monde a une voiture et dans un foyer, bien souvent, il y a autant de voitures que de personnes majeurs car c’est la clé de l’autonomie. Mais dans les transports comme dans le reste, cette autonomie a un prix…
Il y a quelques jours, j’ai vu la tombe d’Aimé Césaire. Elle est comme la Martinique, couverte de fleurs – Madinina, l’autre nom de l’île signifie « l’île aux fleurs ». Le chemin jusqu’au lieu où il est inhumé est balisé de balisiers, la fleur symbole du PPM, le parti politique qu’il a fondé.
Le pays vibre encore de cette disparition, un peu comme si cela représentait un de ces soubresauts de la Montagne Pelée, peu avant 1902. A l’époque, personne ne voulait voir ou savoir. Peut-être est-ce aussi un petit balan comme on dit chez nous, un bon en avant vers un nouveau siècle pour ces îles de France éparpillées entre autonomie, assimilation, affirmation, autoflagellation… Une litanie sans fin.
Hier j’ai vu la tombe d’Aimé Césaire. Elle est comme la Martinique, couverte de fleurs – Madinina, l’autre nom de l’île signifie « l’île aux fleurs ». Le chemin jusqu’au lieu où il est inhumé est balisé de balisiers, la fleur symbole du PPM, le parti politique qu’il a fondé.
Le pays vibre encore de cette disparition, un peu comme si cela représentait un de ces soubresauts de la Montagne Pelée, peu avant 1902. A l’époque, personne ne voulait voir ou savoir. Peut-être est-ce aussi un petit balan comme on dit chez nous, un bon en avant vers un nouveau siècle pour ces îles de France éparpillées entre autonomie, assimilation, affirmation, autoflagellation… Une litanie sans fin.
La Martinique d’aujourd’hui prend de plein fouet la mondialisation, mais elle est trop petite pour y survivre, même à coup de subventions bruxelloises. L’accroissement constant de la population conduit à toujours plus d’embouteillages – imaginer un fonctionnement « moderne » des transports en commun est un belle utopie. Une hyperactivité diurne, mais une curieuse atonie nocturne se mêlent pour peuples nos jours et nos nuits qui tombent comme certaines pluies tropicales, d’un seul coup. Dans nos nuits sans crépuscules, le chant des bestioles rythme jusqu’à l’aube un silence assez éloigné de nos villes qui ne dorment jamais. Jusqu’à ce que les coqs prennent le relais. C’est le matin, le moment du « pipiri chantant », le jour est ouvert et les choses recommencent.
Césaire mort, c’est d’un pas encore mal assuré qu’on avancera. Mais le muscle se développera.
On a un peu parlé, entre un sujet sur la traduction d’Astérix en créole et les célébrations pour l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe (le 27 avril), du vingtième anniversaire de la fin de la crise néo-calédonienne. Ici, on avait vécu en totale solidarité avec la Kanakie, anxieux de voir comment les choses pourraient évoluer de la même manière. Reclus dans sa maison de maître, Bernard Pons, l’ancien ministre RPR de l’époque, baron du gaullisme de papa a pris sa retraite dans notre île. Notre générosité nous perdra !
Mai arrive avec sa mémoire blessée. A Setif comme à Saint-Pierre, le « 8 mai » sera contrarié par un autre souvenir. Sous cette latitude, c’est le jour où la Montagne Pelée s’est réveillée en 1902. Un peu plus tard, on se souviendra de l’esclavage et on en fêtera l’abolition.
Nous sommes tous rentrés dans l’Histoire à coups de fouets…
Enfin elle est sortie ! La nouvelle déclaration de principes du Parti socialiste - la cinquième - a été présentée à la presse hier, 21 avril, les militants la recevront, les fédérations pourront l'amender. C'est le résultat d'une commission animée par Alain Bergounioux et Henri Weber. Il sera intéressant de voir la manière dont les gens réagissent. Cette "carte d'identité du Parti socialiste", n'est ni un projet ni un programme. C'est un moment, il le fallait, de définition. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Aussi, puisqu'en politique les mots ont un sens et que tout ne relève pas de l'évidence, il faut dire ce que l'on est, ce que l'on veut faire, pourquoi, comment et avec qui.
Aucun des journalistes présents hier au point de presse n'a tiqué sur le chiffre magique. "21" articles. Référence au siècle ? Non, petit clin d'oeil à un passé dont le déroulement a durablement mis les socialistes sur le divan de l'histoire par rapport aux autres formations de la gauche. D'après ce que j'ai compris, on avait abouti à 19 articles. Deux petits malins se sont imaginés qu'il serait "amusant" d'arriver à 21. Deux articles manquaient. Lesquels ? l'Histoire le dira. Pas par nostalgie, mais pour affirmer que la séquence ouverte en 1920 est finie. Rappel pour mémoire : en juillet 1920, le IIe congrès de l'Internationale communiste définit 21 conditions pour y adhérer. La révolution bolchevique inspire l'ensemble du mouvement ouvrier, mais les prémonitions de Kautksy ou Luxemburg ne suffisent pas à modérer la tendance à la "bolchevisation". On connaît la suite, le Parti socialiste -SFIO réuni en congrès à Tours se divise. 75 % des congressistes décident d'obéir à ces 21 conditions. Cette scission à Tours ouvre la voie vers le Parti communiste et une division durable de la gauche française. Il n'y a que lorsqu'elle a su s'allier, qu'elle a pu vaincre.
Aussi, puisque "le Parti socialiste ne se résigne pas aux divisions de l'Histoire", n'est-il pas le moment de créer les conditions d'une union durable pour vaincre durablement ?
Le texte consacre la social-démocratisation du PS en rompant avec l'idée de révolution qui, au XXIe siècle ne correspond à rien. Il permet au Parti socialiste d'assumer son adhésion à une certaine forme d'économie de marché, puisqu'elle est multiforme - la nôtre, sera sociale et écologique. Nous sommes qui nous sommes et nous ne nous en laissons pas compter - ni par les conservateurs qui sous couvert de modernité sont de faux réformateurs, mais de vrais réactionnaires, ni par la gauche radicale qui sous couvert d'authenticité refuse l'unité d'action politique réformatrice, préférant un sectarisme élitiste, justifié non pas par l'analyse du présent, mais par un passé dépassé (mais pas par elle).
C'est à partir de ce texte que la reconstruction est possible. Il ne faut pas faire comme s'il n'existait pas...
La vie et la mort sont intimement mêlées. Comme disait Woody Allen, "la vie est une maladie mortelle, sexuellement transmissible". Par chez nous, on veille les morts avec des conteurs qui viennent raconter la vie du défunt entre autres légendes. À côté de la tristesse des proches, conteurs et tambouyers entre quelques séries de "cric" auquel l'assistance répond "crac", ou "yékrik" auquel l'assistance répond "yékrak", égrainent le fil de la vie de la personne qui s'en est allée. Rires et larmes se mêlent comme vie et mort sont mêlées. Et comme souvent, puisqu'on veille tard dans la nuit, on fait bombance.
J'ai beaucoup aimé le texte signé par Francis Marmande dans le Monde daté de demain et le fait que l'Huma ait fait sa "une" sur Césaire, en allant jusqu'à publier sur son site, la Lettre à Thorez m'a amusé. Au moins, ils ne sont pas rancuniers !
Les oiseaux de proies guettaient la nouvelle, la promptitude des réactions et des initiatives cachent mal certaines choses. On a bien fait de réclamer des obsèques nationales... Il y a un tel gouffre aujourd'hui. Ecouter hier Sarkozy parler du grand homme était un crève-coeur. Ils n'ont rien en commun. Sarkozy l'anti-intellectuel, parler sans sensibilité aucune, sans aucune émotion - il n'a visiblement rien lu de Césaire avant les notes qu'on a du lui remettre... Ce n'est pas Guaino qui lui aurait conseillé ces lectures. Des perles aux cochons !
Alors, il y aura des obsèques nationales. C'est bien le moins. Un parlementaire, un grand maire, un acteur politique de premier plan, même loin dans les Antilles dont l'œuvre est devenue aussi un patrimoine de l'humanité. A elle, et la France d'aujourd'hui en premier lieu, de s'en saisir car dans ces lignes écrites depuis trois quart de siècles, se trouvent bien des clés pour comprendre le monde d'aujourd'hui ou en esquisser quelques solutions.
Césaire était loin. Même une tribune dans le Monde ou dans Libé une fois tous les deux ans, une présence autrement. D'ailleurs, c'est le monde qui venait à lui. Quiconque allait en Martinique, toutes tendances politiques confondues devait aller sous le baobab voir le Nègre fondamental.
Le message de la négritude était un message d'émancipation et d'autodétermination. Aujourd'hui, on parle de "communautarisme" pour désigner avec une certaine inquiétude l'affirmation identitaire. Mais c'est en poussant la France dans ses contradictions sans la dénigrer par principe que l'on avant. C'est aussi en s'affirmant soi-même que l'on contribue à "déranger le monde".
C'est pourquoi Sarkozy aux obsèques, je m'excuse de le dire, cela fera tâche car le Président de la république n'a pas encore réussi à faire oublier le candidat ou le dirigeant de droite qui soutenait le "bilan positif" de la colonisation et qui fustigeait "la logique de repentance". Il n'a vraiment rien compris.
A présent, pour faire vivre la flamme, on parle de Panthéon. Juste de l'autre côté de la Montagne Sainte-Geneviève, dans les lieux que l'étudiant fréquenta. Pourquoi pas le Panthéon... Ce n'est qu'une figure imposée. le Panthéon, ce grand bâtiment froid de pierre blanche pour honorer un homme noir dont la chaleur ne doit pas nous quitter ? Pour moi, il y est déjà, car sa mémoire ne disparaît pas. Ce serait un paradoxe bien curieux de voir garder en France la dépouille d'un cœur qui continue de battre dans le monde noir et dans toute la France, y compris outremer...
Bien sûr, dans ce Quartier latin que j'aime tant, il est dur d'avoir vu disparaître les PUF et d'autres librairies et les voir remplacées par des boutiques de fringues ou des restaurant "new food". Rue des Ecoles, il reste encore l'Harmattan ou Présence africaine. L'éditeur de Césaire et de tant d'autres... Tant que ce vent là soufflera, comme l'alizé, nous pourront continuer à respirer.
Cruel avril ! Pas de mots pour dire la peine qui nous envahit... Si vous pensez que Césaire n'était qu'un poète "régional", vous vous trompez. C'était comme Victor Hugo et Nelson Mandela à la fois. Il a redonné au Noir, l'homme, l'épithète et la couleur, sa fierté, sa dignité mais ni dans l'arrogance ni dans le ressentiment. Puisque nous Antillais sommes les enfants improbables d'un Viol initial et d'un déracinement total, eh bien soit. La greffe a pris, les racines ont plongé dans ce que l'Humanité sait faire de mieux, faire culture.
C'est avec le "Discours sur le colonialisme" que j'ai passé mon oral du bac de français. En Martinique, Césaire était trop présent simplement pour être une espèce de totem intouchable. Quand on entrant "En Ville", on ne pouvait ignorer les quartiers de Trenelle, de Citron, de Volga ou du Canal Levassor. Les gens qui habitent là, savent ce qu'ils lui doivent.
La figure était celle d'un exemple : ces vieux nègres comme le Médouze de Rue Case-Nègre, nèg chabon avec un accent de France, qui maniait même le serbo-croate, alors même que, poète de la négritude, on ne l'a pas souvent pris en flagrant délire de créolitude.
La semaine prochaine, je verrai Fort-de-France avec une autre saveur... Il n'était pas si présent que cela dans nos vies, mais alors que l'Antillais ne lit pas assez, il y a au moins une fois dans sa vie lu un texte de Césaire. Et c'est bien assez...
Homme de gauche, intellectuel actif, il ne s'est jamais trompé, ce qui est rare pour les savants engagés de notre temps.
Il nous a quittés, mais il sera toujours là dans nos mémoires et dans nos bibliothèques et c'est déjà beaucoup ! Que la France lui accorde des funérailles nationales, c'était bien le moins...
Puisque tout le monde pense à Césaire, quelques mots sur la gauche en Martinique. Traditionnellement, le paysage politique outremer est très morcelé. Les fédérations locales des partis nationaux sont structurellement minoritaires car elles sont perçues comme étant trop « nationales » face à des formations politiques qui prétendent s’intéresser plus au local – étant essentiellement des petits partis qui scissionnent régulièrement les uns des autres autour soit d’ambitions personnelles, soit d’enjeux politiques de nature institutionnelle comme le statut de l’île par exemple. De fait, la vie politique martiniquaise est articulée autour d’un double clivage : le clivage traditionnel droite gauche par-dessus lequel se superpose un clivage entre assimilationnistes-départementalistes d’un côté et autonomistes-régionalistes-indépendantistes de l’autre. Les premiers sont donc moins traversés de divisions que les seconds. Dans les fait, tout dirigeant politique en Martinique, fonde, tôt ou tard, se met à son compte, construisant sa propre formation politique !
La principale force de la gauche, le Parti progressiste martiniquais, a perdu de l’audience au profit du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) d'Alfred Marie-Jeanne, dont le discours a évolué d’un indépendantisme dans la veine du discours anti-colonial des années 60-70 (la Martinique est à mi-chemin entre Cuba et Haïti d’un côté et la Grenade de l’autre).
Le département est majoritairement à gauche. Les deux sénateurs, Serge Larcher et Claude Lise sont membres du groupe socialiste et sur les quatre députés, deux sont membres du groupe socialiste
La députée au parlement européen est socialiste, c’est Catherine Néris.
Les dernières élections cantonales ont vu l’effondrement de la droite locale.
Le conseil régional est dirigé depuis 1998 par Alfred Marie-Jeanne, le dirigeant historique du mouvement indépendantiste – par ailleurs parlementaire. Les indépendantistes y sont majoritaires, mais la gestion de la région les a conduit à un discours plus pragmatique. La gauche constitue la deuxième force loin dernière (9 élus sur 41 contre 28 pour les indépendantistes) et la droite n’a que 4 élus.
Le conseil général est dirigé par le sénateur apparenté socialiste, Claude Lise qui a quitté le Parti progressiste martiniquais (PPM), principale formation de la gauche, fondée en 1958 par Aimé Césaire après son départ du Parti communiste. Lise a formé une coalition de gauche, le Rassemblement démocratique martiniquais et réussi le tour de force qui consiste à avoir autant d’élus que le PPM au conseil général en 2008.
Le conseil général fut le plus souvent à gauche (Joseph Lagrosillière, fondateurs du socialisme martiniquais et un des députés qui dirent « non » aux pleins pouvoirs à Pétain, Georges Gratiant, fondateur du PC martiniquais), mais dans les années 70-80, il a basculé à droite sous la férule d’Emile Maurice, ancien du PPM devenu le dirigeant historique du RPR local.
Aux cantonales de 2008, 22 cantons sur 45 étaient en jeu. La gauche en a remporté 15, la droite 4 et les autonomistes 3. Autant dire que ce fut un raz-de-marée qui confirme l’ancrage à gauche du département depuis 1992. On compte 33 élus de gauche dont deux socialistes. 7 élus de droite et 5 indépendantistes.
L'idée serait qu'une jour la gauche antillaise dialogue dans une sorte de Forum de la gauche où le réalisme et l'efficacité se conjugueraient. On ne peut imaginer aujourd'hui une unité durable - même la formation de Lise n'échappera pas aux scissions. Mais en revanche, des assises annuelles pour échanger, constater les divergences, fignoler les convergences et définir des positions communes quand c'est possible pour le développement du pays.
Mauvais jeu de mot pour une réalité cruelle et une question essentielle : en ouvrant nos postes de télévisions ou nos journaux ces derniers jours, on apprend l’augmentation du prix des matières premières et l’explosion de violence dans les pays pauvres avec ce qu’on appelle désormais « les émeutes de la faim ». Ces avec des émeutes semblables qu’ont souvent éclaté les grandes révolutions.
Depuis, la démocratie a permis de créer les conditions d’aller au devant des problèmes pour les résoudre avec les parties concernées. C’est dire que si la violence demeure l’arme de miséreux c’est que la politique et la démocratie sont absentes des processus. En effet, depuis longtemps le fonctionnement des institutions de régulation internationales est sur la sellette. Nous autres sociaux-démocrates ne sommes pas pour leur abolition mais pour leur démocratisation. Le travail entamé par le socialiste français Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI) va dans ce sens avec la volonté de donner une meilleure représentation aux pays émergents. C’est-à-dire faire en sorte que le FMI ne soit pas qu’une sorte de « police bancaire des pays riches » dont les pays du sud, qui sont ceux qui en ont le plus besoin serait systématiquement les victimes.
Alors que nous travaillons au Manifeste du PSE pour les élections de 2009 et que dans quelques semaines le congrès de l’Internationale socialiste se tiendra à Athènes, c’est le moment pour tous les progressistes de garder en mémoire le sens de leur mission et leur rôle historique. Le mouvement ouvrier social-démocrate est souvent né des émeutes de la faim ou de la misère en Europe au XIXe siècle. Il a traduit cette situation en termes politiques et a permis l’organisation de ces population et la conquête du pouvoir pour changer la situation de millions de personnes. Il n’y avait pas que « l’appropriation des moyens de production » ou « la destruction de l’état bourgeois » mais aussi tout simplement ce qu’on appellerait aujourd’hui « la vie et le travail décents ». Il serait curieux et tragique que nous ne soyons pas à la hauteur de l’enjeu… Il y a de plus en plus de protocole dans le travail des partis au niveau international. Il serait temps de faire place à une social-démocratie utile.
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